« La nuit éclaire ce que le jour dissimule. »
« -Regarde cette nuit. Il fait si noir qu’on voit seulement les étoiles.
-On a vu deux étoiles filantes.
-Et un accident.
-On va dormir ? La balade au bord de l’eau m’a épuisée. Tu viens ?
-J’arrive. »
Comme tous les soirs, comme de tous temps, le soleil s’endort derrière l’horizon. Le jour laisse place à la nuit dont les habitants sortent de leurs cachettes. Hiboux et chauves-souris prennent leurs envols pendant que l’homme se réfugie dans sa tanière, autrefois une grotte, aujourd’hui un appartement. Certains y trouvent le repos, d’autres voient leurs angoisses et la mélancolie envahir leurs pensées. La nuit est un lieu de contrastes. L’avantage de l’obscurité, c’est qu’elle permet de dévoiler les étoiles. La nuit fait partie du cycle naturel des choses. Une biche se fait heurter par une voiture et c’est la fin de sa vie.

Par chance, les occupants de l’automobile n’ont rien. Un couple s’arrête pour s’assurer que tout va bien. Ils sont là car ils ont loué une cabane pas loin, à l’écart du tumulte et de la pollution de la ville. Pas facile de trouver le sommeil quand on n’est pas dans son environnement. Chaque bruit semble être une menace et peut faire remonter à la surface des peurs d’enfant, ces nuits où les plantes envahissent l’espace et où l’on rencontre des faunes, êtres de la forêt aussi mystérieux qu’inquiétants, où l’on est élève dans une école bizarre et où l’on se recouche dans son lit au milieu des arbres.

« La nuit est l’état naturel de l’univers ; c’est de jour que les anomalies surviennent. » Cette citation de Jean-Paul Sartre reproduite en postface synthétise idéalement le propos de l’album. L’autrice espagnole Laura Pérez n’écrit pas et ne dessine pas une histoire. Elle créé une ambiance, une ambiance nocturne, cela va de soi. Entre rêve et réalité, on ne sait pas toujours où l’on est. Pérez convoque David Lynch et Guillermo Del Toro pour une expérience qui pourrait être sortie de leurs films. Dans Nocturnos, le temps ne passe pas de façon linéaire. Il se recycle. Il n’y a pas de début, il n’y a pas de fin. Laura Pérez invite à la méditation.

« Plus rien ne s’oppose à la nuit, Rien ne justifie » chantait Alain Bashung. Chez Laura Pérez, rien ne s’y oppose non plus. Au contraire, tout s’y retrouve, sans qu’on ne ressente le besoin de tout justifier. Nocturnos est une ode à la nuit.
Titre : Nocturnos
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Laura Pérez
Éditeur : Morgen
ISBN : 9782387250179
Nombre de pages : 192
Prix : 24,90 €



