De Ravensbrück à Bergen-Belsen
« -Debout ! Habillez-vous et préparez quelques affaires !
-Schnell !! Schnell !!
-Habille-toi, Lili, et prends des affaires, vite !
-Schnell !
-Robert, André, il faut vous habiller, vite !
-Mais j’ai encore sommeil, Papa…
-Moi aussi, mais nous n’avons pas le choix.
-Schnell !
-Schnell !
-Je suis prêt, Maman…
-Oh ! Mes chéris… Tout va bien se passer ! »
2015. Une dame se rend au commissariat de son quartier afin de déposer plainte pour vol par ruse. Au bout de quelques instants, l’officier qui recueille son dépôt reconnaît sa voix. Quelques années plus tôt, elle est venue dans son lycée pour témoigner de la guerre, de la déportation qu’elle a vécue. Ce combat contre la haine, le racisme et la discrimination, il ne l’a jamais oublié. C’est pour ça qu’il est devenu gardien de la paix aujourd’hui. Son histoire, Lili la raconte maintenant dans ce livre. Le cauchemar commence en 1943 lorsque sa famille est raflée, à Roubaix. Papa va être séparé du reste de la famille qui est déportée à Ravensbrück. Ils ne le reverront jamais. On va vivre avec Lili, sa mère et ses frères un voyage dans l’antre de l’indicible, toujours debout, jusqu’au bout.

Glaçants, certains passages sont glaçants. Chaque livre sur le sujet raconte une nouvelle barbarie nazie. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Prisonnière pendant deux ans dans des conditions cauchemardesques d’horreur et d’insalubrité, Lili a été témoin des pires exactions. L’album est divisé en deux parties distinctes de tailles comparables, ce qui est assez rare. Souvent, dans ce genre de bouquins, le récit s’arrête au moment ou bien quelques jours après la libération des camps. Celui-ci accorde autant d’importance à la difficile gestion de la libération des camps et au retour à la vie de la famille Rosenberg jusqu’à nos jours, avec cet instant charnière où, entendant à la radio une ineptie débittée par le négationniste Robert Faurisson en 1980, Lili s’est sentie le devoir de témoigner, de raconter aux nouvelles générations ce qu’il s’est passé, la vérité, pour qu’à leur tour ses auditeurs puissent la transmettre aux générations futures.

Après Chroniques de Francine R., résistante et déportée, Boris Golzio raconte la vie d’une autre déportée. D’abord réticente à voir son récit adapté en bande dessinée, un format pour les enfants (!), Lili Rosenberg s’est rendue compte de la puissance du média. Dans un semi-réalisme en niveaux de gris et des touches de rouges pour les scènes violentes, Golzio met des images poignantes sur les paroles de Lili. Les yeux des déportés sont souvent cachés, comme s’ils portaient parfois un bandeau, symbole de l’anonymat dans lequel les nazis les ont plongés, remplaçant leurs noms par des numéros. Parce qu’il n’était pas possible de voir ces scènes de mort avec les couleurs de la vie, les véritables couleurs n’apparaissent que dans les séquences contemporaines.
En fin d’album, des historiens, dont André, le plus petit frère de Lili, étayent le propos avec leurs analyses de la situation.

Survivre et réapprendre à vivre, rester debout et témoigner pour que l’oubli ne prenne pas de place, pour que l’Histoire ne recommence pas : voilà tout le sens du témoignage de Lili Keller Rosenberg. Un album indispensable au devoir de mémoire.
Titre : Lili, toujours debout, jusqu’au bout !
Genre : Drame historique
Scénario : Boris Golzio & Lili Keller Rosenberg
Dessins & Couleurs : Boris Golzio
Éditeur : Glénat
Collection : 1000 feuilles
ISBN : 9782344058800
Nombre de pages : 240
Prix : 25 €



