Malheurs vikings
« -Björn Aimé-des-ours !!! Ça fait un sacré bout d’temps qu’on t’avait pas vu traîner tes guêtres à Brattahild, berger !…
-Orjan ?! Mon ami…
-Ça fait plaisir de te revoir… Mais tu sens fort la brebis !
-Et toi la misère… La situation ne s’est pas améliorée à ce que je vois. J’ai connu la colonie plus florissante quand j’étais jeune…
-Trois saisons qu’aucun Knörr n’est venu depuis la Norvège… On manque de tout : de matériel, de nourriture et surtout de bois ! Alors toutes les fermes tombent peu à peu en ruines, sauf celle du jarl Thorsnes… »
Björn Aimé-des-ours aime la solitude et fait montre de grande patience. C’est certainement pour cela qu’il est devenu berger. Souvent, cette fonction est tenue par le simplet du village, celui qu’on ne pourra marier. Lui, il aime respirer l’odeur de la laine et les vastes espaces. Il profite de l’indépendance de cette vie. Loin de l’idée des hommes qui se pensent supérieurs, lui, se considère comme l’égal de l’animal, au milieu d’une nature immense. Un jour, en allant rejoindre son troupeau sur les hauteurs, il trouve ses mouton massacrés, tués sans être dévorés. Seul indice : de gigantesques empreintes d’ours. Avec son chien, ils commencent à suivre la piste mais perdent rapidement la trace de la bête. Il ne reste plus à Björn qu’à rejoindre la colonie de l’Eiriksfjord au village de Brattahild, pour espérer y vendre ses fromages de brebis.

En arrivant sur place, le berger trouve une communauté malade, affaiblie, affamée. Les rats sont partout. Accueilli par son ami Orjan Patte-Folle, Björn ne peut que constater la situation. Le lendemain, ce sont les cadavres des pêcheurs, déchiquetés par des baleines tueuses, qui sont retrouvés sur la plage. Si le curé invoque une malédiction qui cessera avec la venue du Seigneur, Vilde, la vieille chamane, regrette que les vikings aient renié leurs anciens dieux. « Tant de choses ont été oubliées. » Le mystère continue de s’épaissir lorsqu’un bateau accoste, la voile déchirée, avec à son bord, le cadavre desséché d’une femme qui s’était attachée au mât. Clan voisin massacré qui vient se réfugier, vol de corbeaux, assaut inuit, les malédictions s’abattent les unes après les autres…

Greenlander est le nom de cette Terre Verte du Groënland sur laquelle des vikings se sont installés. Bien que flirtant avec le fantastique, Christophe Bec raconte la vie difficile de ces hommes il y a huit siècles. Déjà, la politique internationale faisait des siennes, la Norvège décidant vers 1350 d’abandonner les liaisons avec sa colonie groënlandaise, laissant ses compatriotes locaux isolés, en proie avec la famine, la peste noire et les inuits qui comptent bien chasser les colons. Le dessinateur Przemyslaw Klosin s’inscrit dans la liste des solides dessinateurs réalistes qui soignent chaque détail, chaque morceau de décor. On sent au-dessus de cet album l’œil attentif, bienveillant et exigeant du couple Istin, éditeur chez Oxymore. Aux couleurs, Julia Pinchuk jongle habilement avec les ambiances, la nature, le froid, la dramaturgie.

Greenlander relève presque du documentaire historique. Greenlander n’est pas une série fantastique mais joue avec certains de ses codes par le biais des croyances et de la religion. On est loin de Thorgal et beaucoup plus proche d’une triste réalité. Un incroyable voyage dans le temps, comme si on y était.
Série : Greenlander
Tome : 1 – L’Aimé-des-ours
Genre : Viking
Scénario : Christophe Bec
Dessins : Przemyslaw Klosin
Couleurs : Julia Pinchuk
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611361
Nombre de pages : 56
Prix : 16,50 €



