Les larmes d’une vie
« -Qu’est-ce que vous faites là, Monsieur ?! Sortez vite ! Qu’est-ce que vous portez ?
-Mes… Mes albums photos…
-Jetez ça et quittez l’immeuble !! »
Une semaine extravagante ! A la suite d’un incendie dans son immeuble, Didier ne se doutait pas qu’il allait passer une semaine extravagante synonyme de grand bouleversement dans sa vie. Tout commence une nuit par l’explosion de la verrière du dernier étage à cause d’un feu sur le palier du cinquième. Les pompiers arrivent. Il faut évacuer. Mais d’abord, prendre ce que l’on ne voudrait surtout pas voir brûler. Didier attrape ses albums de photos. Les habitants se retrouvent sur le trottoir pendant que, en dix petites minutes, les pompiers anéantissent l’incendie. Chacun va pouvoir rentrer chez soi.

Le lendemain, en regardant les photographies, le jeune homme remarque que sur chacune d’entre elles il composait un personnage, un joyeux drille avec un masque de clown. Pour cacher quoi ? Et son père, qui fixe toujours l’objectif avec un regard d’acier, comment se fait-il que sur un cliché pris trop tôt il ait un regard de désarroi, celui qu’il cachait à sa famille, trois semaines avant sa mort ? L’étalage de mensonges des albums, cette imposture méthodique, provoque chez Didier une telle sensation de dégoût qu’il décide de les mettre à la poubelle. Plus tard, par la fenêtre, il remarque qu’une voisine les récupère. C’est le début pour le héros d’une semaine d’introspection : la mort d’un ami (mais lequel ?), une visite chez sa sœur, les moments de partage avec son neveu, le retour vers le passé, et surtout la recherche spirituelle du père.

Dans cet album autobiographique paru avant L’année fantôme et Le cahier à spirale et réédité pour la première fois en couleurs, Didier Tronchet commençait son analyse familiale et l’étude de ses rapports avec son père. Dans une postface indispensable, l’auteur écrit une lettre ouverte au yéti, celui de Tintin au Tibet en personne, qu’il a rencontré à ses 8 ans, une trace profonde au fond de lui. Tronchet voyait en lui la figure paternelle qui lui avait été arrachée. L’homme des neiges, que l’on ne peut qualifier d’abominable, a fait ainsi office d’image lisible et rassurante sur l’abstraction, le non-dit et le gouffre affectif de la disparition prématurée du papa du dessinateur.

Quand un événement anodin, ici un incendie pas grave, est le déclencheur d’un voyage de huit jours permettant d’en apprendre tant sur soi, ça donne Le fils du yéti, partage oh combien émouvant d’un auteur dans l’intimité de sa vie avec, comme sait si bien le faire Tronchet, autant d’humour que de tendresse.
Titre : Le fils du yéti
Genre : Biographie
Scénario, Dessins & couleurs : Didier Tronchet
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203300118
Nombre de pages : 208
Prix : 26 €



