London Kids
« -Je te reconnais ! C’est toi qui travailles dans la vitrine de chez Warren, la manufacture de cirage ! Comme un esclave ! Moi, je suis libre… Libre comme une alouette de la Tamise !
-Oui !… Nous sommes les Mudlarks, les alouettes de la Tamise ! »
Londres, 1824. Dans un quartier des bas-fonds de la ville, un garçon s’enfuit de chez son père. Ce dernier le force à tremper dans ses combines, sinon son corps pourrait finir dans la Tamise. Comme celui de sa mère ? C’en est trop pour lui. Le gamin brandit un couteau devant son père et prend la tangente sous les menaces de celui-ci. Oliver, c’est son nom, va vivre dans la rue, avec d’autres gamins perdus. On les appelle les Mudlarks, les alouettes de la Tamise, qui survivent en glanant ce qu’ils trouvent dans les boues du fleuve, ce qui tombe des bateaux qui déchargent leur cargaison. David et sa petite sœur Amy sont de passage. Aujourd’hui, les rejoint Charles. Dans leur repaire, la vie est belle : pas d’adultes, pas de corvées, pas de raclées, et on n’a peur de personne.

Du haut de ses trois pommes, Charles Dickens se présente comme apprenti écrivain. Dimanche, il se rend à Marshalsea pour rendre visite à son père qui croupit en prison pour une dette de 40 livres et 10 shillings. Si ce n’est pas malheureux. L’homme confie à son fils un médaillon afin qu’il essaye de voir ce qu’il pourrait en tirer chez un prêteur, mais pas un mot à sa mère, elle le lui a offert en cadeau pour leurs dix ans de mariage. Dans tous les cas, que le gosse ne compte pas faire des études, la famille aura trop besoin d’argent. Charles rejoint ensuite les Mudlarks dont il fait désormais partie. La vie de vagabond n’est pas de tout repos. Vivre, survivre, et échapper au père d’Oliver, l’apprenti écrivain découvre ce qui sera le cœur de sa littérature.

On connaissait les enfants perdus de Peter Pan. Voici un autre groupe de petits britanniques. Dans le Londres du XIXème siècle, pas celui du palais royal et des beaux quartiers, mais celui que connait la majeure partie de la population, quatre enfants se font leur place dans une jungle, moderne pour l’époque. Philippe Charlot intègre Charles Dickens dans cette fiction inspirée de la vraie vie malheureuse de l’auteur. Son père en prison, il y a été. La précarité, il l’a connue. Charlot l’imagine rencontrer un Oliver et un David, certainement Twist et Copperfield. Dans un style graphique de la même famille que Cyrille Pomès, Manu Cassier dépeint les ruelles humides et les berges sales où se côtoient légumes pourris et cadavres flottants. Dans les yeux des enfants, l’espoir et l’optimisme tranchent avec le décor dans lequel ils évoluent. Une belle leçon de vie.

Mudlarks, Charles Dickens, apprenti écrivain, est un one shot qui réunit tous les ingrédients pour devenir le départ d’une série d’époque, si le succès est au rendez-vous. L’album se suffit en tous cas à lui-même pour un voyage immersif dans le temps au cœur de l’Angleterre du peuple. Ça donne envie de (re)lire Dickens.
Titre : Mudlarks, Charles Dickens apprenti écrivain
Genre : Aventure
Scénario : Philippe Charlot
Dessin & couleurs : Manu Cassier
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041116652
Pages : 64
Prix : 16,90 €



