Il y a 250 ans, l’indépendance
« -Alors, Monsieur Deane, racontez-nous quelles nouvelles nous apportez-vous d’Amérique ?
-Hélas, Monsieur le Comte, tout va mal… Les fils de la liberté ont allumé la flamme de la révolte. »
1781, au beau milieu de l’Atlantique, le Franklin fait route vers l’Europe, plombé par le rêve américain abandonné du chevalier Charles-François du Buysson qui a hâte de retrouver son pays natal pour terminer l’œuvre qu’il a entreprise en relatant son périple et ainsi honorer la mémoire de ceux qui n’en sont pas revenus. Il ne reste que quelques jours avant d’aborder les côtes françaises quand le navire est attaqué par un pavillon anglais. Afin de comprendre le comment du pourquoi de la situation du chevalier, remontons cinq plus tôt, en 1776, dans les salons parisiens de la haute société. A l’abri des espions anglais, Monsieur Deane, un émissaire du congrès américain, est reçu chez Monsieur de Brogue. Du Buysson et La Fayette font partie des invités. Deane n’apporte pas de bonnes nouvelles. Là-bas, la révolte gronde. Les colons américains sont déterminés à défendre leurs droits et à se libérer du joug de la couronne britannique en acquérant leur indépendance.

Pour les treize colonies, la bataille est inégale. Les combattants manquent de nourriture, de vêtements et d’armes. Un petit coup de main de la France serait le bienvenu. Benjamin Franklin est déjà venu plaider la cause des insurgés auprès du roi. Il n’a obtenu que des promesses. Pourtant, combattre aux côtés des rebelles serait l’occasion de prendre une revanche sur l’ennemi anglais. Proche du roi de France, La Fayette va parvenir à affréter un navire pour rejoindre l’Amérique. Du Buysson propose son courage et son épée. C’est un tout autre monde qu’ils vont découvrir de l’autre côté de l’océan. Les paysages luxuriants qui les accueillent cachent les meurtrissures d’une nation aux balbutiements de sa construction.

A l’occasion des 250 ans de la proclamation d’indépendance des Etats-Unis, Amériques revient sur la douloureuse accession à la « liberté » des treize colonies d’origine. Par le prisme du chevalier Du Buysson, le lecteur est plongé en immersion. C’est une femme qui lui servira de guide. D’origine française, Gabrielle de Souvigny n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Loin d’être une caution féminine, elle est tout sauf une potiche. Bien sûr, Gabrielle et Charles-François vont avoir des sentiments l’un pour l’autre, de l’estime et du respect. La scénariste Esther Gil ne tombe jamais dans le piège de la bluette et préserve l’intimité de ses personnages au service d’un récit dont les faits historiques sont mis en exergue. Après Victor Hugo Aux frontières de l’exil et Mata-Hari, la scénariste retrouve pour la troisième fois son dessinateur Laurent Paturaud. Tant au niveau de l’intrigue que du dessin, ils signent ensemble un album que ne renierait pas Patrick Prugne, spécialiste de l’époque. Mention spéciale au dossier complémentaire qui dévoile des archives inestimables.

On sait que les combats seront rudes et que la France ne recueillera pas la monnaie de sa pièce. A lire en réseau avec l’excellent La Fayette Le Marquis et la révolution américaine paru chez Dunod Graphic, Amériques est un voyage dans le temps historique qui montre qu’il n’y a pas besoin d’écrire des histoires quand l’Histoire avec un grand H nous en sert sur un plateau. Trop souvent éclipsé dans les livres au profit de La Fayette, Du Buysson méritait de retrouver une place de premier plan.
Titre : Amériques
Genre : Histoire
Scénario : Esther Gil
Dessins & Couleurs : Laurent Paturaud
Éditeur : Daniel Maghen
ISBN : 9782356742575
Nombre de pages : 96
Prix : 19,50 €



