Destination finale
« -Bon… Tout le monde en place. On va tendre une embuscade au shérif Nine et ses hommes.
-Tous à vos postes !
-Qu… Quoi ?! Ne… Ne… Ne me laissez pas !
-Hank ! Sur le surplomb, Ice, dans les fourrés. Bulle ! Derrière ce rocher !
-N… Non ! J… J… J’veux pas ! J’a… J’a… J’arrête de jouer !
-Mais de quoi t’as peur, Jonas ? On va te libérer après, c’est juste un jeu. Y a même pas de trains aujourd’hui.
-J’m’en fiche ! J’veux plus jouer ! Je… Je… Je vais le dire à maman.
-Les gars ! J’échange de rôle avec Jonas. C’est moi le fils du Maire, maintenant. »
Attaché à des rails de chemin de fer par ses camarades de jeu, Jonas est mort de frousse. Pas de quoi avoir peur, on est jeudi, et le jeudi, il n’y a pas de train. Quand bien même, son frère Bulle propose de prendre sa place. C’est un jeu de rôles. Bulle est donc le fils du Maire pris en otage. Le shérif Nine et ses hommes sont disposés en triangle. Hank est sur le surplomb, Ice derrière le buisson et Fifty donne les ordres. Jonas, vexé, rentre chez lui. Hank, tenaillé par la faim, est parti chaparder une pomme en ville. Les autres, venant d’apprendre qu’il y allait avoir une exécution en ville, filent y assister, laissant Bulle ligoté. Pour que plus de monde puisse venir s’amuser à la pendaison de Warlock, Monsieur le Maire a fait affréter un train spécial. Mais ?… Nous sommes jeudi… Et normalement il n’y a pas de train le jeudi…

On imagine le drame inéluctable. La sentence de Warlock est suspendue car un gosse est mort. Terrassés par la culpabilité et craignant d’être considérés comme responsables, les enfants échafaudent un plan machiavélique. Une lettre signée du clan Warlock aurait été retrouvée trop tard, menaçant de tuer le fils du chef de gare si le hors-la-loi n’était pas libéré. La famille est ainsi pointée du doigt. La justice des hommes n’attend pas celle de la loi pour se venger. Entretemps, celui qui devait être pendu en a profité pour s’évader. Quelques années plus tard, un corps ligoté d’enfant est retrouvé sur les rails, puis d’autres, au même endroit. John Warlock serait-il de retour pour se venger ?

Tout commence comme un jeu… Tout se poursuit comme un drame. Après Mort Blanche, Kid Toussaint signe une nouvelle histoire sombre chez Grand Angle. Qu’est-ce qui est le plus tragique ? Le destin d’un sniper condamné à abattre l’ennemi ou celui d’enfants qui devront faire leurs vies d’adultes avec la responsabilité de la mort de l’un des leurs sur la conscience ? On ne compare pas les morts. Il n’y a pas d’échelle, il n’y a pas d’excusabilité. Coupables, Fifty et ses compagnons le sont. Devenus adultes, ils ne peuvent effacer le passé. Ils sont dans une « Destination finale ». On comprendra même pourquoi le titre est au singulier et non pas au pluriel. Ça a toute son importance. Le scénariste bâtit le scénario parfait, montant crescendo jusqu’à un final… historique.
Loin d’Animal Jack et de Mortelle Adèle dont elle a dessiné les premiers albums, Miss Prickly change de public et dramatise son trait, ne faisant aucune concession à la rudesse de l’Ouest américain en ce temps-là. Si graphiquement on peut ranger un album comme celui-ci à côté de ceux d’Alain Henriet, et en particulier La vallée des oubliées paru au Lombard, Miss Prickly se distingue avec ses cases en ombres chinoises qui cassent la structure de la planche en mettant une action en valeur. Elle utilise le procédé sans en abuser, donnant une tension inédite aux événements.

Histoire de secret, histoire de culpabilité, histoire de vengeance, Graine de vaurien est un western qui invite à se questionner sur la conséquence de ses actes. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à cacher.
Titre : Graine de vaurien
Genre : Western
Scénario : Kid Toussaint
Dessin & couleurs : Miss Prickly
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041115884
Pages : 128
Prix : 19,90 €



