Une révolution
« -Oui, je suis rassuré… Mais fait quand même attention, Yveline ! On ne sait pas comment ça peut tourner ! Bon, je file de ce pas rassurer tes parents… Hier soir, avec ce qu’ils ont dit à la radio, ta maman se faisait un sang d’encre…
-C’est la rrrévolution, Jacques-Henrrri !
-Hooo, on ne va pas me décapiter tout de suite, si ?
-Hahaha ! Les moujiks entourent déjà le château !
-Calme-toi, mon vieux… C’est une poignée d’étudiants énervés qui font les marioles ! »
1er Mai 1968, le défilé annuel est perturbé par des affrontements entre le service d’ordre de la CGT et les mouvements étudiants qui grondent depuis le mois précédent. L’extrême-droite se mêle au trouble, ainsi que leurs opposants militants maoïstes. Le lendemain, un incendie est déclenché à la Sorbonne. A Nanterre, les étudiants de gauche se préparent à une attaque de la droite dure. C’est d’abord à la répression policière qu’ils devront faire face. Pour tenter de calmer le jeu, le président de Gaulle décide de la fermeture de l’Université de Nanterre à partir du 8 Mai. Depuis la campagne, certains adultes voient ces étudiants gauchistes comme des gens qui sont contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre.

A Larroque et Castelnau-sur-Garonne, dans le Sud-Ouest, Monique n’est pas loin d’accoucher. Entre un père, directeur d’usine, et celui de son futur enfant, instituteur communiste, elle tente de faire tampon. Sa copine Yveline fait ses études à Paris. Ses parents s’inquiètent, elle, pas du tout. Dans ce petit coin du Tarn-et-Garonne, l’amphi des jeunes, c’est le stade. Ils vont voter pour savoir s’ils continuent le rugby de situation. Les gradins deviennent un lieu de débat. En solex ou en 2 CV décapotée, les jeunes avancent avec le slogan « Sous la pelouse la plage ». Etudiants, travailleurs, paysans, rugbymen, même combat ! Ils sont réalistes et demandent l’impossible. Les fleurs peace and love décorent le béton. La révolution aboutira-t-elle à une évolution ?

Fin du triptyque Les vents ovales, Mai 68 montre que l’Histoire avec un grand H, ça ne se passe pas qu’à Paris. Au travers du destin de membres de deux générations, les auteurs nous offrent un voyage dans le temps, une immersion au cœur de la révolte vue par le prisme de la campagne. Aude Mermilliod et Jean-Louis Tripp expliquent que malgré les événements la vie continue malgré tout. C’est inéluctable. La distance avec le cœur de l’action n’empêche pas chacun d’apporter sa pierre à l’édifice. On pourrait penser que le rugby aurait mérité plus de place pour ce final. Il est bel et bien là, sous-jacent, par tout ce qu’apporte une tribune à un match, même si celui-ci ne se joue pas pile sur le terrain d’en face, mais en l’occurrence sur les pavés de la capitale. Sous les couleurs très années 60 de Jérôme Maffre, Horne prend soin de chaque protagoniste, tous témoins de leur temps à leur manière.

L’Histoire, ce n’est pas que ce que l’on apprend dans les livres, c’est aussi ce qu’il se passe dans les âmes. En faisant revivre Mai 68 vu de la Province et du Rugby, Les vents ovales sont une bien belle brise dont les échos résonnent encore aujourd’hui.
Série : Les vents ovales
Tome : 3 – Mai 68
Genre : Chronique de vies
Scénario : Aude Mermilliod & Jean-Louis Tripp
Dessins : Horne
Couleurs : Jérôme Maffre
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
ISBN : 9782808507684
Nombre de pages : 136
Prix : 26 €



