Les contes existent encore
« -Tout ça à cause de cette maudite sorcière qui vit au fond du puits ! On dit qu’elle a volé le dimanche et qu’elle le retient prisonnier ! Elle a un cœur de glace et peut vous congeler d’un seul regard. Personne n’ose aller dans son royaume immaculé… là où elle vit entourée de toutes les richesses qu’elle a dérobées ! »
Dans une cité poussiéreuse encombrée de tout un tas de choses où le Dimanche avait disparu depuis une éternité, vivait Nina, une jeune fille qui trouvait que les autres jours n’étaient pas formidables. A chaque jour, suffit son loup. Lundi, le plantiloup sauvage envahit le jardin qu’il faut débroussailler. Mardi, l’horoloup met la panique dans les heures des horloges. Mercredi, le brûliloup gâche les plats qui se trouvent trop tout : salés, sucrés, brûlés. Jeudi, l’ondiloup multiple parsème d’erreurs les problèmes scientifiques. Vendredi, le pavéloup fait s’effondrer les maisons. Samedi, le mémoloup fait remonter dans les cœurs les regrets et les mauvais souvenirs. Comme il n’y a pas de Dimanche, ce sont les soucis du Lundi qui reviennent dès le lendemain, comme une histoire sans fin.

Un beau jour, si tant est qu’il y en ait un qui soit beau, Nina décide de prendre les choses en mains. Imaginant tout ce qu’elle pourrait faire si le Dimanche existait, la jeune fille descend au fond du puits, trouver la maudite sorcière qui y vit. On dit qu’elle retient le Dimanche prisonnier. Quel courage ! Les autres villageois lui donnent tout un tas de conseils et de recommandations. Le royaume de la sorcière est plein de pièges et d’illusions. Nina n’a pas froid aux yeux. Elle ne craint même pas ses propres peurs.

Quelle était magique cette époque sans écrans, tablettes et smartphones. Qu’il était béni ce temps des histoires au coin du feu où Charles Perrault, les frères Grimm et Hans Christian Andersen alimentaient les rêves des enfants et de ceux qui l’étaient restés ! Mais pourquoi parler au passé ? Cette époque existe toujours pour ceux qui le veulent encore, grâce à des autrices et auteurs comme Ileana Surducan. L’artiste roumaine s’inspire de La fille du bon vieil homme, un conte de 1872 signé Petre Ispirescu. Avec autant de couleurs sombres que chatoyantes, Surducan fait de chacun des jours-loups de grandes cases déstructurées dans lesquelles Nina subit dans un premier temps, avant d’agir dans un second. Un cahier bonus expose la création de ce conte moderne, comment un conte de fées à l’origine est devenu un autre conte de fées. On s’attarde sur la symbolique du loup et on comprend comment Surducan s’en est emparée.

Tous les jours de la s’maine sont vides et sonnent le creux
Y’a pire que la semaine
Y’a l’dimanche prétentieux qui veut paraître rose et jouer les généreux
Le dimanche qui s’impose comme un jour bienheureux
Je hais les dimanches !
« Je hais les dimanches ! » chantait Juliette Gréco sur des paroles de Charles Aznavour. Si elle avait lu Le Dimanche perdu, ça n’aurait pas été la même chanson. Elle serait revenue sur son point de vue.
Titre : Le Dimanche perdu
Genre : Histoire émotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Ileana Surducan
Éditeur : Bamboo
Collection : Aventuriers d’ailleurs
ISBN : 978238604986
Nombre de pages : 72
Prix : 14,90 €



