Jadis, la Corse…
« -Regarde, Ursulina ! On a des truites !
-C’est très bien ! Va les donner à Calasima, il les préparera pendant qu’on va à la messe.
-Pas la messe !
-Allez vous préparer ! J’ai sorti vos habits du dimanche.
-Et pourquoi Calasima il est pas obligé d’aller à la messe, lui ?
-Parce que quand on est adulte on peut décider de ses croyances. Et quand on est enfant on écoute Ursulina ! »
Fin XIXème, quelque part au cœur de la vallée du Niolu, en Corse, des lavandières nettoient du linge dans le courant de la rivière pendant qu’en amont deux enfants pleins de boue se lavent. L’eau sale coule jusqu’aux femmes furieuses que leur linge soit à nouveau souillé. Tout ça fait bien rigoler les gosses qui s’enfuient de l’autre côté du cours d’eau en leur tirant la langue. Marta et Léon rentrent au village avec le butin de leur pêche. Leur amie Ghjuvanna leur donne un panier de « frappe », des gâteaux corses qui font le délice des gourmands de tous âges. A la maison, Ursulina les envoie mettre leurs habits du dimanche pour la messe… à leur grande joie.

Marta a une douze ans et c’est son anniversaire. Elle est une enfant trouvée. Au retour de la célébration, une surprise l’attend à la maison. Ses oncles sont de retour au village. Ses parents lui offrent une jolie robe et un superbe livre de Robert Louis Stevenson : L’île au trésor. Les tontons ont un cadeau bien spécial : un grand couteau ayant appartenu à un bandit du Sud qu’ils ont attrapé le mois précédent. La soirée s’annonce passionnante car ils vont leur raconter comment. Marta a douze ans, elle n’est plus une petite fille, avec toutes les conséquences que cela engendre. Sa vie risque de changer, mais elle n’a pas l’intention qu’on lui dicte son destin.

Après les déboires de la famille Bughjardelli dans Back to paese qu’elle va poursuivre en parallèle, Léa Maurizi est de retour avec une nouvelle série tendre et historique. Trouvant sa source dans la vie de Marthe Piarchi, femme bandit qui vécut dans la région de Bocognano à la fin du XIXème siècle, Marta et les bandits est inspirée de cette Calamity Jane. Léa Maurizi y a insufflé des éléments de son histoire familiale, un de ses ancêtres ayant pris le maquis. Toute la genèse de l’histoire est détaillée dans le cahier graphique en fin d’album, aux côtés des travaux préparatoires dévoilant les méthodes de travail de l’autrice. Dans son style graphique, l’autrice dépeint des décors dans une somptueuse esthétique « naïve ». Le village de Casamaccioli en 1884 est particulièrement touchant. L’ensemble de l’album a été réalisé sur tablette graphique, ce qui a permis à la dessinatrice de tester avec succès quelques effets informatiques comme les décors flous dans certains arrière-plans mettant en valeur les personnages.

Marta et les pirates est un véritable dépaysement dans l’espace et dans le temps, un retour aux sources qui fleure bon les histoires du soir et la déconnexion. Les chanceux qui habitent l’île ou qui l’ont visité sentiront même les herbes du maquis. Dans les milieux intellectuels, on appellerait ça l’album de la maturité, c’est tout simplement l’excellent premier tome d’une trilogie au cœur de la Corse profonde dans un temps jadis magnifiquement dépeint aussi bien dans le fond que dans la forme.
Série : Marta et les bandits
Tome : 1
Genre : Aventure
Scénario, Dessin & Couleurs : Léa Maurizi
Éditeur : Corsica Comix
Collection : Orizon Grafic
ISBN : 9791092481341
Nombre de pages : 80
Prix : 20 €
© Maurizi – Corsica Comix



