La griffe de Rodolphe Balzac
« -Monsieur ?
-Eugène de Rastignac, votre serviteur.
-Raphaël de Valentin. Nous nous connaissons ?
-Pas encore, mais cela ne saurait tarder ! Votre allure me plaît ! Même si votre habit…
-…est bien râpé, hélas !
-Mais la vraie beauté, la véritable élégance n’ont que faire de ces détails !
-Mouais… Voilà bien ce qu’on dit quand on a de l’argent !
-Et vous n’en avez pas !
-Tout juste ! »
1830. Raphaël de Valentin rêve d’un avenir plus radieux que le temps maussade sous lequel il marche dans les rues de Paris. Il n’est pas écrivain mais rêve de faire fortune grâce à un roman autobiographique qui s’appellera « Chagrin », du nom d’une variété de cuir, une peau d’âne ou d’onagre. L’autobiographie est un genre à la mode pour peu qu’elle soit épicée de quelques péripéties rocambolesques ou amoureuses. Quelques crimes et un brin de magie noire peuvent en rehausser la saveur. L’histoire de Raphaël va donc débuter à la fin de son enfance par les obsèques de sa mère. Le jeune homme reste seul avec son père et son austérité dans un château ancien sans confort et une éducation rigoureuse. Le rêve est sa seule échappatoire.

Quelques années plus tard, alors que son père se meurt, la fortune familiale s’amenuise. A 23 ans, Raphaël n’a plus ni famille proche ni amis fortunés. Il échoue dans une chambre de bonne et consacre son temps à l’écriture. C’est lors d’une promenade aux jardins du Luxembourg qu’il rencontre un certain Eugène de Rastignac. Le jeune arriviste va faire entrer Raphaël dans les soirées mondaines. C’est lors de l’une de ces sauteries que Raphaël rencontre la Comtesse Foedora dont il tombe éperdument amoureux. Mais que pourrait-elle faire d’un petit écrivaillon comme lui ? En passant devant l’échoppe d’un antiquaire, ce dernier propose de non pas lui vendre mais lui offrir une peau de chagrin, un talisman qui exauce tous les vœux.

Rodolphe s’empare de La peau de chagrin d’Honoré de Balzac pour immerger le lecteur dans le Paris du milieu du XIXème siècle. Flirtant avec le fantastique, l’histoire est à la jointure des univers de Guy de Maupassant et d’Edgar Allan Poe. Rodolphe rend hommage aux récits réalistes de l’époque, n’hésitant pas à ne pas respecter l’œuvre originelle. Au fond, qu’y a-t-il de fantastique dans cette histoire ? L’objet existe-t-il ou n’est-il qu’un délire d’un homme perdu ? Entre fantasme et réalité, et pourquoi pas un peu d’absinthe, le doute subsiste. Toujours est-il que le scénariste permet à Griffo de réaliser l’un de ses meilleurs albums depuis longtemps. Même si l’on n’est pas au niveau des premiers Giacomo C., sommet de sa carrière, on retrouve un dessinateur appliqué, avec son style bien à lui, et qui devrait peut-être faire moins de livres par an mais aussi bien que celui-ci.

« Si tu me possèdes, tu possèderas tout. Mais ta vie m’appartiendra. Dieu l’a voulu ainsi. » Cette phrase est signée Honoré de Balzac dans son roman La peau de chagrin. Chagrin, de Rodolphe et Griffo, en est la libre et très réussie adaptation.
Laurent Lafourcade
Titre : Chagrin
Genre : Drame
Scénario : Rodolphe
Dessins & Couleurs : Griffo
D’après : Honoré de Balzac
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344068458
Nombre de pages : 136
Prix : 24 €



