Monstres sacrés
« -Ma parole ! On se croirait dans la base secrète de l’Espadon ! »
L’un a créé le personnage de Tintin et a posé toutes les bases de la bande dessinée franco-belge. Il s’appelait Hergé. L’autre a imaginé les aventures des très britishs Blake et Mortimer. Il s’appelait Edgar-Pierre Jacobs. Ils se sont rencontrés en 1941, par l’entremise de Jacques Van Melkebeke, lors de la première de la pièce Tintin aux Indes. Ensemble, ils allaient écrire l’une des plus belles pages du Neuvième Art, formant un duo tout autant qu’un duel, sans lequel la bande dessinée ne serait peut-être pas ce qu’elle est aujourd’hui, et dont les traces indélébiles sont marquées à tout jamais dans la grande Histoire de la BD. Voyage en immersion dans le destin de ces deux géants, sous la houlette du journaliste de formation et galeriste Eric Verhoest.

En quatorze chapitres, Hergé/Jacobs, du duo au duel, l’histoire d’une amitié créative, détaille le parcours de ces génies. Baryton, Jacobs se rêvait chanteur d’opéra. Le destin, et le porte-monnaie, en allaient décider autrement. Ne trouvant pas de quoi subsister sur les scènes lyriques, Jacobs se rabat sur l’illustration. En 1942, Hergé, qui envisage de refondre et coloriser ses albums, fait appel à lui. Parallèlement, les planches américaines n’arrivant plus en Europe à cause de la guerre, Jacobs est chargé par le directeur du journal Bravo ! d’imaginer une série inspirée de Flash Gordon : ce sera Le rayon U. En 1944, après la libération de Bruxelles, la période est compliquée pour Hergé. Jacobs lui reste fidèle. C’est à cette époque qu’il sublime la nouvelle version du Sceptre d’Ottokar.

Septembre 1946 est un mois historique. C’est le lancement du journal Tintin et le démarrage du Secret de l’Espadon, première aventure du Capitaine Francis Blake et du Professeur Philip Mortimer. Tintin, lui, s’apprête à visiter le Temple du Soleil. En 1947, Jacobs, qui s’était vu refuser sa co-signature sur Le temple du Soleil et ne voulant pas devenir un homme de l’ombre comme le sera Bob de Moor, prend son indépendance. Hergé aurait-il pris ombrage du succès grandissant de Blake et Mortimer ? Les années suivantes seront compliquées pour le créateur de Tintin, surtout sur le plan sentimental. Jacobs ne manquera pas de lui donner son avis dans une correspondance. Puis viendront les années d’or, avec le succès des Studios Hergé, notamment dans l’aventure lunaire, et de Jacobs avec l’aventure égyptienne. Par la suite, si le triomphe d’Hergé le met sur le devant de la scène, Jacobs reste plus discret. Il sera plus tard très meurtri par la censure en France du Piège diabolique. Hergé le soutiendra. Un dernier chapitre revient sur les dernières années et la disparition des deux hommes avant qu’un épilogue apporte des regards croisés sur leur exceptionnelle collaboration.

De la définition même de la ligne claire hergéenne au réalisme scientifique et d’anticipation jacobsien, cet ouvrage indispensable met en parallèle les destins croisés de deux grands monstres sacrés. Quand on a fini de lire Blake et Mortimer, on peut recommencer à lire Blake et Mortimer. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Titre : Hergé/Jacobs Du duo au duel L’histoire d’une amitié créative
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Eric Verhoest
Dessins : Hergé & Jacobs
Éditeur : Moulinsart/Casterman
ISBN : 9782203306516
Nombre de pages : 188
Prix : 29 €



