Une peintre à travers le siècle
« -Papa ?! Ce sont tous des tableaux de Tante Suzanne ?
-Oui… Presque tous.
-Pourquoi sa signature n’est pas toujours la même ?
-Au début, elle voulait bénéficier de la renommée de son grand-père, un célèbre sculpteur, et gardé son nom : Cordier.
-Oui, ça, j’ai compris, c’est pour ça qu’on va aller voir ses sculptures. Mais pourquoi elle a changé ?
-Attends… Laisse-moi me concentrer, je termine un mail…
-C’est quoi ce mail ? On a dit qu’on partait !
-Oui ! Oui ! J’ai fini ! J’envoie des bouteilles à la mer à différents membres de ma famille, pour recevoir des témoignages, des anecdotes, des photos, de Tante Suzanne… »
Robin Walter est un auteur de bandes dessinées. En ce moment, il recueille des informations sur Suzanne Drouet-Réveillaud, la sœur de son arrière-grand-mère, et dont le grand-père, Charles Cordier, était un sculpteur renommé dont on peut admirer des œuvres au Musée d’Orsay. Ce ne sera pas le seul artiste de la famille. Parmi eux, Suzanne naît à Paris en 1885. Très vite, elle montre des velléités pour le dessin. Plus tard, elle décide de passer le certificat de sténo-dactylographe afin d’aider financièrement ses parents. Encore un peu de travail et d’investissement et elle pourra préparer le concours d’entrée de l’atelier de peinture des Beaux-Arts qu’elle intègre de 1908 à 1913, sous l’œil avisé de Ferdinand Humbert.

Pendant la Première Guerre Mondiale, Suzanne exerce comme aide-soignante auprès des blessés. Plusieurs membres de sa famille se sont mariés, mais elle, elle a épousé la peinture. En 1919, elle vend plusieurs toiles lors d’un salon au Grand Palais. Douée, Suzanne obtient des bourses d’étude afin d’exercer et de développer son art à l’étranger, et plus particulièrement dans les colonies françaises de l’Afrique du Nord : un premier voyage en Tunisie, un suivant au Maroc où elle va vivre jusqu’en 1951 et où elle reviendra fréquemment. Suzanne se passionne pour les paysages et la population locale, trouve l’amour dans les bras d’André Réveillaud, à Fès, dans des circonstances particulières, l’homme étant en train de perdre sa femme malade. Toute sa vie, l’artiste poursuit ses voyages. Elle décède en 1970.

Robin Walter mène une véritable enquête policière pour retracer sans concession la vie et la carrière de son arrière-grand-tante. L’histoire de Tante Suzanne, c’est aussi l’histoire d’un siècle meurtri par les guerres et la colonisation. Au fil de l’art et de l’amour, l’artiste privilégie ses pinceaux qu’elle ne posera jamais, sauf dans ses dernières années, mais ne cessera jamais de dessiner.
Walter invite le lecteur à découvrir sa Tante avec lui, au fil des témoignages. Certaines recherches auraient pu être raccourcies, voire réservées à un cercle familial. Dans un encrage un brin épais, Walter réalise cependant le biopic le plus objectif possible.
En fin d’album, outre une postface de Marion Lagrange, maîtresse de conférences en histoire de l’art contemporain à Bordeaux, une galerie présente quelques tableaux de l’artiste dont on sait désormais tout de la vie.

Pourquoi certains artistes traversent-ils le temps et d’autres restent au second plan ? Trop avant-gardiste ? Trop émancipée ? Politiquement positionnée ? Suzanne Drouet-Réveillaud avait tout le talent pour que l’on parle encore de l’artiste aujourd’hui. Cet album réhabilite son travail de peintre avec toute la sincérité de son arrière petit-neveu Robin Walter.
One shot : Tante Suzanne Peintre orientaliste, pionnière des Beaux-Arts
Genre : Biopic
Scénario, Dessins & Couleurs : Robin Walter
Éditeur : Des ronds dans l’O
ISBN : 9782374181622
Nombre de pages : 240
Prix : 28 €



