La trahison ou l’exil
« -Brûle-Pourpoint t’a éconduit trop vite à mon goût… Il ne faut pas lui en vouloir, elle n’a pas mon flair. Et contrairement à elle, j’ai apprécié ton audace. Après tout, rien ne devrait être impossible à qui s’en donne les moyens, n’est-ce pas ? Demain, tu participeras à une de ses expéditions matutinales. Si tu prouves ton mérite, je te prendrai alors à l’essai comme marmiton… Qu’en dis-tu ?
-V… Vous êtes trop bon, Maître La Grignotte !! Ve ne vous décevrai pas !! »
Un couple d’aristocrates batifole sur une barque dans l’eau d’un lac quand des mains monstrueuses sortent des flots pour faire basculer l’embarcation. On n’entendra plus parler d’eux.
Dans la cuisine des ogres, Brèche-dent, un jeune bouquetin, est assigné à la plonge. Il est né sur les rives du lac à vaisselle, donc il y reste ! Affublé d’un défaut de prononciation, il est le rejeton d’une korrigane délurée et d’un père aux origines pas très bien déterminées. Ami de Trois-Fois-Morte, Brèche-dent habite avec elle, celle qui a réussi à éviter de devenir un repas des ogres et les a entraînés vers un autre mode d’alimentation, sans marmot dans les recettes.

Brèche-dent a peur de n’avoir aucun talent. Sa vieille mère aurait-elle raison ? Pour être fixé, il va bien falloir qu’il se décide à tenter sa chance. Le bouquetin essaye de se faire engager par Madame Brûle-Pourpoint qui l’éconduit dans un premier temps. C’est alors que, ayant apprécié son audace, La Grignotte, l’Ogre-en-chef de la brigade Tout-Sucre, le rappelle. Demain, il participera à une expédition matutinale. Si Brèche-dent prouve son mérite, il sera pris à l’essai comme marmiton. Il part donc avec une Brûle-Pourpoint austère afin de trouver l’ingrédient nécessaire au prochain dessert de La Grignotte. De retour, l’apprenti est embauché. Mais son chef va lui demander l’impossible : dérober une recette à Trois-Fois-Morte, sinon il finira comme confiserie dans un bocal. La trahison, c’est trop pour lui. Il préfère l’exil.

Ce deuxième épisode de La cuisine des ogres met à l’honneur la loyauté. Brèche-dent est prêt à tout pour faire son apprentissage de commis de cuisine… sauf à trahir son amie. Quand va lui être demandé ce choix cornélien, il ne va pas se poser beaucoup de questions. Trahir, non, mais mourir non plus. Il fait son baluchon et quitte tout. C’est alors que commence sa vie de vaurien dans laquelle il devra survivre et échapper à sa sanction. Fabien Vehlmann ne va pas le laisser seul dans ses pérégrinations. Il lui adjoint un alter ego, un Jiminy Cricket, en la personne de Chrysostome, un cloporte colporteur, qui lui sera d’un grand secours, il parle plusieurs langues étrangères. Ce n’est pas le seul écho à l’œuvre de Carlo Collodi. A l’instar de Pinocchio, Brèche-dent lui aussi devra trouver le moyen de sortir de l’estomac d’un cétacé. De la vouivre ondoyante au navire magique reliant les caravansérails d’Orient aux comptoirs caribéens, Jean-Baptiste Andreae enchante ce conte avec son dessin fantastique et ses couleurs merveilleuses.

La cuisine des ogres est un plat concocté par deux auteurs qui ont tout compris de la stratégie de ceux qui ont traversé les temps comme Charles Perrault ou les frères Grimm. De la tendresse, de la cruauté, une quête initiatique, susciter de la haine pour certains personnages et de la compassion pour d’autres, espérer, trembler, les ingrédients sont prêts. Il n’y a plus qu’à déguster.
Série : La cuisine des ogres
Tome : 2 – Une vie de vaurien
Genre : Conte cruel
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessins & Couleurs : Jean-Baptiste Andreae
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782810208173
Nombre de pages : 80
Prix : 20 €



