Paris outragée… pas libérée
« -A notre survie ! Et à ce drôle de monde qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos et l’anarchie ! Vous avez une idée de la nature de ces choses qui vous ont attaquée ?
-Pas la moindre… Je n’en avais jamais vu de semblables !
-Moi non plus… C’est bien ce qui m’inquiète… J’ai l’impression qu’on n’est pas au bout de nos peines ! »
Le ciel est rouge sur Paris. Lucy est appelée car ça a recommencé. Un de ses collègues a le cerveau en train de se faire bousiller par un ectoplasme qui tente de pénétrer dans son corps. Telle une exorciste, elle l’en débarrasse, mais il ne sera malheureusement plus jamais le même. Dans une capitale postapocalyptique peuplée de démons, les humains doivent se serrer les coudes pour survivre. On ne peut pas s’habituer à marcher au milieu des fantômes. C’est une nouvelle réalité. Tentant d’échapper à de monstrueuses créatures en pleine rue, Lucy est sauvée par Stan, un baroudeur luttant contre l’invasion et fort intrigué par le comportement inhabituel des bêtes qui se sont attaquées à Lucy. Si elles avaient vraiment voulu la tuer, elles y seraient parvenues.

Lucy et Stan, l’exorciste et le sorcier, ne sont pas au bout de leurs peines. Depuis trois semaines, un immeuble est en flammes, sans qu’il ne s’écroule et sans que l’incendie ne se propage aux bâtiments voisins. Alors que sur place Stan parlemente avec Maëlle qui semble avoir quelque chose à récupérer à l’intérieur, Lucy est ramenée par Fred. Elle retrouve chez elle ses compagnons de galère, pas réjouis qu’elle ait conduit un étranger chez eux. En représailles, la jeune femme se paye une semaine de confinement. C’est l’occasion pour elle de revenir sur les origines du mal. Tout a commencé il y a à peine un an quand les premiers cas de contamination sont apparus et ont entraîné un confinement, mais cela n’a pas endigué la pandémie.

Obscurum per obscurius. Ce qui est obscur s’explique par plus obscur encore. Obscurius, le nouveau diptyque scénarisé par Corbeyran est certainement l’histoire la plus engagée qu’il ait signée. Sous couvert d’invasion fantastique qui se précise dans un duel démoniaque, le récit n’est autre qu’une relecture de la crise mondiale de Covid-19. Véritable problématique sanitaire ou stratégie politique organisée ? On devine en filigrane la position de l’auteur. Obscur a été le confinement, plus obscure est encore son origine, plus obscures sont les intentions cachées. Dessinateur chez Marvel, entre autres sur Deadpool et sur Wolverine, Alex Lins met tout son talent américain au service de Paris. On remarque en particulier l’étendue de ses techniques sur la page de titre avec un portrait crayonnée de Lucy. Natalia Marques montre pourquoi une coloriste doit être considérée comme une autrice à part entière : les effets de flamme, la gangue de Notre-Dame, un ciel inhabituel, … Il devrait être obligatoire pour les éditeurs, comme le fait le groupe Delcourt-Soleil à juste titre depuis des années, de mentionner le ou la coloriste en couverture.

Si l’on a pu longtemps se demander pourquoi les univers créés en BD ne se développaient plus (ou très peu) sur une longue haleine, on comprend la stratégie Corbeyran, qui, à l’image des grands réalisateurs, change d’univers à chaque récit. Avec des histoires en one shot diptyque ou triptyque, aussi diverses que Les Yeux doux, Exsangue, Neige de sang, Sideshow et tant d’autres, il créé une collection d’anthologie, une Twilight zone, dont Obscurius occupe une place de choix.
Série : Obscurius
Tome : 1 – Lucy
Genre : Fantastique
Scénario : Corbeyran
Dessins : Alex Lins
Couleurs : Natalia Marques
Éditeur : Soleil
ISBN : 9782302090880
Nombre de pages : 72
Prix : 17,50 €



