Ne pars pas, petit oiseau…
« -Prends bien soin de ton frère, Antero, tu sais qu’il est fragile.
-Ça ira, maman, je suis fort.
-Pas toi, imbécile ! Riku !
-Tiens, Riku. Je n’ai pas trouvé de munitions, en revanche.
-Non. Il n’y en a plus nulle part et mes frères avaient déjà raflés celles de la maison.
-Mais comment tu vas faire pour te défendre ?
-Je courrai.
-Il est l’heure ! Tous à bord !
-Reste.
-Il faut que j’y aille.
-Alors, reviens-moi vite. »
1932. Dans une forêt finlandaise, un père violent entraîne ses trois fils à la chasse. Garder les deux yeux ouverts pour viser, combien de fois faudra-t-il le dire ? Le plus jeune rate son coup. Un aîné se fait gifler lorsque le chef de famille s’en prend au petit. Les mois passent, Riku grandit et tombe amoureux de Lümi. En 1939, alors que depuis le décès de leur père les membres de la fratrie vivent avec leur mère, l’URSS menace d’envahir le pays. Ils sont déjà dans l’isthme de Carélie. Les trois frères se portent volontaires pour partir au front. L’armée n’a même pas suffisamment de paquetages pour équiper tous les soldats. Très vite, les militaires vont découvrir l’horreur de la guerre. Malgré lui, Riku va devenir une machine à tuer.

« Mort blanche », c’est le surnom que donnent les soviétiques à Riku, devenu tireur d’élite. Les marques de sang sous les yeux deviennent son signe distinctif. L’ennemi qui les voit peut déjà s’attendre à faire partie du compteur implacable, la longue énumération de ses victimes, et elle sera longue, du début à la fin, fin où l’on découvrira le véritable début. Bien que fiction dans un contexte historique, le récit s’inspire de la vie de deux soldats en en faisant une seule. Riku est la synthèse de Simo Häyhä, soldat finlandais du conflit contre les russes, et d’Hirô Onoda, soldat japonais qui refusa de croire à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le scénariste Kid Toussaint ne se prétend pas biographe. Il utilise intelligemment des événements véridiques pour en tirer l’essence d’un drame humain. Alexandre Dumas disait : « L’histoire est un roman qui a été ; le roman est de l’histoire telle qu’elle aurait pu être. » Kid applique la technique sur un événement méconnu chez nous, parce qu’il ne fait pas partie de l’Histoire de France, mais qui est pourtant un écho des conflits contemporains. Avant d’être un sniper, Riku est une victime des chefs de guerre, embourbé dans une spirale dont il lui est impossible de voir la fin. Iñaki Holgado fait passer toute la peur, la haine et la violence du tireur dans ses yeux. Le nombre des morts intégré aux décors est glaçant. La double page de la tranchée et de l’attaque aérienne emprisonne les lecteurs dans le conflit. Les couleurs de Raphaël Bauduin et Anaïs Blanchard montrent aussi bien la boue et le sang que la blancheur dramatique de la neige qui va être tachée.

Michael Morpurgo a raconté les séquelles de la guerre de 39-45 dans le roman jeunesse Le Royaume de Kensuké, sur une île du Pacifique. Kid Toussaint et Iñaki Holgado mettent en scène un autre traumatisme, montrant que les ravages des guerres ne s’arrêtent pas à leurs portes, mais ne commencent pas à leurs portes non plus.
One shot : Mort blanche
Genre : Drame
Scénario : Kid Toussaint
Dessins : Iñaki Holgado
Couleurs : Raphaël Bauduin & Anaïs Blanchard
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand angle
ISBN : 9791041110377
Nombre de pages : 64
Prix : 15,90 €



