Drôles de bookmakers
« -Bon, elle dit quoi cette lettre ? Tiens, elle vient de chez Lord Wickhammersley, et c’est mon cousin Eustache qui me l’envoie… « Cher Bertie… Aimerais-tu gagner un peu d’argent ? Dans ce cas, rapplique en vitesse et vient participer au plus grand événement sportif de la saison ! Je t’expliquerai tout quand on se verra, mais tu peux me faire confiance… ». »
1922. En plein mois d’août, Londres est plutôt déserte. La chaleur est infernale, les théâtres font relâche et Piccadilly est bien calme sans les incessants coups de klaxons. Bertram Wooster, dit Bertie, s’ennuie ferme en lisant le journal pour s’informer des dernières nouvelles du royaume. A 20h42 à peine, le jeune aristocrate pense déjà à aller se coucher. Il n’y a rien à faire d’autre. C’est alors que Jeeves, son fidèle majordome, lui apporte sur un plateau, noblesse oblige, une lettre qui vient tout juste d’arriver. Elle est signée par le cousin Eustache, tout droit depuis chez Lord Wickhammersley. Il propose à Bertie de participer au plus grand événement sportif de la saison… s’il veut gagner un peu d’argent. Apparemment, c’est une occasion en or à ne pas laisser passer. Tiens ? Quelle est donc cette liste de révérends avec leurs paroisses respectives qui figure au dos de la missive ?

Dès le lendemain, Monsieur et son majordome prennent le train. Au repas du soir, quelques aristocrates côtoient une belle brochette d’ecclésiastiques. Bertie retrouve Lady Cynthia, qu’il connaît depuis qu’ils sont enfants. Il lui faudra attendre le lendemain pour que ses cousins Claude et Eustache lui dévoilent l’enjeu de cette fameuse compétition à laquelle ils ont conviés les invités. Aux alentours, il y a une bonne douzaine de pasteurs répartis dans des hameaux dont chacun contient évidemment une église. Un sermon a lieu à chaque office du week-end. Dimanche prochain, c’est le grand « Handicap du sermon ». Le gagnant sera celui qui fera l’homélie la plus longue, contrôlée par un commissaire de course. Les paris sont ouverts pour miser sur le meilleur « cheval ». Les bookmakers enregistrent les côtes. Il y a un beau pactole à se faire. Qui remportera la mise ?

Jeeves Les aventures d’un valet de chambre est une charmante comédie british. On pourrait appeler ça un OVNI, si le sujet n’en était pas si lointain, tellement c’est un genre d’histoires improbables comme on a peu l’habitude d’en lire. Intitulée à l’origine Le grand handicap du sermon, l’aventure, car il s’agit bel et bien d’une aventure tellement le chemin est extraordinaire, est signée Pelham Grenville Wodehouse, grand écrivain humoristique de langue anglaise ayant connu son heure de gloire au début du XXème siècle. Wodehouse raille la haute société britannique, celle née avec une cuillère d’argent dans la bouche, celle qui s’ennuie parce qu’elle a tout à disposition. Bollée conserve les dialogues truculents de l’écrivain. Qui mieux que le dandy Béja pouvait mettre en scène ? Digne représentant d’une ligne claire à la Floc’h, Béja théâtralise la comédie avec classe.

Plus qu’un valet de chambre, Jeeves est un majordome qui observe et analyse le monde qui l’entoure. Regard décalé sur l’aristocratie anglaise, cet album est une bien bonne surprise inattendue.
Titre : Jeeves Les aventures d’un valet de chambre
Genre : Comédie
Scénario : Laurent-Frédéric Bollée
Dessins & Couleurs : Béja
D’après : P.G.Wodehouse
Éditeur : Robinson
ISBN : 9782017265603
Nombre de pages : 80
Prix : 20,99 €



