Certaines histoires sont spéciales…
« -Alors ?
-Tout est calme.
-Tu crois qu’il va leur arriver quoi ?
-Quand leur déesse va mourir ? A la plupart, rien. Les livres qui racontent leurs aventures ont été lus aux quatre coins du monde. Pour la petite fée, par contre…
-Ce sera comme pour nous autres. Lorsque notre déesse cesse de penser à nous. Le néant. »
Une maison qui se disloque dans les cieux, une métaphore. Un réveil qui sonne, une réalité. Accompagnée par sa fille Lala, Catherine est venue s’occuper de sa mère. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, Diane Perrin, autrice de livres jeunesse, lutte contre l’oubli. Ou plutôt, ce sont les personnages qu’elle a créé qui se battent pour ne pas disparaître. En effet, que sont des héros sans créateur ? Ils risquent d’être perdus à tout jamais, surtout s’ils ne font pas partie de livres déjà publiés et dont les lecteurs se sont emparés. C’est le cas du machiavélique Monsieur Doudou qui, grâce au cybernétique Post-it, tente une emprise sur Lala. Pendant ce temps, enfermés à la cave, Cléo, Buck et leurs compagnons semblent impuissants.

Alors que les personnages imaginés se battent entre eux pour ne pas être oubliés, Catherine fait tout ce qu’elle peut pour repousser chez sa mère les ravages de la maladie. Quand on pense que les souvenirs sont bien ancrés et que l’on voit la conversation passer du coq à l’âne, on se rend compte de la fourberie du handicap. Au-delà de la maladie d’Alzheimer, ce sont tous les rapports mère-fille qui sont au cœur de Petits Dieux. Qu’est-ce qui est le plus important ? Une famille ou une carrière ? Manifestement, Diane avait fait son choix, mais l’amour d’une fille pour sa mère est encore plus fort. L’autrice avoue ne pas avoir été une mère parfaite mais revendique avoir aimé plus que Catherine ne peut le croire.

Mathieu Salvia et Krystel bouclent un récit qui ne ressemble à aucun autre. Malignement, aidé par un résumé préalable, le scénariste rédige le début de ce final avec des conversations qui permettent à ceux qui découvriraient la série de comprendre où l’on en est, ainsi que le sens du propos. Dans de sublimes séquences évanescentes, Krystel concrétise des passages improbables, que l’on ne pouvait imaginer qu’ils soient dessinables. Quand une série se termine, on se dit souvent qu’on aimerait retrouver l’univers et les personnages dans un nouveau cycle. Ici, non. Pourquoi ? Parce que l’histoire et son final, oh combien émouvant, sont tout simplement impeccables. Les protagonistes nous échappent. Ils sont plus forts que nous, lecteurs. Les mettre en scène dans une suite dévoierait le propos et serait en paradoxe avec le message.

« Certaines histoires sont spéciales, celle-ci en fait partie. » Ode à la création, aux auteurs et à leurs personnages, Petits Dieux est une trilogie hors du commun qui démontre que les héros ne meurent jamais. Une histoire magnifique.
Série : Petits Dieux
Tome : 3 – Diane
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Mathieu Salvia
Dessins & Couleurs : Krystel
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782505140047
Nombre de pages : 56
Prix : 12,95 €



