Les autopsies du Docteur Boxho
« -Bon, on est bien d’accord. Tu me suis. Tu poses tes questions. Mais tu ne me saoules pas. Et surtout, tu restes discret. Pas de photos.
-Ok. T’inquiète, je suis pro ! Pro, je te dis…
-Voilà. Pro, c’est ça. »
Pour son nouvel album de BD, Pierre quitte l’Amérique d’Autant en emporte le vent pour la Belgique d’autant en emportent les autopsies. Il rejoint le célèbre médecin légiste Philippe Boxho à Liège pour le suivre pendant quelques jours au cœur de son métier. Il ne faut pas traîner, un corps les attend sur une scène de crime, a priori tué par balle. Il a un trou dans la poitrine. Il y a l’orifice d’entrée mais impossible de trouver la sortie. On va l’ouvrir de tous les côtés pour trouver la balle. Le cadavre est allongé sur le ventre en salle d’autopsie. Un enquêteur, un photographe scientifique et un assistant du légiste sont présents. Il va falloir poser son cerveau de côté pour ne pas tomber dans l’émotion et s’accrocher le cœur et l’estomac bien fort pour ne pas tomber dans les pommes. C’est parti.

Les incisions au scalpel permettent de soulever les peaux. On détache ensuite les masses musculaires. Le Docteur fait ça en toute sérénité, mais le dessinateur ferait déjà bien une pause. Et ils n’en sont pas encore au moment de la trépanation où l’on découpe le crâne pour voir l’état du cerveau. Au fil des jours, le légiste va lui apprendre les rudiments du métier et lui raconter tout un tas d’anecdotes aussi glauques et cocasses les unes que les autres. La cause d’un décès n’est pas toujours celle que l’on croit, comme pour ce type qui a tenté de se suicider en se pendant et en se tirant une balle dans la tête en même temps. Il se loupe et meurt le crâne fracassé par terre. Une expérience sexuelle avec un manche à balai qui tourne mal prête à sourire tandis que la découverte des cadavres de deux sœurs âgées blotties l’une contre l’autre est un grand moment d’émotion.

On connaît Philippe Boxho pour ses participations régulières aux Grosses têtes sur RTL et au podcast Legend. Grâce à Pierre Alary, on découvre son quotidien et son travail au plus près des cadavres. Si le médecin semble stoïque en exerçant sa profession, c’est qu’il a appris à prendre du recul et à se blinder. On imagine comment les débuts du « reportage » de l’auteur ont dû être difficiles. Il rend représentables des scènes qui auraient été insupportables en photographies. On a quand même parfois des haut-le-cœur à certains moments, mais on s’accroche tellement Boxho est un passionnant pédagogue dans ses explications. Il exerce un métier nécessaire. Il n’est pas un super-héros. La scène finale démontre avec une émotion non dissimulée qu’il est un homme comme les autres.

Post Mortem, un corps a encore tant de choses à raconter, que ce soit pour la justice ou pour avoir une explication du décès. Philippe Boxho et Pierre Alary décomplexent le rapport à la mort, ou tout du moins aux cadavres dans un étonnant album de BD qui pourrait ne pas être qu’un one shot.
Titre : Post Mortem
Genre : Reportage
Scénario : Philippe Boxho & Pierre Alary
Dessins & Couleurs : Pierre Alary
Éditeur : Kennes
ISBN : 9782931300633
Nombre de pages : 112
Prix : 22 €



