Simple immortel
« -C’est… C’est le château du suédois ?…
-Le château du suédois !
-Tu as raison Mopse, on est presque arrivés.
-C’est le château du suédois… Le fils du chevalier. Le fils du croisé ! Celui qui est et qui n’est pas… On est presque arrivés.
-Oui Mopse…
-Le fils de Evald le roisé… Evald… Celui qui est celui qui n’est pas… Gunnar Gunnarson, den vampyr… »
1910, quelque part en Bourgogne. Le suédois Gunnar Gunnarson et son épouse Marthe vivent dans une vaste demeure, une grande aile de château qu’ils louent. Ils confectionnent de magnifiques tenues pour des aristocrates, comme cette princesse prussienne qui vit en Suisse. Gunnar est celui qui est et celui qui n’est pas. C’est ainsi que le définit le géant Mopse, un tzigane qui arrive avec les siens dans la région. Gunnar est un vampire. Il a traversé les générations. Il a 36 ans depuis 650 ans. Marthe, elle, est une simple mortelle. Le village est frappé d’un mystère qui affole la population. De nombreuses bêtes sont retrouvées mortes, leurs têtes coupées ayant disparues. Pour Monsieur le curé, il est impossible que Gunnar soit responsable. Il a mis trop de temps à se faire accepter. Un prêtre qui fraye avec un vampire. Ça a de quoi mettre en pétard la mère de l’ecclésiastique.

Gunnar est un vampire à l’apparence tout ce qu’il y a de plus humaine. Lorsqu’on le croise le jour, nul ne peut soupçonner sa condition. Mais quand vient la nuit, nu sur les chemins de campagne, Gunnar se métamorphose. Il survole les champs et le village, et se nourrit du sang de victimes animales. La jeune Evelyne aimerait bien qu’il se délecte du sien, mais Gunnar est si bien au contact des mortels qu’il ne voudrait pas gâcher leurs relations. Ce n’est pas le cas de Gunnel, sa sœur jumelle, qui débarque et n’a pas le même rapport avec eux. Le frère et la sœur ne se sont pas vus depuis trois ou quatre siècles. Deux petites filles de ferme tout droit sorties de chez Marcel Aymé, une prostituée, un néandertalien, une sorcière ressuscitée, un chasseur colonial et son boy ramené de Guinée, entre autres, complètent les villageois.

Nombreux sont les auteurs de bandes dessinées qui ont tâté du mythe du vampire. D’Alberto Breccia à Joann Sfar en passant par Philippe Druillet, Bruno Maïorana ou Enrico Marini, tous ont apporté leur vision, fidèle ou réinventant la légende. Nicolas Dumontheuil a ceci d’original qu’il raconte l’histoire d’un vampire qui veut conjurer son sort. Alors qu’il est éternel, Gunnar veut redevenir humain. Un album de Dumontheuil, c’est un tableau de Bruegel. L’auteur aime les ambiances de village qu’il retranscrit à merveille comme dans Qui a tué l’idiot ou plus récemment Le meunier hurlant. Il met à l’honneur les gens qui marchent non pas forcément à contre sens mais à côté de la foule. Au niveau des couleurs, à la demande du dessinateur, Isabelle Merlet opte pour des camaïeux : jaune le jour, bleu la nuit, rouge pour la violence et vert pour le mystère.

Aucun album de Nicolas Dumontheuil ne ressemble au précédent. Cette revisite du mythe du vampire en dandy repenti, amoureux, ne déroge pas à la règle. Gunnar le vampire est une incroyable chronique villageoise… vraiment pas comme les autres. 1897, Bram Stocker écrit Dracula. 2026, Dumontheuil écrit Gunnar. Deux époques, deux ambiances, deux monuments.
One shot : Gunnar le vampire
Genre : Vampire
Scénario & Dessins : Nicolas Dumontheuil
Couleurs : Isabelle Merlet
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
ISBN : 9782808507585
Nombre de pages : 272
Prix : 29,95 €



