Le sourire d’un modèle et l’âme d’un artiste
« -Père !
-Qu’est-ce que tu fabriques ? Le solitaire bon à rien… Tous admirent ton art… Mais tu ne finis jamais une œuvre et tu es en train de te forger une réputation d’homme peu fiable. »
3 heures du matin, Gilbert Flambeau se réveille et se prépare pour se rendre sur son lieu de travail. Il est gardien au Louvre. Errant dans le Musée à la lueur d’une torche, il reste estomaqué devant le tableau de La Joconde, bien en place, mais sans son personnage. Mona Lisa a disparu. Affolé, il court sonner l’alerte. Il n’aura pas besoin de le faire. Il croise la belle sortant des toilettes. Elle l’invite avec elle à l’intérieur de son tableau. Ensemble, les voici projetés au XVIème siècle. Elle va lui raconter la vie et l’œuvre du grand Léonard de Vinci, des rapports difficiles avec son père jusqu’à son départ en France pour rejoindre François Ier.

Féru d’art et de technologie, Léonard gâche son temps. C’est tout du moins ce que pense son père qui lui reproche qu’il commence tout et ne finit rien. Il est grand temps qu’il se secoue. Un bon client richissime, Francesco del Giocondo, souhaiterait un portrait de sa jeune épouse. C’est une femme triste que le jeune peintre va rencontrer, en pleine dépression de ce qui n’était pas encore appelé post-partum. Alors, pour lui remettre du baume au cœur, Léonard peint sur fond de chansons joyeuses et populaires. Ça pourrait faire apparaître un sourire. La carrière de De Vinci défile ensuite : sa rivalité avec Michel-Ange, la colossale statue équestre à la gloire de Francesco Sforza qui finira en miettes (la statue, pas Sforza), les recherches anatomiques (que ne renieraient pas le médiatique légiste Philippe Boxho), les découvertes géologiques et la technique du Sfumato.

Le scénariste Francesco Fioretti raconte un Léonard de Vinci touche-à-tout, animé d’une curiosité et d’une soif de savoir intarissables, un artiste hors normes au talent incommensurable. Passant sur le tour de passe-passe lu, relu et re-relu du personnage qui entre à l’intérieur du tableau, on survole la vie et l’œuvre du génie. Si les principales pages de sa carrière sont connues, on découvre la passion au cœur de l’homme. Fioretti replace Léonard dans sa condition humaine et il y a vraiment quelque chose d’émouvant en cela. Il est dommage qu’il y ait au final fort peu de scènes entre Mona Lisa et Gilbert Flambeau, ce dernier restant un medium sous-exploité entre le lecteur et la vie de Léonard. Le dessinateur, lui aussi italien, Ernesto Anderle, a signé plusieurs biographies d’artistes. Etant lui-même sculpteur, peintre et illustrateur, il sait de quoi il parle. Dans un style graphique crayonné aux couleurs tirant vers le sépia sans vraiment en être, il intègre à un découpage classique quelques reproductions de dessins et de tableaux qu’il se réapproprie.

Après Les petits voyageurs de l’art paru chez Kennes et Le voyageur chez Daniel Maghen, ce Léonard de Vinci édité chez Des ronds dans l’O est une nouvelle immersion dans le tableau le plus célèbre du monde. A travers ses yeux, on y voit ici l’âme de son créateur que l’on a à présent l’impression de connaître intimement.
Titre : Léonard de Vinci
Genre : Biopic
Scénario : Francesco Fioretti
Dessins & Couleurs : Ernesto Anderle
Éditeur : Des ronds dans l’O
ISBN : 9782374181721
Nombre de pages : 198
Prix : 25 €



