Drame victorien
« -Professeur Meriwether !
-Tenez ! Attrapez ! Un petit cadeau de ma part, professeur, pour ne pas avoir renvoyé mon frère. Merci encore.
-P… Pensez-vous…
-Maintenant, je comprends pourquoi tout le monde vous apprécie. D’habitude, les gens d’ici ne sont pas les plus faciles.
-Vous croyez ?
-J’en suis sûr. Les marins et les fermiers, c’est des têtes de mule. Et par ici on ne trouve que ça. »
Un homme se réveille après un cauchemar dans lequel, enfant, il se retrouvait sous les flots. Après s’être débarbouillé, il quitte son logement de fonction pour gagner, à pied, son lieu de travail. Lyndon Meriwether est instituteur. Avant, il habitait la ville. Alors, se retrouver à travailler sur une île, ça lui change. Mais c’est lui qui a voulu quitter la frénésie de Londres pour la sérénité de la campagne. A l’école, Miss Murray s’occupe des filles, lui enseigne aux garçons. Parmi ses élèves, Gavin McKay n’a pas les codes de toutes les bonnes manières. Lorsque Lyndon en réfère à son grand frère Elliot qui vient le chercher après la classe, l’enseignant semble troublé par la rencontre qu’il vient de faire.

Entre des cauchemars liés à son enfance et l’émotion qu’il ressent chaque fois qu’il croise la route d’Elliot, Lyndon est perclus de sentiments refoulés. Que ferait un agriculteur dans la force de la jeunesse avec un homme cultivé comme lui ? Il est peu probable que les ressentis soient réciproques. Pour les habitants de l’île, qu’ils soient paysans ou marins, il faut vivre avec la rudesse des éléments et du climat maussade. Un cheval noir, le kelpie, tenterait de noyer ceux qui se rapprochent de la mer. Une vieille dame habitant seule serait une sorcière. Le jour où Gavin va disparaître après s’être approché trop près d’une falaise, l’île toute entière va se retrouver en émoi. Il y a peu de chances qu’il ait survécu, mais tant que l’on n’a pas retrouvé son corps, l’espoir est permis.

Irene Marchesini et Carlotta Dicataldo racontent l’histoire d’un héros malgré lui en la personne du professeur Lyndon Meriwether. L’aventure victorienne est un récit de sentiments refoulés -seront-ils un jour assumés ?- et de fausse culpabilité. En choisissant de changer de vie, Lyndon fait sa thérapie. Il tente de soigner son enfance et, en même temps, se trouve confronté à son homosexualité difficile à montrer au grand jour à l’époque, dans l’Angleterre du XIXème siècle. En manga, on aurait appelé cela un boy’s love. Mais cessons de caractériser les livres comme cela. C’est une histoire d’amour, tout simplement. Quand on arrivera à ça, c’est que les gens comme Lyndon pourront vivre leur vie, tout simplement. Irene Marchesini fait durer les suspens jusqu’aux derniers moments. Carlotta Dicataldo réalise un album impeccable, tant au niveau des personnages, des couleurs, que des décors immersifs.

Emily Brontë aurait pu signer cette histoire, elle qui a écrit dans les Hauts de Hurlevent : « Aussi ne saura-t-il jamais comme je l’aime, et cela non parce qu’il est beau mais parce qu’il est plus moi-même que je ne le suis », phrase que Lyndon aurait pu prononcer. Avec grâce, intrigue, classe et beauté, voici un de ces grands récits qui font avancer les mentalités.
Titre : Lyndon
Genre : Emotion
Scénario : Irene Marchesini
Dessins & Couleurs : Carlotta Dicataldo
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808215565
Nombre de pages : 208
Prix : 24,95 €



