Deux auteurs pour un gaffeur
« -Il signe ! Il signe ! Il signe ! Il a signé !!
-Et vooooilà…
-Oâh ! Prunelle, tu vas être content !…
-Gaston ! Rogntudju !!
-J’ai inventé un système pour recycler tous les vieux papiers et en faire du compost !
-Vous n’aurez pas ces papiers ! Jamais ! »
Un tuyau relie un robinet à la cabine téléphonique en bas de l’immeuble. C’est Gaston qui fait découvrir à son poisson Bubulle le monde extérieur. Il nage en regardant le monde de la rue. Ça lui change du bocal.
Fabriqué grâce à la boîte 100 montages électroniques, Gaston montre à Prunelle le détecteur de mensonges qu’il vient de construire. Après que son patron et Lebrac aient refusé de le tester, peut-être que Mademoiselle Jeanne sera ravie de répondre à une question.
Monsieur de Mesmaeker appose enfin sa signature au bas des fameux contrats. Gaston est tenu à l’écart. Il vide les poubelles dans un broyeur de documents. Il ne risque pas d’y ajouter par erreur les contrats. Lui, non, mais…

Malgré les nombreuses critiques reçues, Delaf est de retour pour un deuxième album de Gaston. On ne va pas hurler avec les loups. On ne va pas polémiquer. C’est extrêmement bien foutu. Qui que ce soit qui aurait repris la série se serait trouvé dans la même situation que lui. Trop copié ? Trop personnel ? Il fallait faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Delaf a bossé, et il a très bien bossé. On ne peut pas arriver à un tel niveau si on n’a pas un amour incommensurable pour l’œuvre originale. Pour cela, on ne peut que l’applaudir. Après avoir assuré seul le scénario du tome précédent, il s’adjoint ici les services de Lewis Trondheim qui, lui aussi, entre dans le moule Franquin. Le duo s’est rencontré pour un Donjon Parade. C’est grâce à ça que Delaf a eu l’idée de lui demander de l’accompagner chez Lagaffe.

Lewis Trondheim a écrit 75 gags que Delaf s’est réservé la possibilité d’adapter. Parmi eux, ils ont choisi ensemble ceux qui constitueraient l’album Des boum et des paf. Trondheim a listé les objets emblématiques des années 70, époque du Cas Lagaffe, pour imaginer les situations à partir d’eux, y compris des objets utilisés par Franquin. Pas encore activiste, à la fois pollueur, avec sa voiture qui fume, et écologiste, Trondheim voit en Gaston celui qui fait oublier la bêtise humaine. Contrairement à l’album précédent qui avait un fil conducteur, pour celui-ci, comme le faisait Franquin, les gags se succèdent de façon aléatoire, à la rédaction du journal Spirou ou en extérieur, surprenant le lecteur en invoquant quelques-uns des poncifs de la série à l’instar du costume du Flagada. Du bleu pâle de la cage d’escalier au jaune pastel des murs des bureaux, BenBK respecte tout autant l’œuvre du maître.

Gaston, c’est une ode à la liberté et un questionnement sur le monde du travail. Au-delà du mythe du gaffeur, qui n’est qu’un raccourci de ce qu’est le personnage, la série est salvatrice. Loin de « copier » une œuvre, Delaf et Trondheim la prolongent pour que son message continue à être transmis.
Série : Gaston
Tome : 23 – Des boum et des paf
Genre : Humour
Scénario : Lewis Trondheim
Dessins : Delaf
Couleurs : BenBK
D’après : Franquin
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808513821
Nombre de pages : 48
Prix : 12,95 €



