Lettre morte ?
« -Un peu de respect pour ton père !! Et puis… Regarde-moi quand je te parle !
-Pour quoi faire ?!? De toute façon, j’en ai rien à faire moi de vot’ cadeau tout pourri !!
-Du calme, Louis !
-Et puis ça sert à rien du tout !!
PAF
-Pardon, p’pa, pardon… J’voulais pas…
-C’est pas grave, gamin… C’est moi… Je ne sais pas m’y prendre… »
Un couple s’installe avec ses deux enfants dans une maison de vacances qu’ils ont louée au bord de la mer. Louis, le père, a l’air absent. L’endroit ravive en lui des souvenirs. En marchant sur la plage, en apercevant une villa en ruines en haut d’une falaise, Louis revient en enfance. Il a dix ans. Il passait ses congés au même endroit qu’aujourd’hui. On retrouve le Louis petit garçon, jouant avec un avion cerf-volant. Des copains viennent le chercher. La villa n’est pas en ruine. Il l’observe. Ses potes le mettent en garde. La vieille qui habite là-haut serait une sorcière. Tous les soirs, elle va au cimetière faire des trucs sur les tombes. Il paraît qu’elle parle avec les morts.

Louis, toujours à l’époque de ses dix ans, revient dans la location de famille. Il y retrouve son oncle, sa tante et son père. C’est son anniversaire. Il y a des bougies à souffler. Ce n’est pas une journée facile pour lui, ni pour personne d’ailleurs. Il se fiche du stylo que lui offre son père. Il aurait préféré autre chose… Mais c’est impossible… En début de soirée, un petit tour à vélo lui permet de décompresser. Il se laisse gagner par la nuit, et, près du cimetière remarque une voiture qui arrive. Il se cache et surprend une vieille dame qui parle devant une tombe. Ce doit être celle de la grande maison sur la falaise. Et si ses copains avaient dit vrai ?

Comme à son habitude, Vincent Zabus écrit une histoire poignante. Si je t’écris… est un récit de résilience. On n’oublie jamais son enfance. Celle de Louis va lui revenir à la figure de plein fouet et avoir pour lui une suite inattendue. Zabus adapte et transforme en profondeur avec Denis Bodart un conte de Noël écrit pour le journal Spirou en 2014. Au fil de leur collaboration, ce qui devait être un court récit a pris de l’ampleur. Ça se ressent ; c’est peut-être le seul défaut de l’album. On assiste à l’étirement de l’intrigue et on aurait aimé pour cela un poil plus de densité. Ça n’enlève rien à toute l’émotion transmise. C’est juste qu’avec des auteurs de cette trempe, on est plus exigeant. Graphiquement, Bodart montre sa solidité, cousine de celle d’un Max Cabannes à l’époque de Colin-Maillard.

Si je t’écris…est un grand moment d’émotion, un hommage à l’absence. On ne quitte jamais l’enfance. Et si certains pensent l’avoir quittée, attendez-vous à ce qu’elle vous rattrape un jour.
Titre : Si je t’écris…
Genre : Emotion
Scénario : Vincent Zabus & Denis Bodart
Dessin & Couleurs : Denis Bodart
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9791034752317
Pages : 80
Prix : 18,95 €



