Des fugitifs dans l’engrenage de la fuite
« -Vous étiez censés être quatre. Il est arrivé quoi aux deux autres ?
-Le premier a pas pu sortir de sa cellule. L’autre… Rentre. Va te laver. Vas-y.
-Deux, ce n’est pas quatre.
-Je sais compter.
-Le plan, c’était pour quatre.
-Vous avez déjà essayé de vous évader de prison ? »
11 juin 1962, trois prisonniers s’évadent de la prison fédérale d’Alcatraz. Dans le frêle esquif sur les eaux agitées de la baie de San Francisco, seuls deux d’entre eux atteindront la rive. Mais ça, personne ne le sait car en 1979 le FBI a clos le dossier, aucun corps n’ayant été retrouvé. Frank et Clarence ont pu regagner la berge. Le frère de ce dernier a eu moins de chance. A présent, ils atteignent une cachette où une complice leur a laissé des habits. Elle les rejoint le lendemain. Mais ils ne sont que deux alors que le deal de l’évasion était pour quatre. Entre un prisonnier n’ayant pu sortir et un autre perdu en mer, les survivants vont devoir faire le boulot qui étaient prévu pour tous, à savoir travailler bénévolement dans une exploitation agricole pendant cinq ans au lieu de deux. Assumeront-ils la tâche ?

Bien qu’évadés, on est des malfrats ou on ne l’est pas. Si Clarence n’admet pas la perte de son frère, Frank ne peut contenir son côté sanguin. Pendant ce temps, deux agents du FBI découvrent le canot pneumatique qui a permis l’évasion. Persuadés que les prisonniers ont réussi leur coup, ils se lancent à leurs trousses. Et ils ne seront pas les seuls. Et quand on laisse des cadavres derrière soi, il ne faut pas s’étonner que la piste soit remontée. Finalement, Alcatraz n’était-il pas pour les fugitifs un havre de sérénité par rapport à la fureur du monde extérieur ?

11 juin 1962, trois prisonniers s’évadent de la prison fédérale d’Alcatraz. Si des auteurs de bande dessinée font du faits divers une fiction, l’anecdote est belle et bien réelle. D’après Wikipédia, les malfrats « restent toujours recherchés par les autorités. En 2013, John Anglin envoie une lettre à la police en expliquant qu’ils avaient réussi leur évasion mais que Frank Morris et son frère Clarence étaient morts, respectivement en 2008 et en 2011. Il explique qu’il est atteint d’un cancer du haut de ses 83 ans, la police ne prendra pas en compte cette lettre en la classant de canular. Divers témoignages et photos prétendent montrer la présence des frères Anglin au Brésil ou encore au Mexique. » Christopher Cantwell et Tyler Crook proposent leur version des faits. Ils mettent les personnages dans de telles situations inextricables qu’on se demande comment ils vont pouvoir rester cohérents avec la réalité. Le twist final, très malin, remet la situation d’aplomb.

Dans un trait réaliste et des couleurs chocs, Tyler Crook peint une Amérique sans pitié. Christopher Cantwell signe un scénario haletant, sans temps mort, faisant de l’album un page turner qu’on ne peut refermer avant la fin.
Titre : Les évadés d’Alcatraz
Genre : Thriller / Polar
Scénario : Christopher Cantwell
Dessins & Couleurs : Tyler Crook
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413093398
Nombre de pages : 160
Prix : 18,50 €



