Partition pour une meneuse de revue
« -Vous dites avoir trouvé le corps en arrivant ici il y a à peine une heure ?!
-Oui, inspecteur. Je suis Jean Omer, le directeur de ce cabaret, c’est moi qui vous ai appelé.
-Et vous savez qui c’est ?
-Bien sûr, c’est un trompettiste de mon orchestre Sergueï Drugayatserkov, un dissident russe.
-Monsieur Omer a toujours aimé aider les gens en détresse. Déjà pendant la guerre, avec les juifs…
-Z’êtes qui, vous ?
-Nini Cordy, notre meneuse de revue. »
Bruxelles 1949. Un homme court dans la nuit. Poursuivi, il se réfugie au cabaret Le bœuf sur le toit. Ce n’est pas par hasard. Il a juste le temps de laisser un message dans une partition à destination d’une certaine Nini avant d’être abattu par ses chasseurs. La victime, Sergueï, un trompettiste de l’établissement, dissident russe, a pu dissimuler la page arrachée du cahier mais l’empreinte de son écriture permet aux tueurs de comprendre que cette fameuse Nini va tout savoir. Un coup d’œil sur l’affiche leur permet de découvrir que Nini, c’est Nini Cordy, la meneuse de revue du cabaret où ils se trouvent. Le lendemain, la police arrive sur les lieux pour mener son enquête. Malgré le drame et le mystère, au cabaret, « The show must go on ! ».

A la faveur d’une gamelle comme elle le dit, Nini Cordy tombe, c’est le cas de le dire, sur le message de Sergueï. Au-dessus de la page de partition, ces mots : « Pour Nini Ne montrer à personne !! », juste au-dessus des notes de musique. Pourquoi cette partition ci et pas une autre ? Que cherchait à lui faire savoir le malheureux ? Voilà de quoi exciter la curiosité de l’artiste qui va rapidement devenir gênante pour les deux agents soviétiques qui ont assassiné le trompettiste. Nini habite encore chez ses parents. Entre sa vie de famille et son métier de chanteuse et danseuse de cabaret, la future grande star du Music-Hall mène l’enquête.

On connaît tous la carrière de la talentueuse Annie Cordy. Un cahier complémentaire revient sur ses débuts. Chanteuse, comédienne, un sourire incomparable, elle symbolisait la joie de vivre. En étroite collaboration avec sa nièce Michèle Lebon-Cooreman, le scénariste Bernard Swysen a la géniale idée de la transformer en héroïne de fiction, en Tintin en jupons. D’ailleurs, cet album ne serait-ce pas le meilleur album de Tintin depuis la mort de Hergé ? Trêve de plaisanterie, Nini Cordy 1949 entre dans la plus pure tradition de l’immortelle BD franco-belge. En pleine guerre froide, le récit mêle polar basé sur une anecdote historique, à savoir les engagements idéologiques du compositeur Dmitri Chostakovitch, et moments véridiques de la vie d’Annie Cordy. Héritier de l’école Martin, ayant déjà montré ses compétences sur cinq albums de Lefranc, le dessinateur Christophe Alvès prouve sa solidité. La maison dans laquelle Nini est retenue prisonnière ressemble énormément à celle du Professeur Bergamote dans Les 7 boules de cristal. Clin d’œil également aux Aventures de Rabbi Jacob lors d’un arrêt à la pompe. Aux couleurs, Drac accentue l’ambiance d’époque avec des tons tirant légèrement sur l’ocre.

Comédie de Gérard Oury, film d’espionnage de Jean-Pierre Melville, Nini Cordy 1949 est un hommage non seulement à une artiste populaire avec un P majuscule mais aussi à toute une culture du divertissement de l’après-guerre. On souhaite à Swysen et Alvès le même succès que Weber et Deville, et que, à l’instar de Kathleen, Nini Cordy devienne une héroïne de série.
Titre : Nini Cordy 1949
Genre : Polar
Scénario : Bernard Swysen
Dessins : Christophe Alvès
Couleurs : Drac
Éditeur : Anspach
ISBN : 9782931105559
Nombre de pages : 56
Prix : 16,50 €



