Avenue des CHRONIQUES
- L’équipée du sièclepar Laurent Lafourcade
Steampunk race
« -Monsieur Carver, j’ai une proposition à vous faire.
-Dans ce cas, ma petite dame, vous pouvez m’appeler Lew.
-Ne prenez pas ce ton-là avec moi, « Lew ». Je ne suis pas une de ces donzelles que vous pouvez facilement impressionner.
-Vraiment… ?
-J’ai besoin d’un pilote.
-Maddie, ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour discuter avec Monsieur Carver.
-Je ne fais pas de courses privées, Mam’zelle Maddie.
-Oh, ce que je vous propose est tout sauf privé. »
Début du XXème siècle. Paris, concours Lépine. Une ingénieure présente une lampe révolutionnaire qu’elle vient d’inventer. Le prototype que montre Maddie Clarke est le « gear », un générateur d’électricité aérobique récursif. Ce dispositif portable est capable de produire de l’électricité pendant plusieurs jours. De l’électricité en bouteille ? Le public est dubitatif. La démonstration est un fiasco. L’invention explose. Il en faut plus pour décourager Maddie. Dans un article de journal, elle apprend qu’une course est organisée aux Etats-Unis, une course automobile dont le vainqueur bénéficiera d’énormes subventions publiques pour développer sa technologie. Voilà le moyen de montrer au monde l’intérêt de son invention. Maddie embarque aussitôt sur un paquebot avec son père. Les Etats-Unis seront-ils la terre de ses opportunités ?

© Latil, Sordet – Bamboo En assistant à un spectacle de voltige à moto, Maddie Clarke fait la connaissance de Lewis Carver, alias le trompe-la-mort. L’homme défie les lois de la gravité dans des figures dangereusement impressionnantes. L’ingénieure lui propose de participer avec elle à ce qui s’annonce être la course la plus médiatisée de tous les temps, celle qui déterminera quelle solution de mobilité sera soutenue par le gouvernement des Etats-Unis. Moyennant finances, Carver accepte le défi, lui qui prétend toujours gagner. En quelques jours de mécanique, la bécane du motard est équipée du « gear ». Le ministre des transports en personne arbitre la compétition. Plusieurs compagnies sont en lice pour remporter le challenge. Le fair-play sera-t-il au rendez-vous ?

© Latil, Sordet – Bamboo L’équipée du siècle est l’aventure steampunk d’un monde en pleine mutation. A l’heure où les ressources naturelles mettent la planète à feu et à sang, au moment où l’on se demande qu’elle est l’énergie la moins coûteuse et la plus judicieuse pour les automobiles, l’histoire déplace le problème dans un univers rétro-futuriste qui permet de prendre un certain recul sur la question. Mais avant tout, Dominique Latil écrit une course motorisée à la manière des Fous du volant, sans le côté déjanté de la série. Il met en scène un duo improbable, le genre de personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer et qui font l’originalité de l’histoire. Dans un style semi-réaliste dynamique, Romain Sordet mène l’action tambour battant, allant jusqu’à jouer avec les onomatopées qui font partie prenante du graphisme.

© Latil, Sordet – Bamboo L’équipée du siècle est un one shot qui a tout pour devenir le premier tome d’une future série. Maintenant que l’univers est en place, même si l’histoire est complètement auto-suffisante, on attend de nouveaux défis courso-technologiques pour Lew et Maddie.
Titre : L’équipée du siècle
Genre : Aventure
Scénario : Dominique Latil
Dessins & Couleurs : Romain Sordet
Éditeur : Bamboo
Collection : Drakoo
ISBN : 9782382331897
Nombre de pages : 64
Prix : 16,90 €
- Ana Ana 27 – Balade en merpar Laurent Lafourcade
Les amis sont le phare de la vie
« -Bonjour Ana Ana ! Bonjour les doudous !
-Coucou Persil ! Comment vas-tu ?
-Moi, ça va ! Mais Corail, lui, ne va pas très bien.
-Ha bon ? Je vais lui parler ! »
Un hérisson sur une trotinette croise un crocodile avec casquette et sac à dos. Un caneton et une coccinelle sont dans une mini-voiture verte. Ils saluent une grande équipée composée de six doudous dans une carriole tirée par un tricycle. Ce sont Ana Ana et ses doudoux. Ils filent cheveux aux vents vers la librairie du village pour découvrir de nouveaux livres. Ils y sont accueillis par Persil, du haut de l’échelle de son camion de pompier. Il va très bien, pas comme Corail, le gardien de phare. Il est un peu triste. Chaque jour, il regarde la plage, la mer et les bateaux. Il admire cette eau qu’il n’a jamais touchée, ces navires sur lesquels il n’est jamais monté, ce sable qu’il n’a jamais foulé. Pour le consoler, Ana Ana lui propose une sortie en mer, tout de suite.

© Roques, Dormal – Dargaud Tous sortent de la librairie et galopent jusqu’à la plage. Corail découvre les vagues. La petite troupe emprunte des bateaux à Girofle et Yuzu qui bouquinent sur le sable. Deux canots, un pneumatique, et l’on s’élance sur l’eau. Le petit gardien de phare s’enivre des embruns et des odeurs marines. Comme d’habitude, Touffe-de-poils, sûr de lui, dirige la navigation. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et nos amis vont certainement avoir besoin d’aide.

© Roques, Dormal – Dargaud C’est souvent qu’Ana Ana et les doudous s’amusent au bord de la mer. Cette fois-ci, ils vont carrément sur l’eau pour faire plaisir à un petit bonhomme en peluche qui malgré son métier n’y était jamais allé. L’entraide et la solidarité sont au cœur de cet épisode qui invite également à prendre garde aux dangers de la mer. Dominique Roques confirme le statut « doudou » des livres d’Ana Ana. Comme une mise en abimes, une histoire de doudous devient un doudou elle-même tant il est rassurant de les retrouver, comme un métronome, tous les six mois. Alexis Dormal fait de chaque page un ou des petits tableaux aquarelles. On avait déjà vu la librairie, la plage et la mer. On découvre ici la sublime lueur de son phare en dernière case.

© Roques, Dormal – Dargaud Il n’y a pas que les phares qui éclairent la vie ; il y a aussi les amis. On retrouvera bientôt Ana Ana et ses doudous pour chanter et danser avec eux. En attendant, profitez des doux après-midi de printemps pour faire une petite balade en mer avec les vôtres. Vive vive Ana Ana !
Série : Ana Ana
Tome : 27 – Balade en mer
Genre : Petit bonheur poétique
Scénario : Dominique Roques
Dessins & Couleurs : Alexis Dormal
Éditeur : Dargaud Jeunesse
ISBN : 9782205215410
Nombre de pages : 32
Prix : 7,95 €
- Aldo Rémy 4 – Baby » Boum »par Laurent Lafourcade
Le dernier tiroir de Tibet
« -Mon bébé ! On a volé mon bébé ! Au secours ! Il était dans son berceau au… au soleil ! J’ai entendu le bruit d’une grosse voiture ! C’est… C’est… On l’a volé !
-Calme-toi, Martine !… Nous avons vu la voiture ! Nous pourrons témoigner ! On la retrouvera !
-Son papa… Il faut le prévenir ! C’est monstrueux ! C’est…
-Appelle les flics, Alex ! »
En se disputant gentiment en voiture, Aldo et sa copine Manon ne se doutaient pas que leur vie allait basculer en une seconde. Un salaud qui ne respecte pas un stop et voilà la bagnole pliée. Pendant qu’Aldo amène Manon groggy à l’hôpital, une femme hurle au rapt de son bébé. Il était dans son berceau au soleil. Elle a entendu le bruit d’une grosse voiture. On le lui a volé.
Le lendemain, à part un œil au beurre noir, Manon est remise. Aldo n’a qu’une idée en tête : retrouver le chauffard. En entendant à la radio le fait divers concernant l’enlèvement du bébé, à l’endroit même de l’accident, Aldo en est persuadé, les deux événements sont liés. C’est le kidnappeur qui les a percutés.

© Tibet – BD Must Aldo Rémy est la toute dernière série créée par Tibet. Il voulait un personnage « moins con-con que Ric Hochet ». C’est ainsi qu’il a créé à 75 ans ce personnage, ce loulou de quartier qui parle cash et sans filtre. Les deux premiers albums sont parus chez Glénat dans la collection franco-belge Paris-Bruxelles. Le public visé n’étant pas du tout celui de Ric Hochet et de Chick Bill, une édition au Lombard aurait causé des confusions pour les plus jeunes lecteurs. C’est en tous cas l’argument avancé par la maison pour refuser le projet. En effet, dans Aldo Rémy, on peut trouver le personnage principal en pleins ébats au lit avec son amoureuse, et le langage est plutôt cru. Un troisième album paraîtra après le décès de Tibet chez Bang. Il aura fallu attendre quinze ans pour qu’on découvre qu’il existait un dernier épisode.

© Tibet – BD Must Si le scénario est bouclé et les personnages tous encrés, si les phylactères sont écrits, seules les huit premières planches sont entièrement terminées. Le décorateur Franck Brichau a arrêté l’encrage des décors à la disparition de Tibet. Les aventures d’Aldo Rémy ont un charme intemporel. Elles pourraient se dérouler de nos jours avec la mentalité des années 70. Tibet prend un plaisir non dissimulé à se lâcher. En bonus, on peut apprécier les dessins originaux des couvertures, lire une interview de Tibet pour Télérama, et découvrir sa méthode de travail, avouant déléguer l’encrage des décors depuis le tout premier Ric Hochet. Il ne s’en est d’ailleurs jamais caché, et c’est certainement grâce à cela qu’il a tant publié.

© Tibet – BD Must Tibet est un auteur très injustement, non pas oublié, mais relégué au second plan. C’est pourtant l’un des maîtres du classique. Mais voilà, ses histoires sont populaires et c’est un gros mot pour une certaine intelligentsia. BD-Must fait un remarquable travail de réhabilitation en publiant ses péchés de jeunesse, et à présent son chant du cygne. Avec ce dernier album, édité à seulement 399 exemplaires, la boucle est bouclée.
Série : Aldo Rémy
Tome : 4 – Baby « Boum«
Genre : Polar humoristique
Scénario & Dessins : Tibet
Éditeur : BD Must
ISBN : 9782875359629
Nombre de pages : 56
Prix : 49 €
- Mon copain Patate 1 – Mon copain Patate va tout déchirer ! / Sakamon Castle 1 – Bienvenue à l’aubergepar Laurent Lafourcade
Hamster vs Navet
« -Les enfants, je vous présente votre nouveau camarade, Léon ! Mais il aime bien aussi qu’on l’appelle Patate.
-Squiiiiizz ! »
Pour Léon, on ne peut pas dire que ce soit une période bien heureuse. Ses parents se sont séparés et il emménage à la campagne avec sa mère. Déjà qu’il n’avait pas d’ami, c’est pas ici qu’il va pouvoir s’en faire. Sa maman est plus optimiste. Une nouvelle vie les attend. Alors, pour égayer celle de son fils, elle lui offre un hamster, une patate sur pattes. Tiens, il s’appellera comme ça. Léon jalouse la vie de Patate. Il passe son temps à se goinfrer, à faire des réserves, à s’éclater dans sa roue, à dormir n’importe où et n’importe quand. Un soir, en s’endormant, il demande à Madame la fée, si elle existe, de faire quelque chose pour qu’il n’aille plus jamais à l’école. Le lendemain au réveil, Léon est dans le corps de Patate… et vice versa.

© Jouzeau, Guérout – Glénat Une nouvelle arrivante débarque à Sakamon Castle. La grenouille Bloudiradi a obtenu son premier emploi en tant que sorcière dans cette lugubre auberge tenue par un puissant démon. Sakamon va pouvoir lui apprendre tout ce que l’école n’a jamais voulu lui enseigner sur le côté obscur de la magie. T’as qu’à croire ! Sakamon est un sac de navets fifou et hyper maléfique…. Mouais…. Pas vraiment terrifiant, mais un peu hâbleur, vraiment roublard et un brin gaffeur, le tout sans aucun état d’âme. Bloudiradi va vite comprendre sa douleur en se voyant métamorphosée en humaine, effet secondaire d’un cookie préparé par le navet. C’est sous cette apparence qu’elle va devoir travailler à l’auberge entre un personnel hors du commun et des clients étonnants.

© Lenourry – Glénat Après Jean-Mowgli, Giovanni Jouzeau est de retour avec une série poilante dans tous les sens du terme. Sur un scénario de Seb Guérout, il met là aussi en scène un écolier atypique. Après le sauvageon en slip, le garçon hamster et le hamster garçon posent leurs derrières sur les bancs. Léon en animal coache Patate en humain parce que ce dernier n’a pas tous les codes de conduite. Entre eux deux, c’est un peu comme entre Rémy et Alfredo dans Ratatouille. Dans une succession d’histoires courtes, on va les accompagner au fil des jours, jusqu’à ressentir l’odeur du bonheur ? ou de la bouse ?

© Jouzeau, Guérout – Glénat L’univers de Sakamon Castle est complétement déjanté. On peut retrouver la série sur Instagram et 52 épisodes de dessins animés en 11 minutes sont en cours de développement. Mathieu Lenourry n’a pas créé une série, il a créé une ambiance, avec des personnages aussi débiles qu’attachants. Maminosor est la magicienne qui a créé Sakamon en donnant vie à un sac de navets. Grenngraine le jardinier est la caution écolo et le tonton des deux pestes Télonia et Tarcilde. Ménestin est le majordome, le seul à sembler normal si tant est qu’il y a quelqu’un de normal dans ce monde. Quant aux clients, entre un ancien professeur de sorcellerie et la famille de Baudruche, on n’est pas près de garder les pieds sur terre.

© Lenourry – Glénat Avec Mon copain Patate et Sakamon Castle, la collection des petits albums Glénat La collec’ passe clairement à la vitesse supérieure. Exit les sourires. Rires garantis.


Série : Mon copain Patate
Tome : 1 – Mon copain Patate va tout déchirer !
Genre : Humour
Scénario : Seb Guérout
Dessins & couleurs : Giovanni Jouzeau
Éditeur : Glénat
Collection : La collec’
ISBN : 9782344068755
Nombre de pages : 80
Prix : 11 €
Série : Sakamon Castle
Tome : 1 – Bienvenue à l’auberge
Genre : Humour
Scénario, Dessins & couleurs : Mathieu Lenourry
Éditeur : Glénat
Collection : La collec’
ISBN : 9782344069783
Nombre de pages : 80
Prix : 11 €
- La fabuleuse histoire de la 4Lpar Laurent Lafourcade
8 135 424 exemplaires d’une voiture mythique
« -Alors, c’est ça, ton cadeau d’anniversaire ?!?
-Oui !… C’est une belle surprise ! Pas vrai ?
-Pour une surprise c’est réussi !… Une antiquité, ta caisse !
-P’être bien ! Mais elle est en parfait état de marche !
-Euh, tu sais, Manon, moi, pour mes 20 ans je préférerais un voyage !
-Justement Lucy, l’un n’empêche pas l’autre ! »
Pour ses 20 ans, Manon a reçu un cadeau hors du commun. La 4L familiale est désormais la sienne. Ses parents espèrent qu’elle gardera autant de bons souvenirs qu’eux au volant de ce bolide. A elle de prendre la relève pour la faire vagabonder. L’antiquité est en parfait état de marche. Elle date de 1963, deux ans après les premiers modèles. En termes de voyage, Manon a déjà des ambitions. Elle voudrait s’inscrire au raid 4L trophy, une course humanitaire qui se déroule au Maroc. Inutile d’arriver en premier. Seuls les kilomètres parcourus comptent. Son petit ami Théo accepte de faire le co-pilote, si ses parents sont d’accord. Si les jeunes sont réjouis, les voisins de Manon comptent bien lui mettre des bâtons dans les roues.

© Uderzo-Ott, Eho, Bayo – Idées plus Gaby, le parrain garagiste de Théo, confirme que la 4L est en excellent état. Elle a été refaite à neuf. Il en profite pour leur faire l’historique du modèle. C’est en 1955 que Pierre Dreyfus, PDG de Renault, lance un projet destiné à remplacer la 4CV. Après quelques évolutions, la Renault 4L sort des usines de Boulogne-Billancourt en région parisienne en 1961. A l’époque, les voitures étaient mises au point non pas derrière des ordinateurs mais sur la route, avec des tests routiers à travers le monde dans la chaleur du désert aussi bien que dans les pays glaciaux. La voiture n’est plus produite depuis 1994, mais en 1997, un passionné fait renaître la légende en imaginant le rallye-raid solidaire auquel vont participer nos héros s’ils arrivent à concrétiser leur projet.

© Uderzo-Ott, Eho, Bayo – Idées plus Après la 2CV, Monique Uderzo-Ott signe un vibrant hommage à une autre belle et originale automobile. Même si une intrigue met un peu de suspens dans l’aventure, le principal intérêt du récit est historique. Avec les couleurs de Max Bayo, Jérôme Eho met la 4L en valeur, des modèles classiques aux plus originaux, des tout-terrains aux modèles de cinéma, ressuscitant l’adjudant Ludovic Cruchot pour la gendarmerie et donnant au Pape François un rôle qui n’est pas de composition.
Ce n’est pas la première fois que les éditions Idées Plus s’intéressent aux automobiles Renault. Quatre petits albums à l’italienne leur ont déjà été dédiées dont un spécifique consacré à la 4L, la populaire.

© Uderzo-Ott, Eho, Bayo – Idées plus Avec Manon et Théo, les frères Marreau, candidats emblématiques du Paris-Dakar dans les premières années, ont trouvé leurs successeurs. Embarquez avec eux pour cette fabuleuse histoire de la 4L !
Titre : La fabuleuse histoire de la 4L
Genre : Aventure passion
Scénario : MoniqueUderzo-Ott
Dessins : Jérôme Eho
Couleurs : Max Bayo
Éditeur : Idées plus
ISBN : 9782374700953
Nombre de pages : 48
Prix : 14 €
- Jhen 20 – La Louve Célestepar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Deux Papes dont un de trop
« -La visite prochaine de l’émissaire du nouveau patriarche de Constantinople, Dorothée de Mitylène est, n’en doutez pas, une occasion unique pour nous. Mon intention est de tout mettre en œuvre pour l’éblouir et le persuader que l’union de nos deux Églises ouvrira une ère nouvelle et prometteuse pour la Chrétienté. La basilique Saint-Pierre ne rayonne plus de la grandeur qu’elle devrait offrir à la Chrétienté. C’est pourquoi j’ai chargé mon secrétaire Biando de convoquer Filarete, un éminent architecte de Florence … Là, nous ferons une représentation théâtrale digne de la cour du roi de France. J’ai, à cet effet, fait venir le dénommé Jhen Roque, un artiste qui a conçu pour le baron Gilles de Rais un spectacle fameux retraçant l’épopée de la Pucelle d’Orléans (…) et après le plaisir des oreilles, le plaisir des yeux ! J’ai convié Jean Fouquet, qui m’a si admirablement peint par le passé, à venir faire le portrait de notre éminent hôte. »
Ainsi est planté le décor de cette nouvelle aventure trépidante pour notre architecte – artiste – scénographe dramaturge, Jhen, créé par Jacques Martin en 1978. A cette belle équipée se joint Angeline de Waldo, chanteuse et musicienne, dont la voix est un don céleste, une mélodie enchanteresse qui charme les cœurs et captive les âmes. Pourtant, accompagnée de son frère Athanasius, elle semble avoir un projet caché en se faisant admettre au sein des proche d’Eugène IV. La fratrie Waldo serait-elle l’instrument d’un complot visant le Saint-Père ? Et quels seraient les moyens de pressions exercés sur eux par ce mystérieux moine encapuchonné qui semble dirigé cette conspiration ?

© Néjib, Pleyers, Martin – Casterman En cette année 1440, l’Évêque de Rome a aussi d’autres soucis que son souhait de rapprochement avec le nouveau patriarche de Constantinople. Son autorité est mise à mal par l’élection, à Bâle, d’un autre « représentant de saint-Pierre », l’antipape Félix V. Deux Papes, donc forcément un de trop ! Lequel ? Celui de Rome, Eugène IV, ou celui qui s’abrite à Bâle, Félix V ? Le premier rêve de rapprocher, voire réunifier les églises d’Occident et d’Orient, le second d’éliminer le premier pour asseoir définitivement sa légitimité sur le trône de Saint Pierre. Jhen se retrouve ainsi, involontairement, mêlé à un complot dont il pourrait bien être, non la clé, mais l’une des victimes collatérales permettant ainsi à un vieil ennemi que l’on croyait disparu d’assouvir une vengeance bien cruelle ! Et pour une fois, il n’aura point la possibilité d’user de son charme naturel afin de conquérir le cœur et les faveurs de l’une ou l’autre demoiselle. Avec ses amis, il aura, par contre, bien du mal à se sortir du traquenard dans lequel on l’a fait tomber.

© Néjib, Pleyers, Martin – Casterman Si le scénario semble « classique » avec dès les premières planches comme un goût de « prévisible », c’est très rapidement dans les détails que naissent les surprises et rebondissements. Loin d’être linéaire, on se retrouve avec une intrigue bien plus tordue que crainte au départ. Il y a bien ici et là quelques petites incongruités narratives, mais l’ensemble tient la route pour une très agréable et divertissante découverte qui nous entraîne dans les complots et tensions internes au sein même de l’Église de Saint-Pierre au XVe siècle. Côté graphisme, Jean Pleyers reste unique : un trait assuré, hyper réaliste et soigné aussi bien dans les visages que les décors, des postures que certains jugeront peut-être parfois un brin trop « théâtrales » et « forcées », mais à tout le moins des plus expressives. Admettons néanmoins que si le travail documentaire préalable est impressionnant (décors, architecture, mobiliers, costumes, armes, chevaux, …), certaines cases d’action sont improbables. Contrebalançant cette petite remarque, le travail est parfaitement mis dans l’ambiance couleur « martinéenne » par Corinne Pleyers.

© Néjib, Pleyers, Martin – Casterman Après quatre ans d’absence, les admirateurs de Jacques Martin ne seront pas déçus par ce retour de Jhen qui est au Moyen-âge ce qu’Alix est à l’Antiquité : une référence dans le Neuvième Art.
Série : Jhen
Tome : 20 – La Louve Céleste
Genre : Histoire
Scénario : Néjib
Dessin : Jean Pleyers
Couleurs : Corinne Pleyers
D’après : Jacques Martin
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203228597
Pages : 48
Prix : 13,50 €
- Choupisson 3 – Cœur d’artichaut par Laurent Lafourcade
Love Choupi Story
« -Choup ! C’est toi qui fait Poum Poum ?
-Moi ? Nan…
POUM ! POUM !
-Ha ! Tu vois, c’est toi qui fais Poum Poum !
-Mais je ne le fais pas pour de vrai…
-Bah… Pourquoi tu fais Poum Poum dans ce cas ? Doit bien y avoir une raison. Mais laquelle ? »
A l’ombre d’une feuille par une belle après-midi de printemps, un ver de terre est réveillé par un tambourinement incessant. Le bruit semble provenir de son ami Paillasson le choupisson, un petit hérisson. Comme cela se fait-il ? Le coupable ne comprend pas le phénomène. Le lombric décide de mener l’enquête. Tout devient plus clair lorsque ce dernier remarque qu’une choupissonne traîne dans le coin. C’est de saison, le hérisson est amoureux. Malheureusement, la belle ne semble pas avoir d’yeux pour lui. Elle doit préférer ses congénères qui ont des piquants sur la tête. N’aimant pas voir son ami désœuvré, le ver de terre prend les choses en main.

© Périmony – La Gouttière Quelqu’un semble tout indiqué pour pouvoir aider Paillasson : c’est Serge la taupe. Certes, il est un peu myope, mais il a quelque chose, un p’tit truc pour redonner du piquant au cœur solitaire. A plusieurs, dont quelqu’un qui n’y voit rien, nos petits amis vont-ils faire que la hérissonne ouvre les yeux sur l’amour que lui porte le prétendant transis ? Le printemps est la saison des amours. Les papillons ne sont pas que dans les airs mais sont aussi dans les cœurs, encore faut-il que ceux-ci s’accordent.

© Périmony – La Gouttière Les aventures bucoliques de Paillasson et de son ami hérisson se poursuivent sous les crayons de leur auteur David Périmony. Après l’aventure palpitante du tome précédent, retour au calme pour une histoire d’amour qui apprend à avoir confiance en soi. David Périmony a construit les trois premiers tomes comme s’ils se déroulaient sur une journée, tout en offrant la possibilité qu’ils soient lus dans n’importe quel ordre. Nous sommes ici en fin d’après-midi. Le ton est donné par les couleurs légèrement ambrées. L’aventure garde également un léger côté didactique. On apprend que si les hérissons ont un cœur comme tous les mammifères, les vers de terre, eux, peuvent en avoir cinq, dix… ou aucun !

© Périmony – La Gouttière Choupisson, c’est de l’aventure feel good au cœur du jardin. David Périmony signe un road trip à hauteur des bestioles. Trop kawaï !
Série : Choupisson
Tome : 3 – Cœur d’artichaut
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : David Périmony
Éditeur : La Gouttière
ISBN : 9782357961517
Nombre de pages : 32
Prix : 10,70 €
- Chagrinpar Laurent Lafourcade
La griffe de Rodolphe Balzac
« -Monsieur ?
-Eugène de Rastignac, votre serviteur.
-Raphaël de Valentin. Nous nous connaissons ?
-Pas encore, mais cela ne saurait tarder ! Votre allure me plaît ! Même si votre habit…
-…est bien râpé, hélas !
-Mais la vraie beauté, la véritable élégance n’ont que faire de ces détails !
-Mouais… Voilà bien ce qu’on dit quand on a de l’argent !
-Et vous n’en avez pas !
-Tout juste ! »
1830. Raphaël de Valentin rêve d’un avenir plus radieux que le temps maussade sous lequel il marche dans les rues de Paris. Il n’est pas écrivain mais rêve de faire fortune grâce à un roman autobiographique qui s’appellera « Chagrin », du nom d’une variété de cuir, une peau d’âne ou d’onagre. L’autobiographie est un genre à la mode pour peu qu’elle soit épicée de quelques péripéties rocambolesques ou amoureuses. Quelques crimes et un brin de magie noire peuvent en rehausser la saveur. L’histoire de Raphaël va donc débuter à la fin de son enfance par les obsèques de sa mère. Le jeune homme reste seul avec son père et son austérité dans un château ancien sans confort et une éducation rigoureuse. Le rêve est sa seule échappatoire.

© Griffo, Rodolphe – Glénat Quelques années plus tard, alors que son père se meurt, la fortune familiale s’amenuise. A 23 ans, Raphaël n’a plus ni famille proche ni amis fortunés. Il échoue dans une chambre de bonne et consacre son temps à l’écriture. C’est lors d’une promenade aux jardins du Luxembourg qu’il rencontre un certain Eugène de Rastignac. Le jeune arriviste va faire entrer Raphaël dans les soirées mondaines. C’est lors de l’une de ces sauteries que Raphaël rencontre la Comtesse Foedora dont il tombe éperdument amoureux. Mais que pourrait-elle faire d’un petit écrivaillon comme lui ? En passant devant l’échoppe d’un antiquaire, ce dernier propose de non pas lui vendre mais lui offrir une peau de chagrin, un talisman qui exauce tous les vœux.

© Griffo, Rodolphe – Glénat Rodolphe s’empare de La peau de chagrin d’Honoré de Balzac pour immerger le lecteur dans le Paris du milieu du XIXème siècle. Flirtant avec le fantastique, l’histoire est à la jointure des univers de Guy de Maupassant et d’Edgar Allan Poe. Rodolphe rend hommage aux récits réalistes de l’époque, n’hésitant pas à ne pas respecter l’œuvre originelle. Au fond, qu’y a-t-il de fantastique dans cette histoire ? L’objet existe-t-il ou n’est-il qu’un délire d’un homme perdu ? Entre fantasme et réalité, et pourquoi pas un peu d’absinthe, le doute subsiste. Toujours est-il que le scénariste permet à Griffo de réaliser l’un de ses meilleurs albums depuis longtemps. Même si l’on n’est pas au niveau des premiers Giacomo C., sommet de sa carrière, on retrouve un dessinateur appliqué, avec son style bien à lui, et qui devrait peut-être faire moins de livres par an mais aussi bien que celui-ci.

© Griffo, Rodolphe – Glénat « Si tu me possèdes, tu possèderas tout. Mais ta vie m’appartiendra. Dieu l’a voulu ainsi. » Cette phrase est signée Honoré de Balzac dans son roman La peau de chagrin. Chagrin, de Rodolphe et Griffo, en est la libre et très réussie adaptation.
Laurent Lafourcade
Titre : Chagrin
Genre : Drame
Scénario : Rodolphe
Dessins & Couleurs : Griffo
D’après : Honoré de Balzac
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344068458
Nombre de pages : 136
Prix : 24 €
- Donjon Zénith 11 – Les méandres du pouvoirpar Laurent Lafourcade
Epouse imposée
« -Je suis tellement fier de notre fils !
-Moi aussi ! Maintenant que leur enfant est mort, il serait temps d’écarter Isis et de trouver une future duchesse digne de lui.
-Tout à fait. »
Il n’en a pas l’intention mais il va bien devoir assumer sa fonction : Herbert de Vaucanson devient suzerain de la ville. Son père a été un duc éclairé, ouvert, qui a fait prospérer la ville et les comptes en banque des notables, mais une vieille loi impose au duc de passer la main à cinquante ans. Herbert souhaite l’abroger, ce qui est accepté à l’unanimité. Voici le héros débarrassé de la charge. Mais il y a une chose qui ne plaît pas à ses parents, c’est Isis, sa chérie. Ils veulent l’écarter et trouver une future duchesse digne de leur rejeton. Au grand dam d’Isis, ils mettent dans les pattes de Herbert des prétendantes plus intéressées les unes que les autres. Celui-ci n’est pas dupe, mais tout va se compliquer lorsque les intrigants vont se retrouver intrigués.

© Boulet, Trondheim, Sfar – Delcourt Deux ans et demi après l’aventure précédente au Zénith, on retrouve les personnages emblématiques de Donjon pour un quasi huis-clos de haute tension. Alors que Marvin est parti exercer comme homme de main de Blaise Pilozzi, Herbert va devoir s’imposer au sein de sa propre famille. Comme on dit, on choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille. S’il est un personnage secondaire marquant de cet épisode, c’est Elyacin, le troll, fils adoptif de Herbert et Isis, à l’estomac heureusement bien costaud. Le personnage est vecteur de gags et apporte les respirations nécessaires au milieu de l’ambiance anxiogène et tendue de l’épisode.

© Boulet, Trondheim, Sfar – Delcourt Sixième volume dessiné par Boulet, lire un Donjon Zénith a quand même une saveur particulière au milieu de l’univers tentaculaire de la collection. Si on aime les Donjon crépuscule, potron-minet, monsters, parade, antipodes et autres bonus, c’est parce qu’avant, on a adoré la série mère, avant qu’elle ne s’appelle zénith, quand elle était Donjon tout court. Ces méandres du pouvoir sont une comédie dramatique aux dialogues percutants, au rythme équilibré des grands professionnels du scénario que sont Sfar et Trondheim, et au dessin fin et voluptueux de Boulet dont on peut apprécier les illustrations dans le cahier graphique réservé à cette première édition.

© Boulet, Trondheim, Sfar – Delcourt Sont annoncés pour 2026 un Antipodes par Vince et un Crépuscule par Obion. En attendant, profitons de ces jeux de cours nous entraînant dans les coulisses du pouvoir.
Série : Donjon Zénith
Tome : 11 – Les méandres du pouvoir
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Joann Sfar & Lewis Trondheim
Dessins : Boulet
Couleurs : Walter
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413089445
Nombre de pages : 56
Prix : 11,95 €
- Printemps à la Charitépar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Un baiser arachnéen
« -Ahem… Bon, vous tombez bien, car j’ai deux affaires sur les bras. Vous allez vous les partager, je vous laisse le choix !
-Tout d’abord un certain Méliès, ancien prestidigitateur qui vient de construire une sorte de hangar en verre à Montreuil.
-En verre ? Et pour y faire quoi ?
-Des prises de vues cinématographiques. Des films, quoi ! Et ça fait deux fois que quelqu’un essaie de détruire son atelier : une tentative d’incendie, puis une bombe artisanale qui n’a pas explosé, heureusement ! Deuxième affaire : la nuit dernière, au Museum d’histoire naturelle, un homme est tombé de l’aile du deuxième étage, dans la galerie centrale. »
Toute l’élégance tragique de « Printemps à la Charité » mêle l’horreur historique de l’incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897, à une narration imprégnée de théâtralité classique. Tragédie qui provoqua la mort de près de 130 personnes venues assister à une projection cinématographique de Georges Méliès et enquête sur la mort accidentelle, ou pas, d’un homme au Museum d’Histoire naturelle quelques jours plus tard. Y aurait-il un lien entre ces événements ? Surtout que d’autres morts inexpliquées semblent frapper certains survivants du drame de la Charité. A ce sujet, une rumeur circulerait… Certains des survivants se seraient aidés de leurs pieds, de leurs cannes, pour écraser femmes et enfants afin de sortir rapidement du brasier ! Et pourquoi toutes ces araignées sur les lieux ? Serait-ce un indice pour mieux comprendre les événements ?

© Pelaez, Chabert – Bamboo Apparu dès le premier opus de la série, « Automne en baie de Somme », l’inspecteur Amaury Broyan refait surface pour couler dans le second tome, « Hiver à l’Opéra ». Quoi de plus « normal » dès lors de le retrouver une troisième fois ! Figure centrale de ce récit, il incarne parfaitement l’archétype du héros naturaliste : un homme brisé par la perte de sa fille, hanté par le fantôme de celle-ci, naviguant entre les paradis artificiels de l’opium et la cruauté sociale de la Belle Époque. Son passé tragique en fait le héros qui pourrait élucider cette énigme en espérant une rédemption salvatrice à son propre malheur. L’enquête le conduira dans des lieux aussi variés que les réserves du Muséum d’Histoire Naturelle, les fumeries d’opium et les bas-fonds parisiens. Quant aux autres protagonistes, certains ont aussi clairement une psychologie torturée. Pour n’en citer qu’une, la venimeuse entomologiste Blanche Dambreville avoue d’ailleurs elle-même : « Contrairement à ce qu’affirment les philosophes, la mort n’a rien d’exemplaire… Il faut vivre, et vivre encore, tant qu’on nous en laisse la chance. » Mais que cache-t-elle derrière son envoûtant sourire ? Une veuve blanche ? Une femme au caractère fort, envoûtante, tissant lentement sa toile afin de prendre au piège ses proies !

© Pelaez, Chabert – Bamboo Dans ce Paris 1897 emblématique, Philippe Pelaez applique à son scénario une structure digne d’une tragédie classique. Un prologue et trois parties, tels trois actes de théâtre introduits chacun par un texte de Rimbaud pour « La nuit de l’enfer », de Baudelaire pour « Le poison » et de Victor Hugo pour « La Veuve Blanche ». Poursuivant sur la même vague que les deux premiers tomes, le scénario intègre dans son fil des personnalités de l’époque. Ici, nous croiserons évidemment le génie Méliès, ou encore le dandy parisien Robert de Montesquiou. Côté graphisme, Alexis Chabert est au sommet de son talent. Son trait et sa palette d’aquarelles nous immergent dans cette ambiance, cette atmosphère pesante de mystère arachnéen, de spiritisme latent. Une sublime et somptueuse plongée dans les lignes sinueuses, les courbes élégantes, les formes organiques de cette époque illumine chaque planche. Et tout cela commence, une fois de plus, par une couverture empreinte d’une douceur mystérieuse aux teintes vertes … comme le serait la nature à sa renaissance, au printemps.

© Pelaez, Chabert – Bamboo Après les somptueux « Automne en Baie de Somme » et « Hiver à l’Opéra », Philippe Pelaez et Alexis Chabert confirment la singularité de leur tétralogie. Entre vengeance et culpabilité, chaque épisode est un sombre thriller, un one-shot policier, à la fois sensuel, mystique et mystérieux aux traits et teintes Art Nouveau. Il ne reste plus qu’à passer l’été… sous la lune bleue.
Titre : Printemps à la Charité
Genre : Polar
Scénario : Philippe Pelaez
Dessin & couleurs : Alexis Chabert
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041106332
Pages : 72
Prix : 17,90 €
- CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection Franco-belge bronze et polybronzepar Laurent Lafourcade
La magie singulière des monochromes
« Les personnages quittent leurs cases, franchissent le seuil de la page pour s’incarner sous nos yeux. Dans le froid et la noblesse du métal ou dans la légèreté inventive du PolyBronze, l’univers franco-belge prend une dimension nouvelle : tactile, palpable, sculpturale. Ce qui n’était qu’une image devient une présence. Ce qui n’était qu’un geste dessiné devient volume, ombre et lumière. » (Dominique Dulot)
Au début des années 90, Dominique Dulot ouvre à Bordeaux BD3D, une boutique de produits dérivés essentiellement consacrés à l’univers de Tintin, aujourd’hui disparue. Le passionné a toujours mis en valeur le para-BD. Il était logique que Christian Mallet lui confie la préface de ce nouveau CAC3D hors-série consacré aux figurines de collection Franco-belge en bronze et polybronze. Le bronze a la particularité (et le paradoxe) de figer et de faire respirer le mouvement en même temps. L’alchimie entre la bande dessinée et la sculpture est incroyable. L’ouvrage met tout autant à l’honneur la profession de dessinateur que celle de sculpteur. Ce livre prouve une chose : « Le métal raconte des histoires. »

© Mallet – Côte-à-cas éditions Pour ceux qui l’ignoreraient encore, pour chacune des figurines, il y a une photo de l’objet, avec le nom du fabricant, accompagnée de sa licence et de son copyright. A côté, on trouve les informations détaillées : référence, société, sculpteurs, matière, aspect, dimensions, année de production, tirage, certificat d’authenticité, prix d’origine, provenance et, éventuellement, particularité et contenant. De nombreux objets venus de 41 fabricants différents sont ainsi référencés. Comme dans les hors-séries du CAC3D, il n’y a pas d’estimation de la côte, donnant un côté plus intemporel au livre.

© Mallet – Côte-à-cas éditions De A à Z est aussi une entreprise para-BD créée par Dominique Dulot. Malheureusement plus en activité depuis 2022, elle édita des bronzes de Lucien… et de Renaud, le chanteur. On est rock n’roll ou on ne l’est pas. Alors que ArtySmurf schtroumpfe dans les 395 €, Attakus propose un Chat du Rabbin à 750 € au milieu de multiples figurines de Donjon. Si les plus célèbres séries se taillent la part du lion, on trouve quelques pépites bien originales. Boulesteix propose un buste de l’Undertaker à 1090 €. Le Pinocchio de Winshluss est assis sur un socle en bois laqué noir chez Bulles en boîte à 1500 €. Weëna, de Picard et Corbeyran prend la pose chez Les sculpteurs de bulles en seulement huit exemplaires pour 1550 €. Ce n’est rien à côté des 12 000 € d’Obélix portant un menhir à la Monnaie de Paris. De nombreux animaux du regretté Frank Pé se trouvent chez Sur la pointe du pinceau. Tout ça ne sont que quelques exemples parmi plus de cinquante pages de statuettes.

© Mallet – Côte-à-cas éditions Tintin, Lucky Luke, Gaston, Blake et Mortimer, Les Schtroumpfs, Spirou, Alix et tous les autres… Leurs aventures nous ont tant fait rire et rêver qu’il suffit de regarder l’une de leurs figurines pour revivre leurs histoires. C’est ça qu’il y a de magique dans la BD de qualité, qui plus est dans des sculptures de grande qualité en bronze. Grâce au CAC3D, on les a un peu chez soi.
Série : CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection
Tome : Franco-belge bronze et polybronze
Genre : Argus
Auteur : Christian Mallet
Éditeur : Côte-à-cas éditions
ISBN : 9782491066468
Nombre de pages : 74
Prix : 29 €
- Presidiopar Laurent Lafourcade
Stole Road Trip
« -Et toi, tu t’y prends comment pour rouler sous les radars ?
-Je n’ai rien à moi.
-Donc… T’es plus en mesure de posséder quoi que ce soit… ? C’est-à-dire ? T’es fauché ?
-Non, rien à voir. Je pourrais trouver du blé si j’en avais envie. Mais je veux pas. Je ne veux plus jouer à ce jeu-là ? »
Le plus grand plaisir de Troy Alan Falconer est de quitter un motel à l’aube, les cheveux peignés et encore humides, en bottes de rodéo noires et en chemise blanche aux boutons nacrés et de partir à bord d’une voiture qui ne lui appartient pas, de préférence une grosse berline automatique à vitres électriques. En fait, Troy rejette la société de consommation traditionnelle. Pas besoin d’amasser d’inutiles fortunes. Il pique ce dont il a besoin pour vivre au moment opportun. Et lorsqu’il a l’impression de s’approprier les affaires volées, il s’en débarrasse et cherche une autre cible. Ainsi va sa vie sur les longues routes américaines au son des chanteurs country comme Wynn Stewart et Jim Reeves qu’il écoute sur l’auto-radio.

© Treins, Vilanova, Denoulet – Delcourt Troy a un frère, Harlan, dont la femme vient de se tirer avec toutes ses économies sans laisser de traces. Si Troy retourne à New Cova pour aider Harlan, ce n’est pas par pur esprit de famille. Arrivé sur place, il découvre que ce dernier a vendu la maison familiale. Il apprend qu’il vit encore dans le coin, en dehors de la ville, habitant un bloc de béton aménagé en piaule près de laquelle il s’occupe d’une grande tour radio. Ensemble, ils vont partir vers Presidio, où crècherait la femme disparue. En volant une voiture comme Troy a l’habitude de le faire, leur road trip va être bouleversé par Martha, la petite fille restée dans le véhicule. La gamine leur raconte la noirceur de sa vie. Pas question pour eux de la laisser tomber.

© Treins, Vilanova, Denoulet – Delcourt Presidio est adapté du roman éponyme de Randy Kennedy paru en 2019. L’auteur texan y dépeint l’Amérique sombre de deux losers. Troy est plus filou que voyou. Harlan est un paumé qui a raté sa vie. Tous deux vivent en marge de la société. Après Lovecraft, Simon Treins fait le grand écart en adaptant Randy Kennedy. Le fantastique laisse place à la série noire. Dessinateur pour Marvel et Star Wars, Guiu Vilanova adapte la dynamique Comics au format classique franco-belge. Malgré un encrage parfois trop épais, sous les couleurs sèches de Bertrand Denoulet, il retranscrit parfaitement l’ambiance rude du roman, dont le final laisse bouche bée.

© Treins, Vilanova, Denoulet – Delcourt Bien qu’elle soit bien présente, Presidio est plus un récit d’ambiance que d’action. Son intérêt réside dans la peinture de l’Amérique qu’il raconte. L’écrivain, le scénariste, le dessinateur et le coloriste proposent un road trip immersif, ailleurs que dans le pays de carte postale, où les âmes sont plus arides que les paysages.
Titre : Presidio
Genre : Thriller/Polar
Scénario : Simon Treins
Dessins : Guiu Vilanova
Couleurs : Bertrand Denoulet
D’après : Randy Kennedy
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413044000
Nombre de pages : 64
Prix : 15,50 €
- CAC 3D – Hergé & Co 2par Laurent Lafourcade
The Essential Guide for collectibles 2° edition
Calling all Tintin-lovers! With this album, you can own every collectible figurine from the universe of Hergé in one go. For this fourth edition of the argus CAC3D dedicated to the work of Tintin’s creator, Christian Mallet has added the latest productions released from different manufacturers over the past three years. To reflect on such a rich universe, the preface needed to be penned by a deep and profound observer of all things Tintin.
This time, the choice fell on someone who has studied the entire bibliography of the master (« Should we burn Tintin? »), someone who knows Snowy as if he owned him (« Human Snowy, too human »), someone who himself put the characters (or their avatars) in a thrilling story (“Murders at Moulinserre”) and someone who interviewed the greatest specialists on the future of the character (« Tomorrow Tintin? ») : That someone is Renaud Nattiez.

© Mallet – Côte-à-cas éditions
© Tintinimaginatio 2026This scholar quickly makes a confession to readers. He announces at the start that he is not himself a collector, but that he has always been intrigued by this strange species. With that one sentence, the thrust of his preface emerges. « I am not a collector. » He thereby declares that this book is not reserved only for collectors. The high-quality merchandise, sculptures and objects help bring the world of Tintin to life, maintain our devotion and extend our child-like fascination. Renaud Nattiez distinguishes two types of collectors: those who collect without knowing it, like him – readers essentially, young or old; and those who embrace collecting, though not necessarily specialists in the work, whose passion is imbued with an intellectual and playful nature. The two types meet, and rub shoulders. The author recalls that the adventures of Tintin are themselves dotted with collectors. Hergé was a collector of art, just as much as he delighted to see objects of art being made – here a sceptre by Ottokar, there a lucky charm by Arumbaya. The merchandise is part and parcel of the success. Nattiez asks a key question: does merchandise have the power to bring new readers to the world of Tintin?

© Mallet – Côte-à-cas éditions
© Tintinimaginatio 2026Rather than dwell on our own arguments in that debate, let’s enjoy the moment with this CAC3D. As already noted, there are two ways to understand the argus. The collector will look for estimates from his collection, in order to better resell pieces or buy new ones. The amateur will simply lose him or herself in the visuals, as each and every piece is photographed.
In my last column about the previous edition, I presented some of the most remarkable objects from the book. Let’s have a look at some new products that emerged since that edition. In a model released in April 2024, Tintin drives the Blue Torpedo of Doctor Finney, in a scene from Cigars of the Pharaoh. Produced by Tintinimaginatio, this polychrome model in resin and metal was printed in 1,250 copies and costs €1,295. The same company released in June 2023 a resin statuette of the Maharajah and his son, adapted from the poster for the exhibition ‘Tintin’s Imaginary Museum’; it measures 29 cm in resin, costs €315, and was sculpted by the Moulinsart workshop. On the cheaper side, at only €110, you can buy yourself Tintin riding a motorcycle in front of Snowy and the sprawling Thompsons, a scene from King Ottokar’s Sceptre, in resin and polychrome metal at 1/24 scale.

© Mallet – Côte-à-cas éditions
© Tintinimaginatio 2026As if on a silver platter, Christian Mallet offers up all these products stemming from a universe, the universe of Hergé, that invites us to reread Tintin over and over again. We know that, on each rereading, we will always find something new.
Collection : CAC 3D – The Essential Guide for collectibles 2° edition
Volume : Hergé & Co
Kind of Book : Argus
Author : Christian Mallet
Editor : Côte-à-cas éditions
ISBN : 9782491066451
Numbre of pages : 232
Price : 49 €
- Minor Arcana 1 – Le foupar Laurent Lafourcade
Un don inattendu
« -Salut.
-Tiens, tiens, tiens… Mais qui voilà. Tu ne m’avais pas dit que tu serais là hier ?! Je me suis inquiétée.
-C’est vrai que t’as l’air super inquiète, m’man. »
Après plusieurs mois sans y être revenue, Theresa est de retour dans son village d’enfance. Elle pousse la porte d’un cabinet de voyance fermé. Passé, présent, avenir, que cherche-t-elle ? Rien de tout cela. Elle vient retrouver sa mère Vickie qui tenait la boutique. Cette dernière a demandé à sa fille de venir s’occuper d’elle. Atteinte d’un cancer, elle continue à boire et à fumer. La mère souhaite que la fille rouvre le cabinet pour la remplacer. Theresa n’est pas franchement décidée à la faire. Elle est plus préoccupée par sa récente séparation avec sa copine. Un soir, à presque minuit, une dame âgée toque à la vitrine. Elle demande une consultation urgente. Ne pouvant réveiller sa mère et pressée par la demande insistante de la cliente, Theresa lui tire les cartes.

© Lemire – Delcourt Si la dame cherche la réponse à une question, c’est Theresa qui va avoir une révélation. Comme transportée dans une dimension parallèle, elle rencontre le mari décédé de la cliente. Troublée par cette expérience, la voyante improvisée lui dit n’avoir rien vu du tout et lui prie de partir. Theresa pense tout d’abord à une manipulation de sa mère avant de vérifier et de comprendre qu’elle a vraiment des pouvoirs divinatoires. Non, elle n’est pas folle. Le fou, il est sur une carte, et il l’invite à vivre l’instant présent, à ne pas se prendre la tête et à laisser courir malgré les blessures du passé, celles de sa vie avec son ex qui a refait la sienne avec un mec et celles causées par son père Budd qui trompait sa mère.

© Lemire – Delcourt Après le succès de Sweet Tooth adapté pour Netflix, le dessinateur et scénariste Jeff Lemire est de retour avec une nouvelle série choc. L’auteur canadien verse dans l’occultisme et le tarot. Theresa est une jeune femme déjà meurtrie dans sa vie pourtant courte. Famille, amour, elle est en pleine recherche d’elle-même lorsqu’elle se découvre le pouvoir de rencontrer des morts et de revivre des scènes du passé qu’elle n’a pas vécues. Dans une mise en page somme toute classique pour un comics, Lemire montre son talent dans le découpage des scènes fantastiques : Theresa comme si elle faisait partie de cartes, Budd en NDE. Le graphisme semi-réaliste, le trait jeté et les couleurs aquarelles donnent à l’ensemble un ton spécifique, autre que si on était dans du réalisme pur. C’est toute la puissance du talent de Jeff Lemire.

© Lemire – Delcourt Esprits, êtes-vous là ? Minor Arcana place l’occultisme au centre de préoccupations psychologiques XXIème siècle. Jeff Lemire l’annonce comme une « ongoing » longue durée. Si la suite a la puissance de cette mise en place de l’univers, il y a fort à parier que Theresa ne tirera pas les cartes de tarot qu’en BD.
Série : Minor Arcana
Tome : 1 – Le fou
Genre : Fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Jeff lemire
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413091417
Nombre de pages : 144
Prix : 17,50 €
- CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection Poissons de mer et d’eau doucepar Laurent Lafourcade
La pêche aux statuettes
« Mon métier n’a jamais été un métier mais une passion qui ne s’est jamais arrêtée tout au long de ma carrière et qui a perduré après. Grand amateur de bande dessinée, je collectionne depuis plus de trente ans toutes les figurines de poissons et celles liées aux fleuves et océans. Christian Mallet leur offre une place de choix dans cet argus d’exception. » (Joseph Fontanet)
Dans ce nouveau CAC3D préfacé par Joseph Fontanet, champion du monde de pêche sportive au coup en eau douce individuel, Christian Mallet recense toutes les figurines ayant trait à l’eau au sens général, que ce soit en bande dessinée ou au cinéma, et pas forcément d’animation. Issue du film mythique de Jack Arnold de 1954, l’étrange créature du lac noir trône même en couverture du livre. Les quinquagénaires se rappelleront avec nostalgie de la soirée en 3D à la télévision avec les lunettes en plastique vert et rouge. Au cœur de l’Amazonie, un paléontologue découvre un fossile de main appartenant à une espèce inconnue. Persuadé qu’il s’agit du chaînon manquant entre l’homme et le poisson, il rassemble une expédition pour exhumer le reste du squelette. L’équipe décide alors de descendre le fleuve en bateau, s’enfonçant dans un territoire sauvage et poisseux, sans se douter que les eaux abritent encore l’étrange créature.

L’animation est en bonne place avec Bob l’éponge, Ponyo sur la falaise, Bob l’éponge, la petite sirène, Nemo et bien d’autres. L’étonnante collection des Snorky sortie chez Leblon-Delienne est d’une qualité exceptionnelle. Les personnages dessinés par Nic Broca, à la demande d’un producteur pour concurrencer les Schtroumpfs, n’ont pas vraiment eu le succès télévisé escompté. Ils se rattrapent en 3D dans ces figurines de 23 à 26 centimètres en résine. Astral, Cathy, Junior, Daphné, Harpo et leurs amis, sans oublier le gouverneur et le professeur Galéo, sont prêts à être exposés dans vos vitrines.

La bande dessinée se taille la part du lion, ou du requin plutôt. Pixi a produit une série d’Ordrafalbétix, le poissonnier du village d’Astérix. Si les figurines avec le personnage seul sont abordables (de 50 à 70 €), la scène de bagarre des villageois à coup de poissons pas frais sera dans votre salon pour pas moins de 1290 €. Chez Attakus, un requin en bronze monochrome dessiné par André Franquin dans Les Idées Noires est présenté sur socle avec une tige. Franquin est également à l’honneur avec des figurines issues des aventures de Spirou : Le repaire de la murène et Spirou et les hommes-bulles.
Pour ceux qui l’ignoreraient encore, pour chacune des figurines, il y a une photo de l’objet, avec le nom du fabricant, accompagnée de sa licence et de son copyright. A côté, on trouve les informations détaillées : référence, société, sculpteurs, matière, aspect, dimensions, année de production, tirage, certificat d’authenticité, prix d’origine, estimation de la côte actuelle, provenance et, éventuellement, particularité et contenant. Dans ce volume, 715 objets venus de 52 fabricants différents sont ainsi référencés.

En démarrant une collection d’argus thématiques dont celui-ci, consacré aux poissons de mer et d’eau douce, les éditions côte-à-cas de l’ami Christian Mallet ne sont pas près de prendre l’eau. Les CAC3D sont les ouvrages de référence de l’univers de la figurine.
Série : CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection
Tome : Poissons de mer et d’eau douce
Genre : Argus
Auteur : Christian Mallet
Éditeur : Côte-à-cas éditions
ISBN : 9782491066468
Nombre de pages : 120
Prix : 29 €
- Greenlander 1 – L’Aimé-des-ourspar Laurent Lafourcade
Malheurs vikings
« -Björn Aimé-des-ours !!! Ça fait un sacré bout d’temps qu’on t’avait pas vu traîner tes guêtres à Brattahild, berger !…
-Orjan ?! Mon ami…
-Ça fait plaisir de te revoir… Mais tu sens fort la brebis !
-Et toi la misère… La situation ne s’est pas améliorée à ce que je vois. J’ai connu la colonie plus florissante quand j’étais jeune…
-Trois saisons qu’aucun Knörr n’est venu depuis la Norvège… On manque de tout : de matériel, de nourriture et surtout de bois ! Alors toutes les fermes tombent peu à peu en ruines, sauf celle du jarl Thorsnes… »
Björn Aimé-des-ours aime la solitude et fait montre de grande patience. C’est certainement pour cela qu’il est devenu berger. Souvent, cette fonction est tenue par le simplet du village, celui qu’on ne pourra marier. Lui, il aime respirer l’odeur de la laine et les vastes espaces. Il profite de l’indépendance de cette vie. Loin de l’idée des hommes qui se pensent supérieurs, lui, se considère comme l’égal de l’animal, au milieu d’une nature immense. Un jour, en allant rejoindre son troupeau sur les hauteurs, il trouve ses mouton massacrés, tués sans être dévorés. Seul indice : de gigantesques empreintes d’ours. Avec son chien, ils commencent à suivre la piste mais perdent rapidement la trace de la bête. Il ne reste plus à Björn qu’à rejoindre la colonie de l’Eiriksfjord au village de Brattahild, pour espérer y vendre ses fromages de brebis.

© Bec, Klosin, Pinchuk – Oxymore En arrivant sur place, le berger trouve une communauté malade, affaiblie, affamée. Les rats sont partout. Accueilli par son ami Orjan Patte-Folle, Björn ne peut que constater la situation. Le lendemain, ce sont les cadavres des pêcheurs, déchiquetés par des baleines tueuses, qui sont retrouvés sur la plage. Si le curé invoque une malédiction qui cessera avec la venue du Seigneur, Vilde, la vieille chamane, regrette que les vikings aient renié leurs anciens dieux. « Tant de choses ont été oubliées. » Le mystère continue de s’épaissir lorsqu’un bateau accoste, la voile déchirée, avec à son bord, le cadavre desséché d’une femme qui s’était attachée au mât. Clan voisin massacré qui vient se réfugier, vol de corbeaux, assaut inuit, les malédictions s’abattent les unes après les autres…

© Bec, Klosin, Pinchuk – Oxymore Greenlander est le nom de cette Terre Verte du Groënland sur laquelle des vikings se sont installés. Bien que flirtant avec le fantastique, Christophe Bec raconte la vie difficile de ces hommes il y a huit siècles. Déjà, la politique internationale faisait des siennes, la Norvège décidant vers 1350 d’abandonner les liaisons avec sa colonie groënlandaise, laissant ses compatriotes locaux isolés, en proie avec la famine, la peste noire et les inuits qui comptent bien chasser les colons. Le dessinateur Przemyslaw Klosin s’inscrit dans la liste des solides dessinateurs réalistes qui soignent chaque détail, chaque morceau de décor. On sent au-dessus de cet album l’œil attentif, bienveillant et exigeant du couple Istin, éditeur chez Oxymore. Aux couleurs, Julia Pinchuk jongle habilement avec les ambiances, la nature, le froid, la dramaturgie.

© Bec, Klosin, Pinchuk – Oxymore Greenlander relève presque du documentaire historique. Greenlander n’est pas une série fantastique mais joue avec certains de ses codes par le biais des croyances et de la religion. On est loin de Thorgal et beaucoup plus proche d’une triste réalité. Un incroyable voyage dans le temps, comme si on y était.
Série : Greenlander
Tome : 1 – L’Aimé-des-ours
Genre : Viking
Scénario : Christophe Bec
Dessins : Przemyslaw Klosin
Couleurs : Julia Pinchuk
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611361
Nombre de pages : 56
Prix : 16,50 €
- Simenon – Barrio Negropar Laurent Lafourcade
L’Equateur coupe en deux
« -Cesse de pleurer, maman…
-Tu pars si loin… Tu veux déjà me laisser toute seule !
-Malgré la mort de papa, grâce à toi, j’ai pu terminer mes études. Il est normal que je te le rende. Je vais bien gagner ma vie, là-bas et je pourrai t’envoyer une bonne somme chaque mois.
-Tu es un bon fils… Tu ne vas plus à la messe, mais prions ensemble comme quand tu étais petit, tu t’en souviens ? »
Fraichement marié à Germaine, Joseph Dupuche et sa femme partent à l’autre bout du monde, en Equateur. Dans les années 30, l’Amérique du Sud, c’est encore plus loin qu’aujourd’hui. Joseph est un jeune ingénieur. Il n’y a pas de travail pour lui en France. Il prévoit de revenir dans cinq ans avec un beau pécule d’environ 200 000 francs. Pour le suivre, Germaine démissionne de son emploi dans l’administration des téléphones où pourtant son père lui avait trouvé une bonne place. Joseph va remplacer un ingénieur à moitié fou de la Société anonyme des mines de l’Equateur. M.Grenier, l’administrateur de l’entreprise, lui donne 10 000 francs et deux lettres de crédit promettant chacune 20 000 francs à Panama et à Guayaquil. Le couple embarque sur le paquebot Ville de Verdun.

© Bocquet, Rey – Dargaud Après deux semaines de traversée, les Dupuche débarquent en Amérique. Le rêve américain ne va pas tarder à se transformer en cauchemar. Après avoir traversé le canal de Panama et s’être installé dans un hôtel de luxe, Joseph apprend que la Société anonyme des Mines de l’Equateur qui l’a embauché a fait faillite. Erreur ? Escroquerie ? Toujours est-il que le couple n’a presque plus d’argent, est bloqué sur place et va devoir trouver des moyens de subsister. Les premières tensions apparaissent. Germaine accepte un poste de réceptionniste en échange de 30 dollars mensuels logée nourrie. Le gérant ne voulant pas de ménage dans son personnel, Joseph se trouve une chambre dans le quartier noir, le Barrio Negro.

© Bocquet, Rey – Dargaud Tout le monde connaît Georges Simenon, auteur des enquêtes du célèbre Commissaire Maigret. Mais il serait fort réducteur de le cantonner à cette seule paternité. En adaptant ses romans noirs, les éditions Dargaud mettent en exergue la riche littérature de l’écrivain. Parmi eux, Quartier Nègre est paru en 1935. Le dessinateur espagnol Javi Rey l’ayant découvert dans son pays sous le titre Barrio Negro, c’est celui-ci qui a été conservé pour la bande dessinée. A l’époque, Simenon s’inspire de ses voyages pour écrire. Cette histoire est celle d’un déclassement social et d’un homme qui décide de tourner le dos au destin. C’est l’histoire d’un couple qui tente de surnager et qui petit à petit se délite. C’est une histoire d’amour(s) avec, en sous-jacent, la démonstration des limites du colonialisme. Simenon observe le monde en même temps qu’il analyse le couple, et l’on sait qu’il en avait une vision bien à lui, l’homme ayant multiplié les conquêtes et les infidélités. José-Louis Bocquet, scénariste-adaptateur, prouve ici que la bande dessinée est un art qui permet aussi de rendre service à la littérature en lui offrant une vitrine telle que celle-ci. L’un et l’autre de ces arts se nourrissent.

© Bocquet, Rey – Dargaud Le magnifique travail éditorial de Dargaud est à souligner pour ce livre. Les dessins et les couleurs de Javi Rey sont sublimés dans une maquette, un papier et une impression impeccable. Sous la jaquette à rabats, un autre dessin de couverture, magnifique, résume le destin de Joseph Dupuche.
Barrio Negro est déjà le cinquième volume de la collection. Bocquet travaille sur le suivant, Les gens d’en face, pour Jorge Gonzalez. La collection a plus qu’atteint son but : faire redécouvrir l’œuvre d’un auteur majeur de la littérature francophone.
Série : Simenon
Tome : Barrio Negro
Genre : Drame
Scénario : José-Louis Bocquet
D’après : Georges Simenon
Dessins & Couleurs : Javi Rey
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782505129110
Nombre de pages : 96
Prix : 22,95 €
- Yvain & Yvon 5 – Le secret du Tumuluspar Laurent Lafourcade
La dernière sortie de l’enfant-loup
« -Dites… Vous savez ce que cette petite colline est censée représenter ?…
-Balai-brosse doit savoir !
-Je sais. C’est un tumulus !…
-Euh… C’est quoi, un tumulus ?
-Là où il y a des mûres. Non, un tumulus est un monticule de terre qui recouvre une tombe des anciens romains.
-Une tombe, chouette ! On peut y entrer alors ?…
-Je serais surpris ! Tous les tumuli ont été pillés et refermés depuis longtemps. »
Merle vient passer quelques jours de vacances chez Yvain et Yvon, avec son chien Balai-brosse. Il fait beau. Balades en forêt et baignades dans le lac sont au programme. Merle sait que Yvon peut se métamorphoser en loup et devenir Ysengrin. Les jumeaux n’ont pas à cacher leur secret. A l’endroit où Balai-brosse débusque un lapin, les enfants découvrent un bracelet en or. Et si c’était une partie d’un trésor romain ? Il y a un tumulus pas loin, abritant une tombe de l’époque gallo-romaine. Nos amis vont déposer leur découverte au commissariat. Pour les forces de l’ordre, pas de doute, il y a un rapport avec les fouilleurs clandestins soupçonnés de tenter de piller le tumulus du grand romain.

© Cadot, Bom – La vache qui médite L’Ardenne…L’Ardenne des roches moussues, des cours d’eau qui viennent d’on ne sait où, l’Ardenne des légendes et du mystère…L’Ardenne des enfants…et des loups. Tel est le décor des aventures des jumeaux Yvain et Yvon et du loup Ysengrin. Duo ou trio ? Trio ou duo ? Toujours est-il qu’Ysengrin vit en Yvon. Parfois, il apparait à sa place. Leur symbiose va au-delà de la métamorphose. Leurs deux corps, leurs deux âmes vivent l’une et l’autre en complément. Ysengrin n’est pas Yvon. Yvon n’est pas Ysengrin. Bref, c’est l’un ou l’autre. Ils jurent de garder leur secret pour eux, mais le dévoileront à plus d’un de leurs amis, qui, eux, sauront garder leur langue…heureusement. Yvain est habillé en rouge et a trois taches de rousseur sur chaque joue. Yvon est vêtu de bleu. Leurs écharpes ont les couleurs inversées.

© Cadot, Bom – La vache qui médite La série est née en février 1985 dans le journal Tintin. Elle a connu quatre albums aux éditions du Lombard entre 1987 et 1989. Récemment, les éditions de La Vache qui médite ont édité les premières histoires du duo/trio dans deux albums titrés Les inédits 1 et 2. On peut y découvrir aussi comment la série évoluerait si elle reprenait un jour. Au fil des histoires courtes, les enfants prennent quelques années. Si on peut estimer qu’ils ont plus ou moins 7 ans dans le premier récit, ils se stabiliseront autour de 10, pour terminer vers 13 ans dans le dernier grand récit. Les auteurs ont-ils voulu les faire grandir avec leur lectorat ? C’est également au fil du temps qu’Ysengrin distille ses pouvoirs. Yvain pourra voler grâce à trois poils arrachés au pelage du loup. Au départ, Yvain devait récupérer les habits d’Yvon pour qu’il les remette lors de la transformation inverse. L’idée sera abandonnée. Plus aucune explication vestimentaire ne sera donnée.

© Cadot, Bom – La vache qui médite Yvain et Yvon est une série à découvrir à huit ans, à réfléchir à douze ans, à savourer comme une madeleine tout le reste de la vie. Les lecteurs d’origine sont aujourd’hui tous adultes. « Et quand on est adulte, il y a des choses auxquelles on ne croît pas, tout simplement parce qu’on se dit qu’elles sont impossibles, juste bonnes à raconter aux enfants. Mais certains adultes, sous la rude carapace du travail et des responsabilités, ont conservé un cœur d’enfant et, à ceux-là, il arrive parfois des choses extraordinaires. » Gardez votre âme d’enfant. Cela vous permettra de continuer de rêver le plus longtemps possible.

© Cadot, Bom – La vache qui médite Cette série des années 80 figure parmi les plus attachantes et regrettées. Elle fleure bon l’innocence candide. Un jour, Ysengrin expliquait à Yvain, en arrivant en ville, qu’il ne faisait pas beau par là, dans la banlieue. Ce dernier lui demanda ce qu’était la banlieue. Un dialogue qui veut tout dire sur les intentions des auteurs. Mêlant aventure et mythologie fantastique, les histoires sont tout autant instructives que constructives. Elles font partie de la « nostalgie heureuse » pour le reste de la vie.

© Cadot, Bom – La vache qui médite Comme l’écrivent les auteurs en conclusion du Roi des loups, deuxième album du Lombard : « Ce jour-là, Yvain apprit que lorsqu’un ami vous quitte, il faut se taire et penser très fort à lui. Alors, il sera toujours là ! » C’est pour cela qu’Yvain & Yvon resteront toujours dans nos cœurs.



Série : Yvain & Yvon
Tome : 5 – Le secret du Tumulus
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Bom
Dessins : Patrick Cadot
Couleurs : Jean-François Debaty
Éditeur : La vache qui médite
Nombre de pages : 54
Prix : 28 €
- Thorgal Saga 6 – La déesse d’ambrepar Laurent Lafourcade
Pour l’amour d’un fils
« -Thorgal !!
-Aaricia ?!
-Notre bébé… Je n’arrive pas à le réveiller… J’ai tout essayé mais rien n’y fait !
-Mon fils ! Ouvre les yeux ! Jolan ?!
-Il allait bien tout à l’heure.
-Ce n’est quand même pas ce collier ? »
Northland, côtes septentrionales. Alors qu’il est parti acheter une chèvre au village, Thorgal sauve une jeune femme aux prises avec trois vikings. En remerciements, elle lui offre un collier d’ambre, censé lui porter chance. De retour chez lui, il l’offre à Aaricia qui le laisse de côté. Jolan se l’accapare et s’endort dès qu’il le met autour de son cou. Dès lors, impossible pour ses parents de le sortir de sa léthargie. Thorgal décide de partir à la recherche de celle qui le lui a donné pour l’obliger à lever son maléfice. En rêve, l’orphelin des étoiles parvient à communiquer avec son fils. Apeuré, Jolan demande à son père de venir le chercher dans la forteresse d’ambre où il est retenu. Après un périple sur une mer déchaînée, Thorgal débarque dans une contrée ravagée par un impressionnant incendie. Dans le village en bordure de la côte, il retrouve Ingrid, la femme qui lui a offert le collier. Etrangement, il n’y a que des femmes. Tous les hommes sont plongés dans le même sommeil que Jolan.

© Bec, Mangin, Georges – Le Lombard Comme souvent, si Thorgal quitte son domicile, ce n’est pas par goût de l’aventure, c’est parce qu’il a un problème familial à résoudre. Ce sixième Thorgal Saga ne déroge pas à la règle. Les dieux le mettent une nouvelle fois à l’épreuve. Fan de la Saga, Christophe Bec a demandé à Valérie Mangin de le rejoindre. La scénariste a développé le personnage de la déesse de la mythologie scandinave Huldra. Celle-ci n’est pas un ennemi offensif. Elle ne fait que se défendre et se protège d’un monde qui l’a maltraitée. La recluse a deux facettes, l’une empathique, l’autre maléfique. L’histoire dénonce aussi l’exploitation abusive des ressources naturelles par les hommes, punis de piller l’ambre de la montagne. Pour remettre tout d’aplomb, Thorgal prend le costume d’Ulysse 31 qui doit réveiller ses compagnons de voyage. De son côté, Aaricia assume son rôle de protectrice du foyer, non moins périlleux lorsque survient un vol d’insectes géants.

© Bec, Mangin, Georges – Le Lombard Christophe Bec reprend ses crayons en adaptant légèrement son style pour se rapprocher de celui de Rosinski. Il a raccourci ses hachures, adopté les bulles en nuages. Il parvient à maîtriser les personnages iconiques tout au long de l’album. On sait que la tâche est extrêmement complexe, qu’il ne faut pas décevoir les lecteurs, qu’il est inutile de tenter de copier-coller le maître, qu’il faut faire son propre Thorgal, avec sa propre personnalité tout en faisant croire au subconscient du public qu’il lit celui qu’il a toujours lu. De la mer déchaînée aux montagnes embrasées, du village côtier au palais de la divinité, Bec montre ses grands talents de décoriste, transcendés dans des doubles planches de toute beauté, donnant toute la dimension éditoriale que l’on attend d’une série comme Thorgal Saga. Quant aux couleurs, Gaëtan Georges fait le pont avec la série-mère, où il est aux commandes, en ajoutant l’éblouissant orange de l’ambre.

© Bec, Mangin, Georges – Le Lombard La déesse d’ambre est un Thorgal de fort bon cru. La résolution est peut-être un peu rapide. On aurait aimé voir Thorgal batailler plus. Mais on est un héros ou on ne l’est pas ? En attendant Le grand Bargha, prochain Thorgal Saga par Sébastien Vastra et Eric Hérenguel, la conclusion de celui-ci invite à se précipiter sur l’histoire qui suit dans la chronologie et qui est l’un des tous meilleurs albums de la série, le terrifiant : Alinoë.
Série : Thorgal Saga
Tome : 6 – La déesse d’ambre
Genre : Heroïc Fantasy
Scénario : Valérie Mangin
Dessins : Christophe Bec
Couleurs : Gaëtan Georges
D’après : Rosinski & Van Hamme
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808214032
Nombre de pages : 112
Prix : 24,95 €
- CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection Franquin & Co 3ème éditionpar Laurent Lafourcade
Gaffe aux figurines !
« M’enfin ?!? Voilà que l’ami Christian Mallet me soumet à la tentation franquiniste et à l’infidélité à Hergé ! (…) Peut-être lui ai-je déjà fait part de mon admiration pour Franquin et de ma passion pour Gaston Lagaffe… En feuilletant les pages de ce catalogue, je prends conscience de la richesse et du nombre de figurines de collection dédiées aux personnages créés par André Franquin… Et finalement, cela ne m’étonne pas ! » (Olivier Roche)
Confier la préface d’un argus consacré aux figurines de l’univers de Franquin à un exégète de l’œuvre de Hergé, il fallait oser. Christian Mallet l’a fait. Force est de constater que c’est une idée de génie. En effet, le tintinophile Olivier Roche est aussi un amoureux du monde de Franquin, comme l’était Hergé lui-même. Il le rappelle ici. Hergé a déclaré à Numa Sadoul : « Lui, c’est un grand artiste, à côté duquel je ne suis qu’un piètre dessinateur. ». Le débat est lancé. En tous cas, pour l’un comme pour l’autre, des centaines de figurines ont vu le jour. L’argus ici présent est la troisième édition consacrée à Franquin.

© Mallet – Côte-à-cas éditions Pour ceux qui l’ignoreraient encore, pour chacune des figurines, il y a comme à l’accoutumée l’estimation de la côte et une photo de l’objet, avec le nom du fabricant, accompagnée de sa licence et de son copyright. A côté, on trouve les informations détaillées : référence, société, sculpteurs, matière, aspect, dimensions, année de production, tirage, certificat d’authenticité, prix d’origine, provenance et, éventuellement, particularité et contenant. Plus de 710 objets de 33 fabricants sont ainsi référencés. Dans un catalogue dominé par les productions Leblon-Delienne et Pixi, picorons quelques pépites de ci de là.

© Mallet – Côte-à-cas éditions Alors que les éditions Blake & White viennent d’éditer une sublime version en noir et blanc de Il y a un sorcier à Champignac, pourquoi ne pas l’accompagner de la voiture du Comte, dans cette scène où il rencontre pour la première fois Spirou et Fantasio et les conduit au village ? La miniature en métal et plastique est sortie en juillet 2008 chez Atlas. Pas cher : 19,90 €. Encore faut-il la dégotter. Ce n’est pas le même prix que le tirage d’art de Gaston en bronze composite chez Boulesteix. A moins de gagner au loto, il faut avoir 10 000 € à débourser.
L’intitulé du livre Franquin & Co est malin. Il laisse la porte ouverte aux autres auteurs de Spirou. Ainsi, Figures & vous a produit plusieurs résines d’après Le faiseur d’or de Jean-Claude Fournier. Pour 799 €, Zorglub, Zantafio, Grabuge et Champignac sont en scène en 399 exemplaires et 18 cm de hauteur. Magnifique quadriptyque chez Les émailleries belges en 100 exemplaires pour 750 € : un bébé marsu se fait déméler la queue par ses parents. On revient à des prix abordables chez Plastoy avec Gaston jouant du gaffophone pour 68 € et 22 cm de haut. Le sculpteur Stéphane Saint-Emett s’attache aux figures élancées de Munuera et de Chaland avec des résines polychromes de 149 à 390 €.

© Mallet – Côte-à-cas éditions C’est la troisième édition de cette encyclopédie des figurines de collection issues de l’univers de Franquin. Christian Mallet orchestre une fois de plus un travail de fourmi offrant tout autant un argus pour collectionneurs qu’un livre d’art pour tous.
Série : CAC 3D – Encyclopédie des figurines de collection
Tome : Franquin & Co 3ème édition
Genre : Argus
Auteur : Christian Mallet
Éditeur : Côte-à-cas éditions
ISBN : 9782491066444
Nombre de pages : 202
Prix : 39 €
- Darwin’s incident 9par Laurent Lafourcade
Deux frères, deux trajectoires
« -Là, regardez ! Quelqu’un est entré par là. C’est récent. Omelas a parlé d’une cave. Sa cachette se trouve ici, ça ne fait aucun doute. Lucy est là-dessous. Allons-y !
-Il a raison. La police va probablement revenir dans la journée avec un mandat. Si on vuet y aller, c’est maintenant. »
La cachette d’Omelas ne se trouve pas à l’intérieur des installations de l’institut Strard. La directrice en est sûre, si une telle pièce existait, elle ne pourrait l’ignorer. Charlie, l’humanzee, remarque sur les plans que le terrain possédé par l’institut est au moins dix fois plus grand que la taille des installations. Et il n’y a pas que des forêts. On trouve par exemple une usine sidérurgique construite avant la Seconde Guerre Mondiale qui produisait principalement de l’acier pour l’armée. Après sa faillite avant le rachat de la zone par l’institut, elle fut laissée à l’abandon à cause de l’amiante. Charlie remarque un trou récent dans le grillage l’entourant. Pour lui, ça ne fait aucun doute, Omelas a parlé d’une cave, il doit être planqué ici.

© 2026 Shun Umezawa/Kodansha Ltd.
© KANA 2026Alors que le petit groupe dans lequel se trouve aussi la professeure Yuan s’apprête à entrer à l’intérieur, kidnappée par l’ALA, Lucy tente de s’enfuir alors qu’on est en train de l’amener au bloc opératoire où elle doit être utilisée pour reproduire des hybrides. Elle tombe nez à nez avec un petit docteur au monocle dans un lieu où sont pratiquées des expériences de dissection et de transformation. Pour les animaux, les humains sont tous des démons. Il faut faire comprendre cela au monde entier. Lucy se trouve en fait aussi dans l’usine désaffectée et pourrait se retrouver au milieu du face-à-face entre les deux frères Charlie et Omelas qui s’annonce musclé.

© 2026 Shun Umezawa/Kodansha Ltd.
© KANA 2026A l’occasion du lancement de la série anime sur Netflix, Shun Umezawa est venu en France. On peut retrouver l’une de ses interviews sur le site manga-news.com : https://www.manga-news.com/index.php/actus/2026/02/27/Rencontre-avec-lauteur-de-Darwins-Incident-Shun-Umezawa. On apprend que l’auteur, spécialiste des histoires courtes, avait déjà abordé le sujet dans un récit intitulé « Déjà humain ». Pour sa première longue série, il s’est longuement documenté pour avoir un point de vue le plus objectif possible. Soucieux du bien-être animal, il n’est pas devenu végan mais a considérablement limité sa consommation de produits mettant en question l’exploitation de l’animal. Il est aussi question de dessin, et en particulier de l’importance du regard de Charlie et de la façon qu’il a de se déplacer.

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© KANA 2026Darwin’s incident est une série majeure des années 2020. Engagée, addictive, elle invite à se positionner dans une société en perpétuelle (trans-)mutation.
Série : Darwin’s incident
Tome : 9
Genre : Anticipation
Scénario & Dessins : Shun Umezawa
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
ISBN : 978505144212
Nombre de pages : 160
Prix : 7,90 €
- Les enfants de la résistance racontent 1 – Josette & Jean-Jacquespar Laurent Lafourcade
Témoignages nécessaires
« -Je suis venue vous parler de mon quotidien pendant la guerre… J’avais votre âge, et j’ai participé à la résistance ! C’était avec mon père. Je l’aidais. J’étais son agente de liaison. Je vais vous expliquer tout ça, mais d’abord, vous devez savoir quelque chose… Mon père est mort. »
Dans un collège de Perpignan, une dame âgée vient raconter aux élèves son quotidien pendant la guerre. Josette Forgues-Torrent était une enfant de la Résistance. Avant la guerre, sa famille est partie vivre en Bretagne à Saint-Malo, pour le travail de son père. En septembre 1939, la guerre avec l’Allemagne est déclarée. On achète à manger avec des tickets de rationnement. Papa part sur le front de l’Est. Printemps 1940, les choses s’accélèrent. Les allemands envahissent le pays. Josette apprend que son père a pu rejoindre ses parents dans la zone libre à Perpignan. Avec sa mère et sa sœur, ils vont aller le rejoindre. C’est en 1942 qu’elle apprend les activités clandestines de son père dans la Résistance. Epuisé et malade, il demande à sa fille de lui donner un coup de main. C’est ce qu’elle va faire avec courage et discrétion.

© Dugomier, Neyrat, Duvoisin – Le Lombard Jean-Jacques Auduc est né dans la Sarthe en 1931. Il a neuf ans lorsqu’en 40 il fait le grand exode avec la famille de son oncle. Son père n’est pas avec eux. Il a été démobilisé l’année précédente. Jean-Jacques apprend la différence entre les allemands et les nazis. C’est important. Les nazis sont des SS, soldats fanatisés d’Hitler. En juin 40, il retrouve son père. Après quelques mois de sidération dus aux horreurs auxquelles il avait assisté, ce dernier entre en Résistance. Il intègre un réseau. Chacun dans la famille aura son rôle. Avec un vélo, Jean-Jacques sera agent de liaison. De leur campagne, il ira porter et récupérer des messages au Mans, en apprenant à duper l’ennemi.

© Dugomier, Neyrat, Duvoisin – Le Lombard Comme François, Eusèbe et Lisa, Josette Forgues-Torrent et Jean-Jacques Auduc étaient des enfants de la Résistance. Sauf qu’eux, ils ne sont pas des personnages de fiction. Josette a été la plus jeune résistante de France. Jean-Jacques obtint la croix de guerre à 12 ans. S’ils témoignent ou ont témoigné dans les écoles, collèges et lycées, c’est par devoir de mémoire, seul moyen pour que de telles atrocités n’aient plus lieu. Vincent Dugomier scénarise leurs témoignages que l’on peut retrouver dans le podcast Résister !. Aurélie Neyret, célèbre pour Les carnets de Cerise, et Marie Duvoisin dessinent chacune une histoire. L’une comme l’autre a gardé son style. La colorisation qu’elles ont mises en place est la même que celle de Benoît Ers, ce qui, avec la maquette, assure l’uniformisation avec la série à succès, qui vient, elle, d’être adaptée au cinéma par Christophe Barratier.

© Dugomier, Neyrat, Duvoisin – Le Lombard Complément indispensable aux enfants de la Résistance, « Les enfants de la Résistance racontent » démontrent, au cas où ce soit encore nécessaire, que la tragédie était bel et bien une réalité.
Série : Les enfants de la résistance racontent
Tome : 1 – Josette & Jean-Jacques
Genre : Histoire
Scénario : Vincent Dugomier
Dessins & Couleurs : Aurélie Neyret & Marie Duvoisin
Éditeur : Le Lombard
Nombre de pages : 56
Prix : 12,50 €
ISBN : 9782808214810
- Le Temps des Ombres 4 – L’Hiver du Mondepar Thierry Ligot & Axelle Coenen
La fin d’une saga en 4 saisons
Après des mois de voyage, Roch l’alchimiste et Mycène l’herboriste voient leur périple les mener enfin au laboratoire de la Grande Prêtresse. Dedans, se trouvent, ils en sont certains, les dernières lignes de la recette qui devrait vaincre les ombres, ce mal ancestral qui dévore tout sur son passage. Pourtant, ils n’y sont pas encore. Une violente tempête de neige les oblige à faire halte dans un reste d’un tunnel à moitié écroulé traversant ces contrées ! Ah s’il ne l’était pas, ils seraient déjà au laboratoire !Mais il faut faire vite car le mal violet progresse en Mycène ! Et ce ne sont pas les dernières gouttes du remède temporaire qui pourront le vaincre. Les épreuves déjà traversées ont resserré les liens d’amitié entre les deux compères.

© Furtaen – Pernette – La Gouttière Le lendemain, la tempête a cessé. Reprenant leur route, ils arrivent au bord d’un océan de glace. Au loin, de la fumée ! Une île, un village et très certainement le lieu qui abrite le laboratoire. Une traversée périlleuse dans une embarcation de fortune … qui finit par prendre eau de toutes parts jetant nos amis dans l’eau glacée. Heureusement, la côte est proche et c’est en naufragés qu’ils échouent sur la plage. Les habitants du village les recueillent avec énormément de méfiance. En effet, ils viennent du Nord et …« Ce qui vient du Nord amène la mort ! » Il s’agira de les convaincre et d’obtenir leur aide pour pénétrer dans le Laboratoire … car ce dernier est bien là, mais abandonné et cloîtré depuis des années. Le remède s’y trouve-t-il ? « On a trouvé un message d’une prêtresse. Il disait de la rejoindre dans son laboratoire. Et maintenant, on cherche un remède pour ne pas tous rejoindre l’Ancien Peuple dans les Ombres. »
4 tomes, 4 saisons ! Après « Le Dernier Printemps », « L’Été de feu » et « Le Peuple de l’Automne », voici venir la fin de la quête de nos héros, « L’Hiver du Monde ». La quête les aura conduits bien loin de leur village du Nord ! Le final est à la hauteur des espérances. Aventures et rebondissements, amitié et courage sont présents à chaque page.

© Furtaen – Pernette – La Gouttière David Furtaen continue à user adroitement de tous les codes et astuces du genre, et notamment du jeu de rôle. Si ses deux héros poursuivent leur cheminement ensemble, une place plus importante est désormais accordée à Roch. Ce sera à lui de déchiffrer les dernières indications et de créer le remède tant espéré. Côté graphique, Paulette Pernette soigne ses personnages et épure ses arrière-plans. Sa palette de couleurs à plat fait merveille dans des décors léchés. Son découpage est aéré et dynamique. Les textes, limités, laissent la part belle au dessin. …

© Furtaen – Pernette – La Gouttière Tout y est pour captiver un jeune public découvrant la lecture. Cette saga initiatique tient toutes ses promesses à tous points de vue.
Série : Le Temps des Ombres
Tome : 4 – L’Hiver du Monde
Scénario : David Furtaen
Dessin et couleurs : Paulette Pernette
Éditeur : Les Éditions de la Gouttière
ISBN : 9782357961425
Pages : 104
Prix : 15,70 €
- Kujô l’implacable 12par Laurent Lafourcade
L’argent de la santé, la santé de l’argent
« -Je n’ai pas de temps à consacrer à vos absurdités. Je vous laisse.
-Et moi, j’ai des voleurs et des prostituées à aller conseiller.
-Laissez-moi tout de même vous donner un bon conseil. En consacrant sa vie à celle des autres, un avocat en perd des bouts de sa vie. Il n’y a rien de plus précieux que le temps. Ne choisissez que des affaires qui vous rapportent un maximum à l’heure. »
Taiza Kujô est un avocat à qui l’on ne donne pas de conseils. Il se consacre entièrement à ses clients, quels qu’ils soient. C’est ce qu’il disait déjà à son père lorsqu’ado il a cassé les vitres de son école et pris la fuite avec une moto volée. Bien que repris par la police, pas de leçon à recevoir déjà. Kujô a dit alors à son père qu’il ne voulait plus rien entendre de lui. Alors, les conseils de celui que l’on appelle l’avocat-rapace, autant dire qu’il s’en contrefiche.

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© KANA 2026Ayant démissionné au profit de son fils, le directeur de l’hôpital général Shirasu est en garde à vue pour fraude aux subventions pendant la crise Covid. Chargé de l’enquête en cours, le procureur Kurama a des questions à lui poser dans le cadre d’une autre affaire. Shirasu est également soupçonné d’avoir obtenu illégalement deux milliards de yens en ayant recours à l’affacturage, moyen permettant à une entreprise de renforcer sa trésorerie en cédant des factures en attente de règlement à une société appelée société d’affacturage. Shirasu aurait eu recours à la fraude en créant des créances fictives.

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© KANA 2026Alors que le père se bat avec ses avocats, avec en plus une casserole de scandale sexuel sur le dos pour ne pas dire ailleurs, à l’hôpital, le fils reçoit la visite de la société de recouvrement de créances, exigeant le remboursement dans la journée des 50 millions de yens correspondant à la dette contractée par le directeur Shirasu. Si ce n’est pas possible, M.Arima, directeur de la société d’affacturage, demande de lui céder l’hôpital contre 300 millions de yens. Impossible. Kujô réussira-t-il à sortir l’établissement de cette situation de chantage, qui n’est pourtant pas du racket ?

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© KANA 2026Shôhei Manabe signe un tome moins dynamique mais plus tendu. Le prix de la vie est aussi celui d’une nouvelle dimension pour Kujô et son cabinet. Jusqu’ici confronté à de glauques affaires privées, le voici face à un scandale d’une autre échelle.
Série : Kujô l’implacable
Tome : 12
Genre : Thriller/Polar
Scénario & Dessins : Shôhei Manabe
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
ISBN : 9782505142164
Nombre de pages : 192
Prix : 8,10 €
- La Mémoire de Sage 1 – Le Maalkourpar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Une saga pour ne pas oublier…
« Les hauts plateaux enneigés regorgent de fascinations. L’une d’elles sont les passeuses et passeurs de mémoires. Leur rôle est de dessiner, écrire et conter les histoires de celles et ceux qui naissent, qui vivent et qui dorment pour toujours. » Ainsi grandissent les habitants du village Au-Creux-des-Monts ! Des souvenirs de ceux qui ont disparu, les vivants tirent expérience, passé et sagesse. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si un jour, … un soir plutôt, le Maalkour ne s’était abattu sur le village !
Ce monstre rampant à travers le monde des vivants les transforme en êtres de haine et de colère. Le chaos était aux portes du village. Il fut repoussé … mais son souvenir néfaste commença à altérer les mémoires à transmettre, et à répandre les effets destructeurs du Maalkour. Celles et ceux qui avaient été en contact avec lui se virent refuser les services des passeuses et passeurs. Ainsi l’oubli d’une partie des habitants frappa le village. « Afin de faire disparaître les souvenirs condamnés, des tombeaux furent bouchés … des familles effacèrent leurs ancêtres et le village fit entrer l’oubli au cœur des mémoires. » Pour protéger le village, Sage, la « Sapka », protectrice magique, fut chargée d’éloigner le monstre. Malheureusement … « A force d’éloigner le Maalkour du village pendant des années, il s’est lentement insufflé en moi. Rien ne se perd ou ne se crée, tout se transforme, Enti. Le Maalkour ne se soigne pas sans faire don de soi. » Enti et ses amis ne le comprennent pas ! Et personne ne veut le leur expliquer ! Par ailleurs, à la longue, à force d’avoir rejeté et exilé certaines « mémoires », quelques-uns y ont vu une arme afin d’enterrer des événements « gênants » ! Cependant, suite à une gigantesque tempête de neige, tout pourrait changer … Des secrets, enfouis depuis des décennies pourraient refaire surface… Enti, Eméaré, Anori se lancent alors dans une aventure où leur courage ne suffira probablement pas pour arriver au bout.

© Thanaël – Genki – La Gouttière Première BD pour Thanaël et Genki ! Ils nous plongent dans une quête fantasy de bonne facture, rythmée et agréable à suivre. Le scénario est riche en rebondissements et en originalité. Dès le départ, on est pris par son thème principal : la transmission de la mémoire et donc la survivance des ancêtres après leur mort ! Le scénario à deux plumes pourrait, même si le public visé est plutôt jeune, faire réfléchir les plus âgés. La transmission du passé, la mémoire des générations passées et le poids des traditions sont des sujets de réflexion bien actuels ! « Si nous oublions Sage, c’est aussi son savoir que nous perdrons ! » D’autres thématiques sont également abordées dans cette mini saga : la bienveillance, les bienfaits d’une communication saine, le sens du devoir et du sacrifice de soi, le respect des règles notamment dans la société, … « Ta rigueur et ton dévouement t’ont fait atteindre ton but ! »

© Thanaël – Genki – La Gouttière Ce premier tome d’une trilogie, qui s’annonce passionnante, pose le décor, les personnages et l’intrigue générale. Les auteurs réussissent à installer un univers complet, avec sa culture, son passé, ses traditions, son folklore, … sans sacrifier au rythme de l’action. Ils alternent ainsi savamment les scènes intimes et épiques, le mystère et l’humour. Nous sentons le souci du détail et de l’originalité jusque dans le langage des personnages. Prenons comme exemple les « chasseureuses », les « cueilleureuses », éleveuse d’oiseaux-montures, … Thanaël immerge la narration dans une ambiance graphique précolombienne. Décors, vêtements, armes, paysages, animaux imaginaires, … un travail graphique maîtrisé dans un découpage clair et vivant ! Pour mettre l’ensemble en valeur, Thanaël l’illumine dans un écrin de couleurs vivaces bien que sans exagération.

© Thanaël – Genki – La Gouttière Voici un début bien prometteur pour une quête initiatique qui ne sera pas de tout repos et se développera certainement de façon surprenante dans la suite.
Série : La Mémoire de Sage
Tome : 1 – Le Maalkour
Scénario : Thanaël & Genki
Dessin & couleurs : Thanaël
Éditeur : Les Éditions de la Gouttière
Prix : 15,70 €
Pages : 96
ISBN : 9782357961449
- La mécanique 2 – Chamka / 3 – Le rêve du passépar Laurent Lafourcade
Des cons, des salopards…et ceux qui esquivent
« -Il ne faut plus attendre, tu dois manœuvrer le premier… Débarrasse-toi du musicien… Et de Safir… Ta fille va devenir ta pire ennemie….
-Mais après ?… Tuer…. Toujour tuer… Je suis tellement fatigué…
-Tel est ton destin… Safir, ton propre fils, est devenu femme… Le poison s’est répandu… Tu dois soigner la plaie. Couper les les parties gangrénées… comme je te l’ai enseigné… encore et encore…
-Je ferai comme tu me l’a appris… mère… mais si… si je me trompais… ? »
La mort de Circé, une cadre des Invisibles, a déclenché un bordel sans nom à Mégalopolyon. Safir, la fille du Mayor, cherche son frère Pauli. Elle vient demander de l’aide à Mr Chang. Son but est de s’allier à une triade. Pendant ce temps, Vananka cherche un passeur et Ganz arrangue les membres de sa secte afin de reprendre le pouvoir. La police prépare la contre-attaque en les laissant mettre le quartier à feu et à sang avant d’intervenir et de tuer tout le monde. Alors que ça barde dehors, dans les bas-fonds, Safir mixe sur les airs de guitare de Vananka qu’elle vient de rencontrer.

© Stevens, Jef – Soleil Coincé dans sa gangue de tuyauterie, le Mayor redoute la lèpre du métal. On sait à présent comment il s’est retrouvé handicapé de la sorte. Alors que l’insurrection menace la sécurité de la ville, il convoque en urgence le conseil. Si la fédération prend la ville, adieu les petits trafics en tous genres des uns et des autres. Mais le pouvoir parviendra-t-il à reprendre le contrôle de la situation ? Le conseil est d’accord, à la condition que des réélections après la pacification de la cité soient assurées. Il ne va pas falloir longtemps pour que Mégalopolyon s’embrase. La guerre entre les invisibles et les fédéraux est inéluctable. Les barons des cartels de la drogue, le blast, ont bien l’intention de garder le contrôle. Les fontaines risquent de prendre la couleur du sang. C’est la guerre.

© Stevens, Jef – Soleil Y a-t-il des âmes à sauver dans ce monde impitoyable ? Tout semble corrompu. Kevan Stevens et Jef donnent une vision du futur bien sombre où la drogue orchestre les vies. Chacun ne sait plus vraiment qui il est : quel être ? quel genre ? quel pouvoir ? quel choix ? Au milieu de ces individus perdus, une perspective d’avenir plus clair est permise à travers des personnages secondaires qui sortent du lot. Il y a d’abord Pauli, le frère de Safir, adulte attardé, pour qui son chien est tout. N’est-il pas le plus doué en résilience ? Pas besoin de drogue pour lui. Il y a les enfants Ezechiel et Peeli, qui vont avoir un rôle déterminant, avec des réactions plus réfléchies que la plupart des adultes qui les entourent. Alors que l’on pourrait penser être dans un récit d’un pessimisme certain, la vision du monde des auteurs n’est pas si sombre que cela lorsqu’on lit bien dans les intercases.

© Stevens, Jef – Soleil Si Kevan Stevens est au scénario, il partage les dialogues avec son dessinateur. Maître de son trait, fin, précis, jouant des noirs pour appuyer la dramatisation, la carrière de Jef est plus que jamais à suivre de très près. Il renouvelle le classicisme du trait réaliste en apportant sa personnalité inédite. Il est encore une fois la preuve que les profanes de la BD, ceux qui ne jurent que par les pompeux romans « graphiques » (Houlala ! On ne lit pas des BD, on lit des romans graphiques) mal dessinés feraient mieux de s’intéresser à des créateurs comme lui qu’à d’autres pour qui le dessin peut être bâclé du moment qu’il y a quelque chose à raconter. La bande dessinée est un art complet, du texte et de l’image. Sinon, ce n’est pas de l’art. Ici, il y a bel et bien les deux.

© Stevens, Jef – Soleil La mécanique est un triptyque philosophique rude et violent. Il y a pourtant un futur pour l’humanité. Même si les auteurs le voient plus noir que rose, ils entrebâillent une porte. Dans le monde de Mégalopolyon, les notes d’espoir sont aussi de musique.


Série : La mécanique
Tomes : 2 – Chamka / 3 – Le rêve du passé
Genre : Anticipation
Scénario : Kevan Stevens
Dialogues : Kevan Stevens & Jef
Dessins & couleurs : Jef
Éditeur : Soleil
ISBN : 9782302101-159/-944
Nombre de pages : 80
Prix : 17,50 €
- 100 bucket list of the dead 18par Laurent Lafourcade
L’espace d’un instant
« -Projet Z… Ne me dis pas que la société Umbriel a utilisé ce module d’expérimentation de l’IST pour faire des recherches sur le virus des zombies… ?! »
L’astronaute française Sophie Adenot est récemment partie dans l’espace afin de rejoindre l’ISS pour une longue mission. Elle ne le sait peut-être pas, mais Akira et ses compagnons sont déjà partis dans l’espace. C’est là où on les a laissés à la fin du tome précédent. Ils accompagnent Hirotaka Ukaji, PDG de Développement Spatial Co. Ltd. « Star Westler ». Au terminal spatial international, tous les passages sont bloqués par des zombies en apesanteur. Il va falloir trouver un moyen de passer pour atteindre la capsule de retour. Akira découvre qu’étaient faites sur place des recherches sur le virus des zombies. Projet Z : après un voyage de six mois, l’engin de recherche Zodiaque a regagné la station avec des échantillons minéraux récupérés sur des astéroïdes. Ceux-ci ne renfermaient pas les composés chimiques espérés au lancement de l’étude, mais a été détectée la présence d’un virus inconnu.

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© KANA 2026Akira vient-il de découvrir l’origine de la contamination zombie sur Terre ? Des recherches afin de trouver de nouveaux remèdes à partir de ce virus inconnu auraient mal tourné. Pendant ce temps, Takemina et Ukaji font une sortie dans l’espace afin de préparer le retour sur Terre. Takemina est ébloui par la beauté du spectacle terrestre qui s’offre à ses yeux. Quand ils auront retiré le zombie coincé dans la partie rotative des panneaux solaires, l’électricité sera rétablie dans le terminal. Ils y parviennent, mais affolé par le mort-vivant alors qu’il ne risquait rien dans sa combinaison, le crochet d’amarrage de Takemina se détache et le jeune homme semble parti pour un voyage en solitaire dans l’infini de l’espace sans possible retour. A moins que quelqu’un trouve une idée pour le sauver…

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© KANA 2026Drôle, innovante, inattendue, 100 bucket list of the dead est la série la plus What the Fuck du moment. Qui peut avoir l’idée de faire traverser un groupe de zombies en apesanteur par un type complètement à poil ? Il faut s’appeler Haro Aso ou Kotaro Takata pour ça. Dans Bucket list, le ridicule ne tue jamais. Au contraire, il peut permettre de survivre. Contrairement aux épisodes précédents dans lesquels Akira rayait ses vœux au fur et à mesure qu’il les accomplissait, les auteurs privilégient ici l’avancée de l’intrigue principale. Pour la première fois, on a des indices sur l’origine du mal. Pour la première fois, même si ça ne nous tarde pas, on voit l’issue du problème.

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© KANA 2026Anime sur Crunchyroll, Live action sur Netflix, Manga chez Kana, 100 bucket list of the dead est un succès populaire bien mérité.
Série : 100 bucket list of the dead
Tome : 18
Genre : Zombies
Scénario : Haro Aso
Dessins : Kotaro Takata
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
ISBN : 9782505142096
Nombre de pages : 160
Prix : 7,90 €
- Karlpar Laurent Lafourcade
Robot après tout
« -Bonjour, vous êtes bien Magda Brooks ?
-En effet, c’est bien moi. Bonjour.
-Je me nomme Lars Olsen. C’est moi qui vous ai téléphoné il y a deux jours.
-Ah oui, vous êtes l’expert en cybernétique… J’avais oublié que vous deviez venir.
-Ce n’est pas grave. Puis-je entrer ?
-Je vous en prie.
-Avant tout, j’aimerais vous présenter mes condolénaces.
-Merci.
-Comme je vous l’ai expliqué au téléphone, la Crown Bank envisage de poursuivre en justice la Randall Company, la société qui a mis au point l’androïde au service de votre père avant son décès. »
A la suite du décès du banquier Charles Brooks dans un accident de voiture, sa fille Magda, qui ne l’avait pas vu depuis 20 ans, entre dans sa maison vide. Quelques minutes plus tard, Lars Olsen, un expert en cybernétique frappe à la porte. Il est mandaté par la Crown Bank pour une enquête sur les responsabilités de l’androïde qui conduisait l’automobile au moment du drame. Le juge a demandé une expertise des données internes de l’androïde enregistrées au cours de l’accident. Ce robot, c’est Karl. Il s’agit du dernier modèle de Life Companion sorti des usines de la Randall Company. Il est en veille et se réveille à l’annonce de son nom.

© Bonin – Sarbacane Après récupération des informations sur un ordinateur, l’expert repart, laissant Magda et Karl seuls à seuls. Au fil des jours, Karl va montrer toute l’émotion dont il est empreint. Profondément désolé de ce qui est arrivé, il propose ses services à Magda. Le 10 octobre, Karl est convoqué devant le tribunal correctionnel dans le cadre du procès intenté par la Crown Bank envers la Randall Company. Magda l’y conduit. Karl n’a pas l’habitude de se trouver à l’arrière d’un véhicule. En tant que Life Companion, il est habilité à tout un tas de tâches. Au tribunal, l’assistance analyse les images de l’accident récupérées sur Karl. A-t-il dysfonctionné ?

© Bonin – Sarbacane Quand on se balade sur la toile, on s’aperçoit avec cet album que Cyril Bonin est enfin, enfin, reconnu et salué par la critique. Ça fait pourtant des années qu’il écrit des livres plus sensibles et émouvants les uns que les autres : Stella, Comme par hasard, Les dames de Kimoto ou encore l’adaptation de La poursuite du bonheur, pour ne citer que les plus récents. La différence de Karl, c’est que l’histoire est tragiquement d’actualité et d’anticipation. A l’heure où l’on se demande comment dompter l’IA, Karl alerte sur l’avenir de l’humanité dans un monde robotisé et les dérives dans lesquelles on risque de tomber. A l’instar du Robot sauvage, Karl est bourré d’émotion. Jusqu’à quel point cela peut-il remplacer les relations humaines ? Assistera-t-on un jour à des procès surréalistes où la responsabilité des machines sera mise en cause ?
Dans une habituelle ambiance tamisée ni sépia ni pastel mais les deux à la fois, on retrouve les silhouettes élancées du dessinateur. Comme pour toutes les femmes que représente Cyril Bonin, on ne peut s’empêcher de tomber amoureux de Magda dont on est frappé par le charme dès les premières cases.

© Bonin – Sarbacane Conte philosophique pas tant d’anticipation que ça, Karl est un grand moment d’émotion de ce premier trimestre 2026 pour lequel même un robot versera une petite larme. Il sera impossible de ne pas le retrouver dans la short list des meilleurs albums de l’année. Indispensable pour réfléchir à l’avenir, pour prendre garde aux conséquences du progrès, mais aussi pour aimer.
Titre : Karl
Genre : Anticipation
Scénario, Dessins & Couleurs : Cyril Bonin
Éditeur : Sarbacane
ISBN : 9791040806493
Nombre de pages : 112
Prix : 22 €
- Kagurabachi 7 – Guerre nocturnepar Laurent Lafourcade
Les yeux noirs du mercenaire
« -Je peux savoir à quoi tu joues, Samura ?! Tu es devenu fou ?
-Je suis on ne peut plus lucide, Uruha. Depuis que tu es arrivé ici, on n’a pas eu le temps de discuter posément. Dis-moi, crois-tu que récupérer et rassembler tous les sabres ensorcelés résoudra tous les problèmes qui les entourent ? »
Chihiro Rokuhira, Hakuri Sazanami et Seiichi Samura viennent d’affronter les membres de l’organisation Hishaku. Afin de récupérer le sabre ensorcelé Tobimune, Hakuri a dû prendre tous les risques avec un sort de téléportation. Bien qu’il y ait eu des pertes dans les deux camps, la quasi-totalité des forces de Hishaku est éliminée. Reste à reprendre un à un tous les sabres ensorcelés. Pour Samura, récupérer et rassembler tous les sabres ensorcelés ne résoudra pas tous les problèmes qui les entourent. Si c’était aussi simple que cela, Rokuhira n’aurait pas eu besoin de les cacher juste après la guerre. Samura n’avait pas touché Tobimune depuis 18 ans. S’il a la possibilité de le manier à nouveau, c’est au nom de Kunishige Rokuhira qu’il éradiquera le mal et protégera les plus faibles.

Imbibé par la haine et la vengeance, Samura a un autre objectif que l’éradication totale de Hishaku. Un mal bien plus abject que cette organisation doit être annihilé, et pour cela, il faudra certainement faire alliance avec elle. Il parle de lui-même et de ses alliés, tout ça à cause d’un incident mis sous silence il y a longtemps. Ils sont cinq, lui compris, qu’il va tuer de ses propres mains. Il ne veut plus que quiconque soit entraîné en enfer à cause de ça, il ne veut plus que les jeunes en aient à payer les conséquences. Quel est donc ce secret et cette malédiction ? Alors Samura, allié ou menace ?

Le succès de Kagurabachi ne se dément pas. Une série anime est en préparation. Pour la petite histoire, il se pourrait que le manga de Takeru Hokazono ait été la cause de l’arrêt de la prometteuse série MamaYuyu de Yoshihiko Hayashi, créateur de Jujutsu Kaisen. En effet, les deux séries ayant été lancées en même temps par Shueisha pour devenir le nouveau blockbuster de l’éditeur, malgré la reconnaissance critique de MamaYuyu, Kagurabachi a rapidement pris le leadership, devenant le concurrent de best-sellers comme One Piece.
A l’occasion de la sortie de ce tome 7 comme les 7 sabres ensorcelés, Kana propose le premier coffret collector limité comprenant le volume avec une jaquette réversible à effet, un standee en bois de Chihiro et Hakuri, un triptyque avec dorure et fermeture aimantée, ainsi que deux ex-libris exclusifs.

« Les sabres sont faits pour ceux qui désirent éradiquer le mal et protéger les plus faibles. » Jamais cette sentence en quatrième de couv’ n’aura résonné autant que dans cet épisode. Reste à s’assurer de qui est dans quel clan.
Série : Kagurabachi
Tome : 7 – Guerre nocturne
Genre : Aventure fantastique
Scénario & Dessins : Takeru Hokazono
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505140429
Nombre de pages : 192
Prix : 7,30 €
- Les aventures de Spirou & Fantasio en noir et blanc – Il y a un sorcier à Champignacpar Laurent Lafourcade
Une aventure fondamentale
« -Dites-moi donc… Quel est ce nouveau personnage ?…
-C’est Mr le Comte… Il habite le château que vous voyez là…
-Ha ! Mais !… Viens ! Profitons-en pour lui demander des explications sur ce qui nous est arrivé hier à la porte de son parc !… »
Pour quelques jours de repos, Spirou et Fantasio décident d’aller camper à Champignac. Il paraît que c’est un coin de campagne tranquille et très joli. Pendant qu’ils préparent leurs paquetages et leurs vélos, sur place, tout fier du feu de signalisation qui vient d’être installé, le Maire de la commune, d’un air suspicieux, voit arriver la roulotte d’une famille de romanichels qu’il accueille avec délicatesse : « Fichez-moi le camp plus loin !… Nous ne voulons pas de vagabond pour voler nos poules, à Champignac ! » Les arrivants prennent la route qui grimpe vers le château pour s’installer dans le coin. Le château est la propriété d’un Comte un peu farfelu.

© Franquin, Gillain– Black & White Lorsque deux jours plus tard Spirou et Fantasio arrivent à Champignac, ils trouvent la population remontée. Le cochon de Joseph est devenu bleu à pois noirs, une vache est anormalement amaigrie dans un champ où poussent de nombreux champignons. Pour les habitants, c’est la faute du sorcier, ce pauvre homme qui s’est installé avec sa roulotte. La première nuit dans leur tente de Spirou et Fantasio est gâchée par le mauvais temps. En sortant pour couvrir les vélos, Spirou aperçoit un homme transportant un lapin géant. Après être sorti avec Fantasio pour vérifier ce qu’il se passait, ils retrouvent leur tente démolie. Voulant demander asile au château, la clochette d’entrée se casse avant qu’ils ne s’enfuient devant un escargot gigantesque. Le lendemain, le Maire ordonne l’arrestation du bohémien. C’est là que nos amis rencontrent pour la première fois le Comte de Champignac. Ce dernier propose de les descendre au village.

© Franquin, Gillain– Black & White Il y a un sorcier à Champignac, mais est-ce celui que l’on croyait ? Après Les pirates du silence, les éditions Black and White poursuivent la somptueuse collection en noir et blanc des aventures de Spirou et Fantasio avec l’une des histoires les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Bien que le scénario de Henri Gillain alias Jean Darc soit décousu dans sa deuxième partie, déviant de l’histoire principale comme s’il fallait atteindre un certain nombre de planches, l’aventure reste dans les annales grâce à l’univers mis en place, ce fameux village de Champignac et ses habitants, et son dessinateur André Franquin qui atteint là un prometteur niveau graphique qui continuera d’évoluer pour le propulser vers les sommets. Dans ledossier final conçu et rédigé par Christelle Pissavy-Yvernault, agrémenté de nombreux documents d’époque, on est embarqué dans le contexte de sa genèse, jusqu’aux clichés pris par André Franquin du château de Skeuvre qui lui a servi de modèle pour celui de Champignac.

© Franquin, Gillain– Black & White Il y a un sorcier à Champignac dans une sublime version en noir et blanc a été tiré à 1500 exemplaires déjà épuisés. Que ceux qui n’ont pas été assez rapides pour se le procurer se rabattent sur l’album Dupuis classique pour lire ou relire un récit fondamental du Neuvième Art.
Série : Les aventures de Spirou & Fantasio en noir et blanc
Tome : Il y a un sorcier à Champignac
Genre : Aventure
Scénario : Jean Darc (Henri Gillain)
Dessins : André Franquin
Dossier complémentaire : Christelle Pissavy-Yvernault
Éditeur : Black & White
ISBN : 9782383631217
Nombre de pages : 80
Prix : 49 €
- L’invisiblepar Laurent Lafourcade
On ne voit qu’avec le cœur
« -Bonjour Madame, je viens rendre visite à Monsieur Mesmer.
-Vous êtes un ami de Gustave ?
-Euh, oui, tout à fait.
-Il est en psychiatrie au cinquième étage, salle 512. Ils sont en atelier. »
Kim est livreur à domicile à vélo. Courant contre le temps pour le plaisir de clients ingrats, lors d’une chute l’envoyant valdinguer dans un sous-bois, il est réprimandé par un bonhomme bizarre se plaignant qu’il écrase des champignons. Gustave, c’est son nom, est rapidement récupéré par des infirmiers qui le ramènent dans l’unité psychiatrique de l’hôpital duquel il s’était évadé. Quelques jours plus tard, en allant lui rendre visite, Kim découvre que Gustave est un artiste-inventeur. Il conçoit des plans pour créer un vélo volant. Lors d’une sortie en cachette, Kim et Gustave vont se retrouver malgré eux au milieu d’une manif contre le génocide palestinien qui va dégénérer. Pris à parti, ils sont tirés d’affaire par Roseline, une belge d’origine vietnamienne qui les recueille chez elle. Ensemble, direction la forêt. On va le fabriquer ou pas ce vélo volant ?

© Monsieur Iou – Rue de l’échiquier L’invisible est de ces albums qui touchent au plus profond du cœur. L’invisible, c’est l’histoire de trois paumés. Mais au fond, ne seraient-ce pas toutes les autres personnes qui gravitent autour qui seraient les paumés ? Ces trois-là, et bien ce sont eux qui ont tout compris au sens de la vie. Où commence et où s’arrête la liberté individuelle ? Que signifie vivre ensemble ? Si Kim est le personnage auquel le lecteur s’identifiera le plus aisément, Gustave est inspiré d’un artiste allemand qui a réellement existé : Gustav Mesmer, alias l’Icare de Lautertal, figure de l’art brut, doux rêveur obnubilé par les bicyclettes volantes.

© Monsieur Iou – Rue de l’échiquier En 2018 déjà, Monsieur Iou avait frappé fort avec son Tour de Belgique, plusieurs fois réédité chez le même éditeur, Rue de l’échiquier. Dans un style graphique complètement différent, l’album racontait un road trip à vélo en Belgique dans lequel l’auteur-cycliste ne cherchait nullement la performance et privilégiait les paysages, les rencontres, l’humain. Les rencontres et l’humain, voici aussi l’âme de L’invisible, one shot dont on comprend le but au fur et à mesure de l’avancée de la lecture. Début banal, l’histoire d’un livreur lambda, sa morne vie de famille. Ça ferait un bon film des frères Dardenne. Puis, à l’aulne de rencontres improbables, non pas tout d’un coup comme le ferait une boule de bowling dans un strike mais plutôt comme dans un pendule de Newton, bibelot avec plusieurs boules et quand on bouge la première, ça bouge la dernière sans bouger celles du milieu, on réalise l’intensité de l’aventure dans laquelle on est embarqué.

© Monsieur Iou – Rue de l’échiquier Histoire d’art, histoire de burn out, histoire de santé mentale, L’invisible montre qu’avec une détermination plus forte que tout, on peut déplacer des montagnes et faire de ses rêves une réalité.
Titre : L’invisible
Genre : Histoire émotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Monsieur Iou
Éditeur : Rue de l’échiquier
ISBN : 9782374255378
Nombre de pages : 176
Prix : 24,90 €
- Le manoir 3 – Cléa et la porte des fantômes Première partiepar Laurent Lafourcade
Les cauchemars continuent après la mort
« -Vous vivez dans un château ? Il y a des jouets ?
-Je suis sûr que tu en trouveras dans ta chambre. Pas vrai, Raoul ?
-Certainement, Monsieur.
-J’ai une chambre dans le château ? Mais le juge va pas être d’accord ! Je ne veux pas repartir ! Je préfère mourir !
-Tu « préfères »… Alors si tu veux, tu peux rester ici pour toujours. Tu sais pourquoi ? Parce que Hoel, tu es comme nous !
-Grand comme vous ?
-Mort comme nous ! »
Cléa se réveille après un cauchemar et parle d’elle au passé. Et pour cause, elle est morte et vit dans le Manoir. Morte ? Vit ? Ce n’est normalement pas possible, mais dans le Manoir, oui. En effet, les habitants du Manoir sont morts et vivent dans cet espace étrange. Le cauchemar de Cléa n’est pas imaginaire et lui rappelle dans des souvenirs flous comment elle en est arrivée là. Elle s’appelait Cléa Villeste. Elle a été kidnappée sur le chemin du collège à Brest, séquestrée, puis assassinée. Remise de ses émotions, Cléa retrouve Liam pour un entraînement au combat avec Léonidas, roi de Sparte, héros de la bataille des Thermopyles. La séance est vite interrompue par « le Sauve-qui-peut », la cloche signalant l’arrivée d’un nouvel occupant au Manoir, et dont il faut toujours se méfier.

© Beuchot, Brissou-Pellen – Bayard C’est un petit garçon au discours confus qui vient de débarquer. S’appelle-t-il Axel ou Oscar ? Il ne sait plus. Oscar, Axel, on le nommera Hoel. Enlevé à la naissance, retrouvé quelques années après par sa vraie famille, placé en garde alternée, l’enfant a fugué un soir de neige et est mort de froid. Liam lui apprend que les morts arrivent au Manoir sans savoir qu’ils le sont, parce qu’ils sont partis dans la souffrance, la tristesse ou la colère. Lorsqu’ils le découvrent, certains partent pour le vrai pays des morts, d’autres décident de rester. Alors que Hoel s’apprête à découvrir qu’il n’y a pas que des fantômes bienveillants au Manoir, Cléa cherche à éclaircir le mystère de son propre décès.

© Beuchot, Brissou-Pellen – Bayard Après le premier diptyque « raconté » par Liam, on accompagne ici le point de vue de Cléa pour le second. Son camarade n’en n’est pas pour autant moins présent, mais c’est elle qui est à la narration. Changement également à la narration du côté des auteurs puisque Raphaël Beuchot est désormais seul à l’adaptation des romans jeunesse d’Evelyne Brisou-Pellen. Il prend la suite de Stéphane Melchior dans une continuité quasi-indétectable pour le lecteur. Entre les passages dans les différents mondes et les différents temps, on n’est jamais perdu. Ça déroule sans ambiguïté entre l’histoire des fantômes gris et l’assassinat de Cléa. Dans un réalisme souple et des tons tamisés, Beuchot dessinateur créé aussi bien la peur, l’empathie, le suspens et même l’humour qui se dégagent de cet univer.

© Beuchot, Brissou-Pellen – Bayard Maintenant que l’on connaît bien les personnages, on a l’impression de faire partie de leur « famille » comme si l’on habitait avec eux. On va quand même essayer de rester encore longtemps dans la vraie vie pour profiter, entre autres, de cette excellente adaptation du Manoir.
Série : Le manoir
Tome : 3 – Cléa et la porte des fantômes Première partie
Genre : Fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Raphaël Beuchot
D’après : Evelyne Brissou-Pellen
Éditeur : Bayard
Collection : Bande d’ados
ISBN : 9791036368301
Nombre de pages : 84
Prix : 15,90 €
- Le Dimanche perdupar Laurent Lafourcade
Les contes existent encore
« -Tout ça à cause de cette maudite sorcière qui vit au fond du puits ! On dit qu’elle a volé le dimanche et qu’elle le retient prisonnier ! Elle a un cœur de glace et peut vous congeler d’un seul regard. Personne n’ose aller dans son royaume immaculé… là où elle vit entourée de toutes les richesses qu’elle a dérobées ! »
Dans une cité poussiéreuse encombrée de tout un tas de choses où le Dimanche avait disparu depuis une éternité, vivait Nina, une jeune fille qui trouvait que les autres jours n’étaient pas formidables. A chaque jour, suffit son loup. Lundi, le plantiloup sauvage envahit le jardin qu’il faut débroussailler. Mardi, l’horoloup met la panique dans les heures des horloges. Mercredi, le brûliloup gâche les plats qui se trouvent trop tout : salés, sucrés, brûlés. Jeudi, l’ondiloup multiple parsème d’erreurs les problèmes scientifiques. Vendredi, le pavéloup fait s’effondrer les maisons. Samedi, le mémoloup fait remonter dans les cœurs les regrets et les mauvais souvenirs. Comme il n’y a pas de Dimanche, ce sont les soucis du Lundi qui reviennent dès le lendemain, comme une histoire sans fin.

© Surducan – Bamboo Un beau jour, si tant est qu’il y en ait un qui soit beau, Nina décide de prendre les choses en mains. Imaginant tout ce qu’elle pourrait faire si le Dimanche existait, la jeune fille descend au fond du puits, trouver la maudite sorcière qui y vit. On dit qu’elle retient le Dimanche prisonnier. Quel courage ! Les autres villageois lui donnent tout un tas de conseils et de recommandations. Le royaume de la sorcière est plein de pièges et d’illusions. Nina n’a pas froid aux yeux. Elle ne craint même pas ses propres peurs.

© Surducan – Bamboo Quelle était magique cette époque sans écrans, tablettes et smartphones. Qu’il était béni ce temps des histoires au coin du feu où Charles Perrault, les frères Grimm et Hans Christian Andersen alimentaient les rêves des enfants et de ceux qui l’étaient restés ! Mais pourquoi parler au passé ? Cette époque existe toujours pour ceux qui le veulent encore, grâce à des autrices et auteurs comme Ileana Surducan. L’artiste roumaine s’inspire de La fille du bon vieil homme, un conte de 1872 signé Petre Ispirescu. Avec autant de couleurs sombres que chatoyantes, Surducan fait de chacun des jours-loups de grandes cases déstructurées dans lesquelles Nina subit dans un premier temps, avant d’agir dans un second. Un cahier bonus expose la création de ce conte moderne, comment un conte de fées à l’origine est devenu un autre conte de fées. On s’attarde sur la symbolique du loup et on comprend comment Surducan s’en est emparée.

© Surducan – Bamboo Tous les jours de la s’maine sont vides et sonnent le creux
Y’a pire que la semaine
Y’a l’dimanche prétentieux qui veut paraître rose et jouer les généreux
Le dimanche qui s’impose comme un jour bienheureux
Je hais les dimanches !
« Je hais les dimanches ! » chantait Juliette Gréco sur des paroles de Charles Aznavour. Si elle avait lu Le Dimanche perdu, ça n’aurait pas été la même chanson. Elle serait revenue sur son point de vue.
Titre : Le Dimanche perdu
Genre : Histoire émotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Ileana Surducan
Éditeur : Bamboo
Collection : Aventuriers d’ailleurs
ISBN : 978238604986
Nombre de pages : 72
Prix : 14,90 €
- Carthago 16 – Dakhanpar Laurent Lafourcade
La dernière plongée d’une saga culte
« -C’est bien réel ? C’est bien toi, Kane ? je me noyais… L’eau glacée avait envahi mes poumons…
-Oui, et nous t’avons sauvé !
-Autour de toi, ces créatures, c’est ce que je crois ?… Ce que Feiersinger a cherché toute sa vie ?!
-Oui, ceux qu’il appelait les tritons antiques ! Qui vivaient sur Terre, ou plutôt dans les océans, bien avant les hommes. »
2009, dans les sous-sols du Nid d’aigle de Vatra Dornei dans les Carpates, la petite Lou fait une découverte étrange. Dans des box entassés les uns sur les autres, il y a des hommes-poissons, avec des branchies, comme elle. C’est certain, c’est Monsieur Feiersinger, alias le centenaire des Carpates, qui a fait ça. Elle le déteste et décide de fuguer dans la forêt en pleine nuit. Ce ne sont pas les loups qui vont l’impressionner le plus, mais une effrayante créature ailée qui lui passe au-dessus de la tête. Ça ne peut être qu’un Zmeu. Il ne faut pas qu’elle traîne là.
2027, dans les profondeurs de la mer de Beaufort, après avoir échappé à la noyade, London Donovan se réveille, entouré de ses sauveurs, Kane et les tritons antiques, qui vivent dans les océans depuis bien plus longtemps que l’avènement de l’Homme, et que Feiersinger a cherché toute sa vie.

© Bec, Bufi, Meloni – Les Humanoïdes Associés Dix-huit années séparent les deux scènes mais les connections vont bientôt se faire. Le diabolique Wolfgang Feiersinger est cryogénisé au fond de la crypte de son château des Carpates en attendant d’être sorti de sa léthargie par le progrés. Après s’être échangé l’un et l’autre sur tout ce qu’ils ont vécu, Kane et Donovan partent à la recherche de Lou. Dans le sanctuaire du Kamtchaka, la petite fille est à présent devenue adulte. L’hybride, à la fois femme et triton, mais ni femme ni triton, Lou pour l’air, Dakhan pour l’eau, a-t-elle trouvé sa place ?

© Bec, Bufi, Meloni – Les Humanoïdes Associés La saga Carthago aura duré près de vingt ans. Lancée en 2007 par Christophe Bec avec Eric Henninot aux dessins pour les deux premiers tomes, puis Milan Jovanovic pour les trois suivants, elle se termine sous les crayons de Ennio Buffi qui se sera taillé la part du lion, ou plutôt du requin, avec onze volumes sur les seize. Si on ajoute les six one shot Carthago Adventures et le hors-série Mégalodon, Carthago, c’est au total vingt-trois épisodes. On a trop souvent réduit Carthago à une série de requins. C’est bien plus que ça. C’est une fable écologique, une réflexion sur le futur de l’humanité. Dans ce dernier tour de piste qui est une vraie conclusion, Christophe Bec comble toutes les dernières interrogations qui subsistaient. Excellent dessinateur réaliste dont on entend trop peu souvent le nom, peut-être parce qu’il n’a été sur cette série qu’un repreneur, mais avec quelle élégance, Ennio Buffi est une nouvelle fois impeccable.

© Bec, Bufi, Meloni – Les Humanoïdes Associés Carthago se clôt, mais Carthago est de ces univers qui ne se referment jamais. La dernière planche invite à ouvrir de nouvelles portes. Chaque lecteur devra-t-il imaginer sa propre suite ou bien cela augure-t-il d’une probable future nouvelle série ? L’avenir le dira, mais dans un cas comme dans l’autre Carthago est et restera une série culte.
Série : Carthago
Titre : 16 – Dakhan
Genre : Aventure sous-marine
Scénario : Christophe Bec
Dessins : Ennio Bufi
Couleurs : Andrea Meloni
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
ISBN : 9782731648911
Nombre de pages : 56
Prix : 15,50 €
- L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombrepar Laurent Lafourcade
Journal original d’un tournage
« -Guillaume ?
-Julien ?
-Prêt pour l’aventure ?
-A l’aise !
-Tu es déjà allé sur un tournage ?
-Tu t’y connais un peu en cinéma ?
-Pas du tout. Mais c’est ça qui est intéressant ! Je vais pouvoir observer tout ça avec un œil neuf ! Peut-être l’œil qui vous manque ! »
Un chien discute avec un type en train de gribouiller sur un carnet sous l’ombre de la devanture d’une maison dans une région désertique. Ce chien, c’est Rantanplan. Ce dessinateur, c’est Guillaume Bouzard. Il est venu faire un reportage sur le tournage de la série télévisée Lucky Luke. Quelques mois plus tôt, il se préparait en s’équipant tel un cow-boy et en s’inscrivant à un stage pour devenir le roi du Far West. Il pensait ensuite partir pour Hollywood. C’est à Almeira en Espagne que les choses vont se passer. C’est là que se font la plupart des westerns, depuis Sergio Leone déjà.

© Bouzard – Dargaud Sur place, Guillaume est accueilli par Julien Vallespi, l’un des producteurs de la série. Il l’amène sur les lieux du tournage, sur ces terres qu’ont foulé les pieds de Clint Eastwood, Terence Hill, Bud Spencer, Lauren Bacall, Lino Ventura et des tas d’autres stars. Comme le dit le dessinateur, c’est sûr, ça fout les poils. Accompagné d’un chien qui joue le rôle de Rantanplan, sauf qu’il n’est pas dans le scénario, Guillaume découvre les coulisses de la création, croise tout un aéropage de personnes qui travaillent là, du réalisateur Benjamin Rocher au rôle-titre Alban Lenoir, en passant par la maquilleuse qui va lui refaire le portrait dans une séquence inoubliable.

© Bouzard – Dargaud Après le succès de Jolly Jumper ne répond plus et ses 40 000 exemplaires, Guillaume Bouzard revient dans l’univers Morris par une autre porte à l’occasion de la série télévisée qui débarque sur Disney + et France Télévision. Plutôt que de réaliser un banal journal de tournage conventionnel, il choisit l’immersion comédie. Bouzard-auteur se transforme en Bouzard-acteur. Ne vous attendez donc pas à un reportage Médiapart. Le seul passage artificiellement réaliste est lorsque l’auteur confie son journal à Chatgpt. Le concept est poilant. On va même croiser les célèbres Fabrice (Erre et Fabcaro) de L’édito de Spirou. Le problème après avoir lu cet album, c’est qu’on risque de trouver la série bien fade.

© Bouzard – Dargaud Récent lauréat du prix Schlingo 2026 au Grand Off d’Angoulême avec Les Vacances chez Pépé-Mémé paru chez Fluide Glacial, Bouzard prouve une nouvelle fois avec L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre qu’il est l’un des auteurs les plus drôles du moment, comme l’ont été jadis Gotlib, Franquin ou Goscinny.
Titre : L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre
Genre : Humour
Scénario, Dessins & Couleurs : Guillaume Bouzard
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205214383
Nombre de pages : 80
Prix : 17,50 €
- Geluck expose le chatpar Laurent Lafourcade
Ça ronronne au Musée Maillol
« -Il suffirait qu’on écrive une connerie dans mes bulles pour me faire passer illico pour un con qui dit des conneries. »
« Si l’itinéraire de Philippe peut paraître éclaté, tant il a multiplié les incursions dans des champs artistiques différents, une unité et une cohérence s’en dégagent à l’évidence. L’unité et la cohérence qu’assure un regard unique, léger et grave tout à la fois, qui invite à voir le monde avec une bienveillance ironique et souriante, sans illusions ni préjugés. A leur manière, Le Chat et son créateur sont de vrais humanistes. » Ces mots sont de Benoît Rimiche, administrateur délégué, directeur artistique de l’exposition « Geluck expose Le Chat » au Musée Maillol à Paris jusqu’au 3 mai 2026. Dans un numéro hors-série exceptionnel du magazine Beaux-Arts, en compagnie de Tempora, agence conceptrice de l’exposition, bienvenue dans un voyage jubilatoire au cœur de l’œuvre d’une vie, où ceux qui l’ignoraient encore découvriront que Geluck, ce n’est pas que Le Chat.

© Geluck – BeauxArts Le magazine s’ouvre par un entretien entre Philippe Geluck et l’historien Elie Barnavi. En quelques questions, ce dernier invite le créateur à remonter aux sources de son personnage, né sur un carton de remerciement pour son mariage. Ils font le point sur les événements liés au Chat depuis sa création, en Belgique, ça ne pouvait pas être autrement, parce que Magritte, parce que Hergé, parce que Scutenaire, parce que Bosch. On apprend que l’un de ses plus célèbres admirateurs fut Frédéric Dard, l’auteur de San Antonio.

© Geluck – BeauxArts Le journaliste Raphaël Turcat raconte ensuite qu’il n’y a pas qu’une vie dans Geluck, mais cinq. L’homme est acteur, dessinateur et peintre, sculpteur, écrivain et homme de médias, entre autres sociétaire des Grosses Têtes depuis des années. On le découvre tout en sensibilité dans un portrait de Marc Lecarpentier. Il est ensuite question d’absurdité dans un article de Jean-Loup Chiflet, exégète du genre, recensant des influences du maître de l’animal, de Beckett à Ionesco, de Siné à Desproges. Dans un portfolio traversant 40 ans d’existence, Geluck commente quelques dessins et strips. Il va être question d’art, de la Joconde à L’origine du monde, avant que l’auteur ne passe à la question pour qu’on le découvre plus en profondeur dans ses rapports à l’humour, à l’art, à la mort,… Le dessinateur laisse ensuite le mot de la fin au sculpteur, dont le point d’orgue jusqu’à présent aura été l’exposition itinérante des vingt bronzes gigantesques du Chat.

© Geluck – BeauxArts Le magazine « Geluck expose Le Chat » n’est pas un catalogue d’exposition mais une exposition de qui est Geluck. Complément nécessaire à l’événement au Musée Maillol, ce « mook » permet de comprendre l’artiste grâce à un voyage immersif, non pas dans son art, mais dans ses arts.
Titre : Geluck expose le chat
Genre : Ouvrage d’étude
Scénario & Dessins : Philippe Geluck
Éditeur : BeauxArts
ISBN : 9791020410504
Nombre de pages : 68
Prix : 14 €
- Mort blanchepar Laurent Lafourcade
Ne pars pas, petit oiseau…
« -Prends bien soin de ton frère, Antero, tu sais qu’il est fragile.
-Ça ira, maman, je suis fort.
-Pas toi, imbécile ! Riku !
-Tiens, Riku. Je n’ai pas trouvé de munitions, en revanche.
-Non. Il n’y en a plus nulle part et mes frères avaient déjà raflés celles de la maison.
-Mais comment tu vas faire pour te défendre ?
-Je courrai.
-Il est l’heure ! Tous à bord !
-Reste.
-Il faut que j’y aille.
-Alors, reviens-moi vite. »
1932. Dans une forêt finlandaise, un père violent entraîne ses trois fils à la chasse. Garder les deux yeux ouverts pour viser, combien de fois faudra-t-il le dire ? Le plus jeune rate son coup. Un aîné se fait gifler lorsque le chef de famille s’en prend au petit. Les mois passent, Riku grandit et tombe amoureux de Lümi. En 1939, alors que depuis le décès de leur père les membres de la fratrie vivent avec leur mère, l’URSS menace d’envahir le pays. Ils sont déjà dans l’isthme de Carélie. Les trois frères se portent volontaires pour partir au front. L’armée n’a même pas suffisamment de paquetages pour équiper tous les soldats. Très vite, les militaires vont découvrir l’horreur de la guerre. Malgré lui, Riku va devenir une machine à tuer.

© Toussaint, Holgado – Bamboo « Mort blanche », c’est le surnom que donnent les soviétiques à Riku, devenu tireur d’élite. Les marques de sang sous les yeux deviennent son signe distinctif. L’ennemi qui les voit peut déjà s’attendre à faire partie du compteur implacable, la longue énumération de ses victimes, et elle sera longue, du début à la fin, fin où l’on découvrira le véritable début. Bien que fiction dans un contexte historique, le récit s’inspire de la vie de deux soldats en en faisant une seule. Riku est la synthèse de Simo Häyhä, soldat finlandais du conflit contre les russes, et d’Hirô Onoda, soldat japonais qui refusa de croire à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

© Toussaint, Holgado – Bamboo Le scénariste Kid Toussaint ne se prétend pas biographe. Il utilise intelligemment des événements véridiques pour en tirer l’essence d’un drame humain. Alexandre Dumas disait : « L’histoire est un roman qui a été ; le roman est de l’histoire telle qu’elle aurait pu être. » Kid applique la technique sur un événement méconnu chez nous, parce qu’il ne fait pas partie de l’Histoire de France, mais qui est pourtant un écho des conflits contemporains. Avant d’être un sniper, Riku est une victime des chefs de guerre, embourbé dans une spirale dont il lui est impossible de voir la fin. Iñaki Holgado fait passer toute la peur, la haine et la violence du tireur dans ses yeux. Le nombre des morts intégré aux décors est glaçant. La double page de la tranchée et de l’attaque aérienne emprisonne les lecteurs dans le conflit. Les couleurs de Raphaël Bauduin et Anaïs Blanchard montrent aussi bien la boue et le sang que la blancheur dramatique de la neige qui va être tachée.

© Toussaint, Holgado – Bamboo Michael Morpurgo a raconté les séquelles de la guerre de 39-45 dans le roman jeunesse Le Royaume de Kensuké, sur une île du Pacifique. Kid Toussaint et Iñaki Holgado mettent en scène un autre traumatisme, montrant que les ravages des guerres ne s’arrêtent pas à leurs portes, mais ne commencent pas à leurs portes non plus.
One shot : Mort blanche
Genre : Drame
Scénario : Kid Toussaint
Dessins : Iñaki Holgado
Couleurs : Raphaël Bauduin & Anaïs Blanchard
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand angle
ISBN : 9791041110377
Nombre de pages : 64
Prix : 15,90 €
- La quête 3 – Le réveil du dragon-métalpar Laurent Lafourcade
Les contes ne finissent jamais
« -Vous savez, Nimué, je me pose des questions… Sur la quête, tout ça…
-Ah oui ?
-Je… Est-ce que je suis la bonne personne ? Je sais pas ce que je fais. On se déplace un peu au hasard…. Là, on va vers le Nord parce qu’on se rapproche de la forêt de Brocéliande, mais… Des fois, j’ai l’impression d’être brinquebalé dans une histoire dont je ne contrôle rien. »
Alors qu’une rupture de canalisation a inondé la vallée du Roi Pêcheur, les travaux de construction de l’autoroute sont stoppés. Les dégâts sont considérables. Avec le père de Pelli, architecte, Morgane Lafée veut empêcher la magie de revenir dans le monde moderne. Pendant ce temps, Pelli et Nimué, la dame du lac, se rapprochent en scooter de la forêt de Brocéliande. Si son père a rejoint le clan ennemi, Pelli peut compter sur son grand-père, attaché aux valeurs du merveilleux, pour les aider à sauver la bête questante avant qu’elle ne soit repérée par Morgane et ses sbires. Au milieu de tout ça, Gawain, le chevalier à la licorne, appelle Percie pour l’inviter à aller voir un opéra avec lui. Tout ce petit monde va se retrouver dans un final grandiose où ils devront faire face au réveil du dragon-métal.

© Mannaert, Maupomé – Le Lombard Fin de la quête pour Pelli, ses alliés et ses ennemis. La trilogie anachronique de Wauter Mannaert et Frédéric Maupomé se termine dans un grand spectacle digne d’une production hollywoodienne. Perversion du progrès, écologie, avenir de la féérie sont les thèmes principaux de l’aventure. La chasse à la bête se transforme en joute de magiciennes. Si on pousse plus loin le curseur de la métaphore, on peut voir en Morgane l’incarnation d’une Intelligence Artificielle qui veut prendre le pas et annihiler l’imagination humaine symbolisée par la bête questante, animal merveilleux s’il en est.

© Mannaert, Maupomé – Le Lombard Frédéric Maupomé est l’un des scénaristes à suivre de ces dernières années. Avec Anuki, SuperS, Sixtine et à présent Îles, il est l’une des têtes d’affiche des éditions de la Gouttière. Avec La quête, il apporte la féérie de ses mondes au Lombard, éditeur mainstream. Auréolé du succès de Yasmina, chez Dargaud, qui a même une fresque murale à Bruxelles, Wauter Mannaert dessine et colorise cette histoire tous publics dans son style universel à la portée des plus jeunes et tout aussi séduisant pour les adultes qui ont eu l’intelligence de ne pas grandir et qui comprendront encore mieux le message. Jusqu’au 20 septembre, la nature de Wauter Mannaert s’expose au Musée de la BD à Bruxelles pour une immersion au cœur de sa vision singulière et poétique de ce qui l’entoure.

© Mannaert, Maupomé – Le Lombard La quête apporte un message d’espoir. Le merveilleux peut encore envahir le monde. Les auteurs nous le prouvent avec cette histoire où ils démontrent que jamais, jamais, le rêve ne pourra être détruit ni remplacé.
Série : La quête
Tome : 3 – Le réveil du dragon-métal
Genre : Fantastique
Scénario : Frédéric Maupomé
Dessins & Couleurs : Wauter Mannaert
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808217385
Nombre de pages : 120
Prix : 14,95 €
- Rocketeer – Nouvelles aventures 2par Laurent Lafourcade
La torpille du ciel
« -Cliff ? Cliff Secord. As-tu une idée de l’heure qu’il est ?
-Dans mes rêves, je ne porte pas de montre, Betty.
-Mais tu ne rêves plus, feignant !
-Bien sûr que si. Sinon comment expliquer cet ange dans ma chambre ?
-Remballe tes compliments de seconde main. Je ne te laisserai pas ronfler. C’est l’heure de te lever.
-Non, Betty ! N’ouvre pas les rideaux. Je ne suis pas prêt. Je me sens bien ici.
-Prêt ou pas prêt, il faut revenir à la réalité, Cliff… Tu as du pain sur la planche. »
Rocketeer, l’homme-roquette, créé par Dave Stevens, est de retour pour un deuxième album collectif hommage au personnage de Comics. Même s’il y fait penser, Rocketeer n’est pas un super-héros. Il a ceci de commun avec Batman de ne pas posséder de pouvoirs surnaturels mais de bénéficier d’une technologie innovante qui lui permet de sauver la veuve et l’orphelin, et surtout Betty, sa chérie, qu’il impressionne autant qu’il agace. Quinze courts récits sont au sommaire de cette compilation, avec des auteurs emblématiques ou de la Nouvelle Vague, aux graphismes variés et parfois originaux comparé au visuel d’origine.

© Stevens – Delcourt Sandy Plunkett et Marc Guggenheim ouvrent le show avec « Les gentils ». En 1939, Cliff Secord, c’est son vrai nom, a la roquette endommagée par un tir de biplan. Il échoue dans un petit village et est recueilli par une famille pour le plus grand bonheur du gamin de la maison. Le trait est réaliste et classique, comme celui de Colin Wilson, dans « Du pain sur la planche » scénarisé par Tom Taylor. Dans un demi-sommeil matinal, le personnage se revoit sur un champ de bataille après l’assaut, sous la pluie et dans la boue. Echo au désormais célèbre principe du « What if… », « On aurait pu… » de David Lapham et Chris Sprouse raconte le destin de Cliff et Betty s’ils menaient une vie plan-plan. Par bonheur pour nous, lecteurs, ce n’est pas le cas.

© Stevens – Delcourt Dans des styles hors normes, si tant est qu’il y en ait une, Bill Sienkiewicz et Peter David remportent, et c’est le cas de le dire, la palme de l’originalité grâce à « Ducketeer », une Murray Melody, parodie des Merrie Melodies des Looney Tunes. On devine Daffy Duck dans le costume de la torpille. Marvin le Martien est là en guest. Avec « Voler en rêve », Stan Sakai adopte un trait plus enfantin dans le but d’émerveiller les gamins. On est dans le même type d’histoire que « Les gentils ». On peut ainsi souligner les différences de traitement en fonction du public visé. « Butchy sauve Betty », de Kyle Baker joue dans l’humour, avec des codes graphiques originaux et des onomatopées qui prédominent dans une narration qu’elles scandent.

© Stevens – Delcourt Rocketeer est un rappel de la plus belle époque d’Hollywood et d’un XXème siècle en train de glisser vers un second conflit international. On croise le professeur Jones, Indiana pour les intimes, et l’aviatrice Amelia Earhart. Rocketeer met en évidence une Amérique qui veut asseoir sa puissance aux yeux du reste du monde, avec un côté glamour, comme si le personnage était un Angel Wing en chair et en os. Avec des parents d’adoption comme ici, il est fin prêt à redécoller dans des aventures classiques.
Série : Rocketeer
Tome : Nouvelles aventures 2
Genre : Super-héros
Création : Dave Stevens
Scénario : Marc Guggenheim, Peter David, Stan Sakai, Tom Taylor, Paul Dini, Walter Simonson, David Lapham, Kyle Baker, Matt Wagner, Louise Simonson, David Mandel, John Byrne, Danny Bilson, Paul de Meo, Kelvin Mao, Robert Windom
Dessins : Sandy Plunkett, Bill Sienkiewicz, Stan Sakai, Colin Wilson, Bill Morrison, John Paul Leon, Chris Sprouse, Kyle Baker, Eric Canete, Walter Simonson, J.Bone, John Byrne, Adam Hughes, Craig Cermak, Jae Lee
Couleurs : Robbie Robbins, Bill Sienkiewicz, Dave Stewart, Serban Cristescu, Jordie Bellaire, Kyle Baker, Eric Canete, Cassandra Poulson, J.Bone, Adam Hughes, Laura Martin, June Chung
Couverture : Adam Hughes
Editeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413093107
Nombre de pages : 160
Prix : 18,50 €
- Ping ! 2par Laurent Lafourcade
A table pour le sport !
« -Etat de la table… Ok ! Hauteur du filet… 15,25 cm… Ok ! Tension du filet… Ok ! Balle homologuée à 4 étoiles… Ok ! Revêtement de la surface au sol… Ok ! La qualité de l’éclairage… Ok ! Couleur réglementaire du maillot de l’adversaire… Ok ! Revêtements homologués sur la raquette de l’adversaire… Hmm… Ok ! C’est tout bon, on va pouvoir commencer !
-Trop tard ! J’ai plus le temps !!! »
Quelques échauffements avant d’attaquer le match. Après s’être assuré de la mobilité de son corps, du cou aux hanches en passant par les poignées, place au jeu, sauf pour les joueurs déjà épuisés. Les balles fusent déjà dans tous les sens. Coup droit, revers, milieu, on va pouvoir commencer. Il faudra juste savoir s’arrêter. Pas évident non plus de choisir sa raquette, ou plus précisément son manche. Concave ou anatomique, si la raquette glisse encore des mains, il va falloir envisager une solution. Pour les balles, si elles sont fendues, elles sonnent faux ou font des faux rebonds. Il faut les retirer du jeu et les écraser pour éviter qu’elles ne se retrouvent à nouveau en lice. N’essayez pas de résoudre de la même façon le problème avec les tables qui font des faux rebonds.

© Bloz, Axel – Bamboo Ping ! réunit des gags de pongistes dans lesquels, pour la plupart, un père coache son fils dans leur passion commune du tennis de table. Les plus grands champions du monde restent leurs références. Le gamin possède entre autres une raquette dédicacée de Jean-Philippe Gatien, une casquette signée par Jacques Secrétin, un tee-shirt de Patrick Chila. Il lui reste à rencontrer les frères Lebrun. Papa, lui, garde un autre souvenir, mais d’un boxeur. Même en vacances, ces deux-là ne dérogent pas à la règle. Au camping du Bamboo, la table a intérêt à être conforme, assez loin des tentes et surtout du terrain des boulistes. Minute instructive en classe : on découvre, et c’est vrai, le rôle diplomatique qu’a joué le ping-pong entre la Chine et les Etats-Unis au début des années 70.

© Bloz, Axel – Bamboo Un cahier pédagogique complète l’album. L’avantage de ce sport, c’est qu’il est accessible de 7 à 77 ans, et même au-delà. Pour ceux qui l’ignorait encore, on découvre que ce sport est complet, du corps à l’esprit, intergénérationnel, facile à démarrer et peu contraignant. La FFTT (fédération française de tennis de table) propose divers types de licences : compétition, loisir, découverte, mais aussi événementielle et liberté (pour les hors club souhaitant participer à des tournois. On peut jouer en intérieur et en extérieur. Il existe aussi le PingVR, avec des matchs à distance en réalité virtuelle. Déjà 1,6 millions d’adeptes dans le monde. On n’arrête pas le progrès.

© Bloz, Axel – Bamboo Bloz et Axel, père et fils, s’amusent autant qu’ils amusent avec cette série de gags-passion, pas exclusivement réservée aux pongistes. Ça donne vraiment envie de s’y (re-)mettre.
Série : Ping !
Tome : 2
Genre : Humour
Scénario : Bloz & Axel
Dessins : Bloz
Couleurs : Mikl
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041108107
Nombre de pages : 48
Prix : 11,90 €
- Les grandes personnespar Laurent Lafourcade
L’esprit Gulliver
« -Qu’est-ce que tu fais-là, toi ?
-Je fais rien monsieur, je fais rien !
-Pourquoi te caches-tu là ?! Les esclaves ne montent pas dans les chaloupes ! Les chaloupes sont pour les maîtres !
-Je… Je voulais pas… Je sais pas nager…
-Quel égoïsme ! Puisque tu es là, tu vas te rendre utile. Prends tes rames, il faut se rapprocher de la côte. Allez, du nerf ! Il y a un fort courant. »
Milieu du XVIIIème siècle, le galion La Belle Héloïse essuie une tempête. Ses occupants sont contraints de le quitter dans des canots de sauvetage. Si l’essentiel des matelots prend place dans l’un d’entre eux, Emilien de Terrecourt, parti pour vendre à bon prix l’ensemble de la cargaison, voit son rêve sombrer pendant qu’il est dans un autre canot en compagnie de Prudence, une esclave. S’il avait écouté le capitaine du navire et ne s’était pas entêté à vouloir poursuivre la route malgré la grosse mer, ils n’en seraient pas là. Après quelques heures de dérive, la barque s’échoue sur une île. La nature est hostile. La faune est agressive. Dans la nuit, Prudence disparaît. En partant à sa recherche, Emilien est capturé par… une grande personne.

© Tehem – Dargaud Le rescapé est amené dans une tribu de géants dont il devient l’esclave, traité comme un animal de ferme. Ils parlent une langue inconnue. La communication est impossible. Pendant ce temps, Prudence pêche et cueille afin de se sustenter. Elle découvre une autre tribu de géants, tout blancs. Ceux-ci ramènent au camp le corps d’un être de la tribu de ceux qui détiennent Emilien. Sous ses yeux horrifiés, ils le dévorent. En cachette, elle délivre un second otage avant qu’il ne serve de repas. Tous d’eux s’enfuient dans la jungle. Il l’amène jusqu’à son village où elle retrouve son ancien maître, en train de vivre, et de comprendre peut-être, la condition d’esclave.

© Tehem – Dargaud Pour son nouvel album, toujours aux couleurs des îles, Tehem quitte le côté historique de Vingt-décembre pour une histoire imaginaire, synthèse hommage de lectures inoubliables telles que Les voyages de Gulliver, Vendredi ou la vie sauvage et autres Robinson Crusoë. L’album est sous-titré Récits du naufrage de la Belle Héloïse. C’est en fait une seule et même histoire racontée à chaque chapitre avec le point de vue d’un protagoniste complétant les informations que l’on connaît tout en faisant avancer l’action dans le temps. Après le prologue, Emilien ouvre le bal, suivi de Prudence, puis place au regard des géants avec Majé, puis la « petite » Jélé. Bien que fiction, là où le livre rejoint la bibliographie de Tehem, c’est aussi parce qu’il traite en profondeur du thème de l’esclavage. Qui sommes-nous pour asservir les autres ? Emilien se remet en question tout en vivant ce qui se rapproche d’un syndrome de Stockholm dans un final inattendu.

© Tehem – Dargaud D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Paul Gauguin s’était posé la question. Tehem apporte un fragment de réponse, de sa réponse. Sous couvert d’une aventure exotique, Les grandes personnes est un conte philosophique, un pamphlet anti-raciste et rassembleur, qui fait se poser des questions sur le sens de la vie.
Titre : Les grandes personnes
Genre : Aventure
Scénario, Dessins & Couleurs : Tehem
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213133
Nombre de pages : 152
Prix : 22,95 €
- Silence 6par Laurent Lafourcade
L’ancre de la liberté
« -Cime. Ové n’est plus un problème. Les mioches non plus… Extermine-les !
-Quoi ?!
-Même Volémie ?
-Regarde-là, elle s’est réfugiée dans l’ombre, elle aussi. C’est un monstre. »
Toutes les personnes que Madame la Nuit avait endormies se sont réveillées… même Volémie, au grand dam de Hêtre qui demande à Cime d’exterminer Ové et ses camarades. Tel un rempart pour les protéger, toute la population se dresse entre eux. Les villageois en ont ras-le-bol. Ils en ont assez et réclament toute la vérité. A Haut-Fort, quand un monstre est vaincu, les gens applaudissent, pour montrer qu’ils n’auront plus jamais peur. Les rouages sont enfin prêts à changer de sens. Il semble bien que ce soit la fin du règne de Hêtre. Pour cela, Frêne a fait appel à Phalène. Un pigeon vient d’arriver pour annoncer que son bateau céleste n’allait pas tarder.

© Vornière – Kana Ambiance fin de règne pour ce sixième tome de Silence qui clôt un cycle et en démarre un nouveau. Il y est question de dictature déchue. Ce n’est pas le pouvoir qui est redonné au peuple, c’est le peuple qui le reprend. Haut-Fort est en marche pour redevenir un havre de paix. Bien que le scénario prenne un ton politique et fasse écho à la chute de dictatures dans de nombreux pays du monde, l’auteur va savoir rapidement faire redescendre la tension avec des scènes non dénuées d’humour. La seconde partie du volume permet de relâcher la pression avant que les héros ne redémarrent leur route.

© Vornière – Kana Dans Silence, Aurélien Vornière a pour principe de faire régulièrement allusion à des légendes régionales. C’est le cas ici avec cette ancre tombée du ciel lancée par un navire au-dessus des nuages. Un marin de la Manche l’aurait jadis aperçue. Les nuages seraient donc un appui sur lequel les bateaux pourraient naviguer. C’est de là que vient dans ce récit celui qui fait office de rédempteur.
Graphiquement, Vornière solidifie son trait. Assisté depuis trois tomes par Tibo qui part travailler sur sa propre série, il peut techniquement rivaliser avec les meilleurs auteurs nippons.
Pour les collectionneurs, à noter qu’il existe une édition avec une jaquette alternative signée Enaibi, dessinatrice de Horion, aux éditions Glénat.

© Vornière – Kana Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… Vous croyiez que ça allait finir comme ça ? On fait partie de la caste des héros ou pas ? Lame n’a pas le destin casanier. On constitue une petite troupe, et en avant pour de nouvelles aventures.
Série : Silence
Tome : 6
Genre : Fantastique
Scénario & Dessins : Yoann Vornière
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505142102
Nombre de pages : 200
Prix : 7,90 €
- Marsupilami 35 – La dernière chassepar Laurent Lafourcade
Vent nouveau en Palombie
« -Les chasseurs sont en approche de la forêt palombienne, Monsieur.
-Très bien, Tony ! J’espère que ces cinq-là parviendront à s’entendre pour attraper l’animal !?
-Si vous le permettez, Monsieur, pourquoi cinq ?
-¨Parce que le Marsupilami Fantasii est la créature la plus insaisissable de la Terre. Voilà plus de 100 ans que l’homme n’a plus mis la main sur un spécimen ! »
Il existe deux types de jungles : la jungle sauvage dans laquelle tout prédateur, aussi haut placé qu’il soit dans la chaîne alimentaire devrait rester sur ses gardes, et la jungle urbaine dans laquelle règnent l’avidité et la cupidité. Dans les deux lieux, la loi ne fait aucune exception. C’est dans la jungle urbaine qu’un riche commanditaire demande à l’un de ses sbires de recruter cinq chasseurs et de les envoyer en Palombie afin de capturer la créature la plus insaisissable de la terre : le marsupilami fantasii. Voilà plus de cent ans que l’homme n’a plus mis la main sur un spécimen. Il est temps que la chasse commence.

© Batem, Kid Toussaint, Ced, Cerise – Dupuis Parachutés au cœur de la Palombie, les cinq traqueurs sont accueillis par un jeune guide local. Parmi eux, la Major Estefania Forbalez, renvoyée de la légion pour raisons disciplinaires, chasse tout, du plus grand stratège au plus insignifiant cafard. Léon de Bourgogne est quant à lui un amoureux de la nature avec qui il ne fait qu’un. Plus stoïque, Parhavi est originaire d’Indonésie. Il a parfait ses techniques de chasse dans tout le globe. Plus moderne, adepte des nouvelles technologies, Violette Delacourt est connectée à ses drones. Enfin, il y a aussi Bring M.Backalive, le chasseur historique de Marsupilami, qui n’a jamais réussi à capturer la bête. L’union faisant la force, le club des cinq parviendra-t-il à ses fins ?

© Batem, Kid Toussaint, Ced, Cerise – Dupuis Si Batem est toujours aux dessins et Cerise aux couleurs, c’est un vent nouveau qui souffle sur ce trente-cinquième Marsupilami grâce au nouveau duo de scénaristes aux commandes. Exit Colman par décision éditoriale. L’aventurier Kid Toussaint et le gagman Ced sont associés pour renouveler l’esprit de la série. La dernière chasse est le début d’un arc narratif qui en comportera quatre. Le mystérieux boss qui engage le quintet de chasseurs en sera le fil rouge. Les auteurs promettent d’être en connexion avec l’époque tout en préservant l’ADN de la série. Ce (re)démarrage est en tous cas une nouvelle dynamique permettant de relancer la série sur une nouvelle base.

© Batem, Kid Toussaint, Ced, Cerise – Dupuis Se réinventer dans la continuité, sans pour autant tout bouleverser, telle est la gageure des séries franco-belges classiques. Il faut parfois savoir secouer le cocotier. C’est chose faite avec le Marsu, reparti pour un bon bout de temps
Série : Marsupilami
Tome : 35 – La dernière chasse
Genre : Aventure exotique
Scénario : Kid Toussaint & Ced
Dessins : Batem
Couleurs : Cerise
D’après : Franquin
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9791034770830
Nombre de pages : 56
Prix : 13,50 €
- Aux côtés du Dieu-Loup 3par Laurent Lafourcade
Le pygargue et le loup
« -Demain, c’est la Bénédi-Cité !
-Ouais…N’empêche, je pensais pas me retrouver avec une gamine sur le trône.
-Tais-toi. C’est de notre faute, à ce qu’il paraît, c’est parce que notre foi en la couronne a diminué. Si la reine fait preuve d’assurance, pendant le festival, un jour, elle finira par grandir et ressembler à notre précédente reine ! Pour l’instant, le feu qui protège notre royaume n’est que braises. Il faut les entretenir avec notre foi. Sinon, cette flamme tremblotante, elle risque de s’éteindre à la première bourrasque. »
Dans une forêt sombre, quelques pygargues sont dérangés par une humaine à qui ils réservent un sort. Tout du moins, c’est ce qu’ils pensaient. La victime se relève. Ce n’était pas tout à fait une humaine mais Rosa, la reine de la cité de Centrose, l’enfant bénie de ce royaume. Les oiseaux ne pourront pas la tuer. Si elle est ici, c’est parce qu’elle a une requête à formuler au pygargue roi de la forêt. Elle lui propose de devenir son légat, sorte d’ambassadeur, de gouverneur de province, ce qu’il va accepter. Cet oiseau, on le connaîtra plus tard sous forme humaine et avec le prénom d’Adler. De nos jours, en ville, le festival de la Bénédi-Cité va commencer. Rosalotte, la nouvelle enfant-bénie, va devoir faire sa place en affrontant un ennemi sournois. S’ajoutent au mystère des papillons de Maléfleurs, évanescents, qui envahissent le château.

© 2025 Yomoko Yamamoto / Square Enix co., ltd.
© 2026 Bamboo éditionAux côtés du Dieu-Loup se clôt un peu prématurément avec ce troisième tome alors que la série semblait à peine commencer son développement. On voit que l’auteur a voulu mettre ici de nombreuses choses pour terminer élégamment son récit. Le Dieu-Loup passe au second plan pour laisser la part belle à l’histoire de l’enfant-bénie pour un récit de pouvoir à une époque où la sorcellerie avait encore le monopole sur la démocratie. Le rapport humains-animaux est aussi au cœur de cette trilogie. Si l’animal a besoin de l’homme, ce dernier a tout autant besoin de la spécificité de chaque bête pour l’accompagner dans sa quête de pouvoir ou dans la préservation de son statut.

© 2025 Yomoko Yamamoto / Square Enix co., ltd.
© 2026 Bamboo éditionYomoko Yamamoto écrit un conte folklorique relevant des grandes légendes. Dans un trait classieux, il dessine les animaux avec détails jusqu’au plus profond de leurs âmes. Les pygargues s’envolent avec du lyrisme jusqu’au bout des plumes de leurs ailes. Les papillons semblent à peine effleurés, comme si le mangaka représentait leur consistance. La bête titre arrive à juste titre à pas de loup pour un final théâtral.

© 2025 Yomoko Yamamoto / Square Enix co., ltd.
© 2026 Bamboo éditionMettant à l’honneur les relations homme-animal et les luttes de pouvoir, Aux côtés du Dieu-Loup est un voyage spirituel soignant les blessures du monde qui se termine trop vite.
Série : Aux côtés du Dieu-Loup
Tome : 3
Genre : Seinen Heroïc-fantasy
Scénario & Dessins : Yomoko Yamamoto
Éditeur : Bamboo
Collection : Doki Doki
ISBN : 9791041117116
Nombre de pages : 192
Prix : 7,95 €
- La forêt d’Oreka 2 – Au cœur des arbrespar Laurent Lafourcade
Opération Sauver Papi
« -Où…Où sommes-nous ?
-Je ne sais pas. Je ne suis jamais venu ici. J’imagine que c’est le village où les humains de la forêt habitaient il y a très longtemps…
-Tu n’es jamais venu ici ? A… Alors, on est perdus ?
-Bien sûr que non ! On n’est pas perdus. Enfin… pas complètement.
-Buaah ! On ne retrouvera jamais grand-père… Buuaaaah ! »
Accompagnée par Roland, le lutin grognon, la petite Hannah erre dans les bois. Elle cherche l’esprit de la forêt qui mettrait fin à la nuit éternelle. De son côté, le cochon Infiniticochon traîne derrière lui le papi de Hannah, changé en statue de pierre à cause de champignons toxiques. Les uns comme les autres ne savent pas exactement où ils sont dans cette forêt la plus ancienne au monde, origine de tout. Elle est pleine de secrets. Bien avant l’existence des humains, la forêt d’Oreka est le foyer des premiers habitants de la Terre. L’esprit de la forêt, le vent, l’eau, ainsi que les dames du jour et de la nuit vivent tous ici. La forêt est divisée en deux parties : celle appartenant à la dame du jour et dans laquelle vit le grand-père, puis l’autre plongée éternellement dans la nuit obscure.

© Sordo – Dupuis Egarés, ou presque, dans la forêt, Hannah et Roland trouvent refuge dans une maison abandonnée. La nuit ne sera pas très calme. Un fantôme rose les met en garde face à un troupeau d’escargots vampires. Il y a du répit. Ils sont au rez-de-chaussée et il va bien leur falloir vingt minutes pour atteindre l’étage. Une fois sortis de ce piège, direction la maison de l’esprit de la forêt. Problème, elle est gardée par trois loups géants. Une fois passé l’obstacle, c’est un face-à-face tendu qui attend la petite fille, une joute qui va prendre une dimension inattendue quand Hannah va voir qu’elle n’est pas la seule à être venue à la rencontre de ce grand Mamamouchi.

© Sordo – Dupuis La forêt d’Oreka met en scène tout un tas de personnages complètement foufous pour un conte écologique rigolo. Le graphisme rondouillard de Paco Sordo créé un univers à la fois kawaï et inquiétant. Le dessinateur a vu les dessins animés de Pac-Man et le monde incroyable de Gumball. Dans un trait similaire, il imagine cette forêt hors du commun où l’on a envie d’aller faire un tour malgré les dangers. Quelle est sublime la cabane dans l’arbre en fin d’album ! Qui ne voudrait pas y habiter ? Le scénario est efficace. Seul hic. Il y a quelques années, il aurait tenu en trente planches avec un découpage plus resserré. Le parti pris des grandes cases a son charme mais procure parfois une fausse impression de manque de densité. C’est presque une histoire qui aurait pu être publiée en mini-récits dans Spirou. Les Schtroumpfs ont bien commencé comme ça après tout.

© Sordo – Dupuis Au cœur des arbres clôt le diptyque de La forêt d’Oreka. Si les lecteurs sont assez nombreux, nul doute qu’on y reviendra s’y perdre avec le plus grand plaisir.
Série : La forêt d’Oreka
Tome : 2 – Au cœur des arbres
Genre : Aventure humoristique
Scénario, Dessins & Couleurs : Paco Sordo
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808509619
Nombre de pages : 104
Prix : 12,95 €
- Sucre noirpar Laurent Lafourcade
Saga vénézuélienne
« -Hum… Vous voulez quoi ?
-Du travail ?
-Et vous êtes ?
-Severo Bracamonte.
-Et vous avez déjà tourné la canne ?
-Non jamais, mais le travail ne me fait pas peur.
-C’est ce qu’on verra. Montrez-moi vos mains. Hum… Ça fera l’affaire. »
Serena vit avec ses parents, propriétaires d’une exploitation de canne à sucre au Venezuela. A 16 ans, elle lit des histoires romantiques et rêve du grand amour. Pour les vieux, ça entretient les espérances et ça confirme les certitudes. A force de chercher le prince, elle risque de ne pas reconnaître l’homme généreux qu’elle croisera et qui ferait un bon mari. Lorsque Severo Bracamonte vient proposer ses services et est invité à la table familiale, de prime abord, Serena n’est pas vraiment séduite. Il vient de la ville. Elle n’aime pas la modernité. Ce qui l’a amené ici, c’est en réalité le trésor d’Henry Morgan, un légendaire trésor pirate qui, pour Serena, n’existe pas. Au fil des mois, petit à petit, le courant va passer. Severo et Serena vont se marier. Un jour, dans une plantation incendiée, un chien ramène une valise contenant un bébé, une petite fille, au visage à moitié brûlé. Le couple va l’adopter et l’appeler Eva.

© Efa, Ollagnier – Le Lombard Sur plusieurs années, on va suivre la vie de l’exploitation de canne à sucre au rythme des bonheurs et surtout des drames familiaux, au pas d’un monde en pleine mutation où l’ouvrier n’est plus un instrument justement « exploité » et où les tensions sociales commencent à faire du bruit. Eva incarne la nouvelle patronne, sûre d’elle, marchant à la fois sur les traces de ses parents tout en se projetant vers le futur et la modernité. En filigrane de tout ça, il y a cette histoire de trésor que l’on voit en première planche -rêve ou réalité ?-, dont on entend ensuite peut parler et dont on découvre dans un final poignant s’il est une chimère ou pas. Il est en tout cas l’étincelle sans laquelle l’histoire d’amour entre Severo et Serena n’aurait jamais eu lieu.

© Efa, Ollagnier – Le Lombard A l’heure où Donald Trump tente de faire main basse sur le Venezuela en extradant le président Maduro accusé de narcoterrorisme, Sucre noir montre pourquoi et comment un pays de une fois et demi la France peut être l’objet de convoitises. Le sucre noir, c’est tout autant la mélasse à la base de la canne à sucre qui donnera le rhum que le pétrole. Au-delà de l’intrigue politico-financière, Virginie Ollagnier met en exergue l’histoire d’amour d’une femme, Serena, coincée entre la génération qui la précède et celle qui la suit, avec un époux qu’elle apprend à aimer. Au dessin, Efa s’empare de ces amours si différents les uns des autres en sublimant les destins. Le personnage d’Eva est sans conteste le plus puissant. Tout passe par son regard noir aussi énigmatique qu’envoûtant. Tiens, le sucre noir, pourquoi ne serait-ce pas ce regard ? L’auteur, également coloriste, procède par tons selon les scènes dans des effets sfumato qui accentuent les impressions de profondeur.

© Efa, Ollagnier – Le Lombard Adapté du roman éponyme de Miguel Bonnefoy, dans la veine des grandes sagas familiales qui ont fait les plus grands livres et les plus beaux films, Sucre noir est un Autant en emporte la canne à sucre.
Titre : Sucre noir
Genre : Drame familial
Dessins & Couleurs : Efa
Scénario : Virginie Ollagnier
D’après : Miguel Bonnefoy
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808211659
Nombre de pages : 160
Prix : 23,95 €
- Kernok le piratepar Laurent Lafourcade
Le destin du marin
« -Dis-donc, Loïc, tu n’as pas entendu un bruit ?
-Hein ?
-Comme le bruit d’une grosse pierre qui tomberait dans l’eau.
-Hein, de quoi ? De l’eau ? Ha ! Ha ! Tu me connais, Kernok. Je préférerais un petit coup de tafia.
-C’est bien, Loïc. Tu es un matelot comme je les aime. »
Un soir que la « Félicité » cinglait vers les côtes d’Afrique, le Capitaine se languit de revoir la France, retrouver sa femme et sa campagne normande. Kernok, second du navire, le pousse à la baille et prend le commandement. Assez du petit commerce et de la traite négrière. Le philanthrope invite son équipage à le suivre en se servant directement dans la caisse. Il rebaptise le bateau en la « Hyène ». Objectif ratisser les océans pour la plus grande satisfaction de ses poches et de celles de ses matelots. Avant de reprendre la mer, lors d’une escale au pays, à la demande de sa compagne Mélie, Kernok se rend chez Pen-Hap l’écorcheur et la sorcière de la baie de Pempoul afin de connaître son avenir. Il repart de là avec un nombre en tête : 13, le nombre de jours qu’il lui resterait à vivre.

© Riff Reb’s – Oxymore Le pirate se refuse de croire en la prédiction. Du moins, c’est ce qu’il tente de faire avec la méthode Couë, qui n’existait pas à l’époque. Direction le golfe de Gascogne où une foule de galions n’attendent que lui pour être pillés. Et au retour, il ira démonter la maison de la diseuse de mauvaise aventure. Pour Mélie, c’est un mauvais présage de partir aujourd’hui. Elle a vu un goéland noir sur la misaine. Foutaises pour son chéri. « Pourquoi ne pas croire en Dieu pendant qu’on y est ? » Tout le monde est là, ou presque, on appareille ! La prophétie fatidique se réalisera-t-elle ou bien la voyante n’est-elle qu’un charlatan ?

© Riff Reb’s – Oxymore Impossible de ne pas comparer cette version-ci de Kernok avec celle, tout aussi libre, proposée par Frédéric Brrémaud et Alessandro Corbettini il y a quelques semaines chez Glénat dans la collection Treize étrange. Avec de nombreux récitatifs laissant la narration à Eugène Sue lui-même, Brrémaud démontrait comment, en 1830, le romancier feuilletoniste était aux avant-gardes d’un poly-genres intergénérationnel. Riff Reb’s donne plus de place aux dialogues et à la verve du pirate et de ses congénères. Alors que Corbettini traitait la couleur en lavis de gris, Riff Reb’s joue avec les tons. Sa mise en couleurs scande les scènes, les mettant chacune en valeur en fonction de leur propos : une explosion de cambuse, une baleine de cauchemar ou encore un assaut tragique. Riff Reb’s utilise la lumière comme un élément narratif justifiant ainsi en partie l’intérêt de l’adaptation d’œuvres littéraires en bande dessinée, comme il a l’habitude de si bien savoir le faire, ayant dans son escarcelle les transpositions d’A bord de l’étoile Matutine de Pierre Mac Orlan, Le loup des mers et Le vagabond des étoiles de Jack London, et autres nouvelles maritimes.

© Riff Reb’s – Oxymore « Force est de constater que les gentilhommes de fortune festoyaient comme s’ils allaient mourir le lendemain, mais ils étaient rarement capables de s’imaginer que cela pourrait leur arriver le jour même. » C’est Eugène Sue qui le dit. Kernok a brûlé sa vie jusqu’au bout de la mèche pour l’honneur de la piraterie, de la littérature et aujourd’hui de la bande dessinée.
Titre : Kernok le pirate
Genre : Piraterie
Scénario, Dessins & Couleurs : Riff Reb’s
D’après : Eugène Sue
Éditeur : Oxymore
Collection : Noctambule
ISBN : 9782385611132
Nombre de pages : 116
Prix : 20,95 €
- To your eternity 24par Laurent Lafourcade
L’âme de la poupée
« -Dis… Ça va ?
-Hm… Je n’étais pas une poupée ordinaire… Je peux te le dire… Numéro 32, c’est moi…
-Quoi ? »
Quels sont ces souvenirs qui envahissent la poupée ? Elle n’en sait rien. Y a-t-il erreur ? Non, il n’y a pas de doute. La question ne se pose même plus. La poupée n’est pas une poupée ordinaire. Elle est Numéro 32. Le transfert de vie est donc possible. Née comme trente-deuxième clone du fondateur de l’entreprise Kaibara, elle menait des recherches sur la résurrection des morts. Elle a transféré sa personnalité dans la poupée. C’est en voulant aller détruire la soucoupe de Kaibara avant de terminer l’expérience que les choses se sont compliquées. A présent, c’est Rabbit Dee, l’oncle d’Anton et Eibel qui fait son apparition. Envoyé pour capturer la poupée, il se repend et reste pour Imm et ses compagnons la seule chance de négocier avec le ciel, avec le quartier général céleste de Kaibara.

© Oima – Pika La situation n’est pas plus simple dans les profondeurs où Bonshen Nicoli La Tasty Peach Uralius (ça fait toujours plaisir d’énoncer son patronyme en entier) et ses compagnons se trouvent face à un tunnel bouché. Ils se voient attaqués puis capturés par la fleur protectrice matérialisation du ciel qui les amène en lieu sûr. Ils sont prisonniers de ce réceptacle. Pour l’éternité ? C’est ce que dit Rabbit à Imm. Ce dernier se propose alors comme monnaie d’échange en compensation de leur libération. Pour la poupée, il n’en est pas question. La priorité est de mettre un terme au combat contre les knockers.

© Oima – Pika On sent que l’on approche de la fin. Cet avant-dernier tome de To your eternity annonce le terme de l’aventure. Il faut s’appeler Yoshitoki Oima pour mettre autant d’humanité dans une poupée de chiffon. La série porte fort bien son nom. L’animisme est mêlé à la génétique. La poupée n’est pas un objet qui a une âme. Elle est une âme dans un objet. Vous ne câlinerez plus votre doudou comme avant. Le piège dans lequel sont retenus les amis d’Imm est un écho à celui des compagnons d’Ulysse 31 plongés dans une léthargie jusqu’à ce qu’il trouve le moyen de les sauver, sauf que là, Imm ne les a pas sur place. Il lui reste donc un tome pour vaincre les knockers et les retrouver… pour l’éternité.

© Oima – Pika On est déjà triste de voir poindre la fin de la série. Oima a la délicatesse de ne pas tirer en longueur, ce qui va permettre à To your eternity de rester ce qu’elle est déjà : une série culte.
Série : To your eternity
Tome : 24
Genre : Fantastique émouvant
Scénario & Dessins : Yoshitoki Oima
Éditeur : Pika
ISBN : 9791043302411
Nombre de pages : 192
Prix : 7,20 €
- Karibapar Laurent Lafourcade
Les tribus périssent mais les dieux sont immuables
« – A mon signal, rame ! Incroyable !
– Un vrai miracle !
– Regarde ! La lumière de la lune… Rhutapa… Le royaume caché.
– Cet endroit… Il est étra…
– WAAAAAWAAAAAAA
– Tu entends ça ?
– Un esprit ? Je crois que ça vient de l’eau… !
– On aurait dit des sanglots.
– Je ne sais pas, Tongai. Cet endroit me file les jetons. Si tu t’étais trompé ? Si le trésor était gardé par Nyaminyami ? »
Naviguant sur le Zambèze par une nuit de pleine lune, Tongai et Rock découvrent un bébé sur les rives du fleuve, au milieu des roseaux. Quelques années plus tard, Siku, car c’est ainsi qu’elle s’appelle, a bien grandi. Tongai, qui l’a adoptée, travaille sur le barrage de Kariba, jusqu’au jour où il disparaît. Siku semblant pouvoir dompter le fleuve va tout faire pour le retrouver, aidée en cela par le jeune Amedeo, fils de l’ingénieur aux commandes du chantier du barrage. En cherchant son père, Siku va remonter le fleuve, rencontrer pirates et autres malfaiteurs, et surtout faire une quête initiatique sur ses origines.

© Clarke, Clarke, Snaddon – Vents d’Ouest Entre la Zambie et le Zimbabwé, le barrage de Kariba existe réellement. Il a été construit entre 1955 et 1959. 128 mètres de haut, 579 mètres de long, il est l’un des plus grands du monde. 57000 personnes ont été déplacées, une catastrophe humaine, sociale, économique et sanitaire pour la population locale. Les auteurs se sont emparés de cet événement historique pour écrire un conte moderne sensibilisant les lecteurs sur les conséquences d’un tel chantier sur l’environnement local.

© Clarke, Clarke, Snaddon – Vents d’Ouest Daniel et James Clarke, accompagnés par Daniel Snaddon, ont réuni tous les composants nécessaires pour réaliser une grande aventure comme on en fait rarement. Kariba a tout du grand spectacle comme on en voit encore parfois au cinéma, comme on en lit encore de temps en temps, et qui réunit les générations. Là où le jeune lecteur verra la quête d’une gamine aux pouvoirs magiques qui recherche son père dans un décor majestueux, les adultes décèleront les conséquences ravageuses de la construction d’un barrage hydraulique. Par la métaphore de Nyaminyami, poisson-serpent géant, les auteurs dénoncent la colonisation d’un peuple qui ne demandait rien à personne. Dans la préface, ils revendiquent leur volonté de présenter une œuvre de fiction, accompagnant l’Histoire comme on peut accompagner un rêve au réveil, en finissant par faire sens.
Les dessins de James Clarke invitent au voyage physique et spirituel. Le dépaysement est total. Les couleurs sont féériques. Les différents décors sont autant de tableaux de fonds immergeant dans une ambiance sauvage, mystérieuse et exotique. Kariba est une œuvre fin prête à être adaptée en dessin animé. La bande annonce de l’album est d’ailleurs conçue comme tel.

© Clarke, Clarke, Snaddon – Vents d’Ouest Paru pour la première fois il y a cinq ans, ce one shot est aujourd’hui réédité. Entre Vaïana et Les jungles perdues, Kariba est l’une des belles surprises inattendues qui démontre que le rêve et la magie sont plus fort que tout et permettront au monde de se relever… quoiqu’il se passe.
https://www.youtube.com/watch?v=qh7oVDLt_W4&feature=emb_logo
Titre : Kariba
Genre : Aventure exotique
Histoire : Daniel Snaddon, Daniel & James Clarke
Scénario : Daniel Clarke
Couleurs : James Clarke
Éditeur : Vents d’Ouest
ISBN : 9782749310473
Nombre de pages : 232
Prix : 20 €
- Tante Suzannepar Laurent Lafourcade
Une peintre à travers le siècle
« -Papa ?! Ce sont tous des tableaux de Tante Suzanne ?
-Oui… Presque tous.
-Pourquoi sa signature n’est pas toujours la même ?
-Au début, elle voulait bénéficier de la renommée de son grand-père, un célèbre sculpteur, et gardé son nom : Cordier.
-Oui, ça, j’ai compris, c’est pour ça qu’on va aller voir ses sculptures. Mais pourquoi elle a changé ?
-Attends… Laisse-moi me concentrer, je termine un mail…
-C’est quoi ce mail ? On a dit qu’on partait !
-Oui ! Oui ! J’ai fini ! J’envoie des bouteilles à la mer à différents membres de ma famille, pour recevoir des témoignages, des anecdotes, des photos, de Tante Suzanne… »
Robin Walter est un auteur de bandes dessinées. En ce moment, il recueille des informations sur Suzanne Drouet-Réveillaud, la sœur de son arrière-grand-mère, et dont le grand-père, Charles Cordier, était un sculpteur renommé dont on peut admirer des œuvres au Musée d’Orsay. Ce ne sera pas le seul artiste de la famille. Parmi eux, Suzanne naît à Paris en 1885. Très vite, elle montre des velléités pour le dessin. Plus tard, elle décide de passer le certificat de sténo-dactylographe afin d’aider financièrement ses parents. Encore un peu de travail et d’investissement et elle pourra préparer le concours d’entrée de l’atelier de peinture des Beaux-Arts qu’elle intègre de 1908 à 1913, sous l’œil avisé de Ferdinand Humbert.

© Walter – Des ronds dans l’O Pendant la Première Guerre Mondiale, Suzanne exerce comme aide-soignante auprès des blessés. Plusieurs membres de sa famille se sont mariés, mais elle, elle a épousé la peinture. En 1919, elle vend plusieurs toiles lors d’un salon au Grand Palais. Douée, Suzanne obtient des bourses d’étude afin d’exercer et de développer son art à l’étranger, et plus particulièrement dans les colonies françaises de l’Afrique du Nord : un premier voyage en Tunisie, un suivant au Maroc où elle va vivre jusqu’en 1951 et où elle reviendra fréquemment. Suzanne se passionne pour les paysages et la population locale, trouve l’amour dans les bras d’André Réveillaud, à Fès, dans des circonstances particulières, l’homme étant en train de perdre sa femme malade. Toute sa vie, l’artiste poursuit ses voyages. Elle décède en 1970.

© Walter – Des ronds dans l’O Robin Walter mène une véritable enquête policière pour retracer sans concession la vie et la carrière de son arrière-grand-tante. L’histoire de Tante Suzanne, c’est aussi l’histoire d’un siècle meurtri par les guerres et la colonisation. Au fil de l’art et de l’amour, l’artiste privilégie ses pinceaux qu’elle ne posera jamais, sauf dans ses dernières années, mais ne cessera jamais de dessiner.
Walter invite le lecteur à découvrir sa Tante avec lui, au fil des témoignages. Certaines recherches auraient pu être raccourcies, voire réservées à un cercle familial. Dans un encrage un brin épais, Walter réalise cependant le biopic le plus objectif possible.
En fin d’album, outre une postface de Marion Lagrange, maîtresse de conférences en histoire de l’art contemporain à Bordeaux, une galerie présente quelques tableaux de l’artiste dont on sait désormais tout de la vie.

© Walter – Des ronds dans l’O Pourquoi certains artistes traversent-ils le temps et d’autres restent au second plan ? Trop avant-gardiste ? Trop émancipée ? Politiquement positionnée ? Suzanne Drouet-Réveillaud avait tout le talent pour que l’on parle encore de l’artiste aujourd’hui. Cet album réhabilite son travail de peintre avec toute la sincérité de son arrière petit-neveu Robin Walter.
One shot : Tante Suzanne Peintre orientaliste, pionnière des Beaux-Arts
Genre : Biopic
Scénario, Dessins & Couleurs : Robin Walter
Éditeur : Des ronds dans l’O
ISBN : 9782374181622
Nombre de pages : 240
Prix : 28 €
- La théorie du K.O. 2 – Bienvenue à New-Edenpar Laurent Lafourcade
Trop de monde dans l’arène ?
« -Bonjour, je suis le professeur Drake. Vous avez demandé à me voir avec insistance. Rappelez-moi votre nom ?
-Ne joue pas à ça avec moi, Darwin… Tu n’as certainement pas oublié qui je suis.
-Alors c’est vraiment toi… Je te pensais mort et enterré depuis bien longtemps, Noah. »
Une voiture passe en force le pont pour se rendre à New-Eden. Son conducteur est rapidement arrêté par les agents de sécurité. A son bord, Noah Willis, ancienne star de l’UWC, disparu pendant les Green Griots, ne fait aucune résistance. Le mentor de Beck, malade, demande à parler au professeur en biogénétique Darwin Drake. Il semble avoir des choses à régler avec lui. Le médecin a pris la succession de son père qui rêvait d’immuniser l’espèce humaine contre toute forme de virus, une quête d’immortalité en somme. Pour le fils, une civilisation immortelle aurait des conséquences dramatiques pour la planète. C’est pour cela que, grâce à la Seed, il contrôle et régule l’espèce humaine. Entre les mains de Darwin Drake, l’être humain serait-il devenu une souris de laboratoire ?

© Reynès – Vega A la Nesa, académie des sports de New-Eden, Beck, dix-huit ans ou tout comme, a intégré la section des combattants d’élite. Adepte des sports de combat, elle a fait ses preuves dans l’octogone de Bajara. Ici, à l’issue des sélections, elle peut prétendre à obtenir une White Card afin d’intégrer le circuit professionnel de la ligue des combattants pour participer au prochain tournoi de l’UWC. Sinon, rien n’est perdu, elle pourra toujours suivre un cursus au sein de l’école. Les places sont chères. Les camarades de promotion ne vont pas lui faire de cadeau. Assez effrontée face aux encadrants, dans l’arène, Beck maîtrise l’intensité de ses coups et anticipe ceux de l’adversaire. Sera-ce suffisant pour gagner ?

© Reynès – Vega Moins pour surfer sur la mode du MMA que pour traiter de génétique, Mathieu Reynès brouille les pistes avec La théorie du K.O., série foncièrement post-Covid qui dénonce l’exploitation de l’homme par l’homme. L’intelligence artificielle s’ajoute à la problématique. Dans un format inédit à la frontière du manga et du comics, l’auteur questionne sur l’avenir de l’humanité. Sommes-nous trop sur Terre ? Qui peut décider du futur de chacun ? En quoi médecine et politique entretiennent-elles des liaisons dangereuses ? Et en façade de tout ça, il y a le sport, nécessaire opium du peuple. Comme toute bonne fiction, La théorie du K.O., c’est une histoire de destins, ici l’histoire de deux écorchés vifs, Beck d’un côté et Noah de l’autre. Reynès manga-ise légèrement son trait, y apportant du dynamisme, mais aussi de l’humour, dans un récit se voulant rassembleur aussi bien dans le fond que dans la forme.

© Reynès – Vega « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » Le moins que l’on puisse dire, quand il a écrit ces vers, c’est que Charles Baudelaire n’avait pas dû aller à New-Eden.
Série : La théorie du K.O.
Tome : 2 – Bienvenue à New-Eden
Genre : Thriller
Scénario & Dessins : Mathieu Reynès
Éditeur : Vega
ISBN : 9782379503061
Nombre de pages : 200
Prix : 12,50 €
- Les mémés 6 – A la recherche du temps qui restepar Laurent Lafourcade
Mamies sans blues
« -Devinez ce que j’ai retrouvé en faisant le ménage ? Un vieux slip sale de mon dernier mari !
-Rhôôô, j’adore !
-Comme c’est mignon !
-Vous en avez fait quoi ?
-Ben, j’l’ai lavé, pardi ! »
Le réveil sonne, Huguette bondit de son lit, revêt son jogging et ses baskets avant de se rendre au fitness club. A peine arrivée sur place, son téléphone retentit. Ses copines lui proposent un apéro. Argl ! Si près du but ! Ça a failli l’faire ! Dans tous les cas, un pot avec les copines, ça ne se refuse pas.
Les mémés, ça ne part pas tout le temps en vacances. Les vacances, c’est quand on est jeunes. L’été, à un certain âge, il vaut mieux rester à s’hydrater près du ventilo en regardant le tour de France à la télé, rouleau de PQ sur la table basse pour donner un petit côté camping.

© Frécon – Fluide glacial Quels bons moments que les instants passés sur un banc public du parc municipal ! Les pigeons batifolent. C’est la saison des amours et ça rappelle des souvenirs à ces dames. L’abribus est également le lieu de toutes les conversations. On y parle des choses les plus intimes comme le transit. Question transit, y’a aussi celui des oiseaux. Quand elles prennent un pot en terrasse, la première mémé qui se fait chier dessus paye sa tournée.
Hormis l’aventure, les mémés, c’est aussi de l’émotion. Préparez vos mouchoirs. On va en perdre une en route. On ne vous dit pas laquelle, gardons le suspens, mais les toilettes ne seront plus jamais aussi impeccables que les siennes, elle qui savait si bien les nettoyer.

© Frécon – Fluide glacial Avec son trait acerbe et son humour sans filtre, Sylvain Frécon poursuit la grande saga des mémés. Huguette, Lucette, Paulette et leurs copines ont intégré en peu de temps les têtes d’affiche de Fluide glacial. On ne les arrête plus : une série d’animation est en cours de préparation pour Arte. C’est qu’elles font dans l’intellectuel en plus ! L’auteur alterne les gags et les cartoons en un seul dessin, le tout dans des cases arrondies sans bordure. Il décomplexe la vieillesse, même à poil. On se regarde l’anus, on se nettoie le nombril et on se peigne autre chose. On aurait presque hâte de faire partie de leur club… mais on va attendre un peu quand même. Le tout est d’y arriver !

© Frécon – Fluide glacial Elles ont perdu leur #, mais elles ont gardé leur verve et leur lucidité. A leurs âges, les mémés peuvent tout se permettre et c’est ça qui fait leur sel. Vive les vieilles !
Titre : Les mémés
Titre : 6 – A la recherche du temps qui reste
Genre : Humour
Scénario, Dessins, Couleurs : Sylvain Frécon
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208643
Nombre de pages : 56
Prix : 13,90 €
- Nouvelle Francepar Laurent Lafourcade
Une puissante fresque historique
« -Pourquoi t’es-tu enfui de ton pays ? Tu y étais si malheureux ? Quand je t’ai vu, au début, tu ne riais jamais.
-Chez moi, il n’y a que des guerres. Tu obéis. Tu suis. Tu n’as aucun droit de décider de ce que tu veux. Et il n’y a aucune femme aussi belle et courageuse que toi.
-Tu prendras soin de lui. Tu resteras avec lui, n’est-ce pas ? »
Ohio, Milieu du XVIIIème siècle. Pierre Larchange est un soldat français ayant épousé Lune Pâle, une indienne Shawnee. Avant de s’éteindre, celle-ci lui demande de prendre bien soin de leur fils. Elle était fragile. Appelé par ses fonctions, l’homme va devoir confier l’enfant dans une ferme isolé. Quelques temps plus tard, à Fort Duquesne, les éclaireurs sont de retour après avoir repéré un détachement anglais, accompagné par des guerriers iroquois. Les anglais veulent sortir des frontières de leurs treize colonies et s’étendre vers l’Ouest. Pour le commandant Jumonville, pas question de les laisser faire. A la tombée du jour, il sort du camp avec une délégation dont fait partie Larchange afin d’intimer l’ordre aux anglais de se retirer de leurs possessions. La situation va dégénérer lorsque Akaash, un guerrier iroquois, va mettre le feu aux poudres en tuant Jumonville. Larchange, qui a déjà un passif avec l’indien, le rattrape et le capture. Entre haine et vengeance, ces deux-là sont loin d’avoir fini de s’affronter.

© Vrancken, Desberg – Daniel Maghen Malgré le souhait de sa défunte épouse, ce n’est pas demain la veille que notre français restera avec son fils. Avant de retourner faire la guerre sur le vieux continent, il le récupère pour l’emmener en sécurité dans la tribu de sa mère. Le cœur serré, il n’a pas la force de le prendre une dernière fois dans ses bras, mais il lui jure qu’ils se reverront. Après quelques années dans la boue et le sang face aux troupes prussiennes, démobilisé suite à ses blessures, Pierre Larchange fait son retour en Amérique, en Nouvelle France. Là-bas, la tension ne s’est pas apaisée. Dans le camp anglais, après la mort de son père, c’est une femme, Jane Moran, qui met à mal les troupes françaises. Akaash a repris sa liberté. Et le fils de Pierre a disparu.

© Vrancken, Desberg – Daniel Maghen Après Les enfants du Ciel, Stephen Desberg et Bernard Vrancken sont de retour pour une fresque historique grandiose, au cœur de l’Histoire du monde, au moment de la colonisation barbare d’un continent sauvage. Par le truchement de la vie de Pierre Larchange, Stephen Desberg raconte comment les français et les anglais se sont battus pour avoir leur part d’un gâteau, l’Amérique du Nord, qui n’appartenait ni aux uns, ni aux autres, mais bel et bien aux populations autochtones, prises entre deux feux, et devant choisir quel camp rallier. Nous sommes au cœur de la guerre de sept ans, considérée par de nombreux historiens comme la toute première guerre mondiale. Comme dans toute fresque, il y a du sang, des larmes, une histoire de famille, une vengeance, et aussi de l’amour, même quand on ne l’attend plus.
Pour la première fois, Bernard Vrancken réalise ses planches en couleurs directes. Elles sont d’ailleurs exposées à la galerie Maghen jusqu’au 14 mars. Les paysages sont sublimes quand il s’agit de forêts enneigées, horrifiques sur les champs de bataille. On a froid, on souffre, on sent l’odeur de la mort. L’immersion, les immersions sont totales.

© Vrancken, Desberg – Daniel Maghen S’il tombe sur cet album, Mel Gibson en fera un film. Il y a quelques années, l’univers aurait certainement été développé en longue saga historique. Malheureusement, les temps (entendez par là le marché de la BD) ont changé. Malgré tout, ou grâce à cela (?), Nouvelle France est un one shot puissant où l’amour d’un père pour son fils est plus fort que tout.
Titre : Nouvelle France
Genre : Histoire
Scénario : Stephen Desberg
Dessins & Couleurs : Bernard Vrancken
Éditeur : Daniel Maghen
ISBN : 9782356742315
Nombre de pages : 128
Prix : 23 €
- Le clan de la rivière sauvage 2 – Le fabriqueurpar Laurent Lafourcade
Une créature pas comme les autres
« -Au lieu de passer votre temps le nez plongé dans ce vieux bouquin, vous feriez mieux de chercher une solution pour en sortir nos enfants.
-Je fais ce que je peux. Mais je vous rappelle que ce sont eux qui ont choisi de rester dans le répertoire.
-Et tous vos collègues, là, qu’on voit défiler depuis deux jours… Ils ne peuvent pas vous aider ?
-Ils ne sont pas là pour ça. Ils viennent à la confrérie pour décider du châtiment qu’ils vont m’infliger. »
Le grand maître de la confrérie des grands conteurs a convoqué le conseil des sages pour juger Anacharsis, lui reprochant de ne pas avoir mieux surveillé le répertoire. A l’intérieur, Zaki, Mélie et Choco viennent de débarquer dans une forêt inconnue. Ils se dirigent vers un petit village où ils apprennent qu’ils sont dans l’histoire du fabriqueur. C’est le surnom du marquis d’Orfanik, appelé ainsi parce qu’il fabrique des monstres, obsédé par la création du monstre parfait. Un beau jour, sa machine lui donne une drôle de bestiole, une mignonne petite fille qu’il nomme Orchidia. Il s’y attache, comme si c’était sa propre enfant jusqu’au jour du drame.

© Hautière, Dillies, Bouchard – La Gouttière Pendant qu’Anacharsis attend le verdict du grand conseil en racontant l’histoire dans laquelle sont coincés les enfants, ces derniers décident de se rendre au château d’Orfanik afin de retrouver Balthor, le traître qui veut nuire au monde des histoires, pour le ramener avec eux à Saint-Isidore. En effet, Balthor prend un malin plaisir à les mélanger. Pour le conseil des sages, il faut envoyer quelqu’un le chercher. Devinez sur qui va se porter leur dévolu ? La réalité va s’immiscer dans la fiction pour pouvoir influer sur elle. Nos amis parviendront-ils à déjouer les plans machiavéliques de leur ennemi juré ?

© Hautière, Dillies, Bouchard – La Gouttière Peut-on influer sur le cours d’une histoire et en changer sa fin ? Y a-t-il une raison à le faire ? Si l’on modifie l’ordre des choses, le récit aura-t-il toujours de l’intérêt ? C’est le questionnement de ce troisième épisode du Clan de la Rivière Sauvage. Ode à la lecture et à la tradition orale des histoires racontées, la série de Régis Hautière et Renaud Dillies est une mise en abime minutieusement construite. Le monde réel et celui des histoires sont poreux. Les personnages peuvent passer d’une dimension à l’autre, mais pas si facilement. Après l’univers de la piraterie et celui du western, les auteurs revisitent le mythe de Frankenstein en en prenant le contre-pied. Au fait, qui est le monstre ? Sous les aplats pastel de Christophe Bouchard, l’histoire animalière est d’une telle intelligence qu’elle peut être étudiée en lecture suivie en fin d’école primaire ou au début du collège pour en faire déceler tout ce qui est sous-jacent dans la construction du récit.

© Hautière, Dillies, Bouchard – La Gouttière Lire, c’est rêver, rêver que l’on peut s’évader et refaire l’histoire. Le clan de la rivière sauvage est un vecteur de résilience. Quand on lit et qu’on ne pense plus qu’aux aventures des héros que l’on accompagne, que l’on a envie d’aider, on peut dire que les auteurs ont gagné leur pari. C’est en effet le cas ici.
Série : Le clan de la rivière sauvage
Tome : 3 – Le fabriqueur
Genre : Aventure
Scénario : Régis Hautière
Dessins : Renaud Dillies
Couleurs : Christophe Bouchard
Éditeur : La Gouttière
ISBN : 9782357961357
Nombre de pages : 88
Prix : 15,70 €
- Fils du tonnerre 2 – Le chaudron d’Hymirpar Laurent Lafourcade
Tout ça pour un banquet
« -Le seigneur Oldin mérite ce banquet, Eldir, il mérite de conquérir Frigg, sa douce.
-Bah… Vous n’avez qu’à acheter une nouvelle casserole.
-Un chaudron, petit… Pas une casserole. Ne confonds pas tout.
-Hélas, le seul qui fasse des chaudrons aussi grands, c’est le géant Hymir, mais il ne vit pas tout près et ne voudra rien vendre à Asgard.
-On peut toujours aller lui demander. »
Au royaume d’Asgard, en l’honneur du retour de son épouse Frigg, Odin souhaite organiser un banquet, simple, avec les personnalités importantes et leurs familles respectives. 1354 invités. Une paille. Et tout ça, c’est prévu pour… le lendemain ! Aegir en est chargé. Il va falloir le plus gros chaudron. Tonton Loki, ce fourbe, vient de le faire exploser en catimini du haut d’une falaise. Tout est fichu ! Comme à l’impossible nul n’est tenu, Thor et son pote Hod pensent pouvoir convaincre le géant Hymir, le seul qui fasse des chaudrons aussi grands, de leur en vendre un. Il n’est pas franchement ami-ami avec le peuple d’Asgard, mais qui ne demande rien n’a rien.

© Ruiz, Toussaint, Noiry – Le Lombard C’est sans compter sur les plans machiavéliques de Loki qui a déjà fait disparaître tous les chaudrons d’Aegir. Quand les asgardiens vont débarquer et constater qu’il n’y a pas de banquet, ils saccageront de colère. Frigg va se séparer d’Odin qui, déprimé, va quitter Asgard, laissant la couronne libre à Loki. Sur le papier, ça l’fait pour lui. Dans les faits, le tonton compte bien mettre des bâtons dans les roues à Thor et Hod, plus motivés que jamais. Un corps de géant, cinq têtes, la mère d’Hymir n’est pas la personne la plus avenante qu’il soit. Hymir et sa femme sont quand même plus sympas. M’enfin, il n’offrira un chaudron aux deux petits gars qu’il trouve chouettes s’ils se montrent aussi braves en venant pêcher la baleine avec lui. Inutile de préciser que Loki va venir mettre son grain de sel… de mer.

© Ruiz, Toussaint, Noiry – Le Lombard Kenny Ruiz est un dessinateur de la veine de José-Luis Munuera. Espagnol, comme lui, il a un trait aussi dynamique mais plus tourné vers le manga. A l’instar de Sedyas, Noiry est un coloriste-auteur sans qui la série ne serait pas la même. Dans le fond et dans la forme, tout est fait pour séduire un lectorat des années 2020, des plus jeunes aux plus grands, dans un esprit tout public, aventureux, drôle, jamais mièvre. Au contraire, le scénariste Kid Toussaint joue avec la mythologie dans un respect humoristique instructif. Les lecteurs du hors-série des Petits Mythos sur la mythologie nordique pourront confirmer les références légendairement véridiques.

© Ruiz, Toussaint, Noiry – Le Lombard Vous aimiez Télémaque ? Vous allez adorer Thor. Dans un format Comics, Fils du Tonnerre frappe fort du marteau. Une excellente série.
Série : Fils du tonnerre
Tome : 2 – Le chaudron d’Hymir
Genre : Aventure mythologique
Scénario : Kid Toussaint
Dessins : Kenny Ruiz
Couleurs : Noiry
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808216944
Nombre de pages : 88
Prix : 10,95 €
- Woodstock 69 Le concert du sièclepar Laurent Lafourcade
3 days of peace and music
« -Allez, Leslie ! Grouille-toi ! J’veux pas louper Dylan !
-J’te l’ai dit ! Il ne vient pas, Bob Dylan… Et les concerts ne commencent que demain.
-En tous cas, il y aura de la musique… Et je veux que mon bébé soit bercé par du bon son. C’est toi la mélomane… Tu devrais être d’accord.
-Ouais, ouais… Allons-y alors… Allons retrouver les autres et écouter du bon son !
-Et trouver un père à mon bébé.
-T’as dit quoi ?
-Bah, retrouver nos amis et célébrer tout ça… »
Demain, débutent trois jours de musique dans un coin de campagne américaine où va se retrouver une véritable marée humaine. Nous sommes en août 1969. Leslie et Gaby se rendent à Woodstock, plus exactement à quelques kilomètres de là, à Bethel, Sullivan County, là où les organisateurs ont trouvé un agriculteur disposé à leur louer un champ pour accueillir les 500 000 festivaliers et les artistes qui vont se produire sur scène. Tout va bien se passer. Ça va être merveilleux. Ulysse, un GI, est de retour du Vietnam. Il vient moins pour la musique que pour retrouver Leslie, qui lui reproche de s’être engagé et compte épouser quelqu’un d’autre, ici, à Woodstock.

© Munuera, Kid Toussaint, Sedyas – Le Lombard Ce qui sera appelé plus tard le concert du siècle débute le 15 août 1969. Des haut-parleurs gigantesques permettent que tout le monde entende la musique. Richie Havens ouvre le bal avec Freedom, tandis que le groupe Sweetwater se fait attendre. Alors que l’alcool et les substances psychotropes font de l’endroit un lieu de libertés où tous les désirs sont permis, les futurs grands profitent de cet inestimable tremplin pour exposer leurs talents sur scène : Joan Baez et son folk qui n’appartient qu’à elle, Joe Cocker et sa voix rauque, Carlos Santana, Jimi Hendrix, The Who, pour ne citer que les plus iconiques. Même le mauvais temps ne gâchera pas la fête.

© Munuera, Kid Toussaint, Sedyas – Le Lombard Après La course du siècle, racontant le marathon des Jeux Olympiques en 1904, le duo Munuera/Kid Toussaint propose une nouvelle immersion historique romancée. On va suivre Leslie d’un côté et Ulysse de l’autre, avant que leurs histoires ne se concluent, de façon totalement inattendue. Kid Toussaint propose un final particulièrement imprévisible. Jose-Luis Munuera, dessinateur aussi rapide qu’excellent, ne néglige aucun détail avec des scènes de foule, de guerre et de concert toutes aussi soignées les unes que les autres. Les couleurs de Sedyas sont ici particulièrement immersives. Plus que jamais, le coloriste attitré du dessinateur est un auteur aussi important que les autres. L’absence de son nom en couverture est incompréhensible. La composition de cette dernière est justement remarquable, tant au niveau de la mise en scène, du dessin, que de l’éclairage.

© Munuera, Kid Toussaint, Sedyas – Le Lombard Histoire de musique, histoire d’amour, même si les aficionados entendront la bande son de l’époque tout au long des planches, pas besoin d’être nécessairement fans du son de Woodstock pour être embarqué dans cette aventure grandiose. Les notes des artistes résonnent encore une fois l’album refermé.
One shot : Woodstock 69 Le concert du siècle
Genre : Comédie dramatique
Dessins : José-Luis Munuera
Scénario : Kid Toussaint
Couleurs : Sedyas
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808216081
Nombre de pages : 128
Prix : 21,95 €
- Instants d’annéespar Laurent Lafourcade
Les 40 ans de Delcourt
« Ce que je souhaite, depuis 40 ans, c’est participer au vaste mouvement d’ouverture de la bande dessinée, dans les thématiques qu’elle recouvre et dans la multiplicité de formes narratives et graphiques qu’elle explore. En somme, dans la diversité de ses voix – sa richesse artistiques -, et de ses voies – sa richesse éditoriale. » (Guy Delcourt)
Hiver 1986, Guy Delcourt, jeune journaliste, fonde sa maison d’édition, publiant seul ses trois premiers titres. 40 ans plus tard, il est entouré de 150 collaborateurs pour gérer les 730 parutions annuelles du groupe, qui est à présent le troisième éditeur de bande dessinée francophone. Pendant toute l’année 2026, les célébrations vont se compléter : une exposition au Musée de la bande dessinée d’Angoulême, une série de podcast sur les coulisses de la maison, un concours de jeunes talents, des éditions spéciales d’albums cultes et le livre Instants d’années, dans lequel le dessinateur Alfred nous invite pour un voyage dans le temps grâce à un recueil d’illustrations, presque sans texte.

© Alfred – Delcourt Une maison d’édition qui dure tant de temps, c’est tout d’abord une histoire de passion. On découvre le petit Guy qui lit, puis l’ado, l’étudiant, fan de comics et de cinéma. Guy passe par Pilote, obtient sa carte de presse, cherche un logo pour sa boîte. Son premier succès, c’est un album collectif des chansons de Renaud en BD. Pui, ce seront les premiers Angoulême, les premiers prix, la multiplication des contrats avec les auteurs. Pour le premier anniversaire important de la maison, Delcourt publie un album aujourd’hui culte : La fabrique Delcourt a 10 ans. Après Delcourt direct, fascicule d’informations, puis Delcourt Planète, c’est plus tard l’aventure du mensuel de prépublications Pavillon Rouge. Alfred représente au fil des cases quelques personnages mythiques comme Julien Boisvert, Bone, Hellboy, Julius Corentin Acquefacques, Donjon, …

© Alfred – Delcourt Des collections emblématiques naissent : Encrages, Neopolis, Contrebande, Sang Froid, Conquistador, Tonkam (pour le manga), Humour de rire, Mirages, Jeunesse, Jour J, et bien d’autres. Certains titres sont traduits à l’étranger. Delcourt est présent au Comic Con de San Diego aux Etats-Unis. Delcourt s’exporte, mais importe. Après Jeff Smith, c’est Charlie Adlard qui amène le succès de Walking Dead en France. Windsor MacCay s’invite dans la dernière partie de l’hommage à la Maison : dessin, livre, colorisation, règles typographiques. Une citation de l’auteur de Little Nemo conclue et synthétise l’esprit Delcourt : « Au pays du rêve, nul n’est interdit de séjour. » Le petit Guy, qui est devenu le grand Guy, dans tous les sens du terme, l’avait bien compris.

© Alfred – Delcourt A l’instar de Jacques Glénat, Guy Delcourt est un homme qui a laissé et laisse encore son empreinte dans le monde de l’édition de bandes dessinées. Cet album atypique le prouve avec grande élégance.
Titre : Instants d’années 40 ans dans l’intimité de la maison Delcourt
Genre : Catalogue d’exposition
Illustrations : Alfred
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413094050
Nombre de pages : livre accordéon
Prix : 24,50 €
- L’ombre des lumières 3 – Le démon des grands lacspar Laurent Lafourcade
Qui sont les plus sauvages ?
« -Les sauvages n’ont pas tort : la « Belle Rivière » est vraiment belle… Mais elle est bien moins belle que…
-Ce cri ! L’avez-vous entendu, Pierre-Hugues-Marie ?
-Ne tremblez plus ! Je suis là pour vous protéger. Entre ces murs, vous êtes à l’abri des bêtes de la forêt… et des sauvages ! »
Mai 1754, là où se rejoignent les cours d’eau pour former la « Belle Rivière », Fort Duquesne empêche les anglais d’étendre leurs colonies dans la Belle Province. Un soir, alors qu’elle regarde la forêt, Mademoiselle d’Archambaud voit une flèche se ficher non loin d’elle avec un message. C’est un mot d’amour de Mitewile’un. Alors que c’est le branle-bas de combat pour les soldats français qui pensent à une attaque de Peaux-Rouges, la demoiselle regagne sa chambre le cœur épris. Elle vient juste d’être arrachée des ravisseurs qui l’avaient capturée, mais, elle, ne rêve que de retrouver son amoureux iroquois dans les mains de qui elle se trouvait.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt Redoutant d’avoir à subir un siège, le commandant du Fort décide de dépêcher au plus vite les civils hébergés au Fort auprès du gouverneur de Nouvelle-France à Québec, à commencer par la fille du Marquis d’Archambaud et le chevalier de Saint-Sauveur. Parallèlement, Monsieur de Jumonville est envoyé au devant de la troupe ennemie, porteur d’une missive, courtoise mais ferme, lui intimant l’ordre de rebrousser chemin. La guerre peut encore être évitée. Pendant trois jours, tout ce petit monde va voyager de concert avant que leurs chemins ne divergent. Ils ne vont pas tarder à se faire attaquer par des soldats anglais épaulés par des iroquois.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt Les choses se compliquent pour les colons français. Dans cette ambiance déjà fin de règne pour eux, le chevalier de Saint-Sauveur est bien plus préoccupé par ses amours et sa survie que par la conquête de territoires. Dans ce cycle qui se clôt, certains acteurs rentreront en France tandis que d’autres resteront faire leur vie, ou leur mort, dans le Nouveau Monde. Un cycle se clôt, mais un autre s’ouvre aussitôt puisque le scénariste épistolaire Alain Ayroles met en place un cliffhanger augurant de nouvelles liaisons dangereuses. Au dessin et aux couleurs, Richard Guérineau navigue de somptueux paysages à de dramatiques scènes de guerre, de scènes d’amour en tractations politiques, chaque fois avec la même minutie.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt « J’ai entendu siffler les balles, et croyez-moi, ce son a quelque chose de charmant. » George Washington, premier président des Etats-Unis, se serait senti comme un poisson dans l’eau aux côtés du Chevalier de Saint-Sauveur. Pas sûr que ce dernier soit du même avis. Avec tragédie, libertinage et un petit peu d’humour aussi, L’ombre des lumières apporte un sombre éclairage sur le début de la colonisation par les européens.
Série : L’ombre des lumières
Tome : 3 – Le démon des grands lacs
Genre : Histoire
Scénario : Alain Ayroles
Dessins & Couleurs : Richard Guérineau
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413087816
Nombre de pages : 72
Prix : 23,75 €
- Three Rocks L’histoire d’Ernie Bushmiller l’homme qui créa Nancypar Laurent Lafourcade
Biographie d’un monument oublié du strip
« -Que dirais-tu de reprendre Fritzi Ritz, Bushmiller ?
-Je dirai oui !
-Mercus dit que tu peux signer la bande, Ernie !
-Je crois que je vais dessiner Fritzi plus ressemblante à ma copine Abby. »
Lorqu’en mai1925 Myer Marcus, responsable des bandes dessinées dans un groupe de presse, lui propose de reprendre la série quotidienne de strips à succès Fritzi Ritz suite au départ de son créateur pour la concurrence, Ernie Bushmiller, dix-neuf ans à peine, ne se doutait pas qu’il allait devenir l’un des plus célèbres auteurs de Comics du monde. Flanquée d’une ribambelle de prétendants, la jolie brune est ouvertement sexy. Parmi tous les coureurs de jupons, le sympathique mais plutôt fade Wally tire son épingle du jeu. Mais vu le caractère versatile de Fritzi, il n’allait jamais rien pouvoir se passer entre eux. Bushmiller introduit de nouveaux personnages, comme Phil Fumble, nouveau courtisan, ressemblant étrangement à l’auteur. Le 2 janvier 1933, une nièce vient rendre visite à Fritzi. Elle est espiègle, rebelle, et va causer des tas de soucis à sa tante. Elle s’appelle Nancy, va rapidement devenir une vraie machine à gags, et voler la vedette à sa tante.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Faire-valoir de Fritzi, Nancy évolue du statut de figurante à celui de premier rôle à la fin des années 30. En juin 1938, la série change de nom. La tante laisse place à la nièce, ne disparaissant pas pour autant. Un jeune gamin de la rue vient lui donner la réplique. Cheveux coupés à ras, la casquette vissée sur la tête, Sluggo Smith a la puberté précoce, la tatie ne le laissant pas insensible. Nancy apporte une touche de surréalisme. Bushmiller joue avec son personnage jusqu’à la mise en abime. Contrairement à d’autres personnages, soit cucul la praline, soit adultes dans des corps d’enfants comme les Peanuts, Nancy ne raconte pas ce que c’est que d’être une enfant. Elle raconte ce que c’est qu’être une bande dessinée.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Three rocks, nom issu des trois rochers qu’Ernie Bushmiller place quasi-systématiquement dans le décor, retrace la vie et l’évolution d’une série de comics strip, mais aussi la vie et la carrière de son auteur. Bushmiller croise Harold Lloyd, Groucho Marx. Il correspond, ou presque, avec Samuel Beckett, une séquence à lire jusqu’au bout. La technique de travail de l’auteur est particulière. Dans son atelier avec plusieurs tables de travail, il passe d’un strip à l’autre, cherchant le déclic, démontant les séquences pour les remonter à nouveau, en commençant la plupart du temps par la chute avant de trouver le déclencheur. Au milieu des années 70, souffrant de la maladie de Parkinson, Bushmiller s’appuie sur ses assistants. Il s’éteint en 1982, mais Nancy lui survit encore aujourd’hui.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Nancy fut publiée en France sous le titre Arthur et Zoé. Des strips émaillent l’album. Le dernier chapitre est d’une émotion incroyable dans lequel Bill Griffith, auteur de ce livre, interviewe une Nancy vieillissante. Dans sa préface, Art Spiegelman explique comment Griffith, auteur underground, s’est emparé de Bushmiller, comment un dessinateur aux hachures dessine le destin d’un univers épuré. Véritable coup de cœur, Three rocks réhabilite un auteur et son œuvre.
Titre : Three Rocks L’histoire d’Ernie Bushmiller l’homme qui créa Nancy
Genre : Biopic
Scénario & Dessins : Bill Griffith
Auteur de l’œuvre originelle : Ernie Bushmiller
Préface : Art Spiegelman
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203308558
Nombre de pages : 288
Prix : 28 €
- La petite mort – La petite boutique des erreurspar Laurent Lafourcade
Merchandising mortel
« -Hey ! Mais c’est Petite Mort ! Est-ce que je peux avoir une dédicace ?
-Euh… Oui…
-C’est ma carte de cantoche parce que j’ai rien d’autre sur moi. Trop chouette ! Ça va se vendre cher dans quelques années ! »
La petite mort s’ennuie. Ça tombe bien, comme ça, elle pourra accompagner son père pour la fauche. C’est pas son kif, mais bon… Aujourd’hui, il va falloir s’occuper du cas d’un bûcheron. Un autre jour, à l’école, alors qu’elle rêve de faire un exposé sur le langage des fleurs, la maîtresse préférerait un truc plus dans son style : la crémation, l’inhumation, le sang ou le meurtre par exemple. « Même les enfants ont le droit de rire de la mort. » C’est le sous-titre du magazine La petite Mort, que les gosses lisent à la récré. Alors, s’ils peuvent se faire prendre en photo avec elle, c’est top. Ils sont fans. Mais, c’est quoi ces BD qu’il y a dedans ? C’est vulgaire et violent et ça ne ressemble pas à sa vie. Les lecteurs, ils s’en fichent. Ils sont accros.

© Mourier – Delcourt La Petite Mort est de retour dans La boutique des erreurs. Elle se retrouve héroïne malgré elle d’un magazine de BD tiré à 800 000 exemplaires (!), mais aussi en figurine et en dessin animé, bref, tout plein de produits dérivés. Il y a même un disque dans lequel la Monster Academy fait sa boum, et aussi un jeu de société (mais ça c’est bien vrai dans la vraie vie de nous). Ça la saoule un peu quand même. Mais au fond, serait-elle plus heureuse sans toutes ces histoires ? Un petit tour dans un multiverse et elle aura la réponse.

© Mourier – Delcourt Décidément, Davy Mourier n’en finit plus d’inventer et de réinventer la série de La Petite Mort. 96 pages de fun et de meurtre sont au rendez-vous de ce nouveau volume. L’album est tête-bêche. On commence du côté de la petite boutique des erreurs avant de basculer à la page voulue, pour mieux revenir. Pour couronner le tout, comme on ne s’ennuie jamais avec la mort, même si elle ça lui arrive, le livre est en réalité augmentée. On peut ainsi assister à la création d’une planche depuis les premiers traits, écouter les chansons du concours de chant et bien d’autres surprises.

© Mourier – Delcourt Dans Mourier, y’a Mourire. Mais lui, c’est de rire. La Petite Mort atomise les chatons. Et y’a pas que les enfants qui ont le droit de s’en amuser.
Série : La petite mort
Tome : La petite boutique des erreurs
Genre : Humour morbide
Scénario, Dessins & Couleurs : Davy Mourier
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413092223
Nombre de pages : 96
Prix : 16,50 €
- Zebraska 1 – Un garçon pas comme les autrespar Laurent Lafourcade
Haut Potentiel
« -C’est un livre ?
-Oui. Une BD. Elle te plaît ?
-Je ne sais pas.
-Bien vu. On en reparlera quand tu l’auras lue.
-Je ne comprends pas le titre.
-Je l’ai intitulée « Zebraska » parce que le personnage principal est un drôle de zèbre. »
24 décembre 2055. Martin, alias Marty, a 15 ans. Aujourd’hui, Mamiléa lui offre un livre, une bande dessinée plus précisément, qu’elle a écrite, dessinée et imprimée à compte d’auteur en un seul exemplaire. Marty n’a pas l’air convaincu que ça va l’intéresser, mais le soir même, sur son lit, il se plonge dans la lecture de Zebraska, une histoire dont le personnage principal est un drôle de zèbre. Ce n’est pas une histoire fluide qui coule, qui roule, qui glisse, toute lisse et transparente. C’est l’histoire de Thomas, trois ans, qui vit avec ses parents et son petit frère Mattéo qui vient de naître. Thomas est différent des autres enfants. Au fil des mois et des années, sa mère va s’en rendre compte. C’est une boule d’émotion qui a des comportements qui peuvent paraître atypiques et qui se pose des questions existentielles. Entre les conseils mal-à-propos de ses amis et les crises imprévisibles de son fils, la maman de Thomas porte une partie de ce fardeau : son enfant est HP, Haut Potentiel.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis Si Marty est si touché par l’histoire de Thomas, c’est parce que Thomas, c’est son père. Il découvre un petit garçon bien différent de l’homme qu’il est devenu. Remué par ce qu’il lit, Thomas voudrait tellement pouvoir s’entretenir avec son père à l’époque où il était encore adolescent. En 2056 à présent, le monde a bien changé. Les jardins publics sont sous cloches à l’intérieur des villes. Thomas a une petite copine : Louna. Son pote Scotty le trouve bizarre. C’est à cause du livre qui le met à l’envers. Ses amis ne le comprennent pas. Depuis que le bouquin est entré dans sa vie, tout a changé. Avec Zebraska, Thomas n’est pas seulement en train de découvrir son père. Il est en train de se comprendre lui-même.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis Corbeyran et Isabelle Bary adaptent le roman de cette dernière dans un diptyque dont voici la première partie. C’est l’histoire d’un enfant à haut potentiel, un enfant « zèbre » comme on les appelle, précoce, surdoué, avec des capacités hors normes et une hypersensibilité exacerbée. En fin d’album, un dossier explique parfaitement leur problématique. Le récit navigue entre un présent, qui est le futur pour le lecteur, et un passé, présent du lecteur. Des intercases noires ou blanches différencient les époques. Les scénaristes les alternent au fur et à mesure de la lecture de l’album par Marty, complexe et questionnante pour lui. Outre une histoire de Haut Potentiel, le livre aborde aussi la préoccupation de la lecture dans le futur, de plus en plus en lutte face aux écrans. « Lire est une conquête, Marty. Un acte d’insolence. Un récit ne tolère aucune simplification. Aucune évidence. Oublie tes lunettes 3D, mets tes sens aux aguets. » Ces mots que prononce Mamilia pourraient très bien être dits par Corbeyran lui-même aux lecteurs. On reconnaît en eux le point de vue du scénariste hors pair aux plus de 460 albums.
Pour illustrer l’histoire, on retrouve Ludo Borecki, le dessinateur au réalisme souple de La vie compliquée de Léa Olivier. Il apporte une douceur certaine et une émotion remarquable dans les regards des personnages, en particulier chez la maman de Thomas.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis A l’école, les enseignants n’ont aucune formation pour s’occuper des élèves à haut potentiel, la focale étant uniquement portée sur les élèves en difficultés. Mais dans un autre ordre d’idées, eux aussi le sont. Il faut ouvrir les yeux en grand pour le voir. Si un bouquin comme Zebraska peut contribuer à une évolution des mentalités dans ce sens, ce sera une victoire.
Série : Zebraska
Tome : 1 – Un garçon pas comme les autres
Genre : Emotion
Scénario : Corbeyran & Isabelle Bary
D’après : Isabelle Bary
Dessins : Ludo Borecki
Couleurs : BenBK
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808504850
Nombre de pages : 72
Prix : 13,50 €
- Les Rugbymen 24 – On n’est pas les meilleurs, mais c’est pas les plus forts !par Laurent Lafourcade
Y’a du bon dans l’ballon !
« -On dit que le rugby, c’est l’école de la vie. Moi, je veux bien, mais ça pose beaucoup de questions ! Dans la vie, c’est quand la mi-temps, pour qu’on souffle un peu ? Qu’est-ce qu’on fait quand on est mené au score ? Et surtout, surtout… Pourquoi l’arbitre n’intervient pas plus souvent ?
-La Couette ! Dans la vie, comme sur le terrain, l’important, c’est d’avancer !… Alors tais-toi et cours ! »
Se changer les idées avec un petit voyage dans un pays qui n’a absolument rien à voir avec le rugby : bienvenue au Vietnam ! Sur une idée de l’épouse de l’un d’entre eux, voici nos rugbymen uniques et préférés en partance pour l’Asie du Sud-Est. Ce que la dame ignore, c’est que le pays vient tout juste de créer sa première fédération de rugby. C’est parti pour un petit break au pays du Dragon, un petit bijou d’Asie offrant à ses visiteurs autant de visages que de situations insolites. Entre les rues impossibles à traverser, la nourriture locale et la météo capricieuse, au grand dam de leurs femmes, les as du ballon ovale ne vont pas être si dépaysés que ça. Ils vont même se faire un pote australien, Tim Grange, pour plaquer avec eux.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo Cette histoire clôt la vingt-quatrième série de gags des Rugbymen, annoncée par une couverture où l’on est surpris de découvrir L’anesthésiste transportant Loupiote et La Couâne au beau milieu d’une rizière. Avant cela, la ration habituelle qui va mettre de la terre dans les dents est du meilleur cru. Sécateur prépare scientifiquement son avant-match pour mettre toutes les chances de son côté. Chez les filles, La Bringue refait le match une fois rentrée chez elle. Pour les mômes, un entraînement façon Mario Bros les déconnecte de leurs consoles et les ramène à la réalité. Quant aux anciens, la dernière rangée du bus leur rappelle le bon vieux temps.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo Dans les pépites de l’album, les histoires de Grololo, entraîneure des Paillettes, qu’elle raconte à sa fille pour s’endormir sont d’une imagination débordante. La rugbywoman revisite à sa sauce quelques grands classiques. Ainsi, Alice marque un bel essai dans un pays des merveilles qui ne tourne pas rond, comme l’ovalie. Un autre soir, D’Artagnan et ses nouveaux mousquetaires Ramos, Bastos et Vlalpastis vont affronter les gardes du cardinal en délaissant leurs épées au profit du ballon de rugby.
En variant les groupes (garçons, filles, gamins) et les situations (matchs, soirées, histoires imaginées, lieux), les BeKa ne lassent jamais et scénarisent le meilleur album de la série. Après 24 tomes, dans l’humour, c’est un essai transformé. Sous les couleurs de Maëla Cosson, Poupard peut ainsi lui aussi s’éclater dans des mises en scènes plus variées.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo « Dans la vie, les gens se croisent ; au rugby, ils se rencontrent ! » Au fond, le rugby, c’est un peu comme dans les festivals de BD ! Avec les Rugbymen, Rugby et BD même combat.
Série : Les Rugbymen
Tome : 24 – On n’est pas les meilleurs, mais c’est pas les plus forts !
Genre : Humour plaqué
Scénario : BeKa
Dessins : Poupard
Couleurs : Maëla Cosson
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041117338
Nombre de pages : 48
Prix : 11,90 €
- Dictionnaire amoureux de la bande dessinéepar Laurent Lafourcade
Eloge du 9ème Art par l’un de ses contributeurs
« Ce dictionnaire amoureux ne prétend, bien sûr, à aucune exhaustivité. Comme le veut cette collection, il est le reflet de mon histoire, de mes rencontres et de mes goûts. Les classiques de la bande dessinée franco-belge y tiennent une place importante, tout comme certaines œuvres expérimentales. Chacun, c’est inévitable, s’étonnera de plusieurs absences, surtout parmi les autrices et auteurs contemporains : les talents sont aujourd’hui si nombreux, les publications si diverses qu’il serait impossible d’en rendre compte. Je ne ferai qu’effleurer le vaste univers des mangas, qui mérite un dictionnaire complet. Mais j’espère, au fil des pages, inviter à de belles découvertes ou redécouvertes dans un paysage de la bande dessinée en perpétuelle métamorphose. » (Benoît Peeters)
Connu par les profanes comme étant le scénariste des Cités Obscures pour François Schuiten ou comme biographe de Hergé, Benoît Peeters est bien plus que ça. Benoît Peeters est un spécialiste et un amoureux de la bande dessinée. Il nous le prouve ici dans ce dictionnaire qui paraît dans la désormais mythique collection des dictionnaires amoureux aux éditions Plon. Comme tous les ouvrages de la série, il n’a pas pour but de faire une description exhaustive d’un univers, mais de proposer des entrées en fonction des goûts et des points de vue de son auteur. Ça tombe bien, Benoît Peeters a un regard à 360 degrés sur le Neuvième Art. Pour ceux qui l’ignoraient, on le découvre dans ce recueil où, plus que d’écrire des définitions, l’auteur raconte des auteurs, des héros, des techniques, des événements… avec sa verve et sa passion.

© Peeters – Plon C’est le mensuel (A suivre) qui ouvre le bal. Publié par les éditions Casterman entre 1978 et 1997, il accueille Tardi, Pratt, Prado, Baru et de nombreux autres auteurs qui seront les précurseurs de ce que l’on appellera plus tard très pompeusement le roman graphique. Tiens, allons voir justement ce que dit Peeters à ce sujet. Si au début de l’article, l’expression ne semble pas l’interloquer, il va finement analyser la situation. Pour lui, le roman graphique est né une première fois en 1975 avec La ballade de la mer salée, premier album de Corto Maltese, souple, 168 pages en noir et blanc, sortant des conventions de l’époque. Il sera récompensé à Angoulême. C’est trois ans plus tard que le terme « graphic novel » apparaît pour la première fois aux Etats-Unis avec A contract with God, signé Will Eisner. Gen d’Hiroshima, Maus, Watchmen, Moi ce que j’aime c’est les monstres, Persepolis ne sont que quelques exemples de livres classés dans la catégorie « romans graphiques » qui, Peeters est lucide, est une manière un peu hypocrite de rassurer celles et ceux qui se méfient de la bande dessinée. Pour d’autres, c’est tout simplement une catégorie commode de classification.

© Peeters – Plon Côté auteurs, les ténors sont évidemment au rendez-vous : Jacobs, Martin, Uderzo, Morris, Franquin, Goscinny, Moebius, Tardi, Gotlib… Jijé passe au second plan, dans les articles sur Franquin et le journal Spirou. Saint-Ogan entre par l’intermédiaire de Zig et Puce. Quinze pages sont consacrées à Hergé. Le maître n’en méritait pas moins. L’entrée du dictionnaire est composée de deux parties très distinctes. Si la seconde raconte Hergé, la première raconte les rapports qu’ont entretenus les deux hommes. Tintin au Tibet est la première BD qu’a lu Peeters. Plus tard, il réalisera un travail universitaire sur Les bijoux de la Castafiore, avant de le rencontrer pour un entretien destiné à la revue littéraire Minuit. Peeters publiera une biographie de Hergé en 2002.

© Peeters – Plon Même s’ils sont moins nombreux, les auteurs contemporains sont bien présents ; Sattouf, Zep, Bagieu, Bechdel, Larcenet, Doucet, Meurisse, Fabcaro, Urasawa… Bien que le sujet ne soit qu’effleuré, Peeters l’avoue, le manga est néanmoins représenté.
Des entrées « techniques » complètent le livre. Comme dans les plus belles heures des Cahiers de la Bande Dessinée, Peeters psychanalyse l’élément « case », remet à leur place les « phylactères », compare le « dessin » et le « redessin », questionne la fascination des « dédicaces », un don et pas un dû. De sa naissance à ses problèmes, le festival d’Angoulême est un rendez-vous historique. Et quand il parle d’expositions, là ou ailleurs, Peeters soulève la problématique de la confusion des genres entre planches originales et reproductions. Une belle chronique sur l’histoire de la presse BD rappelle à quel point elle manque aujourd’hui, Spirou et Fluide Glacial étant les derniers survivants. Malgré certains espoirs, le numérique n’a pas remplacé la prépublication. Au contraire, il inquiète.

© Peeters – Plon En près de 600 pages, Benoît Peeters offre son point de vue sur l’Histoire de la bande dessinée. Souvent objectif, parfois subjectif, comme cette chronique qui ne fait que le survoler, ce dictionnaire amoureux de la bande dessinée est un ouvrage d’étude de référence.
Titre : Dictionnaire amoureux de la bande dessinée
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Benoît Peeters
Illustrations : Alain Bouldouyre
Éditeur : Plon
ISBN : 9782259320818
Nombre de pages : 608
Prix : 26 €
- Les amis de Jacobs 38—Décembre 2025par Laurent Lafourcade
Cercles parfaits
« -Etonné de me voir, n’est-ce pas ?
-A vrai dire, mon cher professeur, j’espérais bien vous voir ici un jour ou l’autre, mais… dans d’autres circonstances, je l’avoue !… »
20 ans ! Les amis de Jacobs ont 20 ans. Tous les six mois, la merveilleuse et luxueuse revue paraît avec son lot de découvertes sur l’univers Jacobs. Pour l’occasion, Christian Viard laisse la parole au président Didier Bruimaud pour l’éditorial. Tirée à 600 exemplaires, la revue est envoyée à tous les membres de l’association, qui a justement besoin d’adhérents pour continuer à fournir cet incroyable travail patrimonial effectué. N’oublions pas qu’en parallèle, l’association restaure d’anciennes publications de l’hôte du Bois des Pauvres pour les rééditer avec le plus pur respect de l’époque. Mais attardons-nous sur le sommaire de ce numéro 38 des Amis de Jacobs.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsAvant 1946 et le démarrage du Secret de l’Espadon dans le numéro 1 du journal de Tintin, Jacobs a signé un grand nombre de dessins et d’aquarelles pour le journal Bravo ! ou pour des magasins bruxellois. Quel est le point commun de la plupart des dessins de Jacobs ? Le cercle. C’est le thème de l’étude approfondie présentée ici par Christian Viard. La couverture le montre : un gros plan de Mortimer encerclé sur une case du piège diabolique, dans une montre connectée avant l’heure, donne le ton « circulaire ». Hergé surnommait son ami l’horloger dessinateur. Jacobs, c’est la minutie incarnée, avec son graphisme alternant cases rectangulaires et cercles. Christian Viard nous invite donc au voyage avec le parcours d’un jeu Pergo en traversant la Belgique dans sa grande longueur.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsL’article est divisé en trois parties : le paquebot, les images et les blasons. L’auteur tente de se mettre dans la peau de Jacobs, en essayant de retrouver les sources historiques, la documentation, les photos, qui ont pu inspirer le maître. Le Paquebot de la boîte serait dessiné d’après le navire « Espagne » construit par la Compagnie Générale transatlantique. Ensuite, image par image, le lecteur est transformé en routard pour découvrir le pays : le palais de justice de Bruxelles, la ville de Diest, la promenade de la Reine à Spa, le beffroi de Mons et le port d’Anvers ne sont que quelques étapes parmi d’autres. Après une sublime carte pittoresque de la Belgique, les armoiries et blasons de chaque région sont présentés. Pour enchaîner avec le cercle dans les dessins, retour chez Blake et Mortimer où se succèdent les exemples dans lesquels Jacobs joue avec la forme, à travers des jumelles, des hublots, des soucoupes ou autres disques mystérieux.
Le fascicule est complété par une entrevue de Jacobs avec Olivier Salvatori pour le journal Rock & Folk en août 1982, des photos ayant inspiré des cases et celle d’un baryton issu d’une reliure trouvée dans une brocante. N’oublions pas l’encart central reproduisant un catalogue de jouets de 1936. Un dessin hommage de Achdé est la touche d’humour de la quatrième de couverture.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsOn le répète, Les amis de Jacobs est une association visant à promouvoir la connaissance ou la découverte de l’œuvre d’Edgar-Pierre Jacobs et sa continuité par les nouveaux auteurs et scénaristes. Pour 40 € annuels, les adhérents reçoivent deux numéros des Amis de Jacobs, revue imprimée sur un papier de grande qualité et emplie d’articles d’une richesse incroyable. Toutes les informations pour adhérer et commander, entre autres, d’anciens numéros sont sur le site www.amisdejacobs.org.
On le dit pour Tintin, mais on peut aussi le dire pour eux. Quand on a fini de lire Blake & Mortimer, on peut recommencer à lire Blake & Mortimer. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau. La revue des amis de Jacobs le prouve depuis déjà 38 numéros !
Série : Les amis de Jacobs
Tome : 38—Décembre 2025
Genre : Revue d’étude
Directeurs de publication : Christian Viard et Didier Bruimaud
Éditeur : Les amis de Jacobs
Nombre de pages : 48
Prix : 15 €
- Princesse Saphir – Intégrale 1par Laurent Lafourcade
Deux cœurs pour un corps
« -L’héritier est né ! L’héritier est né !
-L’héritier ?
-Et alors, C’est un garçon ou une fille ?
-Il ne dit pas l’essentiel…
-Bah, ça doit être un garçon.
-Le prince héritier est né !
-Le prince héritier est né !
-Le prince est né !
-Qu’est-ce que je t’avais dit ? C’est un prince !
-C’est impossible ! C’est une fille qui devait naître ! »
Dans le ciel, au Paradis, sur un nuage, le Bon Dieu procède à la distribution des cœurs. Ceux qui en reçoivent un bleu deviendront des garçons, ceux qui en reçoivent un rouge feront des filles belles et douces. C’était sans compter la présence du petit ange espiègle Tink qui va faire avaler un cœur bleu à un futur bébé avant que, sans le savoir, le patriarche lui en donne un rouge. Comment savoir maintenant si ce sera une fille ou un garçon ? Tink est sommé de descendre sur Terre avec le nourrisson. Ce doit être une fille, il faut la débarrasser de son cœur de garçon. Là où tout se complique, c’est que l’enfant est l’héritier de la couronne. La cour et le peuple attendent un prince et voilà une princesse. Il ne faut pas que ça se sache. Garçon ? Fille ? Fille ? Garçon ? Ce n’est pas clair. Le duc Duralmin demande à voir l’enfant. Si le Roi et la Reine ont eu une fille et qu’ils font croire que c’est un garçon, voilà l’occasion pour le Duc de s’emparer du pouvoir en mettant son propre fils sur le trône, mais il va devoir prendre son mal en patience. L’enfant s’appelle Saphir.

© Tezuka Productions All rights reserved
First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Les années passent. Saphir a quinze ans et navigue entre sa condition de fille dans un cercle très privé et de garçon aux yeux du grand public. Ses deux cœurs lui donnent la force d’un homme et la délicatesse d’une femme. Entre complots, amours et manigances, tantôt Prince Saphir, tantôt Princesse Saphir, « iel » avant l’heure va devoir développer des stratégies pour échapper à ceux qui veulent sa perte et à celui qui veut donner son amour alors que ce n’est pas possible. Lorsque sa mère va boire par inadvertance un sérum de vérité, les choses vont devenir encore plus compliquées. Si on ajoute à cela qu’une sorcière s’en mêle, Saphir n’est pas au bout de ses peines.

© Tezuka Productions All rights reserved
First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Avec Princesse Saphir, l’immense Osamu Tezuka institutionnalise dès les années 50 les bases du Shojo, le manga pour jeunes filles, apparu dans les années 30. Les grands yeux pétillants deviendront l’un des codes du Shojo. Après Astro Boy et Le Roi Léo, voici sa troisième œuvre emblématique que les éditions Delcourt rééditent dans une somptueuse collection lui étant destinée. On y voit comment l’auteur est à la fois inspiré par Disney et devient en même temps une référence pour les studios américains qui le pilleront allègrement. Princesse Saphir est née en 1953 et a connu plusieurs versions, d’abord en manga, la dernière datant de 2008, puis en feuilleton radiophonique, au théâtre, en anime, puis en comédie musicale en 2006. Le personnage n’a quasiment jamais quitté le devant de la scène et est incroyablement d’actualité quant à la question du genre et de l’égalité filles-garçons.

© Tezuka Productions All rights reserved
First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Prévue en deux tomes dont le second inclura Les enfants de Saphir, Princesse Saphir est une œuvre magistrale qui fait partie de l’Histoire du Manga avec un grand H et un grand M.
https://www.youtube.com/watch?v=4CBGiLgTYgM
Série : Princesse Saphir
Tome : Intégrale 1
Genre : Fantastique moyenâgeux
Scénario & Dessins : Osamu Tezuka
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413091653
Nombre de pages : 440
Prix : 29,99 €
- Neige de sangpar Laurent Lafourcade
Mauvais temps pour mauvais temps
« -Le temps s’est encore assombri, non ?
-J’ai l’impression que c’est encore pire qu’hier !
-T’as raison… On dirait que le jour peine à se lever…
-Le pire, Makiko, ce n’est ni le froid ni l’obscurité… C’est ce que nous dit le ciel.
-Qu’est-ce que tu racontes, Kohei ?
-Il nous adresse un mauvais présage.
-Arrête un peu tes histoires, tu veux ! »
Eté 1970, port de Shikomi, dans la baie de Wakasa. Un jeune homme attend un ami qui doit lui montrer sa collection de katanas. Il peut attendre longtemps, celui-ci est à Osaka pour des examens médicaux. Dans un bar du village, un ivrogne est mis à la porte par Makiko, la propriétaire, une dame âgée, parce qu’il est l’heure de fermer. Sayori, une livreuse, vient porter un carton de bouteilles de saké. Le vent commence à souffler. On se croirait en hiver. Il y a peu de monde. Depuis qu’il y a une voie rapide pour se rendre à Kyoto, plus personne ne s’arrête dans ce village de pêcheurs qui se vide petit à petit. La concurrence de la pêche industrielle n’arrange pas les choses. Deux jours plus tard, étrange phénomène climatique, la neige tombe sur la commune.

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama De la neige en plein été, ça n’a rien de normal. Il fait de plus en plus froid. Makiko propose à ceux qui le veulent de passer la nuit dans l’auberge, le temps que la tempête se calme. Au quatrième jour, un cadavre lacéré est découvert dans le blizzard. Quelqu’un aurait-il profité des conditions pour commettre un crime ? Le lendemain, c’est une deuxième victime qui gît sur la place du village. Un assassin rôde dans les rues. Alors que les reclus commencent à se regarder en chiens de faïence, Takashi et quelques volontaires décident de sortir faire une ronde. L’ombre mystérieuse qu’ils aperçoivent va entrer dans le bar à minuit trente. C’est un étrange samouraï qui repart sans toucher au verre qui lui a été proposé, après avoir fredonné une berceuse traditionnelle. Une légende raconte qu’autrefois cinq samouraïs se seraient installés dans la seule auberge du village, ici même. Que sont-ils devenus ? Le visiteur du soir en fait-il partie ? Quel est leur lien avec les meurtres perpétrés ?

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama « Je tuerai la pianiste afin que l’on sache que quelque chose existe. » Ces quelques mots écrits par Gérard Manset pour une chanson d’Alain Bashung introduisent l’album. A sa sortie, le chanteur déclarait ceci : «C’est presque une phrase ambiguë pour moi. «Je tuerai», je n’ai jamais formulé cela aussi directement, même si la pensée nous effleure tous un jour. En règle générale, j’ai toujours veillé à ne jamais dire ou chanter quelque chose qui aurait à voir avec la compassion. Je déteste faire l’artiste qui se plaint. Mais là, on est un peu dans le Fantôme de l’opéra, avec un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique. Alors, pourquoi ne pas dire que chez les artistes aussi les choses ne sont pas toujours très claires.» Un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique, on est peut-être dans la tragédie de Gaston Leroux, mais on est aussi dans Neige de sang. Alain Bashung ne le savait pas, mais il chantait Neige de sang. Je tuerai… Quelque chose existe… Comme le disait l’interprète, chez les artistes, les choses ne sont pas toujours très claires. Les artistes Corbeyran et Rurik Sallé installent leurs personnages dans une quatrième dimension mystérieuses, mais tout sera justifié. Aux dessins et aux couleurs, le prolifique Jef montre plus que jamais qu’il est l’une des valeurs sûres du moment. Jef prend des risques, se remettant en question d’une planche à l’autre avec des découpages pas toujours conventionnels, même dans des scènes qui pourraient sembler plus calmes que d’autres.

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama « Je tuerai la pianiste Pour ce qu’elle a fait de moi Chaque jour que Dieu fait Chaque semaine, chaque mois Et quand ce sera fait Que le jour se lèvera Par l’entrée des artistes Quand on saura que c’est moi Alors je m’en irais Je la couvrirai d’or Alors je m’en irais » Conte moderne qui n’aurait pas dénoté dans la Twilight Zone, plus qu’un thriller fantastique, Neige de sang est l’une des plus belles histoires d’amour que l’on puisse lire.
One shot : Neige de sang
Genre : Drame fantastique
Scénario : Corbeyran & Rurik Sallé
Dessins & Couleurs : Jef
Éditeur : Ankama
ISBN : 9791033530602
Nombre de pages : 80
Prix : 18,90 €
- Le passagepar Laurent Lafourcade
A ma fille
« -Pourquoi tous les miroirs de ta chambre sont recouverts ?
-Je ne peux plus me regarder. Je crois que chez les juifs, c’est aussi un signe de deuil, mais je ne sais même pas de quoi je suis en deuil. De mon grand-père, sans doute, mais de moi, aussi. Oui, je crois que je suis surtout en deuil de ce que j’étais.
-C’est pour cela que tu as posté les messages sur le forum, en disant que tu voulais mourir ?
-Oui.
-Tu veux me raconter ?
-C’est compliqué et c’est long. Ça va vous embêter.
-Vas-y, je t’écoute.
-Vous êtes sûre ? Ça ne va pas être beau à voir. Je ne voudrais pas vous faire du mal. Parce que je vais tout vous dire. Tout. C’est vous qui l’aurez voulu.
-Je suis prête. »
Mathieu a 46 ans. Aujourd’hui, c’était les obsèques de son père, dans une fête merveilleuse comme il dit. Le soir, toute la famille s’est retrouvée dans l’appartement de son enfance, sauf ses filles qui étaient rentrées, fatiguées par l’émotion. A 20h36, le téléphone de Mathieu sonne. C’est la police. Ils sont avec ses filles et lui demandent de venir. Le policier le rassure, lui dit qu’elles sont en sécurité mais qu’il faut arriver. Mathieu et sa femme courent jusqu’à leur maison. Deux flics sont à côté de la plus jeune de leur fille sur le canapé. Une collègue est en haut avec l’aînée. Si les forces de l’ordre sont arrivées, c’est parce qu’elle a posté sur un forum des messages disant qu’elle voulait mourir.

© Persan – Hachette Elle vit dans un monde aux jours brumeux et froids, aux nuits sans lune ni étoiles. Tout s’est terni l’été dernier. Elle a passé deux mois dans le noir à regarder le mur. C’est là qu’est venue l’idée, non pas de mourir, mais de ne plus exister, devenir autre chose, ne plus dépendre de son corps, devenir invisible, se brûler, se scarifier. Son corps l’encombre, comme si une bête dévorait sa joie de vivre. Et lorsqu’elle arrive à en prendre le dessus, tout lui semble absurde. Tout est triste. Elle ne comprend pas ce qu’il se passe, parce qu’elle a tout, une famille aimante et elle ne manque de rien. Alors, elle culpabilise : « C’est moi qui dois être mauvaise. »

© Persan – Hachette Le lendemain, au commissariat, la policière apprend à Mathieu que sa fille avait prévu l’irréparable pour aujourd’hui. Il allait falloir prendre les choses en main, commencer un parcours semé d’embûches, embûches qui ne sont pas toujours là où on les attendait, comme ce psychiatre tout juste bon à se faire payer la consultation. Puis ce sera la première hospitalisation en établissement spécialisé, avec le moment terrible où on laisse son enfant en s’auto-persuadant qu’elle va être bien, bien entourée, soignée, guérie. Tu parles ! Mathieu et son épouse le comprendront bien vite. Il y a aura les visites, où ils la trouveront, hagarde, shootée de médicaments, et les médecins qui font culpabiliser.
Ce livre, Mathieu Persan aurait préféré ne jamais l’écrire. Ce livre, c’est l’histoire de sa fille atteinte d’une dépression profonde. Ce livre, c’est l’histoire d’un père qui se bat pour elle, qui voit un château de carte s’écrouler sans parvenir à le faire tenir debout. Dans cet album qui tient plus du livre illustré que de la bande dessinée, il alterne le point de vue de sa fille et le sien dans une alternance de séquences émouvantes, tragiques, poétiques. Ce témoignage est un lanceur d’alerte. Le nombre de jeunes qui vont mal explose dans un Big Bang effrayant. Leur santé mentale vacille. Les soins qui leur sont apportés font figure de pansements sur des jambes de bois. L’hôpital psychiatrique aujourd’hui ressemble plus à une simple garderie dont les faibles moyens ne résolvent pas grand-chose. Mathieu montre l’espoir, le chemin qu’il a suivi avec sa fille, avec, non pas la chance, mais le destin que toutes et tous n’auront pas. Si grâce à ce livre, ne serait-ce qu’une seule famille sauve son enfant, mais quelle victoire ! Mais il y en aura beaucoup, c’est sûr, ça ne peut pas être autrement.

© Persan – Hachette Un mot quand même sur les illustrations. Mathieu Persan est un graphiste. Il joue avec les textes et les textures dans des dessins en noir et blanc percutants. Les personnages n’ont pas de visage parce que, même si c’est son histoire, ils sont tout le monde. Le passage est une histoire à la mise en scène immersive.
Pourquoi les étoiles s’éteignent dans des ciels d’adolescence ? Il n’y a pas toujours de raison, parfois oui, parfois non, parfois on ne sait pas. Comment trouver la flamme qui les rallumera une par une ? Il n’y a pas toujours de solution. Surtout, il n’existe pas de panacée. Ce qui arrive à la famille de Mathieu peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Ça s’appelle le destin. C’est là qu’il faut emprunter le passage.

© Persan – Hachette Tous les droits d’auteur de ce livre, qui paraît le 11 mars, seront reversés à des associations œuvrant pour la santé mentale des jeunes. Alors, achetez ce livre, s’il vous plaît. Faites-le pour rallumer les étoiles dans les ciels assombris, parce qu’aucun ne devrait s’éteindre.
One shot : Le passage
Genre : Emotion
Scénario & Dessins : Mathieu Persan
Éditeur : Hachette
ISBN : 9782017251071
Nombre de pages : 144
Prix : 19,95 €
- The Junctionpar Laurent Lafourcade
Stranger thing
« -Ok… Lucas, dis-moi, tu comprends pourquoi tu es ici ? Tu as été porté disparu pendant longtemps. Très longtemps. Que vois-tu ? Deux photos. De toi. L’une prise juste avant ta disparition. L’autre ce soir. Je veux juste savoir… Enfin, moi et tous les messieurs de l’autre côté de la glace voudrions savoir… Comment se fait-il que tu n’aies pas vieilli d’un seul jour en douze ans ?
-Je… Je suis le garçon le plus vieux de la Terre. »
Juin 1996, Lucas Jones, un petit garçon de 11 ans, est interrogé par la police. Il vient de réapparaître alors qu’il avait disparu depuis septembre 1984, sans avoir vieilli, alors qu’il devrait avoir 23 ans. Douze ans auparavant, il s’est volatilisé avec son père, près de Medford. Les recherches n’ont jamais rien donné. Le père est toujours introuvable, mais Lucas a débarqué chez son oncle à Medford, vendredi dernier. Les journalistes posent des questions. L’inspecteur David King, en charge de l’affaire, ne dit mot, et pour cause, les réponses, il ne les a pas. Empreintes digitales à l’appui, les analyses sont formelles en tous cas : ce gamin, c’est bel et bien Lucas Jones. Si l’enfant n’a pas d’explication à donner, peut-être que son journal intime, où les jours sont indiqués mais pas les années, pourrait fournir des indices.

© Konyu – Glénat Lucas prétend avoir vécu dans un lieu appelé Kirby Junction. Il a une imagination débordante. Il est passionné par le livre de Jules Verne 20000 lieues sous les mers. Il fait le rêve récurrent d’être dans une voiture qui tombe dans l’eau. Une nuit, entendant sortir son père, il le suit dans la forêt et le surprend poser une rose près d’une pierre tombale. Au fur et à mesure qu’ils lisent le journal décousu de Lucas, l’inspecteur David King et la psychologue Jean Symonds parviennent à assembler quelques pièces d’un puzzle dramatique. Ce n’est que bien des années plus tard que le flic comprendra ce qu’il s’est passé.

© Konyu – Glénat Norm Konyu est un auteur né au Canada et résidant en Grande-Bretagne. Il travaille dans l’animation depuis longtemps, il a signé en bandes dessinées une adaptation décalée de L’appel de Cthulhu de Lovecraft, ainsi que Downloads, un conte surnaturel, récit d’apprentissage. Avec The Junction, il écrit un mystère digne de la Quatrième Dimension ou de X-Files. On ne peut qu’être intrigué, puis ému aux larmes par l’histoire de Lucas, impossible à refermer jusqu’à découvrir la clef de l’énigme. En postface, Norm Konyu dévoile la construction graphique des images de l’album, d’abord par croquis, puis par dessins vectoriels avec Illustrator, avant de rajouter des textures sous Photoshop. Il justifie également quelques scènes coupées.

© Konyu – Glénat Impossible d’en dire plus sans trop en dévoiler sur l’intrigue. Histoire d’enfance, histoire de deuil, histoire de deuil de l’enfance, laissez-vous embarquer par l’histoire de Lucas qui, sous la caméra de Spielberg, ferait un film incroyable. Stand by Lucas. Dans le fond et dans la forme, The junction est un album remarquable et poignant.
Titre : The Junction
Genre : Polar fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Norm Konyu
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344069721
Nombre de pages : 176
Prix : 22 €
- Boulevard Tintin – Hergé/Jacobs Du duo au duel L’histoire d’une amitié créativepar Laurent Lafourcade
Monstres sacrés
« -Ma parole ! On se croirait dans la base secrète de l’Espadon ! »
L’un a créé le personnage de Tintin et a posé toutes les bases de la bande dessinée franco-belge. Il s’appelait Hergé. L’autre a imaginé les aventures des très britishs Blake et Mortimer. Il s’appelait Edgar-Pierre Jacobs. Ils se sont rencontrés en 1941, par l’entremise de Jacques Van Melkebeke, lors de la première de la pièce Tintin aux Indes. Ensemble, ils allaient écrire l’une des plus belles pages du Neuvième Art, formant un duo tout autant qu’un duel, sans lequel la bande dessinée ne serait peut-être pas ce qu’elle est aujourd’hui, et dont les traces indélébiles sont marquées à tout jamais dans la grande Histoire de la BD. Voyage en immersion dans le destin de ces deux géants, sous la houlette du journaliste de formation et galeriste Eric Verhoest.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 En quatorze chapitres, Hergé/Jacobs, du duo au duel, l’histoire d’une amitié créative, détaille le parcours de ces génies. Baryton, Jacobs se rêvait chanteur d’opéra. Le destin, et le porte-monnaie, en allaient décider autrement. Ne trouvant pas de quoi subsister sur les scènes lyriques, Jacobs se rabat sur l’illustration. En 1942, Hergé, qui envisage de refondre et coloriser ses albums, fait appel à lui. Parallèlement, les planches américaines n’arrivant plus en Europe à cause de la guerre, Jacobs est chargé par le directeur du journal Bravo ! d’imaginer une série inspirée de Flash Gordon : ce sera Le rayon U. En 1944, après la libération de Bruxelles, la période est compliquée pour Hergé. Jacobs lui reste fidèle. C’est à cette époque qu’il sublime la nouvelle version du Sceptre d’Ottokar.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Septembre 1946 est un mois historique. C’est le lancement du journal Tintin et le démarrage du Secret de l’Espadon, première aventure du Capitaine Francis Blake et du Professeur Philip Mortimer. Tintin, lui, s’apprête à visiter le Temple du Soleil. En 1947, Jacobs, qui s’était vu refuser sa co-signature sur Le temple du Soleil et ne voulant pas devenir un homme de l’ombre comme le sera Bob de Moor, prend son indépendance. Hergé aurait-il pris ombrage du succès grandissant de Blake et Mortimer ? Les années suivantes seront compliquées pour le créateur de Tintin, surtout sur le plan sentimental. Jacobs ne manquera pas de lui donner son avis dans une correspondance. Puis viendront les années d’or, avec le succès des Studios Hergé, notamment dans l’aventure lunaire, et de Jacobs avec l’aventure égyptienne. Par la suite, si le triomphe d’Hergé le met sur le devant de la scène, Jacobs reste plus discret. Il sera plus tard très meurtri par la censure en France du Piège diabolique. Hergé le soutiendra. Un dernier chapitre revient sur les dernières années et la disparition des deux hommes avant qu’un épilogue apporte des regards croisés sur leur exceptionnelle collaboration.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 De la définition même de la ligne claire hergéenne au réalisme scientifique et d’anticipation jacobsien, cet ouvrage indispensable met en parallèle les destins croisés de deux grands monstres sacrés. Quand on a fini de lire Blake et Mortimer, on peut recommencer à lire Blake et Mortimer. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Titre : Hergé/Jacobs Du duo au duel L’histoire d’une amitié créative
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Eric Verhoest
Dessins : Hergé & Jacobs
Éditeur : Moulinsart/Casterman
ISBN : 9782203306516
Nombre de pages : 188
Prix : 29 €
- Boulevard Tintin – Autopsie d’une œuvre 1 – L’Affaire Tournesolpar Laurent Lafourcade
Auscultation tintinophile
« Une sensationnelle invention du professeur Tournesol commence par provoquer des catastrophes au château de Moulinsart : toutes les vitres volent en éclat, ainsi que la plupart des objets en verre ! Malheureusement, cette trouvaille ne rejoindra pas le rayon des farces et attrapes. Des espions tentent de s’emparer de Tournesol pour lui soutirer ses plans. Les kidnappeurs sont des Bordures, éternels ennemis des Syldaves et bien décidés à transformer l’invention de Tournesol en arme de destruction massive. »(résumé officiel de L’Affaire Tournesol)
Les premiers mots du Docteur Guido peuvent sembler troublants. A bien y réfléchir, ils sont rassurants. En effet, le praticien prétend qu’il ne faut pas relire Tintin pour ressentir à nouveau ses émotions d’enfants, mais assumer sa fonction de lecteur éveillé, afin de provoquer à l’infini des sensations nouvelles. Il n’y a pas de meilleur espoir pour l’avenir de la tintinophilie que d’appliquer cet adage. En effet, la majorité des lecteurs de Tintin et des amis de Hergé avançant en âge, on pouvait légitimement se questionner sur le futur de l’intérêt apporté à l’œuvre de Hergé. Si les « nouveaux » lecteurs appliquent la méthode Guido, la passion perdurera. Eux, contrairement aux « vieux », seront moins facilement phagocytés par leurs souvenirs d’enfance. C’est donc parti pour un voyage au cœur d’une aventure au scénario diabolique, une histoire d’espions et de conflit entre deux pays voisins.

© Docteur Guido – 7 sans 14 La préface est signée Jacques Langlois, lecteur passionné, privilégié ayant eu la chance de correspondre avec Hergé. L’homme a eu la chance de découvrir L’Affaire Tournesol par épisodes, lors de sa prépublication dans le journal Tintin en 1954. Ne sachant pas encore lire à l’époque, il se plongera plus tard dans l’histoire quand un copain lui prêtera l’album. Pour Langlois, l’album est l’un des plus réussis. Il a hâte, et nous avec, de découvrir ce que l’auteur de cet essai aura trouvé de caché dans ce livre. Avant que le médecin légiste ne pratique l’autopsie à proprement parler, le Docteur Guido fait un rappel des faits. Après le diptyque lunaire, Hergé était attendu au tournant. Il part dans le roman d’espionnage. Il veut une histoire réaliste et crédible. Guido l’annonce : il n’est pas là pour établir des liens entre fiction et réalité, mais pour une lecture « moins angélique et amusée de L’Affaire Tournesol ».

© Docteur Guido – 7 sans 14 L’essai a pour but de mettre en valeur la pensée d’Hergé à l’égard de son approche du néant, de la mort. On va nous expliquer comment la création de l’œuvre permet d’identifier la vérité de son intention, comment sa structure de génie est consécutive à son élaboration et comment se servir d’un esprit libéré pour faire apparaître la vérité sans influences émotionnelles. Guido analyse la couverture (Tournesol est-il évanoui ou mort ?) et la façon enfantine dont le résumé officiel est rédigé, puis ausculte le scénario, si élaboré, mais laissant la place à une interprétation philosophique. Il regrette le dénouement rapide de l’intrigue et les trois pages « ratées » précédant le retour du trio Tintin-Haddock-Tournesol à Moulinsart. Il souligne aussi la conclusion pittoresque avec la colonie Lampion, sans oublier de revenir sur l’objectif qu’il avait défini au début. Tout cela n’est qu’un très bref résumé du bilan effectué par le Docteur Guido que nous vous invitons à découvrir en détail dans cette analyse médicale.

© Docteur Guido – 7 sans 14 Les histoires d’amour les plus fortes sont celles où l’on se dit tout. Oui, le Docteur Guido est un amoureux de l’œuvre de Hergé. Non, il ne livre pas un panégyrique de L’Affaire Tournesol. Instructif, détaillé, mais aussi engagé, cet essai sur le dix-huitième épisode des Aventures de Tintin apporte un éclairage inédit et original qui donne envie de se replonger dans l’œuvre. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Autopsie d’une œuvre
Tome : 1 – L’Affaire Tournesol
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Docteur Guido
Préface : Jacques Langlois
Éditeur : 7sans14
ISBN : 979826506349
Nombre de pages : 126
Prix : 14,90 €
- Une aventure de Jeff Mistral 2 – Les 3 symboles d’Arelatepar Laurent Lafourcade
Meurtres antiques : On « tuerait » le Sud
« -Ce qu’il faudrait pour trouver l’assassin, c’est un bon détective privé, quelqu’un d’efficace ??… Vous voyez ?!
-Mmh… Je comprends… Vous me laissez passer un coup de fil ?!
-Je vous en prie !!
-Tu es en vacances ?! Alors pourquoi ne pas les passer à Arles ?!… Eh bien, Monsieur Bonnefille, je crois que j’ai trouvé l’homme de la situation !! »
Arles 1963, en faisant visiter les soubassements des arènes, Gédéon Bonnefille, adjoint du conservateur des musées de la ville, ne se doutait pas qu’il allait découvrir le cadavre de son supérieur. Eléazar Broutechoux, le conservateur en chef, git au sol un pilum romain dans le ventre et le cœur enlevé. D’après son collègue, la victime n’était pas dans son assiette depuis quelques semaines, depuis la découverte d’un coffret en métal dans le Rhône. Lui seul l’a ouvert. Il a confié que son contenu était en rapport avec un secret ancestral caché dans les arènes. Tout cela, Bonnefille le raconte à Jérôme Durandeu, un journaliste de la ville, et pas à la police. Ils sont justes bons à parler à tort et à travers et à boire des jaunes. Durandeu connaît l’homme de la situation pour dénouer l’intrigue : son ami détective privé Jeff Mistral.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev Après la capitale, direction le Sud pour Jeff Mistral. A peine arrivé, Durandeu lui raconte tout, mais il ne pourra pas interroger Bonnefille. Lui aussi vient d’être assassiné dans les mêmes conditions, dans les thermes de Constantin, le cœur ôté, pas de pilum mais une flèche plombée dans le front. Tout converge vers l’Antiquité dans Arles, Arelate comme on appelait la petite Rome des Gaules. Chez Broutechoux, Jeff et Jérôme empêchent in extremis un individu cagoulé de s’emparer du fameux coffret en métal. A l’intérieur, une pierre sculptée. Un spécialiste leur en dira certainement plus. La splendeur, l’immortalité et la puissance ancestrale de Rome sont au cœur de l’enquête qui va mener le détective et le journaliste au cœur, c’est le cas de le dire, d’une société secrète de fanatiques nostalgiques des heures les plus sombres de temps plus récents qu’ils voudraient remettre d’actualité.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev Intelligente, enlevée, dynamique, cette deuxième aventure de Jeff Mistral réunira les amateurs de polar, d’Histoire et de vieilles cylindrées. On va s’instruire, pour le bien de l’enquête. On va chercher les coupables. On va casser de la bagnole, on est aussi là pour ça, à l’époque où elles étaient encore en métal et sans électronique. Ce que l’on aimait aussi à l’époque des séries tous publics des années 60 à 80, c’est quand on retrouvait des personnages des aventures précédentes, avec la petite astérisque « Voir Tome… ». Ici, un personnage inattendu fait son retour. Le dessinateur Alain Julié, le scénariste Olivier Andrieu et la coloriste Claire Dumas jouent évidemment dans la nostalgie, mais sans naphtaline. C’est en cela qu’ils ont tout compris.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev De nombreuses interviews composent le cahier bonus. L’historien Alain Charron, conservateur en chef au Musée départemental de l’Arles Antique, qui par bonheur n’a pas subi le même sort que Eléazar Broutechoux, montre l’importance de la cité il y a 2000 ans. L’historien Frédéric Le Moal revient sur une autre époque troublée. Après un article sur la Facel Véga, les trois auteurs sont interrogés sur leurs méthodes de travail, avant que l’on ne termine sur quelques anecdotes.
Hommage appuyé à Gil Jourdan et à son créateur Maurice Tillieux, avec un petit clin d’œil au regretté Didier Savard, Jeff Mistral démontre qu’un âge d’or, et bien en fait, c’est éternel.
Série : Une aventure de Jeff Mistral
Tome : 2 – Les 3 symboles d’Arelate
Genre : Polar
Scénario : Olivier Andrieu
Dessins : Alain Julié
Couleurs : Claire Dumas
Éditeur : Klev
ISBN : 9782959206665
Nombre de pages : 64
Prix : 16 €
- Le rendez-vouspar Laurent Lafourcade
MiniBulles amoureuses
« -Mais… Il n’y a que des images ? Et… Pas de texte ? »
Un petit bonhomme se pomponne. Un pschitt de parfum, une tenue soignée, le chapeau melon vissé sur la tête, il quitte sa maison, des cœurs plein l’âme. Les oiseaux profitent de son amour communicatif. C’est alors qu’il pense à l’essentiel : il faut qu’il achète un cadeau ! Un outil ? De la charcuterie ? Non, non, non ! Un bouquet de fleurs conviendra bien mieux. Bonhomme, c’est ainsi qu’on le nomme, arrive devant l’immeuble de sa dulcinée et commence à gravir une à une les marches du grand escalier. Il va y croiser tout un aéropage de personnages plus bizarres les uns que les autres. L’aventure commence…

© Choux – Nathan C’est tout d’abord un énorme gorille en salopette rouge qui passe à côté de Bonhomme sans faire attention, le plaquant contre le mur et abimant son bouquet. Par bonheur, il reste encore des fleurs présentables. Plus haut, un chien saxophoniste et une souris guitariste rejoignent un lapin batteur pour un bœuf (musical) dans un appartement. Un cheval, une poule et sa ribambelle de poussins, un tigre, un serpent, le bâtiment est une véritable arche de Noé. Une vieille tortue confirme l’impression. Elle rentre des courses et l’aide du visiteur est bienvenue. Encore quelques rencontres et quelques étages à monter, et Bonhomme pourra frapper à la porte de sa dulcinée.

© Choux – Nathan On ne dira jamais assez le bien de Mini-bulles, cette collection pour les plus petits visant à appréhender le média avec de belles histoires joliment dessinées. C’est ici Nathalie Choux, la dessinatrice des Trop Super sur scénarios d’Henri Meunier, qui propose un rendez-vous amoureux. Il était un petit homme, mais pas de pirouette, ni de cacahuètes. Un trait rond, sans bordures, des animaux, beaucoup d’animaux, des décors géométriques et des couleurs pastel, l’enveloppe a tout pour séduire les enfants et leurs parents. Pas de texte : voilà aussi l’occasion pour les adultes de faire raconter l’histoire à leurs enfants. Pourquoi n’inverserions-nous pas les rôles ? On prendra plaisir à lire et relire cette grande aventure du bout de la rue et retrouver qui l’on croise au fur et à mesure avant de tourner la page. Et pour la Saint-Valentin, quoi de mieux qu’une histoire qui donne envie d’être amoureux ?

© Choux – Nathan La collection de bandes dessinées Mini-bulles adressée aux 3/5 ans publiée par les éditions Nathan a pour vocation de leur faire découvrir et aimer le média BD. Avec Le rendez-vous de Nathalie Choux, le pari est encore une fois gagné.
Tome : Le rendez-vous
Scénario, Dessins & Couleurs : Nathalie Choux
Genre : Aventure pour les tout-petits
Éditeur : Nathan
Collection : Mini-bulles
ISBN : 9782095054021
Nombre de pages : 24
Prix : 8,50 €
- Saint Seiya Les chevaliers du zodiaque Time Odyssey 4 – Shiryu face à la colère du dragonpar Laurent Lafourcade
L’épée au cœur
« -Il n’est pas question que je reste ici regarder mon ami mourir ainsi. Je dois le sauver ! Et personne ne se mettra en travers de mon chemin, pas même vous !
-Je vois. Tu es plus déterminé que jamais. Mais que comptes-tu faire, exactement ?
-Ce que je compte faire… Je vais détruire l’épée d’Hadès ! »
Seiya est en bien mauvaise posture. Cloué dans un fauteuil roulant, le chevalier est dans un état végétatif, victime de la malédiction de l’épée d’Hadès. Lorsque ce dernier a tenté de tuer Athéna, Seiya, revêtu de son armure de Pégase, s’est interposé pour la protéger. Il a alors reçu l’épée noire en plein cœur. Elle est invisible dans le monde des vivants, mais, plantée dans sa poitrine, elle se rapproche chaque jour un peu plus de son cœur. Bref, il meurt à petit feu. Shiryu n’a pas l’intention de rester dans le sanctuaire sans rien faire. Malgré l’interdiction de Shaina, plus haute gradée qui transmet les ordres d’Athéna aux chevaliers encore vivants, Shiryu décide de désobéir pour sauver son ami.

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)Shiryu part pour Elysion afin de réduire l’épée d’Hadès en cendres une bonne fois pour toutes. C’est le seul moyen de libérer Seiya de la malédiction. Shaina décide de le laisser finalement partir. Pendant ce temps, au palais du temps, Chronos cherche à asseoir sa dominance parmi les Dieux en se saisissant des attributs de ses ennemis pour compléter l’horloge de l’apocalypse. Le trident de Poséidon est installé en tant qu’aiguille des secondes. Bientôt, Athéna, submergée par le chagrin, lui cèdera son sceptre pour marquer les heures. Mais en attendant, l’épée d’Hadès n’attend plus que d’être transformée en aiguille des minutes. Pour aller la chercher, Arctos fait envoyer la huitième des heures de Chronos, Elétis, en Elysion. Qui en premier parviendra à s’emparer de l’épée, l’un pour sauver une âme, l’autre pour les assouvir toutes ?

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)C’est déjà l’avant-dernier tome de Time Odyssey, histoire originale des chevaliers du zodiaque orchestrée par Jérôme Alquié et Arnaud Dollen d’après l’œuvre de Masami Kurumada, et l’on regrette déjà que ça se termine au prochain épisode. Dans le plus pur respect de l’original, les auteurs sont parvenus à embarquer dans un univers que l’on pouvait penser intouchable. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le manga ou l’anime de Kurumada, aucun souci pour entrer en immersion. Ces lecteurs-là seront embarqués au même titre que les autres dans cette mythologie remarquable où les valeurs d’amitié, d’amour, de haine et de pouvoir sont les arcanes majeurs, comme dans toutes les mythologies universelles.

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)Graphiquement détonnant, scénaristiquement impressionnant, colorimétriquement éblouissant, Time Odyssey démontre que les héros ne meurent jamais. Au même titre qu’Albator, Goldorak, Capitaine Flam, et bientôt Lupin, Les chevaliers du zodiaque font partie d’un imaginaire dont le retour en adaptation en BD en France contribue à leur éternité.
Série : Saint Seiya Les chevaliers du zodiaque Time Odyssey
Tome : 4 – Shiryu face à la colère du dragon
Genre : Mythologie
Scénario : Jérôme Alquié & Arnaud Dollen
Dessins & Couleurs : Jérôme Alquié
D’après : Masami Kurumada
Éditeur : Kana
Collection : Classics
ISBN : 9782505088370
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Mémoires d’un garçon agitépar Laurent Lafourcade
En plein cœur
« -Mes parents s’inquiètent parce que je reste petit. Ils ne savent pas, eux, que c’est moi qui ai décidé d’arrêter de grandir. Et pour ça, j’ai une très bonne raison. Je ne supporte plus l’idée de devenir adulte ! Franchement… Regardez l’état dans lequel vous nous laissez le monde. Vous comprendrez que ça ne donne pas fort envie… Donc j’ai décidé de faire le point et d’écrire mes mémoires avant de me remettre à grandir. Ou pas. »
Germain a dix ans. Il n’y a pas d’âge pour écrire ses mémoires, alors, pourquoi ne pas commencer maintenant ? Germain n’est pas bien grand, mais il est dans la courbe. Ses parents s’inquiètent qu’il reste petit. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que c’est lui qui a décidé d’arrêter de grandir. Tout ça parce qu’il ne supporte plus l’idée de devenir adulte. Il poursuivra donc sa croissance une fois qu’il aura fini ses mémoires. La maîtresse le trouve souvent dans la lune. C’est vrai, il s’y sent bien, mieux en tous cas que dans la réalité toute pourrie. Germain a une petite voix dans la tête qui lui dit parfois des choses qu’il n’a pas envie d’entendre, comme quand elle lui parle du « gros truc ». Mais il n’a pas envie d’en parler. Pas tout de suite. Ou jamais… Sans doute jamais. En couchant ses souvenirs sur papier, Germain a trouvé un moyen pour arrêter le temps.

© Vernay, Zabus – Dargaud Germain remonte trois ans en arrière, alors qu’il avait sept ans. C’est l’hiver, il fait sa liste pour le Père Noël. Et comme sa petite sœur Eugénie ne sait pas encore écrire, il va la faire pour elle. Il n’y a plus qu’à aller au centre commercial afin que le vieux barbu en prenne connaissance, mais rien ne va se passer comme prévu. L’année suivante, Germain a huit ans. Il est en week-end chez papy et mamy. Il y a Bart Simpson, c’est son chat. Ce jour-là, le petit garçon va vivre le premier drame de sa vie. Pour ses neuf ans, Germain découvre que les réunions de famille ne sont pas toujours des moments de plaisir. Et puis, il y a le « gros truc », un matin comme tous les autres, il ne sait plus s’il pleuvait ou s’il faisait soleil…

© Vernay, Zabus – Dargaud Il y a des albums tendres et des albums émouvants. Il y a des histoires de destins, des histoires de tous les jours, des histoires où le quotidien est une routine et où on aimerait que ça le reste. Et puis, il y a les histoires de la vraie vie, celle qui ne fait pas de cadeau, qui peut tout faire basculer d’un instant à l’autre. C’est le bonheur et une fraction de seconde plus tard, ça ne l’est plus. Malgré ça, il faut continuer à avancer, en trouvant le moyen de survivre, en cherchant par toutes les façons à arrêter le temps. C’est l’histoire de Germain. Vincent Zabus arrache des larmes aux lecteurs en faisant comprendre d’abord à mi-mots qu’il s’est passé quelque chose, un « gros truc ». Au fil des chapitres, on devine, on comprend, mais on refuse. Avec un dessin d’une incroyable délicatesse, Valérie Vernay s’efface dans des chapitres aux tons monochromes pour laisser Germain prendre les commandes. En effet, très rapidement, le personnage s’impose par son charisme, sa malice et sa douleur. S’il refuse de grandir, c’est parce que la vie a voulu le faire grandir trop vite, mais il a trouvé la parade. Rien n’a pas le droit de faire d’un petit garçon un adulte avant que ça ne soit le moment. Germain échappe à son histoire, il échappe même à ses créateurs pour fusionner avec les lecteurs.

© Vernay, Zabus – Dargaud Quand un petit garçon de bande dessinée de dix ans donne la plus belle leçon de résilience qui soit, on ne peut que prendre exemple sur lui. Ces Mémoires d’un garçon agité est l’album le plus émouvant jamais écrit au monde de tous les temps. Sublime.
One shot : Mémoires d’un garçon agité
Genre : Emotion
Scénario : Vincent Zabus
Dessins & Couleurs : Valérie Vernay
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213959
Nombre de pages : 144
Prix : 23,95 €
- Oneira L’ère des souverains 1 – Réminiscencepar Laurent Lafourcade
Le temps des épeires est-il révolu ?
« -Nous avons été mandatés pour éradiquer l’engeance du chaos qui se terre dans cette carrière. Vous n’avez pas votre mot à dire là-dedans. Le temps des épeires est révolu, il faut vous y faire.
-Parce que tu penses que c’est un paladin à peine sorti des bourses de son paternel qui peut me dire quoi faire ? »
Arane Heos, traqueuse de cauchemars, épeire et membre du Salice, est de retour à Alba, la capitale du royaume. Elle y arrive avec Venus, sa fille adoptive, qui est à la fois une humaine et un cauchemar. Elle possède de puissants pouvoirs qu’elle ne parvient pas toujours à contrôler. Arane a eu jadis un enfant qu’elle a dû tuer. C’est son douloureux secret. Elle sait que le « Roi d’en bas » est au courant et cherche à savoir comment il l’a appris. Accompagnées du fidèle Bastione, Arane et Venus sont pour l’instant au cœur de la cité. Pendant que Bastione et Venus vont visiter la ville, avec pour seule consigne que personne ne doit savoir qui elle est, Arane rencontre les membres du conseil du Salice, à Meridis, le palais du Saint-Siège, afin de s’expliquer à propos de l’affaire du Cardinal Lemegeton.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Ces dernières semaines, des tensions sont apparues entre les membres de l’Ordre et les épeires, caste spécialisée dans la traque et la neutralisation des cauchemars. Sous l’égide d’Octavian De Villetri, souverain de la Couronne, l’Ordre considère que les épeires ne sont plus nécessaires à la nation, voulant les remplacer par des paladins qui seraient les nouveaux bras armés du pouvoir. Il faut faire vite. Des épeires disparaissent en mission, tuées, non pas par des cauchemars, mais par de la lithomancie. Alors que les membres du Salice alertent Arane du danger qui plane que leur congrégation, voici que débarque dans la salle le fameux souverain Octavian.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Après le préambule Oneira L’enfant cauchemar, voici Oneira L’ère des souverains. Les personnages et l’univers ayant été présentés dans le premier cycle, que l’on pourrait appeler cycle numéro « zéro », les auteurs entrent dans le vif du sujet. Grâce aux pages de préambule, les nouveaux lecteurs n’auront aucune peine à commencer par ce tome. Très bonne idée. La série prend un ton politique. On ne peut s’empêcher de penser à l’ambiance délétère qui règne dans la géopolitique mondiale actuelle où quelques dirigeants font de l’ingérence, parfois même au sein de leur propre pays, de manière dictatoriale. C’est ici Octavian qui joue ce rôle autoritaire. Cab construit savamment son scénario clair et intelligent. Federica di Meo alterne les scènes d’action et de dialogues avec la même minutie. On notera le petit clin d’œil à Masami Kurumada avec le personnage de Lohengrin Porte-Eclat, le protecteur Chevalier du Cygne, semblant tout droit sorti de Saint-Seiya.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Entre complots de cours, jeux de dupes et cauchemars, Arane Heos n’est pas près de profiter de la taverne avec Bastione. Fer de lance du manga Dark Fantasy européen, il ne reste plus à Oneira qu’à s’imposer sur la scène internationale.
Série : Oneira L’ère des souverains
Tome : 1 – Réminiscence
Genre : Dark Fantasy
Scénario : Cab
Dessins : Federica Di Meo
Éditeur : Kana
Collection : Dark Kana
ISBN : 9782505124641
Nombre de pages : 192
Prix : 8,10 €
- Pym et la forêt éternelle 1 – La nuit des hurleurspar Laurent Lafourcade
La chaumière dans la clairière
« -J’aurais tellement voulu chevaucher sur le dos d’Hector comme un chevalier… Elle est bien gentille, Mamie Rose, avec ses contes, mais moi, j’aimerais vivre de vraies aventures ! Si seulement on pouvait traverser cette maudite forêt. Et découvrir le monde. »
Pym vit dans une chaumière au beau milieu d’une clairière. Le jeune homme habite avec Mamie Rose, sa grand-mère. Il rêve de traverser la forêt inextricable qui entoure la maison, pour vivre de vraies aventures. Mamie Rose est une conteuse intarissable, mais le garçon a besoin de plus de réalités. C’est sûr qu’avec Hector, un cheval qui parle et qui se tient sur deux pattes et qui est incapable de se poser sur quatre, ce n’est pas facile de « s’évader ». Un autre animal atypique bavard partage le quotidien du garçon. Il s’agit de Ned, un hibou qui tente vainement de s’envoler. La nuit, de grands cris proviennent de la forêt. Ce sont les hurleurs. Quand dans la journée, Pym et sa grand-mère vont y glaner du bois mort pour le feu, ils ne s’y attardent jamais. La vielle dame a l’étrange impression d’être observée. Le soir, autour de l’âtre, l’aïeule a toujours une histoire à raconter.

© Bouvier, Erkol – Dupuis Pour son premier scénario, Fuat Erkol imagine une histoire qui fleure bon le conte traditionnel. Pym n’a jamais quitté sa masure. Il a le monde à découvrir, avec son innocence, sa candeur et sa curiosité, sa témérité et son impression d’invincibilité. En mettant le lecteur au niveau de Pym, Erkol lui permet de s’identifier et de franchir ce passage, aussi bien physique que moral, avec lui. Ensemble, ils vont vivre la transition de l’adolescence à l’âge adulte, la quête initiatique qu’accomplit tout être qui grandit. Mamie Rose est un personnage plus énigmatique. Quel est son passé ? Qu’a-t-elle vécu ? Pourquoi refuse-t-elle que Pym parte ? Avec Hector et Ned, les animaux tous deux handicapés par leur condition incongrue pour les bestioles qu’ils sont, le scénariste apporte la dose d’humour dont se chargent en général les personnages secondaires.

© Bouvier, Erkol – Dupuis Après avoir travaillé dans l’illustration, Clémentine Bouvier signe elle-aussi son premier album. Elle est nourrie des meilleurs longs métrages d’animation. Un brin de Belle au bois dormant, une pincée de Brisby et le secret de Nimh, une louche de Spirit, l’étalon des plaines. La dessinatrice s’approprie ces influences au fil des planches pour forger son propre style. Quant aux hurleurs, ils sont inspirés du personnage du tableau Le cri, de Munch. Ce n’est pas parce que de nombreux auteurs ont les mêmes qu’il faut se priver de références si fondamentales qu’elles font presque partie d’un imaginaire collectif.

© Bouvier, Erkol – Dupuis La nuit des hurleurs inaugure une nouvelle série moyenâgeuse, signée de deux jeunes auteurs qui sont en train de prendre leurs marques dans une aventure, un conte féérique, modernisant le traditionnel.
Série : Pym et la forêt éternelle
Tome : 1 – La nuit des hurleurs
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Fuat Erkol
Dessins & Couleurs : Clémentine Bouvier
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9791034765782
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Boulevard Tintin – Les amis de Hergé 80 – Automne 2025par Laurent Lafourcade
Les 40 ans des ADH
« -Ah ! Si je pouvais raconter tout ce que j’ai vu !… Mais on ne me croirait pas. »
Planche 5 du Temple du Soleil. A côté de Tintin, le Capitaine Haddock observe le large aux jumelles. « Mille millions de mille milliards de mille sabords ! Le signal de la quarantaine !… » Pour un peu, on se croirait de retour en plein Covid. Pas du tout heureusement. On y apprécie les couleurs à l’aquarelle, certainement réalisés par Guy Dessicy et Frans Jageneau. Les pommettes rosées des personnages mettent en volume leurs visages. Quatre tons de bleus se partagent l’image, du bleu marine du pull du Capitaine au bleu très pâle de la chemise de l’inconnu en passant par le bleu soutenu du tricot de Tintin et le bleu ciel du beau temps. Il n’y a plus qu’à tourner cette couverture pour les traditionnelles soixante pages trimestrielles au cœur de l’univers de Hergé, avec une énorme pointe d’émotion puisque l’exégète Philippe Goddin, éditorialiste habituel, ne tiendra pas ce numéro entre ses mains.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.Jacques Langlois rend hommage au plus grand biographe de Hergé en ouverture. Il précise que l’on pourra encore lire dans les numéros à venir de nombreux articles signés Philippe Goddin, celui-ci ayant eu de l’avance dans ses rédactions. Patrick Vandersleyen, Vincent Baudoux, Jean Lecocq et Jean-Claude Sire rendent à leurs tours hommage à celui sans qui la tintinophilie ne serait peut-être pas ce qu’elle est aujourd’hui. Le cœur de la revue est consacré aux 40 ans des amis de Hergé, anniversaire fêté à Nivelles au mois de Mars dernier. L’immersion permet à ceux n’ayant pas eu la chance d’y aller de vivre l’événement de l’intérieur, avec de nombreuses photos.
Le dossier principal tourne autour du nombre 40. On y parle du quarantième anniversaire de Hergé et du départ de jacobs, des 40 premières années des « échos illustrés » d’Hergé en Suisse. On y parle de pantalon de golf, de Haddock, de Tchang, de la planche 40 des Bijoux, et de la planche 42 de l’Alph’Art, la dernière, 42 ans après la mort de l’auteur. Dans un émouvant dialogue imaginaire, Tintin interviewe son créateur. Enfin, le nouveau secrétaire de l’association Olivier Roche nous allèche en annonçant un livre retraçant l’histoire des ADH.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.D’autres articles complètent la revue. Impossible qu’il n’y en ait pas un consacré à Quick et Flupke. Celui de ce numéro s’attache au langage de l’Agent 15. Jean Lecocq parle du lien entre Jacques Brel et Tintin. Philippe Goddin signe trois articles, le premier consacré à une correspondance entre Hergé et un lecteur wallon à propos du champignon de L’étoile mystérieuse, le deuxième met en parallèle un cartoon de Hergé avec un d’Alain Saint-Ogan, le dernier est sur le senhor Oliveira da Figueira. Les rubriques traditionnelles bouclent le numéro : de bonnes questions et leurs réponses, les infos de La Dépêche et les 7 scoops de Walter Rizotto.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.Pour adhérer aux Amis de Hergé, il suffit de se rendre sur le site lesamisdeherge.com : https://lesamisdeherge.com/lassociation/inscription/ La passionnante revue de l’association le prouve depuis déjà 80 numéros : Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Les amis de Hergé
Tome : 80 – Automne 2025
Genre : Revue d’étude
Rédacteur en chef : Philippe Goddin
Éditeur : Les amis de Hergé a.s.b.l.
Nombre de pages : 60
Prix : 25 €
ISSN : 0773-6703
- Popeye – 2 – Sundays 1933-1938par Laurent Lafourcade
Les muscles de la famille
« -Popeye, j’viens t’causer d’un truc. Si on r’père l’île au magot, y’a moyen d’se marrer un bon coup ! Y’aura du grabuge et d’l’aventure, c’est sûr ! Y s’peut qu’on y laisse not’peau, ou qu’on r’vienne les poches pleines d’or. L’or des pirates ! Des rubis et des perles grosses comme des œufs.
-J’en ai ma claque de c’boui-boui. J’sens la mer qui m’arpelle, et j’aime le danger ! Allez, on lève l’ancre. »
Olive est affolée. Popeye, son amoureux, est en train de se battre en plein milieu du restaurant. Elle envoie Wimpy chercher la police avant qu’ils s’entretuent. Peine perdue, le marin s’amusait avec son vieux pote Bill Barnacle, alias Salty, frangin de l’ancien club des gens d’mer qu’il n’avait pas vu depuis vingt ans. Le loup de mer est venu causer d’un truc à Popeye : l’île au magot. S’ils la retrouvent, y’a moyen de revenir les poches pleines d’or et de se marrer un bon coup avec du grabuge et de l’aventure. Mais ils peuvent aussi y laisser leur peau. Il n’en fallait pas plus pour que Popeye ressente l’appel de la mer. L’or des pirates n’attend que lui. Allez, il est temps de lever l’ancre, comme à la belle époque où les bateaux étaient en bois et les hommes en fer.

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© FuturopolisCette seconde salve des planches dominicales de Popeye signées de son créateur Elzie Crisler Segar commence par une grande aventure de 32 planches. Humour, mystère, monstre et action sont au générique de ce périple dans lequel Olive et Wimpy vont accompagner le marin à la pipe, dans un vrai voyage sur l’océan, une fois n’est pas coutume. Que va faire Popeye de la fortune qu’il va ramener ? Vous le découvrirez par la suite. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il lui faudra trouver une nouvelle source de revenus. Première étape, défier Kid Nitro sur le ring. Le cogneur le plus féroce de toute l’Amérique va-t-il réduire notre musclé des avant-bras en bouillie ?

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© FuturopolisApparu dans les strips quotidiens en juillet 1933, Mimosa, le bébé abandonné à Popeye, ne débarque dans les planches dominicales qu’en octobre 1934. Popeye l’avait confié à une dame, mais le nourrisson lui manque. Popeye l’embarque. On le retrouve épisodiquement et il l’accompagne dans une ruée vers l’or. Arrivée d’un autre personnage mythique quatre mois après son apparition dans les strips. En août 1936, le public dominical découvre Eugène le Jeep, un animal qui a traversé la barrière dimensionnelle. Il peut prédire l’avenir, répondre par oui ou non et dit toujours la vérité. C’est l’oncle d’Olive qui lui a envoyé d’Afrique. La bestiole jaune sera source d’inspiration de Franquin pour le Marsupilami. Le 2 octobre 1938, Segar publie sa dernière planche hebdomadaire avant de décéder quelques jours plus tard d’une leucémie, à seulement 44 ans. On y retrouve Olive en colère contre le pôpa de Popeye, qui aime bien se déguiser en son fils pour lui faire la cour.

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© FuturopolisEn deux volumes, les éditions Futuropolis ont réalisé un travail patrimonial d’exception en publiant l’intégralité des planches du dimanche de Popeye the sailor man signées par le créateur du personnage. Espérons que le voyage se poursuive avec les pages de ses successeurs.
https://www.youtube.com/watch?v=6fJdNq5W8kw
Série : Popeye
Tome : 2 – Sundays 1933-1938
Genre : Humour
Scénario & Dessins : Elzie Crisler Segar
Traduction : Sidonie Van Den Dries
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754848787
Nombre de pages : 256
Prix : 34 €
- Opération Moon Firepar Laurent Lafourcade
Complots spatiaux
« -Wouah !!!
-C’est quoi ça ?! Vite ! Ils sont dans le bois !
-Euh… T’es sûre ?
-T’as la trouille ?
-Bien sûr que non.
-Allez… Active !
-Attends-moi ! On devrait peut-être aller chercher de l’aide.
-Chuuut !
-Ben merde.
-Ils existent donc pour de vrai… »
Septembre 1962, Université Rice, à Houston, au Texas, le président JFK annonce le développement d’un programme spatial pour aller sur la lune. Novembre 1963, au Texas, un jeune couple d’amoureux, Charlene et Dave, flirte dans la campagne lorsqu’ils aperçoivent une soucoupe volante qui atterrit dans le bois à proximité. Planqués dans les fourrés, ils assistent au débarquement d’ET en scaphandres qui rencontrent un groupe d’humains à qui ils remettent un étrange pistolet. C’est un désintégrateur : un prisonnier attaché à un arbre en fait les frais. Terrorisé, le couple prend ses jambes à son cou. Le lendemain, Dave se demande si ce qu’il a vu était bel et bien réel ou s’ils étaient sous l’influence de l’herbe et de l’alcool. Charlene, elle, est convaincue de ne pas avoir rêvé. La nuit suivante, Dave retourne seul sur les lieux et manque de se faire enlever par les martiens.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle Avec Vince, quarterback prometteur du championnat et accessoirement frère de Dave, les amoureux vont mener leur enquête en infiltrant une petite communauté défendant les « vraies valeurs américaines ». Parallèlement, Dave fait venir sur les lieux de l’atterrissage de la soucoupe des copains ufologues persuadés qu’une invasion massive est en préparation. Plus tard, lors d’une expérience chamanique, Dave aperçoit les aliens assassinant des humains sous les encouragements du plus célèbre Führer en fauteuil roulant. Qu’est-ce que les nazis viennent faire là-dedans ? Il est possible qu’il y ait un lien entre eux les martiens. En effet, après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des scientifiques du Troisième Reich ont été recrutés par la NASA en échange de leur liberté.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle S’il y a bien un scénariste qui surprend et se remet en question d’album en album, c’est bien Xavier Bétaucourt. Il a traité un faits divers sociétal avec Ils ont tué Léo Frank. Il a donné une autre vision des patients en hôpitaux psychiatriques avec Les âmes fendues. Aujourd’hui, il raille le complotisme américain dans une comédie dramatique de la veine de Mars attacks ! Opération Moon Fire revisite l’invasion extra-terrestre en menant sur de fausses pistes. Il prend le lecteur à contre-sens, le mettant face à ses responsabilités quant aux faux-semblants. Sous les couleurs pulp de Paul Bona, Olivier Perret clarifie son trait et s’éclate dans des scènes totalement foutraques. Seul le visage photographique de Kennedy témoigne d’un ancrage historique.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle L’Histoire américaine est tellement pleine de mystères, de secrets et de non-dits que certains complotistes pourraient penser que le point de vue d’Opération Moon Fire n’est pas si improbable que ça. On aurait presqu’envie de douter. Divertir ou faire diversion ? A quoi jouez-vous, messieurs Bétaucourt et Perret ? Les deux, mon général ! Pari gagné.
One shot : Opération Moon Fire
Genre : Complotisme
Scénario : Xavier Bétaucourt
Dessins : Olivier Perret
Couleurs : Paul Bona
Éditeur : Jungle
Collection : RamDam
ISBN : 9782822241670
Nombre de pages : 112
Prix : 22,95 €
- Mon Cervinpar Laurent Lafourcade
Rester vivant
« -Bonjour Papa. J’ai trouvé ta lettre. Ton testament. J’ai pris connaissance de tes dernières volontés. Je ne peux pas accomplir ton souhait. Tes cendres, on les a déjà dispersées ici. Et le Cervin, c’est un monstre, une montagne inaccessible pour moi. Un sommet réservé aux spécialistes de la grimpe, ke te le rappelle. J’ n’ai jamais fait d’escalade. Je sais ce que cette montagne représente à tes yeux. Mais c’est impossible. Tu ne m’en veux pas, j’espère ? »
Suisse, Juillet 1871, accompagnée de six grimpeurs, une femme vient de parvenir au sommet du Cervin. Vêtue de sa longue et encombrante jupe, Lucy Walker a réalisé un exploit. Elle est la première femme à le réaliser. En descendant, la troupe rencontre un berger à qui Lucy demande un peu d’eau. Elle croît reconnaître en lui Francis Douglas, l’un des premiers vainqueurs du Cervin, disparu six ans plus tôt. Il nie, prétendant s’appeler Hermann Krubel. Il ment. Elle le sait et le lui dit en aparté. Il va lui avouer son secret.
Sallanches, 2023, un modeste dessinateur de BD, pas alpiniste, pas même sportif, tente à son tour de gravir le sommet des dieux, le Cervin, la montagne de son père. Comment en est-il arrivé là ? Qu’est-ce qui l’a poussé à relever ce défi ?

© Roels – Kalopsia Ben est un raconteur d’histoires, un type qui ne voyage que dans sa tête, dans les livres qu’il lit et dans ses dessins. Il vit depuis quatre mois avec Marion et vient de perdre son père. Ce n’est qu’après l’incinération et la dispersion de ses cendres que Ben, en vidant sa maison, découvre une lettre de son paternel demandant à ce que ses restes soient dispersées au sommet du Mont Cervin à Zermatt par son fils Ben, une montagne qu’il a tenté de gravir sans y parvenir. Alors qu’il est en train de réaliser une BD sur l’histoire du Cervin, sur Lucy Walker et autres courageux, alors qu’il n’a jamais fait d’escalade et que les cendres de son père ont déjà été disséminées, Ben décide d’honorer sa mémoire : il grimpera au sommet et y dispersera les cendres de la lettre sur laquelle son père a écrit ses dernières volontés.

© Roels – Kalopsia Mais quel plaisir de retrouver Benoit Roels, neuf ans après son album précédent, Quipou. Sur le devant de la scène dans les années 90 et 2000 avec des séries comme Oknam, Bleu lézard ou Les mystères d’Osiris, il poursuit plus discrètement sa carrière à côté de son métier de professeur de dessin. Mon Cervin est incontestablement son album le plus personnel. Il romance légèrement son histoire personnelle (le vrai du faux est démêlé en postface) pour rendre le plus bel et plus émouvant hommage à son père, mêlant son aventure avec l’Histoire avec un grand H du mont Cervin. Les visages de ses personnages portent les stigmates de leurs passés ou de leurs secrets. Et que dire des paysages : tout simplement somptueux. Roels met le lecteur en immersion. On gravit la roche avec lui, on souffre avec lui, on sent le caillou qui gêne dans la chaussure. Le plus étonnant, c’est qu’après avoir refermé l’album, on est convaincu d’être monté jusqu’au sommet nous aussi.

© Roels – Kalopsia Mont Cervin, Mon Cervin, avec ou sans « t », le sommet est définitivement celui de Benoit Roels qui lui offre une belle et sensible vitrine. L’émotion est au rendez-vous. C’est beau, tout simplement.
One shot : Mon Cervin
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Benoit Roels
Éditeur : Kalopsia
ISBN : 9782931205266
Nombre de pages : 80
Prix : 17,95 €
- The strange house 2par Laurent Lafourcade
Famille composée
« -Si vous cherchez les Katabuchi, ils ont déménagé. Etes-vous un ami à eux ?
-Les… Les Katabuchi ?
-Oui, la famille qui habitait cette maison.
-Katabuchi… C’est le nom de famille des gens qui habitaient ici.
-Vous ne les connaissez pas ? Que venez-vous faire ici alors ? »
Deux maisons, des plans étranges. Dans l’une d’elles, en vente, une pièce centrale à l’étage est cachée à toutes vues extérieures. Dans l’autre, une pièce triangulaire a été ajoutée. Dans les deux bâtisses, la même famille, les Katabuchi, a habité, un couple avec un enfant en bas âge. Ça, c’est ce que pensaient Yanaoka, auteur web spécialisé dans l’horreur et les phénomènes paranormaux, ainsi que Kurihara, architecte et grand amateur de romans policiers. En se rendant à Tokyo pour voir la maison qui est en vente, Yanaoka est accosté par une voisine. Au fil de la discussion, elle lui apprend qu’une nuit son mari a aperçu à la fenêtre un enfant qu’il n’avait jamais vu, un jeune garçon au teint pâle d’âge fin d’école primaire. Le lendemain, la curieuse voisine en avait parlé à M.Katabuchi qui a prétendu qu’aucun enfant n’était venu chez eux.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Le mystère s’épaissit. Alors que Kurihara échafaude des hypothèses sur ce qui a pu se passer dans chacune des maisons, en fonction des plans et en fonction de ce « nouvel » enfant, Yanaoka a rendez-vous avec Yuzuki Miyae, dont le mari aurait été assassiné dans la maison située à Saitama. Quand il va découvrir que Kyôchi Miyae n’a jamais été marié, Yanaoka va réaliser que celle qu’il a en face de lui n’est pas qui elle prétend être. Pourquoi s’est-elle rapprochée de lui ? Quel est son lien avec la maison ? Les secrets familiaux s’ajoutent aux secrets architecturaux. Les uns comme les autres ne vont pas être simples à percer.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Après l’uppercut du premier tome de The Strange House, Uketsu et Kyo Ayano confirment la puissance de leur série. Avec très peu de personnages et deux lieux d’action définis par des plans précis, les auteurs nous enferment dans une histoire à la puissance addictive hors du commun. Le personnage de Kurihara est particulièrement incroyable. Il parle avec conviction de ses certitudes, tellement dans son monde qu’il répond dans une scène improbable aux questions de deux gamines curieuses ayant surpris la conversation. Graphiquement, les personnages sont classiques et passe-partout, car il n’y a pas de héros « humain » ici, les héroïnes sont les maisons.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Phénomène de société développé sur YouTube au Japon, The Strange House est en train de conquérir le monde. Evénementiel.
Série : The strange house
Tome : 2
Genre : Thriller
Scénario : Uketsu
Dessins : Kyo Ayano
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505129035
Nombre de pages : 178
Prix : 7,90 €
- Knight Club 1par Laurent Lafourcade
Les 7 mercenaires
« -Recherche gardien de troupeaux de chèvres, filature adultère, abattage bois,… C’est tout ce qu’il y a en ce moment ?
-Les temps sont calmes.
-Des chèvres, des cocus… Ah ! Elles sont belles, les quêtes d’un mercenaire à Jérusalem ! Où sont les assassinats ? Les escortes de gabelle ? Les attaques de caravane ? Il y a même « animation anniversaire » ! Je vais partir vers les terres du grand khan bulgare, voir si les missions y sont plus en adéquation avec mes talents de bretteur. »
Royaume de Jérusalem, été 1881, dans une zone aride, Séraphine, une jeune femme, mène seule une caravane composée d’un âne et de cinq chameaux lorsqu’elle croise la route d’un groupe de Franjs, des templiers, qui lui demandent une taxe de passage. Elle n’en a pas l’intention. Elle s’en retourne vendre des armures à Saladin. Les soldats transportent un prisonnier. Avec son astuce et son bagout, la forgeronne parvient à faire essayer une armure au captif qui réussit à s’évader et à décimer les hommes en armes. Il s’appelle Yussef, il doit la liberté à sa sauveuse. Il sera le premier des mercenaires qu’elle va recruter pour défendre son village contre les croisés. Mais il en faudrait d’autres. Il connaît un repaire de chevaliers errants à Jérusalem en plein chez les franjs. Ça vaudrait le coup d’aller recruter là-bas. Séraphine pourra toujours les payer en armes et en armures.

© de Pins – Dupuis Afin de motiver et tester les bonnes volontés, Yussef et Séraphine vont mettre en place une petite stratégie. Il va faire mine de l’importuner pour attirer et tester des combattants. Un colosse roux, une nonne archère, un bellâtre un brin exhibitionniste et un chevalier français à la lance pas de première jeunesse vont être les premières recrues, rapidement rejoints par une bûcheronne walkyrie et un guerrier tatar. Séraphine va conduire sa troupe de sept mercenaires vers son village pour le défendre. Ça ne va pas être simple : il est niché au fond d’une vallée, faisant une cible idéale pour tous les assaillants.

© de Pins – Dupuis Après le phénomène Zombillenium, Arthur de Pins revient avec un diptyque belliqueux non dénué de second degré. Hommage aux 7 samouraïs d’Akira Kurosawa tout autant qu’à son remake américain Les 7 mercenaires de John Sturges, ainsi qu’à la troupe accompagnant le Baron de Münchausen, de Pins créé son groupe de parias, en réunissant sept personnages qui n’ont rien en commun, qui n’ont pas vraiment grand-chose à gagner dans l’entreprise que de satisfaire leur honneur et leur ego. Ils ont en fait tous quelque chose d’altruiste. Beaucoup d’action, l’auteur la joue Tarantino. Entendez par là que ça tranche à la Kill Bill. On est presque dans une comédie dramatique. De Pins ne néglige pas le contexte historique, plaçant précisément l’action lors de la deuxième croisade, avec la prise de Jérusalem par Saladin.

© de Pins – Dupuis Knight Club est un blockbuster BD, du grand cinéma populaire comme sait le faire Hollywood sauf que là c’est en BD, et c’est incroyablement bien foutu.
Série : Knight Club
Tome : 1
Genre : Aventure
Scénario, Dessins & Couleurs : Arthur de Pins
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808511605
Nombre de pages : 192
Prix : 23,50 €
- Le mystère de la femme du tableaupar Laurent Lafourcade
Plus énigmatique que la Joconde
« -Je suis un peintre amateur. Je ne signe jamais mes tableaux. »
Dans un paisible coin de campagne, installé sur le bord d’un cours d’eau près d’un pont, un peintre représente sur une toile le paysage qui s’offre à lui. Cet artiste est un peintre du dimanche, avec toute la noblesse due à cette expression, parce qu’il ne peint que le dimanche. Coiffé de son canotier, le poète du dessin laisse aller ses pinceaux sur sa toile, les trempant dans les huiles disposées sur sa palette en autant de taches de couleurs qu’il possède de tons. Il peint aussi bien des paysages que des maisons, des chapelles ou des coins de rues. Il se définit lui-même comme un peintre amateur. De ce fait, il ne signe jamais ses tableaux.

© Heitz – Casterman L’homme dépense tout l’argent de sa maigre retraite dans sa passion, si bien, qu’un jour, ruiné, il ne peut plus payer son loyer. Expulsé par son propriétaire, il décide de rendre ses peintures à leurs modèles et, de nuit, part les déposer là où il les avait peintes. Alors que l’entreprise est totalement philanthropique, cela va lui causer quelques ennuis. Sur une toile représentant une jolie maison, il avait peint une femme à la fenêtre sur son balcon. Or, cette dame a aujourd’hui disparu. Il serait le dernier à l’avoir vue, un dimanche évidemment. Accusé d’être impliqué dans la disparition, notre peintre est jeté en prison. Comment va-t-il se tirer de ce bien mauvais pas ?

© Heitz – Casterman Bruno Heitz est de retour avec un charmant petit album tous publics, un mystère hommage à l’art, et en particulier à tous les peintres de bord de Seine qui ont fait les beaux-jours de l’impressionnisme entre Chatou et Bougival, avec Monet, Renoir, Pissarro et bien d’autres, ou les belles heures de l’école de Barbizon dans la lignée de Corot. Dans un graphisme proche d’un certain art naïf, Bruno Heitz emmène les lecteurs dans une enquête qui se transformera en histoire d’amour, car l’amour pour la peinture, l’amour pour l’art, invite à tous les amours. A part lorsqu’il y a des tableaux, Heitz se contente d’une seule image par case, quand ce n’est pas une image par double-page. Les phrases simples et courtes font de l’album un merveilleux medium pour les primo-lecteurs dès le CP.

© Heitz – Casterman Le mystère de la femme du tableau est une ode à la peinture et à l’altruisme qui donne envie de distribuer du bonheur autour de soi. Coupez les informations et lisez des livres comme celui-ci, que vous ayez 7, 18, 50 ou 86 ans. Salvateur.
One shot : Le mystère de la femme du tableau
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Bruno Heitz
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203302648
Nombre de pages : 48
Prix : 12,95 €
- Dans le studio Ghibli Travailler en s’amusantpar Laurent Lafourcade
Team Miyazaki
« Voilà tout juste trente ans que je suis entré dans le monde de l’animation, avec la création du mensuel Animage, et plus de vingt ans que le studio Ghibli existe. Alors, dans tout ça, quels sont les souvenirs importants pour moi, ceux que j’ai intégrés sans le savoir ? Je vais vous les raconter tels qu’ils me reviennent. Mon récit passera souvent d’un sujet à l’autre, d’une époque à l’autre ; pardonnez-moi. Car, bien souvent, « J’y repense tout à coup ». Je ne sais pas si vous trouverez cela intéressant ou si cela vous sera utile. Tout ce que j’espère, c’est que chaque lecteur s’appropriera ce récit à sa façon. »(Toshio Suzuki)
En 1972, Toshio Suzukientre chez Tokuma Shoten, tout d’abord pour travailler sur la revue hebdomadaire Asahi Geinô. Dès l’année suivante, il fait la connaissance d’Osamu Tezuka, Shôtarô Ishinomori ou encore George Akiyama. Il participe ensuite à la création d’Animage. Malgré sa charge de travail, il accepte de s’en occuper. Cahier des charges : faire un magazine luxueux pour enfants intelligents. Tiré à 70 000 exemplaires, le premier numéro a été épuisé en trois jours. Une des lignes éditoriales consistant à interviewer dessinateurs et scénaristes, Suzuki n’allait pas tarder à croiser les routes d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Après une première rencontre avortée, c’est en 1979 que Suzuki et Miyazaki vont se voir pour la première fois, à l’occasion du travail de ce dernier sur Le château de Cagliostro.

© 2014 by Toshio Suzuki
© Kana 2025En 1981, Toshio Suzukidécide de se lancer dans le cinéma en présentant un premier projet, une histoire de cape et d’épée. Refusé !… Parce que ce n’était pas basé sur une œuvre originale ! Quand Miyazaki apprend cela, il lance : « Bon, eh bien, je pourrais dessiner l’œuvre originale ! » Incroyable ! Nausicaä de la vallée du vent commence ainsi comme ça dans Animage en février 1982. C’est grâce à ça que l’anime verra ensuite le jour, en 1984, un an avant la création du fameux studio Ghibli, du nom du vent chaud qui souffle dans le désert du Sahara. Le premier film produit par le studio sera Le château dans le ciel, en 1986. Suivront les mythiques Mon voisin Totoro, Le tombeau des lucioles et Kiki la petite sorcière.

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© Kana 2025Au fil des années, les projets se multiplient et les succès s’enchaînent. Le voyage de Chihiro est un succès international, remportant même un Oscar. Une des particularités de la façon de travailler de Miyazaki, éprouvée sur Porco Rosso, est qu’il commence la phase dessin des films avant que le story-board ne soit terminé, sans la fin de l’histoire. A partir de Princesse Mononoke, le principe est démocratisé, faisant de chaque réalisation de film un voyage agité, avec risque de naufrage, dans un stress émulatif, comme si tout le monde dévalait une pente ensemble. Suzuki raconte de multiples anecdotes, nous faisant ainsi participer à la réalisation de chacun des animes qui ont fait la gloire du Studio. Il revient aussi sur la carrière de Yasuyoshi Tokuma, PDG de Tokuma Shoten, et raconte comment les studios Disney se sont inspirés de Miyazaki.

© 2014 by Toshio Suzuki
© Kana 2025En immersion au cœur du studio Ghibli, de sa création jusqu’en 2014, Toshio Suzukifait partager le quotidien passionnant d’un producteur qui a fait « ce qu’il aimait comme il aimait ». Comme si on y était.
Titre : Dans le studio Ghibli Travailler en s’amusant
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Toshio Suzuki
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505128649
Nombre de pages : 266
Prix : 13,25 €
- Jess Long – Intégrale 1par Laurent Lafourcade
FBI : Fabuleuse Bonne Idée
« -Tu m’as fait demander, Jess ?
-Oui, Slim. Rendez-vous chez le patron dans dix minutes ! »
Dans les bureaux du FBI, l’inspecteur Jess Long et son acolyte Slim Sullivan sont convoqué par leur patron. Il y a des fuites dans la firme qui fabrique la nouvelle capsule spatiale. Un type a été arrêté alors qu’il allait s’envoler pour l’Europe avec sur lui une partie de la formule du nouvel échangeur d’air de la capsule. L’homme est un passeur qui ne savait même pas ce qu’il transportait. Mis sur l’affaire, les enquêteurs vont rapidement apprendre qu’il y a là-dessous une histoire de chantage par kidnapping. C’est avec cette histoire datant de 1969 que va commencer la longue carrière de Jess Long, dans le journal Spirou et aux éditions Dupuis. Trente ans après l’arrêt de la série, les éditions Ad Hoc entament un prestigieux travail de réhabilitation d’une série mythique dans une intégrale qui contera cinq volumes.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Le premier et présent tome couvre les années de 1969 à 1973. Les histoires sont présentées dans l’ordre chronologique de leurs créations, contrairement à la publication tardive que la série connue en albums qui ne commença que sept ans après sa naissance. Après avoir sauvé une fillette des griffes de maîtres-chanteurs, Jess Long va affronter des trafiquants d’êtres humains, résoudre une affaire de menaces de mort dans le milieu de la boxe, rattraper des évadés, frôler le surnaturel avec des pseudo-fantômes, combattre la pègre internationale et des masques de mort, avant de boucler la boucle avec une nouvelle affaire de rapt.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Arthur Piroton a un trait on ne peut plus académique. D’apparence froide et distante, il sert à merveille les enquêtes du FBI dans une Amérique déjà gangrénée par le crime. Maurice Tillieux reste dans un ton réaliste et factuel. Il ne peut pas s’empêcher d’ajouter quelques petites touches d’humour, mais avec beaucoup de parcimonie. Alors que Gil Jourdan était très marqué aventure humoristique franco-belge, Jess Long est plus proche des détectives du petit écran comme Mannix ou plus tard Kojak et les flics des Rues de San Francisco.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Dans un abondant dossier introductif, Christian Jasmes retrace les débuts des carrières de Tillieux et Piroton. Il raconte comment a été créé le personnage et comment s’est développée la complicité entre les deux auteurs. Il recontextualise chacun des récits qui composent ce premier tome, en détaillant les sources de leurs créations. Tout simplement passionnant.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc L’esprit de Columbo, l’action de Starsky et Hutch : la quatrième de couverture définit parfaitement l’esprit Jess Long. La classe du héros aura marqué son époque. Indéniablement, il fait partie de la grande histoire de la bande-dessinée franco-belge. Les éditions Ad Hoc lui redonnent une place patrimoniale qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Série : Jess Long
Tome : Intégrale 1
Genre : Polar
Scénario : Maurice Tillieux
Dessins : Arthur Piroton
Dossier introductif : Christian Jasmes
Éditeur : Ad Hoc
ISBN : 9782960354539
Nombre de pages : 224
Prix : 45 €
- Seuls 16 – La prisonnière d’Antésalempar Laurent Lafourcade
Risk tout
« -…Comment vous avez fait au juste ?
-Ils ont ouvert un portail pour venir ici, dès qu’on les a contactés avec le limbophone… En vrai, l’invention de Terry est assez incroyable !
-Et maintenant, c’est quoi la suite ?
-Edwige leur raconte ce qu’on a vécu avec l’enfant-miroir, le temps qu’ils se reposent, après on verra !
-Après, tu vas repartir avec eux pour libérer Jezabel. De ce qu’elle t’a dit, elle pourrait t’aider à stopper la guerre, pas vrai ? »
Dodji, Leïla, Terry, Yvan et Camille sont revenus de l’île au bord du monde. Ils doivent rester sur le qui-vive, leur camp étant sans cesse attaqué par les protecteurs envoyés par Saul. Avec Achille et Melchior, Dodji part pour les ruines de l’ancienne Néosalem afin de retrouver Jezabel. Ses compagnons de voyage lui en diront-ils plus sur la dernière guerre des limbes ? C’est à Néosalem qu’ils ont tenté d’arrêter la précédente guerre et de stopper Aldéric, alors que Jezabel pensait que ça ne résoudrait rien. C’est pour cela qu’elle a été retranchée des limbes par l’archange. Dodji et ses camarades parviendront-ils à l’extraire de là ou seront-ils eux aussi coupés des limbes ?

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres Pendant ce temps, Saul, l’imperator, et ses troupes ne restent pas inactifs. Ils incarnent une certaine façon de voir le monde, autoritaire et dominatrice. Saul a ordonné hier soir à ses Séraphins, une milice d’enfants-soldats d’une fidélité absolue prêts à se sacrifier pour lui, d’entamer ce qui sera la toute dernière guerre des limbes. Le fou de guerre lance des opérations sans aviser ses lieutenants qu’il juge incompétents. C’est à cause de leurs erreurs que la huitième famille a pu s’organiser et que les terres basses ont progressé. Saul lance donc une attaque sur tous les fronts avec une puissance encore inégalée. C’est maintenant que commence l’hyperguerre.

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres Troisième tome du quatrième cycle de Seuls, cet épisode met en scène de nombreux groupes de personnages. Même avec la salutaire page de résumé en préambule, il faut avouer que l’histoire est devenue tellement complexe qu’il est très facile de se perdre. Le lecteur doit rester extrêmement concentré pour comprendre ce qu’il se passe d’une dimension à l’autre. Il y a de nombreux passages explicatifs faisant appel aux souvenirs et à l’imagination. L’histoire prépare la grande guerre de fin de cycle qui s’annonce pour le prochain tome. Espérons que le prochain arc qui devrait être le dernier soit plus fluide. Ça n’enlève en rien le plaisir de retrouver ces personnages que l’on accompagne dans leur mort depuis si longtemps.

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres La mort n’est pas définitive, ou tout du moins n’est pas une étape ultime. C’est la leçon que l’on peut tirer de Seuls. Gazzotti et Vehlmann nous entraînent dans un univers hallucinant et haletant, pour ne plus jamais et toujours… se sentir « seuls ».
Série : Seuls
Tome : 16 – La prisonnière d’Antésalem
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessins : Bruno Gazzotti
Couleurs : Usagi
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782810206162
Nombre de pages : 48
Prix : 13,50 €
- Les profs refont l’Histoire 4par Laurent Lafourcade
Toute la vérité en fanfaronnades
« -Je peux savoir ce que tu fais là ?
-Ben, je raconte…
-Dis-moi, Pisson, comment ça s’appelle ? « Les profs refont la SVT » ?
-Je sais, c’est « Les profs refont l’Histoire », mais pour une fois, on pourrait faire une exception…
-Non ! Pour refaire l’Histoire, il faut un prof d’Histoire. »
Il n’est pas gonflé, Pisson, le prof de SVT. Il tente de voler la vedette à Polochon, notre prof d’Histoire préféré. Ce dernier ne tarde pas à remettre les pendules à l’heure et à reprendre les rênes de la vérité historique. On va apprendre que les ancêtres des enseignants du lycée Fanfaron ont traversé les époques et étaient présents lors de nombreux événements. Ils ont côtoyé de multiples personnalités qui ont laissé leurs noms dans les dictionnaires et les manuels scolaires. Le voyage dans le temps nous embarque dans huit périodes de l’humanité et, parfois, remet certaines connaissances en place.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo On commence dans la mythique forêt de Brocéliande, où vivait le célèbre alchimiste Alberlin. A la base, il voulait être troubadour, Alberlin le chanteur, mais s’est redirigé vers l’alchimie en préparant des potions en tous genres, transmettant son savoir de cités en cités. C’est quand il va avoir besoin de mobilier que l’on découvrira l’origine de la disposition des salles de classe, et comment le Roi Arthur s’est retrouvé avec une table qui ne lui était pas destinée. En 1783, dans les jardins du château de Versailles, on apprend que les frères Mongolfier n’étaient pas deux, mais seize dans la fratrie, dont une bonne partie était férue de savoir. Mais pourquoi ces derniers ont-ils disparu des tablettes ? Saviez-vous que le paperboard, le canapé, le photocopieur et la grève, bref, tout ce qui occupe la salle des profs, a une origine bien définie ? Tout cela n’aura plus de secret pour vous.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo Après un détour en Californie en 1810 sous le masque de Zerro, puis un autre cent ans plus tard en Arctique avec l’explorateur Robert Peary cherchant le pôle Nord, rendez-vous à Southampton en avril 1912. On l’a deviné, nous allons monter sur le Titanic pour un voyage inaugural vers New-York qui n’atteindra jamais son but. On va se geler encore plus que le point d’indice. Les copies, et les profs, feront-ils partie des rescapés ? L’avenir de Boulard le dira. On termine avec deux histoires qui démêlent le vrai du faux. L’une dévoile le mystère du monstre du Loch Ness. L’autre raconte la vérité sur les photos des premiers pas de l’homme sur la lune.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo Ce quatrième tome des Profs refont l’Histoire tient toutes ses promesses. Le trait de Pica commence à retrouver de sa souplesse. Le dessinateur est minutieux. Aucun détail n’est négligé. Ça mériterait une édition noir et blanc grand format pour en profiter au maximum. Sti tord et distord l’Histoire. C’est comme ça qu’on va retenir des choses. Apprendre en s’amusant. Et si on faisait comme ça à l’école ?
Série : Les profs refont l’Histoire
Tome : 4
Genre : Humour
Scénario : Sti
Dessins : Pica
Couleurs : Jacqueline Guénard
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041113866
Nombre de pages : 48
Prix : 11,90 €
- Le petit théâtre des opérations présente Les guerres napoléoniennes 2par Laurent Lafourcade
Napoléon et les originaux
« -Rah, quel temps ! Vous voyez quelque chose ?
-Hmmm… Du blanc, principalement.
-Rah, comment voulez-vous mener une bataille dans des conditions pareilles ! Si on ne peut plus faire la guerre en paix, où va-t-on ? »
Mars 1800, au large d’Ouessant, le corsaire Jean-Marie Cochet est capturé par un navire anglais. Les britanniques ne se doutaient pas que le syndicaliste allait retourner le cerveau de l’équipage et déclencher une mutinerie. Se saisir de Napoléon lui-même aurait été moins dangereux. Quelques années plus tard, en 1806, on retrouve ce dernier sur le front prussien. Tout semble en bonne voie mais l’ennemi prépare une contre-attaque. Entre les différents angles d’assaut, qui aura le plus fait plier l’ennemi ? Bernadotte va en tous cas briller par sa lâcheté. C’est le roi des sales coups. Autre sale coup mais coup de folie que celui de Claude-François de Malet qui va faire croire que Napoléon est mort en Russie. Quand on pense que s’il avait réussi, ce dernier aurait peut-être gouverné la France… « La France gouvernée par des fous qui nomment Ministre n’importe qui, Impossible, vous dites ? Ne dites pas ça, soldat. J’ai l’impression que vous allez nous porter la poisse. » s’exclame Napoléon.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial Les hussards font un petit tour en Espagne en 1809, pour sécuriser les routes farcies de bandits. Les troupes anglaises du général Wellington venues envahir le pays ne réalisent pas à qui ils vont se frotter. Retour en Prusse en 1807 pour un affrontement incroyable avec une charge de 12000 cavaliers dirigés par Murat, avant de revenir en Espagne où Agustina de Aragon fait figure de Jeanne d’Arc locale combattant les français. Histoire de rocher au large de la Martinique. Les anglais s’en emparent en 1804 et en font…un navire de guerre ! Et on termine par le départ de Gaspard Monge, scientifique et ancien ministre, partant en expédition en Egypte et qui aime bien la baston.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial Au milieu de ces histoires toutes véridiques (c’est le principe de la collection), le scénariste historien Julien Hervieux glisse des anecdotes cocasses. Masséna invente la dérobade sur popotin pour descendre une pente impraticable. Daumesnil montre son cul pour récupérer des boulets. Le petit tambour d’Arcole met tout seul en déroute les troupes autrichiennes. Napoléon organise un trafic de faux-billets en roubles. On découvre d’où vient l’expression avoir les dents du bonheur. Et c’est justifié. Vincent Malgras fait le stroyboard qui sert de base au dessin de Camille Prieur, dans un réalisme qui laisse place à la comédie, mettant ainsi l’accent sur l’incongruité de certaines situations.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial La période napoléonienne est si riche, mais on ne se doutait pas qu’elle était emplie de tant de cocasseries. Certaines situations semblent si improbables. Et pourtant, tout est vrai ! Instructif et drôle.
Série : Le petit théâtre des opérations présente
Tome : Les guerres napoléoniennes 2
Genre : Humour historique
Scénario : Julien Hervieux
Dessins & Couleurs : Camille Prieur & Vincent Malgras
Aplats : Marie Fasquelle
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208254
Nombre de pages : 56
Prix : 15,90 €
- Trois touches de noir 2 – Au Sud, l’agoniepar Laurent Lafourcade
Racisme primaire
« -Ah, Zacharie ! Je crois que ma fille t’a prêté trop de livres ! Les blancs ont la haine des noirs ; alors les noirs éduqués…
-Merci, m’sieur Jordan.
-Merci ?
-De ne pas avoir dit « nègre ».
-Autres temps, autres mœurs, Zacharie. Les mots sont parfois à la démesure de la haine de ceux qui les prononcent. »
Géorgie, 1926, à Savannah. Leer, un pasteur blanc, baptise une jeune femme dans la rivière, pour l’engager envers Dieu avec une conscience pure. Lorsque Zacharie, un métis, lui demande d’octroyer le sacrement à un bébé noir dont le père a été lynché, le pasteur, encouragé par la foule, manque de le noyer. « Il n’y a pourtant que des gens bien, ici… » Beaucoup d’entre eux pensent, à tort ou à raison, que tout va mal depuis la victoire du Nord, depuis que l’on paye les gens de couleurs pour travailler, depuis l’abolition de l’esclavage. Alors que Jonathan David, agent du FBI, enquête sur une énième affaire de lynchage, Travis Hart, un prisonnier noir, s’est évadé du pénitencier, le bras encore lié par des menottes à un membre arraché de son compagnon d’infortune. Il veut revenir à Savannah afin de régler quelques comptes.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat La guerre de Sécession a cessé c’est sûr, mais ses cicatrices sont loin de s’être refermées. Les plaies sont encore béantes, que ce soit celles de suprémacistes racistes nostalgiques d’une époque révolue, que ce soit celles des anciens esclaves, devenus salariés de leurs anciens bourreaux. Ajoutons à cela le charançon qui ravage les plantations de coton de la Louisiane à la Virginie, et personne n’a de raison de se réjouir d’une quelconque éclaircie. Zacharie Daniel a la chance de bénéficier de l’empathie d’un patron qui a compris le changement d’époque, et qui l’invite à prendre garde à la haine sous-jacente, plus pernicieuse que pendant la guerre.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat Philippe Pelaez propose un polar noir et réaliste qui a de grands échos avec la montée du fascisme dans de nombreux pays d’Europe et du monde. Cent ans avant aujourd’hui, la différence gêne, que ce soit une différence de couleur de peau ou une différence de mœurs. Alors que la colère du peuple ségrégationniste monte, l’agent David vit difficilement son homosexualité. Il ira jusqu’à renier l’amour pour son compagnon. Ne serait-ce pas en fait pour le protéger ? Tout comme Zacharie face à son employeur. L’enquête n’est qu’un prétexte pour sonder des âmes torturées, tortueuses, torturantes. Hugues Labiano multiplie les aplats pour accentuer la noirceur dans un graphisme réaliste rude. Jérôme Maffre tient un rôle de coloriste stratégique dans des tons de soleil couchant, quel que soit le moment de la journée, parce que dans un monde comme ça, le crépuscule ne se termine jamais. C’est dans ce genre de livres que l’on remarque qu’un coloriste est un auteur, au même titre que le scénariste et le dessinateur.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat Après Quelque chose de froid au cœur de la Mafia des années 30, Au Sud, l’agonie est le deuxième volet de la trilogie des touches de noir de Pelaez et Labiano. Il y a de cela cent ans, l’Amérique était déjà pourrie. Et on dit que les temps changent ?
Série : Trois touches de noir
Tome : 2 – Au Sud, l’agonie
Genre : Polar
Scénario : Philippe Pelaez
Dessins : Hugues Labiano
Couleurs : Jérôme Maffre
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344064092
Nombre de pages : 64
Prix : 16 €
- Bourricornepar Laurent Lafourcade
La licorne amuse
« -J’en ai marre de tourner en rond Camélia : je vaux mieux que ça !
-Mieux que de faire tourner ce moulin ?
-Je sais aussi courir après une carotte attachée à un bâton pendant des heures. Je suis une star : je ne suis pas né pour vivre dans une ferme ennuyeuse. »
A la ferme Bellevue, comme dans toutes les fermes, les animaux vivent leurs vies de bêtes d’élevage. Tous ? Tous sauf un. Bruno le bourricot trouve que ses congénères manquent d’élégance. Son idole, c’est l’âne de Shrek. Un jour, il quittera la ferme et deviendra une star comme lui. Il se plaint auprès de la truie Camélia de passer ses journées à tourner en rond pour moudre le grain sur le moulin. Si pour la porcine il n’y a rien de tel que la vie à la ferme, l’équidé n’est pas fait pour vivre dans une ferme ennuyeuse. Un beau jour, la caravane d’un cirque passe au bout du champ. Ça fait tilt. Bruno compte demander une embauche pour parcourir le monde sous les acclamations du public.

© Fragoso – Nöpp Son CV conquiert le Cirque des Merveilles. Il leur a dit qu’il était une licorne. A présent, il va falloir assumer. Camélia va le coacher pour faire de lui un expert en licornes. Niveau culture, Bruno ingurgite tout un tas de bouquins. Niveau déguisement, avec la crinière de l’étalon Osvaldo et une corne d’Allégresse, la plus vieille chèvre de Bellevue, ainsi que de la peinture blanche et un peu de maquillage, ça devrait faire l’affaire. 99 % bourricot, 1 % licorne, c’est Bourricorne ! Dès les premières représentations le public est conquis, surtout les scolaires, dont fait partie Frida, la petite fille la plus intelligente de l’école. Bruno va rapidement découvrir qu’il n’est pas le seul animal à se faire passer pour une créature fantastique

© Fragoso – Nöpp En préface, José Fragoso dédie son livre à Jim Henson et aux Muppets. Il est clair que ses personnages auraient pu en faire partie. Ils n’auraient pas dénoté dans l’univers déjanté du créateur de Sesam Street. L’auteur espagnol présente un univers tout aussi fada que tendre On est autant dans le foufou que dans l’émotion. L’histoire invite à aller jusqu’au bout de ses rêves tout en gardant au plus profond de soi tout son naturel, toute sa personnalité. L’ensemble est servi par un graphisme ligne claire dynamique et rigolo au premier regard, avec quelques influences Tex Avery dans les chutes et les attitudes.
Le petit album est édité chez Nöpp, terme issu du wolof. Cette toute jeune maison d’édition barcelonaise, cherche à faire circuler le bonheur à travers les histoires qu’elle publie. Avec Bourricorne, c’est bien parti.

© Fragoso – Nöpp Plus jamais vous n’irez au cirque comme avant (d’ailleurs, il n’y a plus d’animaux), plus jamais vous ne visiterez une ferme comme avant. On est certains à présent que les licornes existent, au moins à 1 %, et qu’elles font pleurer de rire.
Titre : Bourricorne
Genre : Humour
Scénario, Dessins & Couleurs : José Fragoso
Éditeur : Nöpp
ISBN : 9788412928952
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Kagurabachi 5 – Fanatisme / 6 – Nuit noirepar Laurent Lafourcade
Affaire conclue & grues sanglantes
« -Retournez à vos places ! C’est maintenant que ça devient intéressant ! Nous allons accélérer les choses et passer directement au clou du spectacle ! Nous allons procéder à la vente du célèbre sabre ensorcelé le Shinuchi ! Je vais vous écraser !
-Il faut qu’on mette les bouchées doubles !
-Je sais ! »
Chihiro Rokuhira mène un combat sans merci contre Kyôra Sazanami afin de récupérer Enten, l’un des sabres magiques. Le duel s’annonce sans merci, au cœur du Rakuzaïchi, cette fameuse vente aux enchères orchestrée par Kyôra lui-même. Ce grand orchestrateur entraîne Chihiro dans une dimension parallèle que lui-seul contrôle, maîtrisant les volumes, les reliefs. Le fils de feu-Kunishige peut compter sur ses poissons qui concentrent son énergie occulte. Courant deux lièvres à la fois, c’est en plein pendant l’affrontement que le commissaire-priseur procède à la mise en vente du célèbre sabre ensorcelé le Shinuchi.Heureusement, Chihiro peut compter sur l’aide précieuse d’Hakuri Sazanami, fils de, mais ne cautionnant pas les manigances de son père.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Reprendre les sabres ensorcelés à Hishaku, l’organisation de sorciers qui a assassiné son père et volé les sabres il y a trois ans : voilà l’objectif de Chihiro et de ses camarades par la suite. Il va falloir retrouver les possesseurs actuels de ces sabres, ceux à qui Kunishige les avait confiés. Ces sabreurs sont dispersés dans tout le Japon, protégés par les forces du Kamunabi. Personne ne peut entrer en contact avec eux sans l’accord des grands pontes. Ils habitent ce que l’on appelle les forteresses impénétrables : le temple Senkutsu, les sources thermales kokugoku, le sanctuaire Kuen et Subaru Sushi. Alors qu’elle commence à réfléchir à son plan d’actions, la troupe apprend que des assassins d’Hishaku viennent d’attaquer la forteresse des sources thermales.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Fin d’un arc et début d’un nouveau pour ces tomes 5 et 6 de Kagurabachi. Sans trop de spoil, on devine aisément que tout va se terminer par une affaire conclue à la vente aux enchères, mais certains devront en payer le prix fort. Lors du voyage pour retrouver les sabres, Chihiro va devoir affronter Hiruhiko et ses Chizurus, des papiers qui, par une magie d’origami, se métamorphosent en grues sanglantes capables de trancher n’importe quel ennemi. D’un tome à l’autre, le mangaka Takeru Hokazono passe d’un huis-clôt à une quête. On quitte un ennemi pour en découvrir un autre totalement différent, pour des combats hors du commun.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Kagurabachi s’est imposé sans discussion comme le blockbuster manga de l’année 2025. Nul doute que l’année qui commence devrait l’adouber dans cette position de tête d’affiche.


Série : Kagurabachi
Tomes : 5 – Fanatisme / 6 – Nuit noire
Genre : Aventure fantastique
Scénario & Dessins : Takeru Hokazono
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505133-810/-957
Nombre de pages : 192/216
Prix : 7,30 €
- Alastor de Sombregarde 1 – L’infâme gentilhommepar Laurent Lafourcade
Dark Fantasy Humoristico-gothique
« -Seigneur Alastor, vous vous sentez capable de me suivre à marche soutenue ?
-Certes… Mais il nous faudra vite quérir quelques montures. Vivantes ou mortes.
-Dites… Je ne crois pas vous avoir jamais présenté mon frère…
-Enchanté. »
Un corbeau blanc survole le silence morbide d’un champ de bataille après l’affrontement. Silence ? Presque. Quelques rescapés sont récupérés par leurs troupes. Quelques agonisants sont achevés par leurs ennemis. La morne plaine est un charnier. Soudain, de dessous un cadavre, un moine combattant s’extirpe. C’est Guulghar, un maître-gobelin de la Sombre Garde, flanqué de son bâton orné de la tête de mort de son frère qui parle trop fort. Plus loin, un chevalier de la mort est entravé dans des épées-enchantées lui transperçant l’échine. Après s’être débarrassé des lames et des chevaliers voulant les achever, voici les deux compères en chemin pour regagner le foyer du chevalier, là-bas, à Soxlayne.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Un prologue et quatre chapitres, voici le menu de cette première partie de la geste d’Alastor de SombreGarde, chevalier de la Mort. Avec son acolyte Guulghar, ils vont rencontrer le bien et le mal au gué de la disgrâce, après avoir traversé le marais de la vouivre. Dans l’aventure, tous deux trouveront monture. Au château de Braisevent, on ne peut pas dire que l’hospitalité des lieux soit des plus chaleureuses. Nos deux amis vont tester les geôles. Dans la forêt des mille pendus, l’ambiance n’est pas plus rassurante, mais elle est encore plus glauque. Enfin, une gaillarde forgeronne pourra remercier sa chance d’avoir mis Alastor sur sa route.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Raconté comme ça, tout cela a l’air bien sérieux. Mais sous la plume de Dobbs et les dessins de Morinière, il faut s’attendre à tout. Sous une apparence tout ce qu’il y a de plus sombre, les auteurs nous emmènent dans de la fantasy-spaghetti, si on peut appeler cela comme ça en référence au western du même nom. Entendez par là que les personnages et les dialogues sont décalés. Ici, la mort ne fait pas peur. On se joue d’elle. Elle est drôlissimement ridiculisée. Alastor peut même ressusciter les cadavres. Dobbs mène l’épopée du personnage étape par étape, dans un rythme à la « livre dont vous êtes le héros » qui faisaient fureur dans les années 80, tout en modernisant et parodiant le genre.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Après le très sombre mais néanmoins excellent dans le fond et dans la forme « L’enfant-démon », Aurélien Morinière s’offre une récréation, quitte à désarçonner les puristes de la Dark Fantasy. Bêtes et monstres sortent graphiquement du lot dans ce monde impitoyable, notamment dans le fort réussi chapitre dans la forêt avec l’araignée, les insectes et le faune. Cerise sur le gâteau, ou vers dans le cadavre, la maquette de l’album est remarquable.
Alastor de SombreGarde est un anti-héros dont la route est pavée de fourbes et de démons. Accompagnons-le sur les chemins jonchés de cadavres, de vivants et de ressuscités. Cet infâme et attachant gentilhomme revient à la vie pour un diptyque qui, espérons-le, ne sera que l’introduction d’une longue saga.
Série : Alastor de Sombregarde
Tome : 1 – L’infâme gentilhomme
Genre : Héroïc-Fantasy
Scénario : Dobbs
Dessins & Couleurs : Aurélien Morinière
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611385
Nombre de pages : 88
Prix : 18,95 €
- Vivre est dangereux pour la santé ! 2par Laurent Lafourcade
Rien de tabou dans la connerie
« -Maman, on fait quoi quand les gens sont morts ?
-Eh bien, on les enterre, ou on les fait partir en fumée…
-Mais c’est cruel ?!
-Non, mon grand, c’est notre façon de respecter la mémoire des disparus… Quentin ?!! Mais qu’est-ce que tu fais ?!!!
-Je commence à enterrer mamie… Elle est à moitié morte… Ça nous fera gagner du temps… «
C’est bien connu, vivre est dangereux pour la santé. La preuve, on finit toujours par mourir. Même les vieux, on a beau prendre soin d’eux, ils finissent toujours par y passer. Qu’il est sympa ce gendre qui a déposé mamie dans son fauteuil sur la plage pour qu’elle profite de la vue sur mer. Mais a-t-il seulement vérifié le coefficient de marée ? Dès le début, le ton est donné, on va mourir, les personnages définitivement, nous de rire. Et quand il ne s’agit pas de trépas, c’est le bon sens qui rend son dernier souffle pour mettre en exergue le ridicule de la race humaine. Et malheureusement, la première à se rendre compte que l’homme est si con, c’est l’intelligence artificielle.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Un gosse, il vaut mieux le voir jouer dehors avec son drone plutôt que de s’abrutir devant des écrans. Une sortie vélo à la campagne, c’est profiter du calme de la nature, des paysages harmonieux et des gazouillis des oiseaux. L’épilation à la cire, ça dure plus longtemps et c’est plus net. Un essai à transformer au rugby, ça peut changer le cours d’un match. Une épine dans le doigt en plantant des rosiers, y’a toujours moyen de l’enlever. Sultan, un bon chien-chien, fait un gros calinou à son maîmaître. Plus cocasse, un petit diplodocus fait tomber sa dernière dent de lait. Dans tous les cas, y en a qui ne vont pas finir le gag comme prévu.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Espé aime l’humour noir. Mais rassurez-vous, on ne meurt pas à chaque page. Parfois, on est seulement malade, parfois, on dit des absurdités ou on est très premier degré. Avec Espé, tout y passe : la jeunesse, la vieillesse, le couple, la famille, l’écologie, le sport, et surtout, il décomplexe le deuil. Mourir dans un gag d’Espé, ça deviendrait presque agréable… parce qu’on se marre. C’est prouvé dès la couverture avec un sandwich en bordure de rallye qui risque de rester en travers de la gorge.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Vivre est dangereux pour la santé est de retour pour une seconde salve de gags. De moins en moins d’auteurs osent l’humour noir. Heureusement, il reste des gens qui ont des couilles. Espé ne s’est donc pas fait épiler par l’esthéticienne de son album.
Série : Vivre est dangereux pour la santé !
Tome : 2
Genre : Humour
Scénario & Dessins : Espé
Couleurs : Laure Durandelle
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208216
Nombre de pages : 56
Prix : 13,90 €
- Show-Ha Shoten ! 8par Laurent Lafourcade
Bouleversement au classement… ou pas ?
« -Ce sont sûrement les plus drôles pour l’instant…
-Est-ce qu’ils vont chiper la première place à « Pantoufle de verre brisée » ? »
Le grand concours du Kôshien du rire est en plein déroulement. Pour l’instant, et depuis le début, le duo « Pantoufle de verre brisée » tient la barre en haut du panier. Le duo « Brutus » semble en bonne voie. Le public paraît conquis. Qu’en sera-t-il du jury ?… Suspens !… Aïe pour les uns, ouf pour les autres ! A deux points près, les filles de Pantoufle gardent leur place. Dépité par la défaite et fou de rage après le groupe « Punching-Ball bruyant », Ryûki demande à Azemichi de les venger en éclatant tout le monde à coups de rires. Dans tous les cas, avec Taiyô, Azemichi avait bien l’intention de tout donner. Mais pour l’instant, il y a d’autres groupes qui doivent passer avant eux.

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Les trois premiers chapitres de ce huitième volume sont consacrés à la compétition. Elle ne se termine pas là. Il reste encore quatre groupes à passer, mais ne disons rien sur l’évolution du classement. Le dernier est un flash-back, mettant en scène ceux qui sont actuellement sur les planches au moment où l’on quitte le temps présent. Retour donc quelques années plus tôt. On assiste à la rencontre et la formation de ce qui deviendra le duo Rising, avec Atsushi Ban et Bunta Harigane, où l’on apprend que ces deux-là auraient bien pu se rater.

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Quand le scénariste Akinari Asakura a présenté son projet sous forme de storyboard à Jump SQ, il n’était vraiment pas sûr de lui. C’était la première fois qu’il écrivait sous cette forme. Après une période de dur labeur pour acquérir des connaissances de base, il l’a amélioré au fil du temps, avec l’aide de son responsable éditorial. Mais il était encore loin de se douter de la tournure qu’allait prendre l’aventure. Alors qu’il pensait qu’on lui avait soufflé le nom d’Obata comme dessinateur pour le réaliser, Asakura ne pouvait pas imaginer que LE dessinateur de Death Note allait vraiment le faire. Le scénariste vit donc son rêve éveillé. Il forme avec son dessinateur un duo aussi soudé que « Aller simple pour les cieux ».

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Vivre son rêve pour réussir sa vie. Croire jusqu’au bout. Ne jamais s’avouer vaincu. Show-Ha Shoten est une série atypique qui invite à se dépasser, avec un sujet hors du commun et inédit en manga, ces concours d’humour traditionnels dans les lycées au Japon.
Série : Show-Ha Shoten !
Tome : 8
Genre : Shonen
Scénario : Akinari Asakura
Dessins : Takeshi Obata
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505133841
Nombre de pages : 196
Prix : 7,30 €
- Boulevard BD d’Or 2025par Laurent Lafourcade
L’homme à la licorne
Le prix Boulevard BD d’Or du meilleur album est attribué cette année pour la troisième fois. Le trophée revient à L’homme à la licorne, scénarisé par Christophe Dabitch et dessiné par Nylso, Il succède à Les vies de Charlie, de Kid Toussaint et Aurélie Guarino, et Bobigny 1972, de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel.

« -Parrain, on va marcher longtemps ?
-Oui.
-C’est ça la chasse à la bécasse, mon petit Christophe.
-Pourquoi on la voit jamais la bécasse ?
-C’est l’animal le plus difficile à chasser. Elle se cache, elle attend toujours le dernier moment pour partir. »
Au début du printemps, il y a de l’enthousiasme dans l’air. Christophe, un auteur de BD, traverse la place sous les grands arbres. Il a rendez-vous avec la licorne. Il appelle Albert, Albert Lustig, un drôle de loustic. Son histoire est folle. La réalité est parfois si incroyable qu’il faut en faire une fiction. Une visite au musée de la chasse et de la nature fait remonter chez Christophe le souvenir d’une partie de chasse à la bécasse avec son parrain. Celle-ci se cache et fait tourner ses prédateurs humains en bourrique. Au musée, Christophe cherche la vitrine de la licorne avec toute l’histoire d’Albert Lustig. Renseignements pris, elle est en réparation car un visiteur s’est approché trop près. Qui est cet Albert qui semble si important ?

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avant de s’attarder sur son destin, il est indispensable de passer par l’histoire de son père Victor, un affabulateur, un malin, un escroc. Dans les années 1920, il y a un siècle de cela, il a vendu la Tour Eiffel. L’histoire de Victor est connue. C’est pour cela que Christophe a décidé de raconter l’histoire de son supposé fils Albert, supposé car dans toute histoire d’arnaque, rien n’est jamais sûr. Pourtant, tout est dans l’ADN. L’escroquerie semble être dans les gênes familiaux. Le cheval de bataille d’Albert est une licorne. Le type va tenter de faire croire à Rob O’Hara, un milliardaire américain féru de chasse, qu’il y a une vallée des licornes dans le désert du Kalahari, entre l’Afrique du Sud et la Namibie.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Albert, Victor,… Le mensonge de l’un est vrai, celui de l’autre est faux, mais pourquoi ne serait-il pas vrai ? En se basant sur un personnage réel, suivant les bases posées par Claude d’Anthenaise qui fut directeur du musée de la chasse et de la nature, Dabitch met en scène un descendant qui va dans la surenchère du mensonge. Cela permettra-t-il au personnage auteur, Christophe, de raconter l’histoire parfaite ? Christophe Dabitch écrit une histoire sur mesure pour Nylso, non dénuée d’humour. Au dessin, le hachuriste maîtrise sa technique avec des natures fouillées mais jamais fouillis. Les planches avec la licorne dans la forêt sont d’une poésie incroyable. Pilier des éditions FLBLB avec la sublime série Jérôme d’Alphagraph, et des éditions Misma, c’est la première fois que Nylso est édité dans une maison mainstream. Largement grandprixmable, l’auteur n’a pas fini d’être remarqué.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avec un sujet original et une narration hors norme, L’homme à la licorne invite à la fois à la méfiance et au rêve. Impossible de ne pas s’imaginer dans la tête des dupés. Et d’ailleurs, les licornes, pourquoi n’existeraient-elles pas ? Un événement.

One shot : L’homme à la licorne
Genre : Rêverie
Scénario : Christophe Dabitch
Dessins : Nylso
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754845038
Nombre de pages : 224
Prix : 25 €
- Son of a gun !par Laurent Lafourcade
Le bandit, la belle, le nain et la bête
« -Je veux bien être votre shérif.
-Et je, ahem… A qui avons-nous donc l’honneur ?
-McBride. Kentucky T. McBride. Je me suis laissé dire que vous aviez quelques soucis dans votre jolie p’tite ville… »
Far west, Yellow Fork. L’attaque de la petite banque locale tourne au bain de sang. Parmi les victimes, il y a le shérif. Donc, ben, il n’y a plus de shérif ! Alors que personne ne semble disposé à prendre sa succession, un étranger se présente au village. Il s’agit de Kentucky T. McBride, un ancien soldat, ancien convoyeur de fonds et ancien chasseur de primes. Il promet qu’en deux jours, il aura tordu le cou aux bandits. Epaulé par deux crétins, McBride part à leur recherche. Les deux débiles ne réalisent pas qu’ils sont roulés dans la farine par le nouvel homme de loi qui est en fait l’un des bandits. Celui-ci élimine ses anciens complices, puis prétend ne pas avoir retrouvé l’argent. Ça ne l’empêche pas de réclamer une récompense.

© Pelaez, Corbet – Bamboo Plus loin, une autre chasseuse de primes tient la dragée haute à des hors-la-loi mexicains. Dolorès Cordora de Sandoval, c’est son nom, vient d’en livrer un à la justice. Aujourd’hui, elle est à la recherche d’un yankee du nom de Cleveland Kirtley, une demi-portion plus toute jeune dont la tête est mise à prix 2000 dollars. McBride, qui vient de débarquer, pourrait bien lui être d’un grand secours car, si l’individu recherché n’est en soi qu’un gnome, les tueurs qui sont à ses trousses sont loin d’être des enfants de chœur. Contre toute attente, c’est une chèvre en bordure de falaise qui va les mettre sur la voie. Y’a du pognon à s’faire !

© Pelaez, Corbet – Bamboo Son of a gun ! Comme le dit lui-même le scénariste Philippe Pelaez, c’est un euphémisme de l’expression « Son of a bitch ». Pastiche ou parodie ? Les deux, shérif ! L’histoire est à la fois un pastiche des westerns, dans le sens où elle assimile le genre et le régurgite, mais c’est aussi une parodie des films de Sergio Leone. Bref, on se marre bien dans ce western décalé. Pelaez fait du western spaghetti en BD en quelques sortes. On verrait bien Terence Hill dans la gabardine de Kentucky T. McBride. Sébastien Corbet dessine et colorise l’aventure dans un réalisme souple, de la même famille que celui de Jérôme Jouvray avec Lincoln. Le dessinateur n’hésite pas à exagérer les expressions, de façon très théâtrale, comme si on était dans de la commedia dell’arte.

© Pelaez, Corbet – Bamboo Qui est le héros ou l’héroïne de cette tragi-comédie western ? Tout le monde et personne à la fois. Ha, si ! Ce ne serait pas la fourberie ? Et si Son of a gun ! donnait le ton d’une année BD où l’on casserait les codes ? Vivifiant ! (Et en espérant que ce one shot se transforme en tome 1 d’une nouvelle série.)
One shot : Son of a gun !
Genre : Western humoristique
Scénario : Philippe Pelaez
Dessins & Couleurs : Sébastien Corbet
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041107766
Nombre de pages : 120
Prix : 19,90 €
- Criminal – Les acharnéspar Laurent Lafourcade
Cruel Hollywood
« -Jake ! Ravi de vous rencontrer en personne. J’ai hâte de vous montrer ce qu’on prépare pour frank, votre bonhomme. Vous allez adorer. Demain, on vous emmène sur le plateau, vous verrez vos dessins prendre vie, vous voyez ?
-Super. J’ai hâte aussi. Quand dois-je participer aux réunions de scénaristes ?
-Pas immédiatement, nous préférons que vous vous acclimatiez d’abord, avant de vous jeter dans la cage aux fauves. »
Mars 2012, Jacob Kurtz débarque à Hollywood. Après sa dépression nerveuse, une nouvelle carrière s’ouvre à lui. Le dessinateur de BD va voir son personnage fétiche le détective Frank Kafka adapté pour le petit écran. Méfiant, à l’aube de la quarantaine, Jacob n’a pas l’intention qu’il subisse le même sort que tous les autres dessinateurs et scénaristes passés par là avant lui. Il compte bien maîtriser l’avenir de son œuvre. La rencontre avec Dan Rails, le responsable, se passe plutôt bien. Il promet à Frank de lui passer dès le soir même les premiers scénarios. Dès la première lecture, c’est la douche froide. C’est mauvais, ça ne ressemble pas à son travail. Toute l’originalité de son personnage a disparu. Jacob est en train de découvrir la face cachée d’Hollywood. Réussira-t-il à faire passer ses idées ou sera-t-il contraint de s’effacer ? Il ne se rend pas encore compte du piège encore plus vicieux qui se referme sur lui.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt Bay City, 2019. Angie, 19 ans, brise la vitre d’une fenêtre au troisième étage d’un immeuble, comme une gamine désespérée croyant qu’elle pourra tout arranger, que c’est seulement une histoire de fric. Mais non. C’est de la génétique. Elle cherche de l’argent pour sauver La Grogne, celui qui l’a élevée après le meurtre de sa mère. Il a une saloperie de maladie. Pendant onze ans, il s’est occupé d’elle, sans qu’elle en soit toujours reconnaissante. Avec de l’argent, elle pourra l’amener se faire soigner correctement à l’étranger. Lorsqu’elle commet cette infraction, elle ne sait pas encore qu’il est trop tard pour son papa de substitution. Pourra-t-elle au moins seulement continuer à travailler dans le bar qu’il avait promis de lui laisser ?
Jacob et Angie n’avait rien en commun et pourtant le destin allait les faire se rencontrer. Alors que le dessinateur a repris sa vie d’auteur indépendant, loin des sirènes d’Hollywood, pour rendre service à un ami, il prête son sous-sol à Angie. Il vit sa vie. Elle vit la sienne. Mais quand elle va avoir de nouveaux problèmes, il ne sera pas du genre à la laisser dans la mouise.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt Quelques années après Un été cruel, le trio Brubaker-Phillips-Phillips retrouve l’univers de Criminal pour un nouveau polar noir. Fort de son expérience de showrunner sur la série télévisée adaptée de Criminal justement, Ed Brubaker dresse un portrait implacable de l’industrie hollywoodienne. Mais ce n’est pas la seule origine de son histoire. Alors que son père était mourant, sa sœur s’est fait dépouiller par une femme de ménage. Il a ajouté à ça le personnage de la petite looseuse qu’est Angie pour accoucher d’un scénario tentaculaire où les histoires se croisent et se décroisent dans une conception impeccable. Ed Brubaker est incontestablement dans la short-list des meilleurs scénaristes du monde. Les Phillips père et fils sont en fusion avec l’écrivain dans un graphisme et une mise en couleurs comics hors pairs.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt A part celle de super-héros, la bande dessinée américaine est trop peu considérée en France. Avec une bibliographie maintenant très conséquente, Brubaker et les Phillips la mettent pourtant sur le haut, sur le très haut du panier. Acharnez-vous sur ces acharnés.
One shot : Criminal – Les acharnés
Genre : Thriller / Polar
Scénario : Ed Brubaker
Dessins : Sean Phillips
Couleurs : Jacob Phillips
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413089902
Nombre de pages : 200
Prix : 29,95 €
- Mi-mouche 2 – Duels au collègepar Laurent Lafourcade
Boxe la vie
« -Oh, t’es dans le bahut aussi.
-Salut.
-Tu connais ma sœur ?
-Tu retournes à la boxe cette année ?
-Ça m’étonnerait.
-Ma mère n’est pas d’accord. »
Colette a quatorze ans. Depuis qu’elle a perdu sa sœur jumelle Lison dans un accident de voiture, elle a cessé de grandir. Ses deux petits frères sont plus grands qu’elle. Sa passion, c’est la boxe, mais pour sa mère, il est hors de question qu’elle en fasse. C’est Elias qui a cafté quand il a eu peur pour son amie après un coup reçu. Lorsque ses coachs de boxe viennent dire bonjour à Colette dans son jardin pour savoir si elle reprenait ce sport cette année, ils se font rembarrer par sa mère. Pour elle, la boxe est un sport violent et dangereux. Elle ne voit pas l’apprentissage de la maîtrise de son corps et de sa force, le respect de soi-même et des autres. Pétrie de préjugés, elle pense protéger sa fille. Elle ne fait que l’enfoncer dans l’incompréhension et la tristesse. Paradoxalement, les frères peuvent pratiquer l’un le surf et l’autre le rugby sans problème. Heureusement, grâce à son père, Colette peut sortir de la prison superprotectrice de la maison et retourner au collège. Mais son temps libre, elle le passera à la maison.

© Cazot, Maurel – Dupuis Colette est accompagnée d’une ombre plus grande qu’elle. C’est son moi à la taille qu’elle devrait avoir. La collégienne tente de vivre sa passion en cachette, mais sa mère la poursuit jusqu’à la salle d’entraînement. Comme il paraît impossible de pratiquer, le seul ring possible pour Colette va être la salle de gym du collège. Et si elle veut prendre sa revanche sur Marcus sans que sa mère ne le remarque, il va falloir éviter de prendre des coups. L’ombre la coache, l’encourage, l’incite à vivre sa passion. C’est aussi l’occasion pour Colette de montrer aux élèves qui la harcèlent pour sa petite taille qu’il y a quelqu’un de solide à l’intérieur de l’enveloppe. Alors que l’horizon semble obstrué et impénétrable hors temps scolaire, le bahut va-t-il permettre à Colette de montrer qui elle est ?

© Cazot, Maurel – Dupuis Ce deuxième tome de Mi-mouche est l’occasion pour les autrices d’aborder le thème du harcèlement scolaire. Sournois, pernicieux, sadique, il frappe à grand bruit. Sa pire réponse est le silence. Heureusement, depuis quelques années, l’éducation nationale prend le problème à bras le corps. L’ensemble des professeurs des écoles, et en principe des collèges, a été formé au programme pHARe, un plan de prévention du harcèlement à destination des établissements scolaires fondé autour de 5 piliers : éduquer pour prévenir les phénomènes de harcèlement; former une communauté protectrice autour des élèves; intervenir efficacement sur les situations de harcèlement; associer les parents et les partenaires de l’école au déploiement du programme; mobiliser les instances de démocratie scolaire (conseils de vie collégienne et lycéenne) et le comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement. Si une série comme Mi-mouche peut apporter sa pierre à l’édifice, en incitant les lecteurs dans une situation similaire à celle de Colette à communiquer, que demander de plus ?

© Cazot, Maurel – Dupuis Avec Mi-mouche, Véro Cazot et Carole Maurel signent une série générationnelle qui aborde des thèmes de société qui nous touchent tous. Même si elle en utilise le décor, ce n’est pas une histoire de boxe, c’est une histoire d’affirmation, c’est l’histoire du placement de soi au sein de sa propre famille et de la société. Mi-mouche aide à monter sur le ring de la vie et à se sentir plus fort.
Série : Mi-mouche
Tome : 2 – Duels au collège
Genre : Emotion
Scénario : Véro Cazot
Dessins & Couleurs : Carole Maurel
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808506823
Nombre de pages : 64
Prix : 13,90 €
- West Fantasy 6 – Le barbier, le prêcheur et la dame de pique / La confrérie des tempêtes 3 – Ankonnpar Laurent Lafourcade
Piraterie ou Western ?
« -Au stade initial de votre maladie, j’aurais pu vous inoculer de quoi l’éradiquer à tout jamais, mais…
-Mais quoi ?
-Mais vous avez laissé la maladie évoluer jusqu’à aujourd’hui. Et je crains qu’il ne soit plus possible de vous guérir.
-Alors je suis condamné à tousser jusqu’à la fin de mes jours ?
-En quelque sorte… Hum… Taylor, c’est plus grave que ça. En réalité, il ne vous reste pas plus de 6 mois à vivre. »
Nouveau cycle pour West Fantasy. Taylor Sheridan est barbier à Kristown depuis 15 ans. Ça fait plusieurs temps qu’il tousse et ce qu’il va entendre ce jour en consultant le médecin ne va pas être des plus agréables à écouter. Taylor est condamné. Il lui reste moins de six mois à vivre. Taylor allait alors s’investir d’une mission : il allait entraîner dans sa chute toute une liste de personnes qui ne méritaient pas de vivre. Au même moment, un orc-prêcheur inhume un pauvre bougre qui n’a pas bien écouté les conseils de ses sermons. Ayant pour don de pressentir l’œuvre du malin, l’orc ne supporte pas que l’on sorte des rangs du Seigneur. Plus loin, dans un train, Ayana, alias Ana la dame de pique, tire son épingle du jeu dans une partie de poker…mortelle, qui allait lui attirer quelques ennuis. Les destins du barbier, du pasteur et de la joueuse étaient faits pour se croiser.

© Istin, Benoit, Nanjan – Oxymore Troisième voyage en mer pour la Confrérie des tempêtes qui contrôle les océans du monde d’Arathéon. Le légendaire Capitaine Ankonn dirigeait ses troupes de main de maître jusqu’à ce qu’il soit trahi par son propre équipage, laissé pour mort et balancé à la baille. Les mutins auraient dû mieux vérifier. Ankonn a la carapace bien plus dure que ce qu’ils pensaient. Recueilli et soigné par des elfes, le Capitaine déchu va petit à petit se reconstruire, se réparer… pour préparer son retour. Dans une aventure où trahisons et coups bas viennent quand on ne les attend pas, même les pirates ne vont plus savoir sur qui ils peuvent compter. Les amis d’aujourd’hui sont les ennemis de demain, vice versa… et versa vice.

© Tamburo, Cordurié, Fabris – Oxymore Les deux meilleures séries d’Heroïc-Fantasy sont de retour. Pour son second cycle, West Fantasy redémarre avec exactement la même équipe que pour le tome 1 : le goat Jean-Luc Istin est au scénario, le créateur graphique de l’univers Bertrand Benoit est au dessin sous les couleurs du fidèle J.Nanjan. On reste sur le principe d’un trio improbable, tout en allant plus loin dans l’ésotérisme du Totem et le sectarisme. Tout a été mis en place dans le cycle 1. Il semble que l’on passe maintenant aux choses sérieuses.

© Istin, Benoit, Nanjan – Oxymore Pour la Confrérie des tempêtes, ce troisième tome marque le milieu du premier cycle, avec une histoire de capitaine trahi, dessinée par Nico Tamburo sur un scénario de Sylvain Cordurié et des couleurs de Silvia Fabris. On découvre dans cet épisode le peuple des elfes des archipéliades, dans ces îles mystérieuses entourées de récifs coralliens redoutables pour toute embarcation voulant s’en approcher, ce qui n’empêche pas les tentatives d’incursion pirates.

© Tamburo, Cordurié, Fabris – Oxymore Dans la poussière du NorthWest ou sous les embruns des océans d’Arathéon, avec West Fantasy et La confrérie des tempêtes, la Fantasy acquière ses lettres de noblesse, témoignant ainsi que le vent de ce souffle nouveau n’est pas près de s’apaiser.


Série : West Fantasy
Tome : 6 – Le barbier, le prêcheur et la dame de pique
Genre : Héroïc-Fantasy Western
Scénario : Jean-Luc Istin
Dessins : Bertrand Benoit
Couleurs : J.Nanjan
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611163
Nombre de pages : 64
Prix : 16,50 €
Série : La confrérie des tempêtes
Tomes : 3 – Ankonn
Genre : Héroïc-Fantasy Pirate
Scénario : Sylvain Cordurié
Dessins : Nico Tamburo
Couleurs : Silvia Fabris
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611170
Nombre de pages : 60
Prix : 16,50 €
- Dina et le Millimonde 1 – Le peuple du grenierpar Laurent Lafourcade
Minipouss
« -Ta mère va me tuer si je te raconte cette histoire…
-Je suis plus une gamine ! Et puis, j’ai le droit de connaître l’histoire de Nonno…
-Tu as raison… Eh bien, figure-toi que ton père n’est pas le seul à avoir disparu mystérieusement ! »
Dina et sa maman Alba arrivent pour quelques jours à Castelfiore. Elles vont passer leurs vacances chez leur grand-mère et mère Nonna. La maison est excentrée du village, sur les hauteurs. Le père de Dina a disparu depuis plus d’un an. C’est à croire qu’une malédiction s’est abattue sur la famille. Il n’est pas le seul à s’être volatilisé mystérieusement. Alors qu’Alba part se coucher, l’histoire que Nonna va raconter à sa petite fille Dina va révéler quelque chose d’encore plus énigmatique. Il va falloir remonter une cinquantaine d’années en arrière, dans les années 70. Nonna et son époux tenaient une pâtisserie dans le village. Alors qu’elle était enceinte, la quasi-totalité des habitants, dont son mari, a disparu corps et âmes, alors qu’ils faisaient la fête dans la salle de la Mairie, laissant derrière eux tous les vêtements. Sorcellerie ? Extra-terrestres ? Toutes les causes ont été envisagées mais rien n’a été ni prouvé ni trouvé.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Le village a mis des années à se repeupler. Nonna ne s’est jamais remise des événements. Elle a élevé Alba seule, avec courage. Aujourd’hui, c’est Alba qui élève seule Dina. L’entente entre la mère et la fille n’est pas toujours facile. Quand Alba annonce à Dina qu’elle va devoir rentrer pour le travail et laisser sa fille à Castelfiore, la gamine a des mots très durs envers elle : « C’est toi qui aurais dû disparaître à la place de papa. Je te déteste ! ». Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Dina s’endort. A son réveil, rien ne sera plus comme avant. Dina va découvrir… une toute nouvelle dimension.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Biberonné avec la série de dessins animés Les Minipouss et le film Chéri, j’ai rétréci les gosses, le scénariste Stéphane Lapuss’, qui signe ici sa première histoire longue, surfe sur le principe des mini-mondes. Sans spoiler, parce qu’on l’apprend dès la première planche avant un long flashback, Dina va se retrouver réduite à une taille la rendant minuscule face à une araignée. On comprendra par la suite comment elle a atterri dans cette situation invraisemblable. Antonello Dalena délaisse provisoirement les microbes d’Ernest et Rebecca pour une ambiance italienne à ras du sol. La série démarre sur les chapeaux de roue sans aucun temps mort. Les couleurs chaudes de Cecilia Giumento accentuent l’atmosphère tiède des lieux.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Ce premier tome de Dina et le Millimonde est un excellent démarrage de série. L’aventure populaire dans le style BD franco(-italo)-belge est toujours en forme.
Série : Dina et le Millimonde
Tome : 1 – Le peuple du grenier
Genre : Aventure
Scénario : Stéphane Lapuss’
Dessins : Antonello Dalena
Couleurs : Cecilia Giumento
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808512589
Nombre de pages : 72
Prix : 14,50 €



































































































