Saga vénézuélienne
« -Hum… Vous voulez quoi ?
-Du travail ?
-Et vous êtes ?
-Severo Bracamonte.
-Et vous avez déjà tourné la canne ?
-Non jamais, mais le travail ne me fait pas peur.
-C’est ce qu’on verra. Montrez-moi vos mains. Hum… Ça fera l’affaire. »
Serena vit avec ses parents, propriétaires d’une exploitation de canne à sucre au Venezuela. A 16 ans, elle lit des histoires romantiques et rêve du grand amour. Pour les vieux, ça entretient les espérances et ça confirme les certitudes. A force de chercher le prince, elle risque de ne pas reconnaître l’homme généreux qu’elle croisera et qui ferait un bon mari. Lorsque Severo Bracamonte vient proposer ses services et est invité à la table familiale, de prime abord, Serena n’est pas vraiment séduite. Il vient de la ville. Elle n’aime pas la modernité. Ce qui l’a amené ici, c’est en réalité le trésor d’Henry Morgan, un légendaire trésor pirate qui, pour Serena, n’existe pas. Au fil des mois, petit à petit, le courant va passer. Severo et Serena vont se marier. Un jour, dans une plantation incendiée, un chien ramène une valise contenant un bébé, une petite fille, au visage à moitié brûlé. Le couple va l’adopter et l’appeler Eva.

Sur plusieurs années, on va suivre la vie de l’exploitation de canne à sucre au rythme des bonheurs et surtout des drames familiaux, au pas d’un monde en pleine mutation où l’ouvrier n’est plus un instrument justement « exploité » et où les tensions sociales commencent à faire du bruit. Eva incarne la nouvelle patronne, sûre d’elle, marchant à la fois sur les traces de ses parents tout en se projetant vers le futur et la modernité. En filigrane de tout ça, il y a cette histoire de trésor que l’on voit en première planche -rêve ou réalité ?-, dont on entend ensuite peut parler et dont on découvre dans un final poignant s’il est une chimère ou pas. Il est en tout cas l’étincelle sans laquelle l’histoire d’amour entre Severo et Serena n’aurait jamais eu lieu.

A l’heure où Donald Trump tente de faire main basse sur le Venezuela en extradant le président Maduro accusé de narcoterrorisme, Sucre noir montre pourquoi et comment un pays de une fois et demi la France peut être l’objet de convoitises. Le sucre noir, c’est tout autant la mélasse à la base de la canne à sucre qui donnera le rhum que le pétrole. Au-delà de l’intrigue politico-financière, Virginie Ollagnier met en exergue l’histoire d’amour d’une femme, Serena, coincée entre la génération qui la précède et celle qui la suit, avec un époux qu’elle apprend à aimer. Au dessin, Efa s’empare de ces amours si différents les uns des autres en sublimant les destins. Le personnage d’Eva est sans conteste le plus puissant. Tout passe par son regard noir aussi énigmatique qu’envoûtant. Tiens, le sucre noir, pourquoi ne serait-ce pas ce regard ? L’auteur, également coloriste, procède par tons selon les scènes dans des effets sfumato qui accentuent les impressions de profondeur.

Adapté du roman éponyme de Miguel Bonnefoy, dans la veine des grandes sagas familiales qui ont fait les plus grands livres et les plus beaux films, Sucre noir est un Autant en emporte la canne à sucre.
Titre : Sucre noir
Genre : Drame familial
Dessins & Couleurs : Efa
Scénario : Virginie Ollagnier
D’après : Miguel Bonnefoy
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808211659
Nombre de pages : 160
Prix : 23,95 €



