Affrontements démoniaques
« -Rebecca Stillborn n’est plus et pourtant c’est un nouvel échec !! Je suis si las de cette non-existence…
-Remerciez plutôt le ciel… Becky encore vivante, c’est ma vengeance que je savourerais en ce moment.
-Ah ah ah !! Vous m’en voulez toujours depuis la faillite de ce petit rituel !! Pourtant au lieu de sacrifiée et morte, vous êtes éternelle. «
Avant de se plonger dans la dernière partie de la trilogie Becky Stillborn, un petit rappel est nécessaire. L’histoire commence dans le Sud de l’Angleterre, à Brighton, en 1886. Lady Stillborn découvre les cadavres décharnés de son oncle et de ses domestiques. Si maintenant l’horreur touche les aristos, les affaires se compliquent. Rebecca Stillborn, dite Becky, enquête aux côtés de l’inspecteur Isaac Jack, adepte des combats à mains nues dans les tripots des faubourgs et porté sur l’alcool depuis qu’il a perdu sa femme et le bébé qu’elle portait dans des conditions particulièrement macabres. Après l’incendie de la maison du tonton, Becky, interrogée par un juge virulent, doit répondre à cinq chefs d’accusation : importation de produits non approuvés par l’autorité de médecine britannique, administration de substances non autorisées, expérimentation sur des êtres humains, erreur médicale et homicide. Avec un petit coup de pouce de ses pouvoirs qu’elle ne maîtrise pas complètement, elle parvient à sortir de ce mauvais pas pour reprendre son enquête, avant que Jack, sous influence démoniaque, ne l’arrête dans son élan.

Ce dernier épisode débute en 1888 à Whitechapel, un an après les événements précédents. On y retrouve l’inspecteur devant le cadavre d’une prostituée. D’Isaac Jack à Jack the ripper, il n’y a qu’un pas. Personne n’est qui l’on croyait qu’il était, et l’on va apprendre à se méfier des apparences. On pensait que l’énigme trouverait sa source dans les faubourgs de Londres ou de Brighton, on découvre qu’il faut remonter au IIIème siècle avant Jésus-Christ en Mésopotamie, quand une sorte de prêtre sacrifie un lapin devant une gamine enchaînée. Vingt-deux mille ans plus tard, les deux ennemis se font face pour un jeu d’échecs démoniaque. Ces deux là tirent bien des ficelles. Alors que tout le monde pensait Becky Stillborn six pieds sous terre, cette dernière compte bien en profiter pour déjouer les manigances politico-démoniaques qui se trament dans l’Angleterre victorienne.

La trilogie Becky Stillborn est un excellent polar fantastique finement construit, machiavélique, aux rebondissements constants et aux virages imprévisibles. Les amateurs de thriller et de fantastique se retrouveront dans cette histoire digne des meilleurs scénarios du genre, dont Jean Dufaux était l’un des chantres dans les années 80-90. On sent qu’Arnaud Michel en a sous le coude et on regrette que certains indices ne soient pas plus développés, comme l’événement dans l’antique Mésopotamie. Le scénariste détourne le mythe de Jack l’éventreur. Régis Loisel l’avait magistralement fait dans Peter Pan. Arnaud Michel propose une version très différente, inédite, et tout aussi originale. Au fil des tomes, le style graphique de l’auteur s’est affiné et enrichi, avec quelques planches incroyables comme par exemple celles de la fuite de Becky de la soirée ou de l’accident de carrosse, aux découpages exemplaires. D’autres séquences sont en doubles planches avec incrustations. Aucun détail n’est négligé.

En trois tomes, grâce à Becky Stillborn, paru chez de micro-éditeurs, on a assisté à la naissance d’un solide auteur de bandes dessinées. Si avec cette « carte de visite », Arnaud Michel ne signe pas chez une grande major, c’est à n’y rien comprendre.
Série : Becky Stillborn
Tome : 3 – Le nourrisson des cendres
Genre : Polar fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Arnaud Michel
Éditeur : Inanna
ISBN : 9791097349783
Nombre de pages : 80
Prix : 17 €



