Le fast-food qu’il vous faut
« -C’est pas l’heure du déj’ ?
-On s’arrêterait pas pour manger un bout ?
-J’ai bien la dalle, moi…
-On a faim ! On a faim !
-On a faim ! On a faim ! »
L’autoroute des vacances est bien encombrée. Dans les voitures, les ventres commencent à gargouiller. Les enfants sont énervés. Il faut chaud. Les automobiles font du touche-touche. Ne serait-ce pas le bon moment pour faire une halte dans un resto en bord de bretelles. Lequel choisir ? Le Very Good Tripes, la Fontaine d’Aligot, le Korean BBQ ou le Club Sushi ? Et pourquoi pas le Donny Diner, avec son ambiance country ou rockabilly ? Le patron et ses employés y attendent impatiemment les clients. Gauthier, le serveur en rollers, est prêt à prendre les commandes. En cuisine, Mylène teste de nouvelles présentations de plats. Chantal revient avec les nouvelles commandes du patron : des décors pour le resto direct from the United States of America. Armé de jumelles, Monsieur Ludovic, le boss, scrute l’arrivée du chaland. Rien… Pourquoi ?… On n’est pas loin de mettre la clef sous la porte. Soudain, c’est le branle-le-bas de combat. Des clients ! Des clients arrivent ! Vite ! Tout le monde à son poste !

Un couple et leur fils s’installe à table. Pour les servir, on sort le grand jeu. Le patron a enfilé son costume d’Oncle Sam. Vont-ils choisir des frites faites avec de la pomme de terre Yukon Gold, plébiscitée par les géants de la conquête de l’Ouest comme John Wayne ? Le show à roulettes de Gauthier fera-t-il son effet ? Au contraire, c’est tellement too much qu’on est en plein naufrage type Titanic. La famille prend ses jambes à son cou sans consommer. Tant d’efforts pour ça ! Autant donner du bacon à des cochons ! La sanction ne tarde pas à tomber sur les réseaux : une étoile sur quatre avec un commentaire assassin. Il est temps de faire un bilan pour tenter de remonter la pente.

Donny Diner veut faire goûter l’Amérique à ses clients, comme la chaîne de restos Memphis, qui existe en vrai. Sauf que le Donny Diner ne marche pas. Pochep met en scène un western culinaire, avec des plans que n’auraient pas reniés John Ford ou Sergio Leone. Il y met un soupçon de Tim Burton dans les délires déjantés de ses personnages. Le fast food a tout d’une maison hantée à la Beetlejuice sauf que tout y est bien réel. Peu à peu, les personnages se dévoilent et laissent apparaître toute leur sensibilité. Ludovic voulait vivre dans le fantasme d’une Amérique rêvée. Il réalise qu’on ne peut pas imposer ses souvenirs aux autres. Mylène revit la madeleine de Proust que l’on a tous vécu du sandwich resté au fond du sac, que l’on mange le soir à la maison et qui permet de revivre sa journée de sortie scolaire. Gauthier retrouve les moments passés avec sa tante férue de pâtisserie et d’astrologie. Pochep est le marionnettiste de cette petite communauté si attachante. Avec cet album, il montre que ses bouquins ont leur place dans les bibliothèques à côté des albums de Ferri et des premiers Larcenet. Allier humour et tendresse, ce n’est pas donné à tout le monde. Dans une mise en couleurs originale, en nuances de gris avec quelques scènes justifiées en couleurs, Pochep signe un album remarquable avec un final qui surprendra tout le monde, lecteurs comme personnages.

Donny Diner est un fast food qui a le goût d’un 4 étoiles. Ça a l’allure d’une couillonnade, c’est une petite perle d’humour et d’émotion qui se déguste.
Titre : Donny Diner
Genre : Humour émotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Pochep
Éditeur : Dargaud
Collection : Cantina
ISBN : 9782205212778
Nombre de pages : 168
Prix : 23,95 €



