De catcheur à acteur
« -Alors, ça s’est bien passée ?
-Non. Il m’a signé le contrat.
-Mais tu n’as pas essayé le coup du million ?
-Si, mais il a dit oui quand même. Odette, dans quel pétrin je me suis fourré… »
Monsieur Ventura sort d’un hôtel. Merlin, un journaliste, l’attend dans le hall d’entrée pour l’interviewer sur sa carrière. Ils avaient rendez-vous mais l’acteur est un peu pressé. Il s’en excuse mais ça n’empêche pas le reporter de l’accompagner. Le dialogue peut commencer. Si Lino est devenu acteur, il l’avoue, c’est vraiment le fruit du hasard. Immigré italien, il est catcheur de profession. A 34 ans, marié et père de deux enfants, pourquoi serait-il allé faire ce métier ? Recommandé par une connaissance, il a passé un bout d’essai et a été engagé par le réalisateur Jacques Becker pour le rôle d’Angelo dans Touchez pas au grisbi. On lui avait proposé 100 000 francs. Il a exigé un million. Il était persuadé que ce serait refusé et qu’il retournerait à ses matchs de catch. Contre toute attente, il les a eus. Sa carrière cinématographique a démarré et ne s’arrêtera plus.

Au fil de la journée, Merlin suit Ventura et revient avec lui sur les souvenirs marquants de sa vie. Pour José Giovanni, Gabin est un grand comédien de métier, mais Lino est un acteur naturel. A de rares exceptions près, il ne regarde jamais ses films. Il refuse les rôles de personnages qu’il ne pourrait être. Il aime les personnages inquiets, car, déserteur italien, il s’est caché jusqu’à la fin de la guerre. En 1969, il joue l’un de ses rôles les plus marquants, celui du résistant Philippe Gerbier dans L’armée des ombres de Jean-Pierre Melville, avec qui il se fâchera, le cinéaste étant méprisant, cassant et hautain. Même si Lino ne le souhaite pas, Merlin parvient à le faire causer d’amitié, ses meilleurs amis étant ceux ayant le privilège de manger à la cuisine : Brassens, Brel ou encore l’académicien Michel Droit.

Arnaud Le Gouëfflec scénarise une biographie incroyablement émouvante. L’œil de verre, c’est celui de la caméra. Lino Ventura était l’un des acteurs les plus gentils du cinéma français. C’est mon cousin Jacques Brizzio, décorateur de cinéma, qui me l’avait dit. Ça transparaît dans toutes ses interviews, tout autant que dans ce livre. L’homme est d’une incroyable sobriété. Il choisit ses rôles avec minutie. On découvre son intimité, l’amour fidèle pour sa femme Odette, et celui pour Linda, sa troisième fille, handicapée, pour qui il fondera l’association Perce-Neige. Merlin pose à Lino Ventura toutes les questions dont les lecteurs auraient voulu avoir les réponses. Il est leur porte-parole. La mise en scène est telle que l’on a l’impression d’avoir passé un moment privilégié avec l’acteur. Aux dessins, Pascal Oiry offre à Lino une image physique et morale la plus fidèle possible à la réalité. La mise en couleurs délicate remet les événements dans leur époque.

Lino Ventura et l’œil de verre est l’un des meilleurs biopics qui aient été faits, toutes célébrités confondues, en bande dessinée. Arnaud Le Gouëfflec et Pascal Oiry rendent ici un vibrant hommage à un acteur phare du cinéma français.
Titre : Lino Ventura et l’œil de verre
Genre : Biopic
Scénario : Arnaud Le Gouëfflec
Dessins & couleurs : Stéphane Oiry
Éditeur : Glénat
Collection : BD poches
ISBN : 9782344076064
Nombre de pages : 136
Prix : 10 €



