…faut pas le titiller !
« -Hé, c’est pas ton petit vieux, là ?
-Si, si. C’est lui. Hé, mais c’est mon pépère ! Comment y va, mon pépère ?
-Vanessa ! Quelle coïncidence ! Je pensais justement à vous. Je ne vous ai pas croisée depuis un moment ! »
Bordeaux, place Saint-Michel, un dimanche matin, un vieil homme qui regarde des disques sur un marché aux puces se fait bousculer par un drôle de type qui le traite de démon. Une jeune femme vole à la rescousse de l’agressé, le pépère, qui repart chez lui, un vinyle abimé sous le bras. Il l’a quand même acheté, ça faisait tellement longtemps qu’il le cherchait. Arrivé à son domicile, il se revoit une cinquantaine d’années plus tôt, célibataire dans la petite maison héritée de ses parents. Ce jour-là, une dame d’une agence immobilière sonna à sa porte. Elle contacte les propriétaires du quartier pour des projets d’aménagement et de revalorisation du secteur. Elle visite et critique l’endroit, ce qui va rapidement faire bouillir le Pépère. Le porte-manteau de l’entrée s’en souviendra. Après le dîner devant Les jeux de 20 heures, il faudra enterrer le cadavre.

De retour de nos jours, Sacha colle aux basques de Vanessa et voudrait bien la ramener chez lui. Après un refus catégorique, elle va se laisser convaincre quand il va faire fuir un mec un peu trop pressant sur elle. C’est gagné, elle vient dans son camion, à côté du camp des bulgares, sous la passerelle Eiffel. Vanessa, c’est elle qui a sauvé le pépère au marché l’autre jour. Leurs routes vont se recroiser au Carrefour City. Décidément, ils étaient faits pour se rencontrer ou pas… Entre un couple de paumés, camés, vivant d’arnaques et de squats, et un vieillard d’apparence innocente au passé plus que trouble, qui va prendre le dessus ?

Dans les années 80, la comédie sombre, très sombre, était portée par des auteurs comme Golo et Frank, avec Rampeau ou La variante du dragon, album culte. Depuis les années 90, Emmanuel Moynot est devenu le meilleur auteur dans le genre. Bonne fête maman, Qu’elle crève la charogne, A quoi tu penses ont marqué ses débuts. Il s’est depuis diversifié avec des adaptations littéraires et de l’humour philosophique très décalé. Avec Le pépère, il revient à ses premières amours et ce qu’il sait faire de mieux. Pascal Rabaté le confirme dans sa préface : noir, c’est noir, mais chez Moynot, il y a toujours l’espoir de trouver plus noir. Le récit est tout autant tragique, pathétique que drôle. Jusqu’au final digne des meilleures conclusions d’Alfred Hitchcock, les personnages ne peuvent pas se douter de ce qui les attend.

Délicieuse perle noire, Le pépère confirme la position d’auteur majeur d’Emmanuel Moynot qui mérite amplement une grande consécration pour l’ensemble de son œuvre.
Titre : Le pépère
Genre : Polar
Scénario, Dessins & Couleurs : Emmanuel Moynot
Éditeur : Glénat
Collection : 1000 feuilles
ISBN : 9782331091414
Nombre de pages : 80
Prix : 19 €



