Une vie de marin
« -Eh, petit, tu ne sais pas dire bonjour ?
-Bonjour, monsieur.
-Pas comme ça ! Le salut militaire se fait en portant la main droite les doigts joints à hauteur du bonnet. Pour une première fois, ce n’est pas trop mal ! »
Léon, le grand-père marin de Frédéric Bihel, a toujours écrit. Alors, quand sa tante lui confie les souvenirs de l’intéressé, la vie d’un homme disparu en 1989 à 72 ans, l’auteur de bande dessinée les archive précieusement. C’est quand il apprend que son petit-fils s’appelle Léon que commence à germer l’idée de faire un livre des témoignages de l’aïeul. Repousser, attendre, décaler, fin 2024, Bihel commence l’inventaire des papiers de son grand-père. Le premier souvenir entre les deux hommes date de juillet 1965. Sur une photographie, Léon tient dans ses bras un bébé de cinq mois : c’est Frédéric. C’est cette année-là que le maître principal timonier a fait valoir ses droits à la retraite.

Raconter la vie de quelqu’un, c’est raconter une histoire à partir de fragments, de morceaux… et aussi de ce qu’il manque. Léon était timonier, c’est-à-dire responsable de la barre, sous les ordres du commandant, et matelot breveté chargé de l’envoi des signaux, du sondage et de la veille aux côtés des officiers. Avant cela, il avait commencé à la caserne des Pupilles de la Marine, avant d’intégrer l’école des mousses à Brest, au grand dam de sa mère qui avait peur que la mer lui prenne son fils. Frédéric retrouve toutes les affections de la carrière de son grand-père. En avril 1940, il est à bord du contre-torpilleur Maillé-Brézé qui se fait torpiller. Il en ressortira vivant, au grand soulagement de sa femme, qu’il appelle Mouette, et avec qui il s’est marié deux ans plus tôt. Entretemps, ils sont devenus parents. Pour l’instant, alors que l’armistice est signé, Léon est en convalescence en Angleterre. Pour lui, comme pour tout le monde, ce n’est que le début d’une tragédie qui va durer jusqu’en 1945.

Après Les crayons, Frédéric Bihel poursuit son introspection familiale avec l’histoire de son grand-père qui a vécu une vie de roman. Frédéric est presque un Théodore Poussin à la recherche d’un Léon Capitaine Steene. Comme dans A la recherche de l’homme sauvage, l’auteur ne peut cacher son amour pour Tintin et l’œuvre de Hergé, en voyant dans l’Alidade, chalutier dont Léon fut commandant, l’allure du navire polaire Aurore dans L’étoile mystérieuse. L’album au format carré relève du livre illustré, mi narratif, mi épistolaire. Le dessinateur va même jusqu’à imaginer une rencontre entre son grand-père à l’époque et lui-même. Le trait crayonné grisâtre, avec des contours bleus est la caractéristique du graphisme de Bihel pour ce livre qui est aussi une histoire de guerre à ranger avec les bandes dessinées sur la Seconde Guerre Mondiale. Ce bleu est à la fois le symbole de la mer, de la Marine, des yeux de Léon, mais c’est aussi le bleu du carnet dans lequel Bihel a pris ses notes et celui du stylo plume trouvé au fond d’une des boîtes de souvenirs de Léon.

Léon n’est pas une biographie, c’est le témoignage d’un marin pendant la Seconde Guerre mondiale, mis en image par son petit-fils pour qui il n’est pas un militaire parmi tant d’autres, mais tout simplement Pépé.
One shot : Léon Les écrits retrouvés de pépé
Genre : Biopic
Scénario, Dessin & Couleurs : Frédéric Bihel
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754846592
Nombre de pages : 176
Prix : 23 €



