En plein cœur
« -Mes parents s’inquiètent parce que je reste petit. Ils ne savent pas, eux, que c’est moi qui ai décidé d’arrêter de grandir. Et pour ça, j’ai une très bonne raison. Je ne supporte plus l’idée de devenir adulte ! Franchement… Regardez l’état dans lequel vous nous laissez le monde. Vous comprendrez que ça ne donne pas fort envie… Donc j’ai décidé de faire le point et d’écrire mes mémoires avant de me remettre à grandir. Ou pas. »
Germain a dix ans. Il n’y a pas d’âge pour écrire ses mémoires, alors, pourquoi ne pas commencer maintenant ? Germain n’est pas bien grand, mais il est dans la courbe. Ses parents s’inquiètent qu’il reste petit. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que c’est lui qui a décidé d’arrêter de grandir. Tout ça parce qu’il ne supporte plus l’idée de devenir adulte. Il poursuivra donc sa croissance une fois qu’il aura fini ses mémoires. La maîtresse le trouve souvent dans la lune. C’est vrai, il s’y sent bien, mieux en tous cas que dans la réalité toute pourrie. Germain a une petite voix dans la tête qui lui dit parfois des choses qu’il n’a pas envie d’entendre, comme quand elle lui parle du « gros truc ». Mais il n’a pas envie d’en parler. Pas tout de suite. Ou jamais… Sans doute jamais. En couchant ses souvenirs sur papier, Germain a trouvé un moyen pour arrêter le temps.

Germain remonte trois ans en arrière, alors qu’il avait sept ans. C’est l’hiver, il fait sa liste pour le Père Noël. Et comme sa petite sœur Eugénie ne sait pas encore écrire, il va la faire pour elle. Il n’y a plus qu’à aller au centre commercial afin que le vieux barbu en prenne connaissance, mais rien ne va se passer comme prévu. L’année suivante, Germain a huit ans. Il est en week-end chez papy et mamy. Il y a Bart Simpson, c’est son chat. Ce jour-là, le petit garçon va vivre le premier drame de sa vie. Pour ses neuf ans, Germain découvre que les réunions de famille ne sont pas toujours des moments de plaisir. Et puis, il y a le « gros truc », un matin comme tous les autres, il ne sait plus s’il pleuvait ou s’il faisait soleil…

Il y a des albums tendres et des albums émouvants. Il y a des histoires de destins, des histoires de tous les jours, des histoires où le quotidien est une routine et où on aimerait que ça le reste. Et puis, il y a les histoires de la vraie vie, celle qui ne fait pas de cadeau, qui peut tout faire basculer d’un instant à l’autre. C’est le bonheur et une fraction de seconde plus tard, ça ne l’est plus. Malgré ça, il faut continuer à avancer, en trouvant le moyen de survivre, en cherchant par toutes les façons à arrêter le temps. C’est l’histoire de Germain. Vincent Zabus arrache des larmes aux lecteurs en faisant comprendre d’abord à mi-mots qu’il s’est passé quelque chose, un « gros truc ». Au fil des chapitres, on devine, on comprend, mais on refuse. Avec un dessin d’une incroyable délicatesse, Valérie Vernay s’efface dans des chapitres aux tons monochromes pour laisser Germain prendre les commandes. En effet, très rapidement, le personnage s’impose par son charisme, sa malice et sa douleur. S’il refuse de grandir, c’est parce que la vie a voulu le faire grandir trop vite, mais il a trouvé la parade. Rien n’a pas le droit de faire d’un petit garçon un adulte avant que ça ne soit le moment. Germain échappe à son histoire, il échappe même à ses créateurs pour fusionner avec les lecteurs.

Quand un petit garçon de bande dessinée de dix ans donne la plus belle leçon de résilience qui soit, on ne peut que prendre exemple sur lui. Ces Mémoires d’un garçon agité est l’album le plus émouvant jamais écrit au monde de tous les temps. Sublime.
One shot : Mémoires d’un garçon agité
Genre : Emotion
Scénario : Vincent Zabus
Dessins & Couleurs : Valérie Vernay
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213959
Nombre de pages : 144
Prix : 23,95 €



