Qu’est-ce que l’Art ? Vous avez 4 heures !
« -Ha ha ha ! C’est parti ! Hé ! Tu viens ?
-Je regarde une dernière fois la Terre.
-Bôh… Ça va… On va revenir.
-Mmm… Sans doute… »
Richard s’ennuie. Depuis qu’on a inventé l’imprimante à bouffe et l’intelligence artificielle qui gère tout, il n’y a pas grand-chose à faire sur Terre. Alors, plutôt que de ne rien faire ici, pourquoi ne pas aller faire un tour sur une planète lointaine ? Avec Lapinot, ils se portent volontaires pour accompagner des équipes à travers l’univers sur des missions courtes. Leur rôle sera de la surveillance éthique pour donner une bonne image des terriens. C’est parti. Le duo accompagne Val Caclav, une artiste plasticienne qui essaye de créer une œuvre unique. Pour cela, il lui faut parcourir l’univers. Sur plus de sept milliards de civilisations, les mathématiques sonates de Bach, les musiques des Beattles et le bleu de Klein existent en nombre conséquent. Le concept d’œuvre unique est un défi interstellaire.

Les voyageurs franchissent l’orbite lunaire. En une petite demi-heure, ils parcourent 50 millions d’années-lumière pour atteindre Sensesma. La planète semble naturelle. La nature violacée ne laisse apparaître aucune construction. Afin de découvrir la ville, il faut passer par un synthétiseur universel. Les habitants ont évacué la surface pour vivre dans un sous-sol avec des bracelets anti-gravité. Ils rencontrent la population locale et visitent leur musée des arts premiers. Val Caclav demande s’il existe un moyen pour réguler, doser et créer des spasmes artistiques. La réponse est oui, en mode solo ou en l’associant avec des arts narratifs. Avec le centre senso-mat en face, l’utilisation est ultra-simple. Le système est propriété du bien commun de Sensesma. Ailleurs, il serait mal utilisé. La terrienne en aurait pourtant tant envie. Alors qu’elle cherche le moyen d’être la seule à faire son « art total », Lapinot et Richard tentent de lui éviter un pétage de plomb. Quand l’art mène à la folie, y a-t-il une place pour la raison ?

Lewis Tronheim l’annonce dès la couverture. Art total est une aventure de Lapinot où il meurt encore. Soyez rassuré par avance, une pirouette remettra comme d’habitude les choses en ordre avec une logique déconcertante. Pendant que Brigitte Findlaky s’amuse avec des couleurs aux tons interstellaires, Lewis Trondheim dessine son album peut-être le plus philosophique. Si dans l’épisode précédent, nos héros observaient le cosmos, ici, ils y vont. On a marché sur Sensesma. Lapinot plus haut, plus loin, plus fort que Tintin. Et tout ça, non pas pour la science, mais pour l’Art, avec un A majuscule. Peut-on réaliser une œuvre qui n’a jamais été faite, ni sur Terre, ni ailleurs dans les galaxies ? L’Art est-il la conséquence d’une « recette » ? Apparemment, les habitants de la planète visitée ont un système de création. Le laisseront-ils s’exporter ?

Trondheim amuse et fait réfléchir avec cet Art total, son Alph’Art rien qu’à lui dans lequel, à l’instar de Tintin dans le livre inachevé, il met Lapinot en bien mauvaise posture. « Ce récit existe plus ou moins à l’identique dans seulement 1 366 692 civilisations. » affirme la quatrième de couverture. Quel paradoxe pour une série dont aucun album ne ressemble au précédent. Des Lapinot, il n’y en a qu’un et on se le garde.
Série : Les aventures de Lapinot
Tome : 21 – Art total
Genre : Fantastique
Scénario & Dessins : Lewis Trondheim
Couleurs : Brigitte Findlaky
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205215946
Nombre de pages : 48
Prix : 13,95 €



