Libérations
« -Te fais pas tuer, papa… S’il te plaît !!!
-Ça va aller les loupiots… Tout va bien se passer. Papa n’est pas un vrai soldat. Pas comme ceux qui ont un fusil et qui vont affronter nos ennemis. Moi, je ne serai pas armé et je n’irai pas vraiment au combat. Je vais juste filmer ceux qui prennent des risques pour notre liberté… Vous pigez la différence ? »
1943. Dans le camp de Sobibor, les prisonniers s’organisent pour tenter une rébellion. Si tout se passe comme prévu, en fin d’après-midi, ils vont la mettre à l’envers aux SS et espèrent avoir fui peu après 17h. Ils pourront ensuite se cacher dans les bois et profiter de la nuit pour échapper à leurs poursuivants. Inutile de préciser que rien ne va se passer comme prévu pour Moïse Rubinstein et ses compagnons de détention. Pendant ce temps, à Los Angeles, son frère le réalisateur Sal Rubin tourne un film sur la récente bataille d’El Alamein opposant les troupes anglaises et allemandes dans le désert égyptien. Aujourd’hui, Sal reçoit Stefan Günther, un ancien soldat nazi réfractaire au régime. Après s’être remémorés leurs souvenirs, il lui donne ce qu’il est venu lui porter, quelque chose qui risque de marquer l’opinion mondiale.

1944. On retrouve Moïse dans une forêt polonaise, accompagné d’une louve qu’il a apprivoisée. Comment s’est-il trouvé ainsi esseulé ? Assoiffé de vengeance parce qu’on lui a pris ce qu’il avait de plus cher, le rescapé intègre la résistance. A Cracovie, il devient un chasseur de nazis. Il ne sait pas que son frère Sal fait partie des troupes du débarquement. Il est chargé de suivre les soldats alliés avec une caméra pour témoigner aux yeux du monde entier de tout ce qu’il se passe. Au cœur de l’action, avec les objectifs de sa caméra et de son appareil photo, il va capturer les images les plus terribles, et en particulier celles des camps de concentration libérés.

Ces deux tomes sont un tournant dans la grande saga familiale des frères Rubinstein. A travers le récit de cette famille juive, on parcourt l’un des plus terribles moments de l’Histoire du monde, où la barbarie dépassait l’indicible. Les auteurs ne font aucune concession, certaines scènes montrant des moments inimaginables comme ce soldat nazi mettant le feu à la barbe d’un juif et l’empêchant de l’éteindre. On se rend compte du courage qu’il a fallu à tous ceux qui ont pris les armes pour résister ou pour venir au secours des opprimés. Etienne Le Roux et Loïc Chevallier servent impeccablement le récit de Luc Brunschwig, avec les couleurs d’Elvire de Cock, qui, en particulier dans Pour Clara, se positionne comme une autrice aussi indispensable que ses camarades.

A l’heure où la mode n’est plus aux séries, Les frères Rubinstein montre comment un récit développé sur plusieurs tomes est efficace, fort et marquant. Les épisodes de la saga sont chapitrés de telle façon qu’il n’est pas impossible pour les nouveaux lecteurs de commencer par ces épisodes-ci. Les autres retrouveront avec émotion les acteurs de ce drame dans une histoire passionnante, avec toute la souffrance étymologique du terme.


Série : Les frères Rubinstein
Tomes : 6 – La ponctualité allemande / 7 – Pour Klara
Genre : Chronique familiale historique
Scénario : Luc Brunschwig
Dessins : Etienne Le Roux & Loïc Chevallier
Couleurs : Elvire De Cock
Éditeur : Delcourt
Collection : Histoire & histoires
ISBN : 978241308-0862/-7397
Nombre de pages : 72
Prix : 15,95 €



