Noir et blanc pour Barbe-Bleue
« -Messieurs les jurés !! Permettez-moi, en quelques mots, de dresser son portrait… Cynique comédien et menteur professionnel ! Ce triste individu a été condamné à sept reprises entre 1900 et 1912 pour escroquerie, puis en 1914 condamné de nouveau à quatre ans de prison, toujours pour escroquerie… Prison qu’il ne fera pas, car bien entendu ce fourbe avait pris la fuite !! C’est le 12 avril, et grâce à la perspicacité de l’Inspecteur Riboulet et du brigadier Belin que la justice s’empare à nouveau de ce monstre !… Landru !! »
Novembre 1921. Le tribunal est plein à craquer pour assister au procès du siècle, celui d’un homme accusé d’avoir assassiné onze dames et siphonné leur fortune, celui d’Henri Désiré Landru. Après deux ans et demi d’instruction, les preuves sont accablantes. On a retrouvé dans la cuisinière de sa villa de Gambais des objets calcinés provenant de vêtements féminins, puis dans son jardin des débris de restes humains parmi des cendres. Preuve supplémentaire, dans un carnet, l’accusé notait les noms et lieux de rendez-vous de ses futures victimes et inventoriait scrupuleusement ses dépenses, comme l’achat de scies qui lui serviront à découper les corps. Enfin, lorsqu’il se rendait dans sa maison de campagne avec chacune de ses conquêtes, il achetait systématiquement deux billets aller et un billet retour. « Il leur a promis les flammes de l’amour, les malheureuses, elles n’auront eu droit qu’à celles de son fourneau !! »

1915, c’était la guerre des tranchées. Fuyant l’horreur indicible, indescriptible, un soldat s’échappe. Le déserteur doit rester caché. Son projet est de fuir en Amérique avec son épouse Hélène restée à Paris. Pour cela, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Il lui demande d’en trouver par n’importe quel moyen. C’est ainsi qu’ils vont prendre au piège un séducteur patenté, un volage homme marié, père d’une famille de quatre enfants. Repérant le manège de double vie de l’escroc, Hélène se laisse séduire et invitée à Gambais. Landru devient la victime du déserteur et de sa femme qui vont le faire chanter. Sa mission : inviter des femmes dans la villa de campagne et leur faire croire qu’elles ont commis un meurtre qui les oblige à quitter le pays avec leur fortune.

Chabouté propose une toute nouvelle version de l’histoire de Landru dans un « What if ? » d’une malignité incroyable. Et si Landru était une victime ? Et s’il n’était qu’un séducteur volage, un simple mari trompeur et pas un assassin ? Et s’il ignorait ce qu’il advenait des femmes qu’il invitait, ici de force ? Chabouté transforme la trajectoire d’un assassin en une conséquence directe de la tragédie de 14-18. Dans des planches explosives, l’auteur nous entraîne au cœur des tranchées. On n’avait pas été autant en immersion depuis les albums de Tardi. Là où l’auteur de Varlot soldat travaillait en niveaux de gris, Chabouté dessine de grands aplats noirs qu’il maîtrise de façon impressionnante.

On croyait connaître par cœur la « carrière » de Henri-Désiré Landru. Chabouté rebat les cartes dans un album inattendu remis en valeur dans la collection BD poches de l’éditeur.
One shot : Henri-Désiré Landru
Genre : Biopic
Scénario & Dessins : Chabouté
Éditeur : Vents d’Ouest
Collection : BD poches
ISBN : 9782749310589
Nombre de pages : 144
Prix : 10 €



