Le faune de la flore
« -On y est…
-La bâtisse est magnifique !
-Aidez-moi une seconde, le temps de retrouver la bonne clé… Elle a près de 300 ans ! Miss Winicott l’a faite aménager sur les ruines d’une vieille ferme… Bienvenue dans votre nouveau chez-vous ! »
Elle avait besoin d’espace et envie de nature. C’est pour cela que Lina a laissé son mari à Lutécia et est venue trouver le temps de peindre, chez une amie, à la campagne. Gaston, le métayer de Miss Wincott, la conduit au domaine. Outre la bâtisse, il comprend une vraie forêt. Lina devrait y trouver l’inspiration. Gaston lui ouvre la maison, puis lance les cheminées de la cuisine et de la chambre. Les nuits sont fraîches. La propriétaire des lieux est absente, retenue par affaires et mondanités. Dès le lendemain, Lina explore le jardin. Les essences s’y mêlent en toute liberté. Le cours d’une rivière la mène aux confins du domaine délimité par une sculpture antique. Au-delà, s’étend une forêt merveilleuse. La sève de cette nature devrait nourrir la peinture de Lina.

Le jour suivant, la jeune Lison toque à la porte. Elle est envoyée par Gaston qui lui a dit que la locataire serait peut-être intéressée par ses services. Elle l’engage. Lison s’occupe des lieux pendant que Lina a l’esprit libre pour profiter de la forêt, quand ses pensées ne sont pas perturbées par la trahison de son époux. Elle l’a surpris en plein adultère. Alors qu’elle console sa peine dans les croquis qu’elle réalise, le fantastique des bois s’invite à elle par le biais d’un faune qu’elle a déjà vu dans un tableau. Lina propose à la créature de faire un portrait d’elle, un portrait d’un genre nouveau où elle abordera le paysage comme une personne vivante qui s’épanouit, qui respire, bouge et vibre au gré des éléments. Malheureusement, l’Empire est en guerre. La ligne de front est instable et les prussards menacent.

Portraits de Persil est un projet que porte Saïd Sassine depuis des années. Il s’est métamorphosé au fil du temps jusqu’à ce que le dessinateur trouve en Jean-Christophe Deveney le scénariste capable de transcender son histoire. Dans une époque historiquement troublée, le récit est une ode à l’art et à la nature qui le commande. Les auteurs personnifient l’inspiration en un être fantastique qui va faire redécouvrir l’amour à une femme meurtrie, trahie, salie. La condition de la femme et le consentement sont le sujet sensible pour lequel les auteurs poussent les limites jusqu’au point de non-retour. L’emprise n’a pas de règle. Le sauveur d’un jour peut-être le geôlier du lendemain. Dans un découpage classique, des personnages aux accents mangas et des couleurs qui empruntent aux Comics, Sassine signe son meilleur album à ce jour.

Fable sur l’amour de l’art et sur l’art de l’amour, Portraits de Persil est un récit qui ne peut laisser insensible. Ce conte dramatique est l’un des événements de cette fin d’année. « Les arbres repoussent… pas les œuvres d’art. », dit Anny. Ce livre en est une. Ne passez pas à côté.
Titre : Portraits de Persil
Genre : Conte
Scénario : Jean-Christophe Deveney
Idée originale, Dessins & Couleurs : Saïd Sassine
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344059722
Nombre de pages : 216
Prix : 25 €



