Une rencontre décisive
« -Ouvrez votre sac !…
-Non, elle ne s’y trouve pas…
-Bizarre autant qu’étrange…
-Je dirais même plus étrange…
-Que s’est-il passé ?…
-Des types complètement timbrés !… Ils sont à la recherche d’une boîte de conserve vide !… Une boîte de crabe…
-Une boîte de crabe… Tiens, tiens ?… »
Octobre 1940. Une nouvelle aventure de Tintin et Milou démarre dans le supplément du quotidien bruxellois Le Soir. Elle ne sera baptisée Le crabe aux pinces d’or que l’année d’après. Pour la première fois de son existence, l’histoire n’est pas publiée dans Le Petit Vingtième, et pour cause, il a disparu des kiosques quelques mois plus tôt en raison de la guerre. Pour ce dernier épisode en noir et blanc, mais ça, Hergé ne le sait pas encore, l’évasion est au rendez-vous. Les personnages ne sont pas préoccupés par le conflit qui ravage l’Europe. Tintin va faire une rencontre décisive, celle avec un marin plein comme une outre : le Capitaine Haddock. Petit à petit, après la Castafiore dans l’album précédent, presque sans s’en rendre compte, Hergé construit son petit théâtre de papier.

Après l’interruption de l’aventure en cours Tintin au pays de l’or noir qui avait commencé dans Le Petit Vingtième, Hergé préfère mettre de côté le thème de la crise pétrolière inadapté en temps de guerre (tiens, on se croirait aujourd’hui) et jette sur un cahier de projets de scénarios les premières notes d’une nouvelle aventure dans un premier temps intitulée Crabe Extra. On est au cœur de la création. Les pages sont en photo dans ce livre.

Dans les coulisses du Crabe aux pinces d’or, on apprend que le mot crabe aurait un sens caché. Les CRAB étaient les Centres de Recrutement de l’Armée Belge que plus de 100 000 belges ont fréquenté. Il y en avait en France, près de Toulouse. Au début de l’invasion, de nombreux hommes les ont rejoints puis ont été livrés à leur sort après l’armistice de Pétain, étant faits prisonniers ou devant rejoindre la Belgique par leurs propres moyens. Hergé aurait croisé leur route.

S’il est un nom qui résonne de façon particulière aux oreilles des tintinophiles, c’est bien le nom du paquebot le Karaboudjan. Il pourrait être un clin d’œil au « carabouya », bonbon à l’anis populaire à l’époque. Son aspect est inspiré du navire le Glengarry de Glasgow. C’est donc à son bord que Tintin rencontre Haddock, tout le monde le sait, mais aussi quelqu’un qui deviendra l’un des « méchants » emblématiques de l’univers : le lieutenant Allan Thompson, bras droit d’Omar Ben Salaad. A noter que l’individu apparaîtra a posteriori par anticipation dans la seconde version des Cigares du Pharaon.
Pendant ce temps, Quick occulte ses fenêtres et se met tant bien que mal à l’abri des bombardements et Hergé entreprend de retravailler les dessins des anciens gags.

Comme dans chaque volume de cette inestimable collection, les anecdotes fourmillent. Allez donc découvrir une couverture non retenue ainsi que ce qui aurait inspiré à Hergé le nom de Haddock. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Tintin Hergé Les coulisses d’une œuvre
Tome : 9 – Le crabe aux pinces d’or
Genre : Aventure
Auteur : Philippe Goddin
Avec la participation de : Dominique Maricq
Scénario & Dessins : Hergé
Éditeur : Moulinsart
ISBN : 9782810442966
Nombre de pages : 92
Prix : 19,95 €



