Un français outre-Atlantique
« -Vous engager dans cette guerre américaine ? Avez-vous perdu la raison ?
-Je dois soutenir cette cause, Adrienne. Elle est juste et noble ! Franklin a besoin de soldats pour sa guerre, et il ne peut pas rencontrer Sa Majesté.
-C’est justement parce que le Roi refuse de l’écouter que votre engagement ressemble à de la trahison ! Vous êtes un officier français, vous devez obéir au Roi, même si la cause américaine est juste !
-Je sers une armée qui ne combat rien ! J’espère un autre destin que celui de mourir d’ennui dans les salons parisiens ! »
Il était une fois un jeune marquis français qui rêvait d’autre chose que la vie d’aristocrate qui lui était promise. Il était une fois… Les contes commencent par Il était une fois… Mais ici, nous ne sommes pas dans un conte, mais dans la vraie vie, celle il y a 250 ans de Gilbert du Motier, alias le marquis de La Fayette. De l’autre côté de l’Atlantique, les treize colonies qui constituent ce qui s’appellera plus tard les Etats-Unis d’Amérique font sécession. Elles se rebellent contre l’Angleterre qui les a fondées en vue d’acquérir leur indépendance. Afin d’affaiblir l’ennemi britannique, si la France allait leur donner un petit coup de main ? La Fayette a 17 ans. Avec la fougue de sa jeunesse, il saute sur l’occasion pour aller combattre aux côtés des américains. C’est le début de l’Aventure de sa vie, avec un A majuscule.

La biographie, ou le biopic comme on dit au cinéma, est un genre fort exploité en bande dessinée. Il y en a des très fidèles, d’autres se permettent des digressions. Il y en a des contemplatives, d’autres bavardes. Bref, l’exercice de style est loin d’être chose aisée. Rares sont les scénaristes qui relèvent le défi de manière aussi brillante que Thomas Marlier. Dans Le Marquis et la révolution américaine, il se concentre sur le rôle de Gilbert du Motier dans la guerre d’indépendance des Etats-Unis, dans leur émancipation par rapport à la couronne britannique. On comprend bien des choses sur la genèse des Etats-Unis. On s’étonne que la France n’en ait pas tiré plus profit. C’est comme si on était, c’est tout simplement passionnant. Ça questionne même sur les relations franco-américaines actuelles et on se dit, quand on entend certaines de ses déclarations, que Donald Trump ferait bien de lire cet album pour se rafraîchir la mémoire.

Au dessin, l’illustratrice Romane Faure réalise son premier album dans un style original. Issue du cinéma d’animation, l’autrice met en scène le marquis comme s’il était la tête d’affiche d’un blockbuster. Il y a très peu de traits dans ses dessins, juste l’essentiel. Il n’en fallait pas plus. Tout est prêt pour que l’album serve de story board à un éventuel film. Quelques rares codes mangas dynamisent les événements, en particulier dans les attitudes de surprise des acteurs. La mise en couleurs de Romane Faure est tout aussi remarquable. Elle travaille par tons, plutôt pastels, sombres pour les scènes de guerre, criards pour les quelques scènes de cour royale.

Sans y prendre garde, même si on croit ne pas être particulièrement intéressé par le sujet, on se laisse happer par le destin hors du commun du jeune aristocrate pour l’accompagner tout au long de sa carrière. Quand il s’agit de raconter de tels destins, pas besoin de faire appel à son imagination, il suffit de consulter les livres d’Histoire. La Fayette Le Marquis et la révolution américaine est un exemple de biographie dessinée.
Titre : La Fayette Le Marquis et la révolution américaine
Genre : Biopic
Scénario : Thomas Marlier
Dessins & Couleurs : Romane Faure
Éditeur : Dunod Graphic
ISBN : 9782100891726
Nombre de pages : 128
Prix : 22,90 €



