Avenue des CHRONIQUES
- Instants d’annéespar Laurent Lafourcade
Les 40 ans de Delcourt
« Ce que je souhaite, depuis 40 ans, c’est participer au vaste mouvement d’ouverture de la bande dessinée, dans les thématiques qu’elle recouvre et dans la multiplicité de formes narratives et graphiques qu’elle explore. En somme, dans la diversité de ses voix – sa richesse artistiques -, et de ses voies – sa richesse éditoriale. » (Guy Delcourt)
Hiver 1986, Guy Delcourt, jeune journaliste, fonde sa maison d’édition, publiant seul ses trois premiers titres. 40 ans plus tard, il est entouré de 150 collaborateurs pour gérer les 730 parutions annuelles du groupe, qui est à présent le troisième éditeur de bande dessinée francophone. Pendant toute l’année 2026, les célébrations vont se compléter : une exposition au Musée de la bande dessinée d’Angoulême, une série de podcast sur les coulisses de la maison, un concours de jeunes talents, des éditions spéciales d’albums cultes et le livre Instants d’années, dans lequel le dessinateur Alfred nous invite pour un voyage dans le temps grâce à un recueil d’illustrations, presque sans texte.

© Alfred – Delcourt Une maison d’édition qui dure tant de temps, c’est tout d’abord une histoire de passion. On découvre le petit Guy qui lit, puis l’ado, l’étudiant, fan de comics et de cinéma. Guy passe par Pilote, obtient sa carte de presse, cherche un logo pour sa boîte. Son premier succès, c’est un album collectif des chansons de Renaud en BD. Pui, ce seront les premiers Angoulême, les premiers prix, la multiplication des contrats avec les auteurs. Pour le premier anniversaire important de la maison, Delcourt publie un album aujourd’hui culte : La fabrique Delcourt a 10 ans. Après Delcourt direct, fascicule d’informations, puis Delcourt Planète, c’est plus tard l’aventure du mensuel de prépublications Pavillon Rouge. Alfred représente au fil des cases quelques personnages mythiques comme Julien Boisvert, Bone, Hellboy, Julius Corentin Acquefacques, Donjon, …

© Alfred – Delcourt Des collections emblématiques naissent : Encrages, Neopolis, Contrebande, Sang Froid, Conquistador, Tonkam (pour le manga), Humour de rire, Mirages, Jeunesse, Jour J, et bien d’autres. Certains titres sont traduits à l’étranger. Delcourt est présent au Comic Con de San Diego aux Etats-Unis. Delcourt s’exporte, mais importe. Après Jeff Smith, c’est Charlie Adlard qui amène le succès de Walking Dead en France. Windsor MacCay s’invite dans la dernière partie de l’hommage à la Maison : dessin, livre, colorisation, règles typographiques. Une citation de l’auteur de Little Nemo conclue et synthétise l’esprit Delcourt : « Au pays du rêve, nul n’est interdit de séjour. » Le petit Guy, qui est devenu le grand Guy, dans tous les sens du terme, l’avait bien compris.

© Alfred – Delcourt A l’instar de Jacques Glénat, Guy Delcourt est un homme qui a laissé et laisse encore son empreinte dans le monde de l’édition de bandes dessinées. Cet album atypique le prouve avec grande élégance.
Titre : Instants d’années 40 ans dans l’intimité de la maison Delcourt
Genre : Catalogue d’exposition
Illustrations : Alfred
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413094050
Nombre de pages : livre accordéon
Prix : 24,50 €
- L’ombre des lumières 3 – Le démon des grands lacspar Laurent Lafourcade
Qui sont les plus sauvages ?
« -Les sauvages n’ont pas tort : la « Belle Rivière » est vraiment belle… Mais elle est bien moins belle que…
-Ce cri ! L’avez-vous entendu, Pierre-Hugues-Marie ?
-Ne tremblez plus ! Je suis là pour vous protéger. Entre ces murs, vous êtes à l’abri des bêtes de la forêt… et des sauvages ! »
Mai 1754, là où se rejoignent les cours d’eau pour former la « Belle Rivière », Fort Duquesne empêche les anglais d’étendre leurs colonies dans la Belle Province. Un soir, alors qu’elle regarde la forêt, Mademoiselle d’Archambaud voit une flèche se ficher non loin d’elle avec un message. C’est un mot d’amour de Mitewile’un. Alors que c’est le branle-bas de combat pour les soldats français qui pensent à une attaque de Peaux-Rouges, la demoiselle regagne sa chambre le cœur épris. Elle vient juste d’être arrachée des ravisseurs qui l’avaient capturée, mais, elle, ne rêve que de retrouver son amoureux iroquois dans les mains de qui elle se trouvait.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt Redoutant d’avoir à subir un siège, le commandant du Fort décide de dépêcher au plus vite les civils hébergés au Fort auprès du gouverneur de Nouvelle-France à Québec, à commencer par la fille du Marquis d’Archambaud et le chevalier de Saint-Sauveur. Parallèlement, Monsieur de Jumonville est envoyé au devant de la troupe ennemie, porteur d’une missive, courtoise mais ferme, lui intimant l’ordre de rebrousser chemin. La guerre peut encore être évitée. Pendant trois jours, tout ce petit monde va voyager de concert avant que leurs chemins ne divergent. Ils ne vont pas tarder à se faire attaquer par des soldats anglais épaulés par des iroquois.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt Les choses se compliquent pour les colons français. Dans cette ambiance déjà fin de règne pour eux, le chevalier de Saint-Sauveur est bien plus préoccupé par ses amours et sa survie que par la conquête de territoires. Dans ce cycle qui se clôt, certains acteurs rentreront en France tandis que d’autres resteront faire leur vie, ou leur mort, dans le Nouveau Monde. Un cycle se clôt, mais un autre s’ouvre aussitôt puisque le scénariste épistolaire Alain Ayroles met en place un cliffhanger augurant de nouvelles liaisons dangereuses. Au dessin et aux couleurs, Richard Guérineau navigue de somptueux paysages à de dramatiques scènes de guerre, de scènes d’amour en tractations politiques, chaque fois avec la même minutie.

© Guérineau, Ayroles – Delcourt « J’ai entendu siffler les balles, et croyez-moi, ce son a quelque chose de charmant. » George Washington, premier président des Etats-Unis, se serait senti comme un poisson dans l’eau aux côtés du Chevalier de Saint-Sauveur. Pas sûr que ce dernier soit du même avis. Avec tragédie, libertinage et un petit peu d’humour aussi, L’ombre des lumières apporte un sombre éclairage sur le début de la colonisation par les européens.
Série : L’ombre des lumières
Tome : 3 – Le démon des grands lacs
Genre : Histoire
Scénario : Alain Ayroles
Dessins & Couleurs : Richard Guérineau
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413087816
Nombre de pages : 72
Prix : 23,75 €
- Three Rocks L’histoire d’Ernie Bushmiller l’homme qui créa Nancypar Laurent Lafourcade
Biographie d’un monument oublié du strip
« -Que dirais-tu de reprendre Fritzi Ritz, Bushmiller ?
-Je dirai oui !
-Mercus dit que tu peux signer la bande, Ernie !
-Je crois que je vais dessiner Fritzi plus ressemblante à ma copine Abby. »
Lorqu’en mai1925 Myer Marcus, responsable des bandes dessinées dans un groupe de presse, lui propose de reprendre la série quotidienne de strips à succès Fritzi Ritz suite au départ de son créateur pour la concurrence, Ernie Bushmiller, dix-neuf ans à peine, ne se doutait pas qu’il allait devenir l’un des plus célèbres auteurs de Comics du monde. Flanquée d’une ribambelle de prétendants, la jolie brune est ouvertement sexy. Parmi tous les coureurs de jupons, le sympathique mais plutôt fade Wally tire son épingle du jeu. Mais vu le caractère versatile de Fritzi, il n’allait jamais rien pouvoir se passer entre eux. Bushmiller introduit de nouveaux personnages, comme Phil Fumble, nouveau courtisan, ressemblant étrangement à l’auteur. Le 2 janvier 1933, une nièce vient rendre visite à Fritzi. Elle est espiègle, rebelle, et va causer des tas de soucis à sa tante. Elle s’appelle Nancy, va rapidement devenir une vraie machine à gags, et voler la vedette à sa tante.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Faire-valoir de Fritzi, Nancy évolue du statut de figurante à celui de premier rôle à la fin des années 30. En juin 1938, la série change de nom. La tante laisse place à la nièce, ne disparaissant pas pour autant. Un jeune gamin de la rue vient lui donner la réplique. Cheveux coupés à ras, la casquette vissée sur la tête, Sluggo Smith a la puberté précoce, la tatie ne le laissant pas insensible. Nancy apporte une touche de surréalisme. Bushmiller joue avec son personnage jusqu’à la mise en abime. Contrairement à d’autres personnages, soit cucul la praline, soit adultes dans des corps d’enfants comme les Peanuts, Nancy ne raconte pas ce que c’est que d’être une enfant. Elle raconte ce que c’est qu’être une bande dessinée.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Three rocks, nom issu des trois rochers qu’Ernie Bushmiller place quasi-systématiquement dans le décor, retrace la vie et l’évolution d’une série de comics strip, mais aussi la vie et la carrière de son auteur. Bushmiller croise Harold Lloyd, Groucho Marx. Il correspond, ou presque, avec Samuel Beckett, une séquence à lire jusqu’au bout. La technique de travail de l’auteur est particulière. Dans son atelier avec plusieurs tables de travail, il passe d’un strip à l’autre, cherchant le déclic, démontant les séquences pour les remonter à nouveau, en commençant la plupart du temps par la chute avant de trouver le déclencheur. Au milieu des années 70, souffrant de la maladie de Parkinson, Bushmiller s’appuie sur ses assistants. Il s’éteint en 1982, mais Nancy lui survit encore aujourd’hui.

© 2023 Bill Griffith
Nancy © Andrews McMeel Syndication pour UFS
© 2023 Abrams ComicArts
© Casterman 2026Nancy fut publiée en France sous le titre Arthur et Zoé. Des strips émaillent l’album. Le dernier chapitre est d’une émotion incroyable dans lequel Bill Griffith, auteur de ce livre, interviewe une Nancy vieillissante. Dans sa préface, Art Spiegelman explique comment Griffith, auteur underground, s’est emparé de Bushmiller, comment un dessinateur aux hachures dessine le destin d’un univers épuré. Véritable coup de cœur, Three rocks réhabilite un auteur et son œuvre.
Titre : Three Rocks L’histoire d’Ernie Bushmiller l’homme qui créa Nancy
Genre : Biopic
Scénario & Dessins : Bill Griffith
Auteur de l’œuvre originelle : Ernie Bushmiller
Préface : Art Spiegelman
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203308558
Nombre de pages : 288
Prix : 28 €
- La petite mort – La petite boutique des erreurspar Laurent Lafourcade
Merchandising mortel
« -Hey ! Mais c’est Petite Mort ! Est-ce que je peux avoir une dédicace ?
-Euh… Oui…
-C’est ma carte de cantoche parce que j’ai rien d’autre sur moi. Trop chouette ! Ça va se vendre cher dans quelques années ! »
La petite mort s’ennuie. Ça tombe bien, comme ça, elle pourra accompagner son père pour la fauche. C’est pas son kif, mais bon… Aujourd’hui, il va falloir s’occuper du cas d’un bûcheron. Un autre jour, à l’école, alors qu’elle rêve de faire un exposé sur le langage des fleurs, la maîtresse préférerait un truc plus dans son style : la crémation, l’inhumation, le sang ou le meurtre par exemple. « Même les enfants ont le droit de rire de la mort. » C’est le sous-titre du magazine La petite Mort, que les gosses lisent à la récré. Alors, s’ils peuvent se faire prendre en photo avec elle, c’est top. Ils sont fans. Mais, c’est quoi ces BD qu’il y a dedans ? C’est vulgaire et violent et ça ne ressemble pas à sa vie. Les lecteurs, ils s’en fichent. Ils sont accros.

© Mourier – Delcourt La Petite Mort est de retour dans La boutique des erreurs. Elle se retrouve héroïne malgré elle d’un magazine de BD tiré à 800 000 exemplaires (!), mais aussi en figurine et en dessin animé, bref, tout plein de produits dérivés. Il y a même un disque dans lequel la Monster Academy fait sa boum, et aussi un jeu de société (mais ça c’est bien vrai dans la vraie vie de nous). Ça la saoule un peu quand même. Mais au fond, serait-elle plus heureuse sans toutes ces histoires ? Un petit tour dans un multiverse et elle aura la réponse.

© Mourier – Delcourt Décidément, Davy Mourier n’en finit plus d’inventer et de réinventer la série de La Petite Mort. 96 pages de fun et de meurtre sont au rendez-vous de ce nouveau volume. L’album est tête-bêche. On commence du côté de la petite boutique des erreurs avant de basculer à la page voulue, pour mieux revenir. Pour couronner le tout, comme on ne s’ennuie jamais avec la mort, même si elle ça lui arrive, le livre est en réalité augmentée. On peut ainsi assister à la création d’une planche depuis les premiers traits, écouter les chansons du concours de chant et bien d’autres surprises.

© Mourier – Delcourt Dans Mourier, y’a Mourire. Mais lui, c’est de rire. La Petite Mort atomise les chatons. Et y’a pas que les enfants qui ont le droit de s’en amuser.
Série : La petite mort
Tome : La petite boutique des erreurs
Genre : Humour morbide
Scénario, Dessins & Couleurs : Davy Mourier
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413092223
Nombre de pages : 96
Prix : 16,50 €
- Zebraska 1 – Un garçon pas comme les autrespar Laurent Lafourcade
Haut Potentiel
« -C’est un livre ?
-Oui. Une BD. Elle te plaît ?
-Je ne sais pas.
-Bien vu. On en reparlera quand tu l’auras lue.
-Je ne comprends pas le titre.
-Je l’ai intitulée « Zebraska » parce que le personnage principal est un drôle de zèbre. »
24 décembre 2055. Martin, alias Marty, a 15 ans. Aujourd’hui, Mamiléa lui offre un livre, une bande dessinée plus précisément, qu’elle a écrite, dessinée et imprimée à compte d’auteur en un seul exemplaire. Marty n’a pas l’air convaincu que ça va l’intéresser, mais le soir même, sur son lit, il se plonge dans la lecture de Zebraska, une histoire dont le personnage principal est un drôle de zèbre. Ce n’est pas une histoire fluide qui coule, qui roule, qui glisse, toute lisse et transparente. C’est l’histoire de Thomas, trois ans, qui vit avec ses parents et son petit frère Mattéo qui vient de naître. Thomas est différent des autres enfants. Au fil des mois et des années, sa mère va s’en rendre compte. C’est une boule d’émotion qui a des comportements qui peuvent paraître atypiques et qui se pose des questions existentielles. Entre les conseils mal-à-propos de ses amis et les crises imprévisibles de son fils, la maman de Thomas porte une partie de ce fardeau : son enfant est HP, Haut Potentiel.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis Si Marty est si touché par l’histoire de Thomas, c’est parce que Thomas, c’est son père. Il découvre un petit garçon bien différent de l’homme qu’il est devenu. Remué par ce qu’il lit, Thomas voudrait tellement pouvoir s’entretenir avec son père à l’époque où il était encore adolescent. En 2056 à présent, le monde a bien changé. Les jardins publics sont sous cloches à l’intérieur des villes. Thomas a une petite copine : Louna. Son pote Scotty le trouve bizarre. C’est à cause du livre qui le met à l’envers. Ses amis ne le comprennent pas. Depuis que le bouquin est entré dans sa vie, tout a changé. Avec Zebraska, Thomas n’est pas seulement en train de découvrir son père. Il est en train de se comprendre lui-même.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis Corbeyran et Isabelle Bary adaptent le roman de cette dernière dans un diptyque dont voici la première partie. C’est l’histoire d’un enfant à haut potentiel, un enfant « zèbre » comme on les appelle, précoce, surdoué, avec des capacités hors normes et une hypersensibilité exacerbée. En fin d’album, un dossier explique parfaitement leur problématique. Le récit navigue entre un présent, qui est le futur pour le lecteur, et un passé, présent du lecteur. Des intercases noires ou blanches différencient les époques. Les scénaristes les alternent au fur et à mesure de la lecture de l’album par Marty, complexe et questionnante pour lui. Outre une histoire de Haut Potentiel, le livre aborde aussi la préoccupation de la lecture dans le futur, de plus en plus en lutte face aux écrans. « Lire est une conquête, Marty. Un acte d’insolence. Un récit ne tolère aucune simplification. Aucune évidence. Oublie tes lunettes 3D, mets tes sens aux aguets. » Ces mots que prononce Mamilia pourraient très bien être dits par Corbeyran lui-même aux lecteurs. On reconnaît en eux le point de vue du scénariste hors pair aux plus de 460 albums.
Pour illustrer l’histoire, on retrouve Ludo Borecki, le dessinateur au réalisme souple de La vie compliquée de Léa Olivier. Il apporte une douceur certaine et une émotion remarquable dans les regards des personnages, en particulier chez la maman de Thomas.

© Borecki, Corbeyran, Bary, BenBK – Dupuis A l’école, les enseignants n’ont aucune formation pour s’occuper des élèves à haut potentiel, la focale étant uniquement portée sur les élèves en difficultés. Mais dans un autre ordre d’idées, eux aussi le sont. Il faut ouvrir les yeux en grand pour le voir. Si un bouquin comme Zebraska peut contribuer à une évolution des mentalités dans ce sens, ce sera une victoire.
Série : Zebraska
Tome : 1 – Un garçon pas comme les autres
Genre : Emotion
Scénario : Corbeyran & Isabelle Bary
D’après : Isabelle Bary
Dessins : Ludo Borecki
Couleurs : BenBK
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808504850
Nombre de pages : 72
Prix : 13,50 €
- Les Rugbymen 24 – On n’est pas les meilleurs, mais c’est pas les plus forts !par Laurent Lafourcade
Y’a du bon dans l’ballon !
« -On dit que le rugby, c’est l’école de la vie. Moi, je veux bien, mais ça pose beaucoup de questions ! Dans la vie, c’est quand la mi-temps, pour qu’on souffle un peu ? Qu’est-ce qu’on fait quand on est mené au score ? Et surtout, surtout… Pourquoi l’arbitre n’intervient pas plus souvent ?
-La Couette ! Dans la vie, comme sur le terrain, l’important, c’est d’avancer !… Alors tais-toi et cours ! »
Se changer les idées avec un petit voyage dans un pays qui n’a absolument rien à voir avec le rugby : bienvenue au Vietnam ! Sur une idée de l’épouse de l’un d’entre eux, voici nos rugbymen uniques et préférés en partance pour l’Asie du Sud-Est. Ce que la dame ignore, c’est que le pays vient tout juste de créer sa première fédération de rugby. C’est parti pour un petit break au pays du Dragon, un petit bijou d’Asie offrant à ses visiteurs autant de visages que de situations insolites. Entre les rues impossibles à traverser, la nourriture locale et la météo capricieuse, au grand dam de leurs femmes, les as du ballon ovale ne vont pas être si dépaysés que ça. Ils vont même se faire un pote australien, Tim Grange, pour plaquer avec eux.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo Cette histoire clôt la vingt-quatrième série de gags des Rugbymen, annoncée par une couverture où l’on est surpris de découvrir L’anesthésiste transportant Loupiote et La Couâne au beau milieu d’une rizière. Avant cela, la ration habituelle qui va mettre de la terre dans les dents est du meilleur cru. Sécateur prépare scientifiquement son avant-match pour mettre toutes les chances de son côté. Chez les filles, La Bringue refait le match une fois rentrée chez elle. Pour les mômes, un entraînement façon Mario Bros les déconnecte de leurs consoles et les ramène à la réalité. Quant aux anciens, la dernière rangée du bus leur rappelle le bon vieux temps.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo Dans les pépites de l’album, les histoires de Grololo, entraîneure des Paillettes, qu’elle raconte à sa fille pour s’endormir sont d’une imagination débordante. La rugbywoman revisite à sa sauce quelques grands classiques. Ainsi, Alice marque un bel essai dans un pays des merveilles qui ne tourne pas rond, comme l’ovalie. Un autre soir, D’Artagnan et ses nouveaux mousquetaires Ramos, Bastos et Vlalpastis vont affronter les gardes du cardinal en délaissant leurs épées au profit du ballon de rugby.
En variant les groupes (garçons, filles, gamins) et les situations (matchs, soirées, histoires imaginées, lieux), les BeKa ne lassent jamais et scénarisent le meilleur album de la série. Après 24 tomes, dans l’humour, c’est un essai transformé. Sous les couleurs de Maëla Cosson, Poupard peut ainsi lui aussi s’éclater dans des mises en scènes plus variées.

© BeKa, Poupard, Cosson – Bamboo « Dans la vie, les gens se croisent ; au rugby, ils se rencontrent ! » Au fond, le rugby, c’est un peu comme dans les festivals de BD ! Avec les Rugbymen, Rugby et BD même combat.
Série : Les Rugbymen
Tome : 24 – On n’est pas les meilleurs, mais c’est pas les plus forts !
Genre : Humour plaqué
Scénario : BeKa
Dessins : Poupard
Couleurs : Maëla Cosson
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041117338
Nombre de pages : 48
Prix : 11,90 €
- Dictionnaire amoureux de la bande dessinéepar Laurent Lafourcade
Eloge du 9ème Art par l’un de ses contributeurs
« Ce dictionnaire amoureux ne prétend, bien sûr, à aucune exhaustivité. Comme le veut cette collection, il est le reflet de mon histoire, de mes rencontres et de mes goûts. Les classiques de la bande dessinée franco-belge y tiennent une place importante, tout comme certaines œuvres expérimentales. Chacun, c’est inévitable, s’étonnera de plusieurs absences, surtout parmi les autrices et auteurs contemporains : les talents sont aujourd’hui si nombreux, les publications si diverses qu’il serait impossible d’en rendre compte. Je ne ferai qu’effleurer le vaste univers des mangas, qui mérite un dictionnaire complet. Mais j’espère, au fil des pages, inviter à de belles découvertes ou redécouvertes dans un paysage de la bande dessinée en perpétuelle métamorphose. » (Benoît Peeters)
Connu par les profanes comme étant le scénariste des Cités Obscures pour François Schuiten ou comme biographe de Hergé, Benoît Peeters est bien plus que ça. Benoît Peeters est un spécialiste et un amoureux de la bande dessinée. Il nous le prouve ici dans ce dictionnaire qui paraît dans la désormais mythique collection des dictionnaires amoureux aux éditions Plon. Comme tous les ouvrages de la série, il n’a pas pour but de faire une description exhaustive d’un univers, mais de proposer des entrées en fonction des goûts et des points de vue de son auteur. Ça tombe bien, Benoît Peeters a un regard à 360 degrés sur le Neuvième Art. Pour ceux qui l’ignoraient, on le découvre dans ce recueil où, plus que d’écrire des définitions, l’auteur raconte des auteurs, des héros, des techniques, des événements… avec sa verve et sa passion.

© Peeters – Plon C’est le mensuel (A suivre) qui ouvre le bal. Publié par les éditions Casterman entre 1978 et 1997, il accueille Tardi, Pratt, Prado, Baru et de nombreux autres auteurs qui seront les précurseurs de ce que l’on appellera plus tard très pompeusement le roman graphique. Tiens, allons voir justement ce que dit Peeters à ce sujet. Si au début de l’article, l’expression ne semble pas l’interloquer, il va finement analyser la situation. Pour lui, le roman graphique est né une première fois en 1975 avec La ballade de la mer salée, premier album de Corto Maltese, souple, 168 pages en noir et blanc, sortant des conventions de l’époque. Il sera récompensé à Angoulême. C’est trois ans plus tard que le terme « graphic novel » apparaît pour la première fois aux Etats-Unis avec A contract with God, signé Will Eisner. Gen d’Hiroshima, Maus, Watchmen, Moi ce que j’aime c’est les monstres, Persepolis ne sont que quelques exemples de livres classés dans la catégorie « romans graphiques » qui, Peeters est lucide, est une manière un peu hypocrite de rassurer celles et ceux qui se méfient de la bande dessinée. Pour d’autres, c’est tout simplement une catégorie commode de classification.

© Peeters – Plon Côté auteurs, les ténors sont évidemment au rendez-vous : Jacobs, Martin, Uderzo, Morris, Franquin, Goscinny, Moebius, Tardi, Gotlib… Jijé passe au second plan, dans les articles sur Franquin et le journal Spirou. Saint-Ogan entre par l’intermédiaire de Zig et Puce. Quinze pages sont consacrées à Hergé. Le maître n’en méritait pas moins. L’entrée du dictionnaire est composée de deux parties très distinctes. Si la seconde raconte Hergé, la première raconte les rapports qu’ont entretenus les deux hommes. Tintin au Tibet est la première BD qu’a lu Peeters. Plus tard, il réalisera un travail universitaire sur Les bijoux de la Castafiore, avant de le rencontrer pour un entretien destiné à la revue littéraire Minuit. Peeters publiera une biographie de Hergé en 2002.

© Peeters – Plon Même s’ils sont moins nombreux, les auteurs contemporains sont bien présents ; Sattouf, Zep, Bagieu, Bechdel, Larcenet, Doucet, Meurisse, Fabcaro, Urasawa… Bien que le sujet ne soit qu’effleuré, Peeters l’avoue, le manga est néanmoins représenté.
Des entrées « techniques » complètent le livre. Comme dans les plus belles heures des Cahiers de la Bande Dessinée, Peeters psychanalyse l’élément « case », remet à leur place les « phylactères », compare le « dessin » et le « redessin », questionne la fascination des « dédicaces », un don et pas un dû. De sa naissance à ses problèmes, le festival d’Angoulême est un rendez-vous historique. Et quand il parle d’expositions, là ou ailleurs, Peeters soulève la problématique de la confusion des genres entre planches originales et reproductions. Une belle chronique sur l’histoire de la presse BD rappelle à quel point elle manque aujourd’hui, Spirou et Fluide Glacial étant les derniers survivants. Malgré certains espoirs, le numérique n’a pas remplacé la prépublication. Au contraire, il inquiète.

© Peeters – Plon En près de 600 pages, Benoît Peeters offre son point de vue sur l’Histoire de la bande dessinée. Souvent objectif, parfois subjectif, comme cette chronique qui ne fait que le survoler, ce dictionnaire amoureux de la bande dessinée est un ouvrage d’étude de référence.
Titre : Dictionnaire amoureux de la bande dessinée
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Benoît Peeters
Illustrations : Alain Bouldouyre
Éditeur : Plon
ISBN : 9782259320818
Nombre de pages : 608
Prix : 26 €
- Les amis de Jacobs 38—Décembre 2025par Laurent Lafourcade
Cercles parfaits
« -Etonné de me voir, n’est-ce pas ?
-A vrai dire, mon cher professeur, j’espérais bien vous voir ici un jour ou l’autre, mais… dans d’autres circonstances, je l’avoue !… »
20 ans ! Les amis de Jacobs ont 20 ans. Tous les six mois, la merveilleuse et luxueuse revue paraît avec son lot de découvertes sur l’univers Jacobs. Pour l’occasion, Christian Viard laisse la parole au président Didier Bruimaud pour l’éditorial. Tirée à 600 exemplaires, la revue est envoyée à tous les membres de l’association, qui a justement besoin d’adhérents pour continuer à fournir cet incroyable travail patrimonial effectué. N’oublions pas qu’en parallèle, l’association restaure d’anciennes publications de l’hôte du Bois des Pauvres pour les rééditer avec le plus pur respect de l’époque. Mais attardons-nous sur le sommaire de ce numéro 38 des Amis de Jacobs.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsAvant 1946 et le démarrage du Secret de l’Espadon dans le numéro 1 du journal de Tintin, Jacobs a signé un grand nombre de dessins et d’aquarelles pour le journal Bravo ! ou pour des magasins bruxellois. Quel est le point commun de la plupart des dessins de Jacobs ? Le cercle. C’est le thème de l’étude approfondie présentée ici par Christian Viard. La couverture le montre : un gros plan de Mortimer encerclé sur une case du piège diabolique, dans une montre connectée avant l’heure, donne le ton « circulaire ». Hergé surnommait son ami l’horloger dessinateur. Jacobs, c’est la minutie incarnée, avec son graphisme alternant cases rectangulaires et cercles. Christian Viard nous invite donc au voyage avec le parcours d’un jeu Pergo en traversant la Belgique dans sa grande longueur.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsL’article est divisé en trois parties : le paquebot, les images et les blasons. L’auteur tente de se mettre dans la peau de Jacobs, en essayant de retrouver les sources historiques, la documentation, les photos, qui ont pu inspirer le maître. Le Paquebot de la boîte serait dessiné d’après le navire « Espagne » construit par la Compagnie Générale transatlantique. Ensuite, image par image, le lecteur est transformé en routard pour découvrir le pays : le palais de justice de Bruxelles, la ville de Diest, la promenade de la Reine à Spa, le beffroi de Mons et le port d’Anvers ne sont que quelques étapes parmi d’autres. Après une sublime carte pittoresque de la Belgique, les armoiries et blasons de chaque région sont présentés. Pour enchaîner avec le cercle dans les dessins, retour chez Blake et Mortimer où se succèdent les exemples dans lesquels Jacobs joue avec la forme, à travers des jumelles, des hublots, des soucoupes ou autres disques mystérieux.
Le fascicule est complété par une entrevue de Jacobs avec Olivier Salvatori pour le journal Rock & Folk en août 1982, des photos ayant inspiré des cases et celle d’un baryton issu d’une reliure trouvée dans une brocante. N’oublions pas l’encart central reproduisant un catalogue de jouets de 1936. Un dessin hommage de Achdé est la touche d’humour de la quatrième de couverture.

© Editions Blake & Mortimer / Studio Jacobs n.v. (Dargaud-Lombard s.a.)
© Les Amis de JacobsOn le répète, Les amis de Jacobs est une association visant à promouvoir la connaissance ou la découverte de l’œuvre d’Edgar-Pierre Jacobs et sa continuité par les nouveaux auteurs et scénaristes. Pour 40 € annuels, les adhérents reçoivent deux numéros des Amis de Jacobs, revue imprimée sur un papier de grande qualité et emplie d’articles d’une richesse incroyable. Toutes les informations pour adhérer et commander, entre autres, d’anciens numéros sont sur le site www.amisdejacobs.org.
On le dit pour Tintin, mais on peut aussi le dire pour eux. Quand on a fini de lire Blake & Mortimer, on peut recommencer à lire Blake & Mortimer. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau. La revue des amis de Jacobs le prouve depuis déjà 38 numéros !
Série : Les amis de Jacobs
Tome : 38—Décembre 2025
Genre : Revue d’étude
Directeurs de publication : Christian Viard et Didier Bruimaud
Éditeur : Les amis de Jacobs
Nombre de pages : 48
Prix : 15 €
- Princesse Saphir – Intégrale 1par Laurent Lafourcade
Deux cœurs pour un corps
« -L’héritier est né ! L’héritier est né !
-L’héritier ?
-Et alors, C’est un garçon ou une fille ?
-Il ne dit pas l’essentiel…
-Bah, ça doit être un garçon.
-Le prince héritier est né !
-Le prince héritier est né !
-Le prince est né !
-Qu’est-ce que je t’avais dit ? C’est un prince !
-C’est impossible ! C’est une fille qui devait naître ! »
Dans le ciel, au Paradis, sur un nuage, le Bon Dieu procède à la distribution des cœurs. Ceux qui en reçoivent un bleu deviendront des garçons, ceux qui en reçoivent un rouge feront des filles belles et douces. C’était sans compter la présence du petit ange espiègle Tink qui va faire avaler un cœur bleu à un futur bébé avant que, sans le savoir, le patriarche lui en donne un rouge. Comment savoir maintenant si ce sera une fille ou un garçon ? Tink est sommé de descendre sur Terre avec le nourrisson. Ce doit être une fille, il faut la débarrasser de son cœur de garçon. Là où tout se complique, c’est que l’enfant est l’héritier de la couronne. La cour et le peuple attendent un prince et voilà une princesse. Il ne faut pas que ça se sache. Garçon ? Fille ? Fille ? Garçon ? Ce n’est pas clair. Le duc Duralmin demande à voir l’enfant. Si le Roi et la Reine ont eu une fille et qu’ils font croire que c’est un garçon, voilà l’occasion pour le Duc de s’emparer du pouvoir en mettant son propre fils sur le trône, mais il va devoir prendre son mal en patience. L’enfant s’appelle Saphir.

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First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Les années passent. Saphir a quinze ans et navigue entre sa condition de fille dans un cercle très privé et de garçon aux yeux du grand public. Ses deux cœurs lui donnent la force d’un homme et la délicatesse d’une femme. Entre complots, amours et manigances, tantôt Prince Saphir, tantôt Princesse Saphir, « iel » avant l’heure va devoir développer des stratégies pour échapper à ceux qui veulent sa perte et à celui qui veut donner son amour alors que ce n’est pas possible. Lorsque sa mère va boire par inadvertance un sérum de vérité, les choses vont devenir encore plus compliquées. Si on ajoute à cela qu’une sorcière s’en mêle, Saphir n’est pas au bout de ses peines.

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First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Avec Princesse Saphir, l’immense Osamu Tezuka institutionnalise dès les années 50 les bases du Shojo, le manga pour jeunes filles, apparu dans les années 30. Les grands yeux pétillants deviendront l’un des codes du Shojo. Après Astro Boy et Le Roi Léo, voici sa troisième œuvre emblématique que les éditions Delcourt rééditent dans une somptueuse collection lui étant destinée. On y voit comment l’auteur est à la fois inspiré par Disney et devient en même temps une référence pour les studios américains qui le pilleront allègrement. Princesse Saphir est née en 1953 et a connu plusieurs versions, d’abord en manga, la dernière datant de 2008, puis en feuilleton radiophonique, au théâtre, en anime, puis en comédie musicale en 2006. Le personnage n’a quasiment jamais quitté le devant de la scène et est incroyablement d’actualité quant à la question du genre et de l’égalité filles-garçons.

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First published in Japan in 1963
© Delcourt 2025Prévue en deux tomes dont le second inclura Les enfants de Saphir, Princesse Saphir est une œuvre magistrale qui fait partie de l’Histoire du Manga avec un grand H et un grand M.
https://www.youtube.com/watch?v=4CBGiLgTYgM
Série : Princesse Saphir
Tome : Intégrale 1
Genre : Fantastique moyenâgeux
Scénario & Dessins : Osamu Tezuka
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413091653
Nombre de pages : 440
Prix : 29,99 €
- Neige de sangpar Laurent Lafourcade
Mauvais temps pour mauvais temps
« -Le temps s’est encore assombri, non ?
-J’ai l’impression que c’est encore pire qu’hier !
-T’as raison… On dirait que le jour peine à se lever…
-Le pire, Makiko, ce n’est ni le froid ni l’obscurité… C’est ce que nous dit le ciel.
-Qu’est-ce que tu racontes, Kohei ?
-Il nous adresse un mauvais présage.
-Arrête un peu tes histoires, tu veux ! »
Eté 1970, port de Shikomi, dans la baie de Wakasa. Un jeune homme attend un ami qui doit lui montrer sa collection de katanas. Il peut attendre longtemps, celui-ci est à Osaka pour des examens médicaux. Dans un bar du village, un ivrogne est mis à la porte par Makiko, la propriétaire, une dame âgée, parce qu’il est l’heure de fermer. Sayori, une livreuse, vient porter un carton de bouteilles de saké. Le vent commence à souffler. On se croirait en hiver. Il y a peu de monde. Depuis qu’il y a une voie rapide pour se rendre à Kyoto, plus personne ne s’arrête dans ce village de pêcheurs qui se vide petit à petit. La concurrence de la pêche industrielle n’arrange pas les choses. Deux jours plus tard, étrange phénomène climatique, la neige tombe sur la commune.

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama De la neige en plein été, ça n’a rien de normal. Il fait de plus en plus froid. Makiko propose à ceux qui le veulent de passer la nuit dans l’auberge, le temps que la tempête se calme. Au quatrième jour, un cadavre lacéré est découvert dans le blizzard. Quelqu’un aurait-il profité des conditions pour commettre un crime ? Le lendemain, c’est une deuxième victime qui gît sur la place du village. Un assassin rôde dans les rues. Alors que les reclus commencent à se regarder en chiens de faïence, Takashi et quelques volontaires décident de sortir faire une ronde. L’ombre mystérieuse qu’ils aperçoivent va entrer dans le bar à minuit trente. C’est un étrange samouraï qui repart sans toucher au verre qui lui a été proposé, après avoir fredonné une berceuse traditionnelle. Une légende raconte qu’autrefois cinq samouraïs se seraient installés dans la seule auberge du village, ici même. Que sont-ils devenus ? Le visiteur du soir en fait-il partie ? Quel est leur lien avec les meurtres perpétrés ?

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama « Je tuerai la pianiste afin que l’on sache que quelque chose existe. » Ces quelques mots écrits par Gérard Manset pour une chanson d’Alain Bashung introduisent l’album. A sa sortie, le chanteur déclarait ceci : «C’est presque une phrase ambiguë pour moi. «Je tuerai», je n’ai jamais formulé cela aussi directement, même si la pensée nous effleure tous un jour. En règle générale, j’ai toujours veillé à ne jamais dire ou chanter quelque chose qui aurait à voir avec la compassion. Je déteste faire l’artiste qui se plaint. Mais là, on est un peu dans le Fantôme de l’opéra, avec un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique. Alors, pourquoi ne pas dire que chez les artistes aussi les choses ne sont pas toujours très claires.» Un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique, on est peut-être dans la tragédie de Gaston Leroux, mais on est aussi dans Neige de sang. Alain Bashung ne le savait pas, mais il chantait Neige de sang. Je tuerai… Quelque chose existe… Comme le disait l’interprète, chez les artistes, les choses ne sont pas toujours très claires. Les artistes Corbeyran et Rurik Sallé installent leurs personnages dans une quatrième dimension mystérieuses, mais tout sera justifié. Aux dessins et aux couleurs, le prolifique Jef montre plus que jamais qu’il est l’une des valeurs sûres du moment. Jef prend des risques, se remettant en question d’une planche à l’autre avec des découpages pas toujours conventionnels, même dans des scènes qui pourraient sembler plus calmes que d’autres.

© Jef, Corbeyran, Sallé – Ankama « Je tuerai la pianiste Pour ce qu’elle a fait de moi Chaque jour que Dieu fait Chaque semaine, chaque mois Et quand ce sera fait Que le jour se lèvera Par l’entrée des artistes Quand on saura que c’est moi Alors je m’en irais Je la couvrirai d’or Alors je m’en irais » Conte moderne qui n’aurait pas dénoté dans la Twilight Zone, plus qu’un thriller fantastique, Neige de sang est l’une des plus belles histoires d’amour que l’on puisse lire.
One shot : Neige de sang
Genre : Drame fantastique
Scénario : Corbeyran & Rurik Sallé
Dessins & Couleurs : Jef
Éditeur : Ankama
ISBN : 9791033530602
Nombre de pages : 80
Prix : 18,90 €
- Le passagepar Laurent Lafourcade
A ma fille
« -Pourquoi tous les miroirs de ta chambre sont recouverts ?
-Je ne peux plus me regarder. Je crois que chez les juifs, c’est aussi un signe de deuil, mais je ne sais même pas de quoi je suis en deuil. De mon grand-père, sans doute, mais de moi, aussi. Oui, je crois que je suis surtout en deuil de ce que j’étais.
-C’est pour cela que tu as posté les messages sur le forum, en disant que tu voulais mourir ?
-Oui.
-Tu veux me raconter ?
-C’est compliqué et c’est long. Ça va vous embêter.
-Vas-y, je t’écoute.
-Vous êtes sûre ? Ça ne va pas être beau à voir. Je ne voudrais pas vous faire du mal. Parce que je vais tout vous dire. Tout. C’est vous qui l’aurez voulu.
-Je suis prête. »
Mathieu a 46 ans. Aujourd’hui, c’était les obsèques de son père, dans une fête merveilleuse comme il dit. Le soir, toute la famille s’est retrouvée dans l’appartement de son enfance, sauf ses filles qui étaient rentrées, fatiguées par l’émotion. A 20h36, le téléphone de Mathieu sonne. C’est la police. Ils sont avec ses filles et lui demandent de venir. Le policier le rassure, lui dit qu’elles sont en sécurité mais qu’il faut arriver. Mathieu et sa femme courent jusqu’à leur maison. Deux flics sont à côté de la plus jeune de leur fille sur le canapé. Une collègue est en haut avec l’aînée. Si les forces de l’ordre sont arrivées, c’est parce qu’elle a posté sur un forum des messages disant qu’elle voulait mourir.

© Persan – Hachette Elle vit dans un monde aux jours brumeux et froids, aux nuits sans lune ni étoiles. Tout s’est terni l’été dernier. Elle a passé deux mois dans le noir à regarder le mur. C’est là qu’est venue l’idée, non pas de mourir, mais de ne plus exister, devenir autre chose, ne plus dépendre de son corps, devenir invisible, se brûler, se scarifier. Son corps l’encombre, comme si une bête dévorait sa joie de vivre. Et lorsqu’elle arrive à en prendre le dessus, tout lui semble absurde. Tout est triste. Elle ne comprend pas ce qu’il se passe, parce qu’elle a tout, une famille aimante et elle ne manque de rien. Alors, elle culpabilise : « C’est moi qui dois être mauvaise. »

© Persan – Hachette Le lendemain, au commissariat, la policière apprend à Mathieu que sa fille avait prévu l’irréparable pour aujourd’hui. Il allait falloir prendre les choses en main, commencer un parcours semé d’embûches, embûches qui ne sont pas toujours là où on les attendait, comme ce psychiatre tout juste bon à se faire payer la consultation. Puis ce sera la première hospitalisation en établissement spécialisé, avec le moment terrible où on laisse son enfant en s’auto-persuadant qu’elle va être bien, bien entourée, soignée, guérie. Tu parles ! Mathieu et son épouse le comprendront bien vite. Il y a aura les visites, où ils la trouveront, hagarde, shootée de médicaments, et les médecins qui font culpabiliser.
Ce livre, Mathieu Persan aurait préféré ne jamais l’écrire. Ce livre, c’est l’histoire de sa fille atteinte d’une dépression profonde. Ce livre, c’est l’histoire d’un père qui se bat pour elle, qui voit un château de carte s’écrouler sans parvenir à le faire tenir debout. Dans cet album qui tient plus du livre illustré que de la bande dessinée, il alterne le point de vue de sa fille et le sien dans une alternance de séquences émouvantes, tragiques, poétiques. Ce témoignage est un lanceur d’alerte. Le nombre de jeunes qui vont mal explose dans un Big Bang effrayant. Leur santé mentale vacille. Les soins qui leur sont apportés font figure de pansements sur des jambes de bois. L’hôpital psychiatrique aujourd’hui ressemble plus à une simple garderie dont les faibles moyens ne résolvent pas grand-chose. Mathieu montre l’espoir, le chemin qu’il a suivi avec sa fille, avec, non pas la chance, mais le destin que toutes et tous n’auront pas. Si grâce à ce livre, ne serait-ce qu’une seule famille sauve son enfant, mais quelle victoire ! Mais il y en aura beaucoup, c’est sûr, ça ne peut pas être autrement.

© Persan – Hachette Un mot quand même sur les illustrations. Mathieu Persan est un graphiste. Il joue avec les textes et les textures dans des dessins en noir et blanc percutants. Les personnages n’ont pas de visage parce que, même si c’est son histoire, ils sont tout le monde. Le passage est une histoire à la mise en scène immersive.
Pourquoi les étoiles s’éteignent dans des ciels d’adolescence ? Il n’y a pas toujours de raison, parfois oui, parfois non, parfois on ne sait pas. Comment trouver la flamme qui les rallumera une par une ? Il n’y a pas toujours de solution. Surtout, il n’existe pas de panacée. Ce qui arrive à la famille de Mathieu peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment. Ça s’appelle le destin. C’est là qu’il faut emprunter le passage.

© Persan – Hachette Tous les droits d’auteur de ce livre, qui paraît le 11 mars, seront reversés à des associations œuvrant pour la santé mentale des jeunes. Alors, achetez ce livre, s’il vous plaît. Faites-le pour rallumer les étoiles dans les ciels assombris, parce qu’aucun ne devrait s’éteindre.
One shot : Le passage
Genre : Emotion
Scénario & Dessins : Mathieu Persan
Éditeur : Hachette
ISBN : 9782017251071
Nombre de pages : 144
Prix : 19,95 €
- The Junctionpar Laurent Lafourcade
Stranger thing
« -Ok… Lucas, dis-moi, tu comprends pourquoi tu es ici ? Tu as été porté disparu pendant longtemps. Très longtemps. Que vois-tu ? Deux photos. De toi. L’une prise juste avant ta disparition. L’autre ce soir. Je veux juste savoir… Enfin, moi et tous les messieurs de l’autre côté de la glace voudrions savoir… Comment se fait-il que tu n’aies pas vieilli d’un seul jour en douze ans ?
-Je… Je suis le garçon le plus vieux de la Terre. »
Juin 1996, Lucas Jones, un petit garçon de 11 ans, est interrogé par la police. Il vient de réapparaître alors qu’il avait disparu depuis septembre 1984, sans avoir vieilli, alors qu’il devrait avoir 23 ans. Douze ans auparavant, il s’est volatilisé avec son père, près de Medford. Les recherches n’ont jamais rien donné. Le père est toujours introuvable, mais Lucas a débarqué chez son oncle à Medford, vendredi dernier. Les journalistes posent des questions. L’inspecteur David King, en charge de l’affaire, ne dit mot, et pour cause, les réponses, il ne les a pas. Empreintes digitales à l’appui, les analyses sont formelles en tous cas : ce gamin, c’est bel et bien Lucas Jones. Si l’enfant n’a pas d’explication à donner, peut-être que son journal intime, où les jours sont indiqués mais pas les années, pourrait fournir des indices.

© Konyu – Glénat Lucas prétend avoir vécu dans un lieu appelé Kirby Junction. Il a une imagination débordante. Il est passionné par le livre de Jules Verne 20000 lieues sous les mers. Il fait le rêve récurrent d’être dans une voiture qui tombe dans l’eau. Une nuit, entendant sortir son père, il le suit dans la forêt et le surprend poser une rose près d’une pierre tombale. Au fur et à mesure qu’ils lisent le journal décousu de Lucas, l’inspecteur David King et la psychologue Jean Symonds parviennent à assembler quelques pièces d’un puzzle dramatique. Ce n’est que bien des années plus tard que le flic comprendra ce qu’il s’est passé.

© Konyu – Glénat Norm Konyu est un auteur né au Canada et résidant en Grande-Bretagne. Il travaille dans l’animation depuis longtemps, il a signé en bandes dessinées une adaptation décalée de L’appel de Cthulhu de Lovecraft, ainsi que Downloads, un conte surnaturel, récit d’apprentissage. Avec The Junction, il écrit un mystère digne de la Quatrième Dimension ou de X-Files. On ne peut qu’être intrigué, puis ému aux larmes par l’histoire de Lucas, impossible à refermer jusqu’à découvrir la clef de l’énigme. En postface, Norm Konyu dévoile la construction graphique des images de l’album, d’abord par croquis, puis par dessins vectoriels avec Illustrator, avant de rajouter des textures sous Photoshop. Il justifie également quelques scènes coupées.

© Konyu – Glénat Impossible d’en dire plus sans trop en dévoiler sur l’intrigue. Histoire d’enfance, histoire de deuil, histoire de deuil de l’enfance, laissez-vous embarquer par l’histoire de Lucas qui, sous la caméra de Spielberg, ferait un film incroyable. Stand by Lucas. Dans le fond et dans la forme, The junction est un album remarquable et poignant.
Titre : The Junction
Genre : Polar fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Norm Konyu
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344069721
Nombre de pages : 176
Prix : 22 €
- Boulevard Tintin – Hergé/Jacobs Du duo au duel L’histoire d’une amitié créativepar Laurent Lafourcade
Monstres sacrés
« -Ma parole ! On se croirait dans la base secrète de l’Espadon ! »
L’un a créé le personnage de Tintin et a posé toutes les bases de la bande dessinée franco-belge. Il s’appelait Hergé. L’autre a imaginé les aventures des très britishs Blake et Mortimer. Il s’appelait Edgar-Pierre Jacobs. Ils se sont rencontrés en 1941, par l’entremise de Jacques Van Melkebeke, lors de la première de la pièce Tintin aux Indes. Ensemble, ils allaient écrire l’une des plus belles pages du Neuvième Art, formant un duo tout autant qu’un duel, sans lequel la bande dessinée ne serait peut-être pas ce qu’elle est aujourd’hui, et dont les traces indélébiles sont marquées à tout jamais dans la grande Histoire de la BD. Voyage en immersion dans le destin de ces deux géants, sous la houlette du journaliste de formation et galeriste Eric Verhoest.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 En quatorze chapitres, Hergé/Jacobs, du duo au duel, l’histoire d’une amitié créative, détaille le parcours de ces génies. Baryton, Jacobs se rêvait chanteur d’opéra. Le destin, et le porte-monnaie, en allaient décider autrement. Ne trouvant pas de quoi subsister sur les scènes lyriques, Jacobs se rabat sur l’illustration. En 1942, Hergé, qui envisage de refondre et coloriser ses albums, fait appel à lui. Parallèlement, les planches américaines n’arrivant plus en Europe à cause de la guerre, Jacobs est chargé par le directeur du journal Bravo ! d’imaginer une série inspirée de Flash Gordon : ce sera Le rayon U. En 1944, après la libération de Bruxelles, la période est compliquée pour Hergé. Jacobs lui reste fidèle. C’est à cette époque qu’il sublime la nouvelle version du Sceptre d’Ottokar.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Septembre 1946 est un mois historique. C’est le lancement du journal Tintin et le démarrage du Secret de l’Espadon, première aventure du Capitaine Francis Blake et du Professeur Philip Mortimer. Tintin, lui, s’apprête à visiter le Temple du Soleil. En 1947, Jacobs, qui s’était vu refuser sa co-signature sur Le temple du Soleil et ne voulant pas devenir un homme de l’ombre comme le sera Bob de Moor, prend son indépendance. Hergé aurait-il pris ombrage du succès grandissant de Blake et Mortimer ? Les années suivantes seront compliquées pour le créateur de Tintin, surtout sur le plan sentimental. Jacobs ne manquera pas de lui donner son avis dans une correspondance. Puis viendront les années d’or, avec le succès des Studios Hergé, notamment dans l’aventure lunaire, et de Jacobs avec l’aventure égyptienne. Par la suite, si le triomphe d’Hergé le met sur le devant de la scène, Jacobs reste plus discret. Il sera plus tard très meurtri par la censure en France du Piège diabolique. Hergé le soutiendra. Un dernier chapitre revient sur les dernières années et la disparition des deux hommes avant qu’un épilogue apporte des regards croisés sur leur exceptionnelle collaboration.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 De la définition même de la ligne claire hergéenne au réalisme scientifique et d’anticipation jacobsien, cet ouvrage indispensable met en parallèle les destins croisés de deux grands monstres sacrés. Quand on a fini de lire Blake et Mortimer, on peut recommencer à lire Blake et Mortimer. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Titre : Hergé/Jacobs Du duo au duel L’histoire d’une amitié créative
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Eric Verhoest
Dessins : Hergé & Jacobs
Éditeur : Moulinsart/Casterman
ISBN : 9782203306516
Nombre de pages : 188
Prix : 29 €
- Boulevard Tintin – Autopsie d’une œuvre 1 – L’Affaire Tournesolpar Laurent Lafourcade
Auscultation tintinophile
« Une sensationnelle invention du professeur Tournesol commence par provoquer des catastrophes au château de Moulinsart : toutes les vitres volent en éclat, ainsi que la plupart des objets en verre ! Malheureusement, cette trouvaille ne rejoindra pas le rayon des farces et attrapes. Des espions tentent de s’emparer de Tournesol pour lui soutirer ses plans. Les kidnappeurs sont des Bordures, éternels ennemis des Syldaves et bien décidés à transformer l’invention de Tournesol en arme de destruction massive. »(résumé officiel de L’Affaire Tournesol)
Les premiers mots du Docteur Guido peuvent sembler troublants. A bien y réfléchir, ils sont rassurants. En effet, le praticien prétend qu’il ne faut pas relire Tintin pour ressentir à nouveau ses émotions d’enfants, mais assumer sa fonction de lecteur éveillé, afin de provoquer à l’infini des sensations nouvelles. Il n’y a pas de meilleur espoir pour l’avenir de la tintinophilie que d’appliquer cet adage. En effet, la majorité des lecteurs de Tintin et des amis de Hergé avançant en âge, on pouvait légitimement se questionner sur le futur de l’intérêt apporté à l’œuvre de Hergé. Si les « nouveaux » lecteurs appliquent la méthode Guido, la passion perdurera. Eux, contrairement aux « vieux », seront moins facilement phagocytés par leurs souvenirs d’enfance. C’est donc parti pour un voyage au cœur d’une aventure au scénario diabolique, une histoire d’espions et de conflit entre deux pays voisins.

© Docteur Guido – 7 sans 14 La préface est signée Jacques Langlois, lecteur passionné, privilégié ayant eu la chance de correspondre avec Hergé. L’homme a eu la chance de découvrir L’Affaire Tournesol par épisodes, lors de sa prépublication dans le journal Tintin en 1954. Ne sachant pas encore lire à l’époque, il se plongera plus tard dans l’histoire quand un copain lui prêtera l’album. Pour Langlois, l’album est l’un des plus réussis. Il a hâte, et nous avec, de découvrir ce que l’auteur de cet essai aura trouvé de caché dans ce livre. Avant que le médecin légiste ne pratique l’autopsie à proprement parler, le Docteur Guido fait un rappel des faits. Après le diptyque lunaire, Hergé était attendu au tournant. Il part dans le roman d’espionnage. Il veut une histoire réaliste et crédible. Guido l’annonce : il n’est pas là pour établir des liens entre fiction et réalité, mais pour une lecture « moins angélique et amusée de L’Affaire Tournesol ».

© Docteur Guido – 7 sans 14 L’essai a pour but de mettre en valeur la pensée d’Hergé à l’égard de son approche du néant, de la mort. On va nous expliquer comment la création de l’œuvre permet d’identifier la vérité de son intention, comment sa structure de génie est consécutive à son élaboration et comment se servir d’un esprit libéré pour faire apparaître la vérité sans influences émotionnelles. Guido analyse la couverture (Tournesol est-il évanoui ou mort ?) et la façon enfantine dont le résumé officiel est rédigé, puis ausculte le scénario, si élaboré, mais laissant la place à une interprétation philosophique. Il regrette le dénouement rapide de l’intrigue et les trois pages « ratées » précédant le retour du trio Tintin-Haddock-Tournesol à Moulinsart. Il souligne aussi la conclusion pittoresque avec la colonie Lampion, sans oublier de revenir sur l’objectif qu’il avait défini au début. Tout cela n’est qu’un très bref résumé du bilan effectué par le Docteur Guido que nous vous invitons à découvrir en détail dans cette analyse médicale.

© Docteur Guido – 7 sans 14 Les histoires d’amour les plus fortes sont celles où l’on se dit tout. Oui, le Docteur Guido est un amoureux de l’œuvre de Hergé. Non, il ne livre pas un panégyrique de L’Affaire Tournesol. Instructif, détaillé, mais aussi engagé, cet essai sur le dix-huitième épisode des Aventures de Tintin apporte un éclairage inédit et original qui donne envie de se replonger dans l’œuvre. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Autopsie d’une œuvre
Tome : 1 – L’Affaire Tournesol
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Docteur Guido
Préface : Jacques Langlois
Éditeur : 7sans14
ISBN : 979826506349
Nombre de pages : 126
Prix : 14,90 €
- Une aventure de Jeff Mistral 2 – Les 3 symboles d’Arelatepar Laurent Lafourcade
Meurtres antiques : On « tuerait » le Sud
« -Ce qu’il faudrait pour trouver l’assassin, c’est un bon détective privé, quelqu’un d’efficace ??… Vous voyez ?!
-Mmh… Je comprends… Vous me laissez passer un coup de fil ?!
-Je vous en prie !!
-Tu es en vacances ?! Alors pourquoi ne pas les passer à Arles ?!… Eh bien, Monsieur Bonnefille, je crois que j’ai trouvé l’homme de la situation !! »
Arles 1963, en faisant visiter les soubassements des arènes, Gédéon Bonnefille, adjoint du conservateur des musées de la ville, ne se doutait pas qu’il allait découvrir le cadavre de son supérieur. Eléazar Broutechoux, le conservateur en chef, git au sol un pilum romain dans le ventre et le cœur enlevé. D’après son collègue, la victime n’était pas dans son assiette depuis quelques semaines, depuis la découverte d’un coffret en métal dans le Rhône. Lui seul l’a ouvert. Il a confié que son contenu était en rapport avec un secret ancestral caché dans les arènes. Tout cela, Bonnefille le raconte à Jérôme Durandeu, un journaliste de la ville, et pas à la police. Ils sont justes bons à parler à tort et à travers et à boire des jaunes. Durandeu connaît l’homme de la situation pour dénouer l’intrigue : son ami détective privé Jeff Mistral.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev Après la capitale, direction le Sud pour Jeff Mistral. A peine arrivé, Durandeu lui raconte tout, mais il ne pourra pas interroger Bonnefille. Lui aussi vient d’être assassiné dans les mêmes conditions, dans les thermes de Constantin, le cœur ôté, pas de pilum mais une flèche plombée dans le front. Tout converge vers l’Antiquité dans Arles, Arelate comme on appelait la petite Rome des Gaules. Chez Broutechoux, Jeff et Jérôme empêchent in extremis un individu cagoulé de s’emparer du fameux coffret en métal. A l’intérieur, une pierre sculptée. Un spécialiste leur en dira certainement plus. La splendeur, l’immortalité et la puissance ancestrale de Rome sont au cœur de l’enquête qui va mener le détective et le journaliste au cœur, c’est le cas de le dire, d’une société secrète de fanatiques nostalgiques des heures les plus sombres de temps plus récents qu’ils voudraient remettre d’actualité.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev Intelligente, enlevée, dynamique, cette deuxième aventure de Jeff Mistral réunira les amateurs de polar, d’Histoire et de vieilles cylindrées. On va s’instruire, pour le bien de l’enquête. On va chercher les coupables. On va casser de la bagnole, on est aussi là pour ça, à l’époque où elles étaient encore en métal et sans électronique. Ce que l’on aimait aussi à l’époque des séries tous publics des années 60 à 80, c’est quand on retrouvait des personnages des aventures précédentes, avec la petite astérisque « Voir Tome… ». Ici, un personnage inattendu fait son retour. Le dessinateur Alain Julié, le scénariste Olivier Andrieu et la coloriste Claire Dumas jouent évidemment dans la nostalgie, mais sans naphtaline. C’est en cela qu’ils ont tout compris.

© Andrieu, Julié, Dumas – Klev De nombreuses interviews composent le cahier bonus. L’historien Alain Charron, conservateur en chef au Musée départemental de l’Arles Antique, qui par bonheur n’a pas subi le même sort que Eléazar Broutechoux, montre l’importance de la cité il y a 2000 ans. L’historien Frédéric Le Moal revient sur une autre époque troublée. Après un article sur la Facel Véga, les trois auteurs sont interrogés sur leurs méthodes de travail, avant que l’on ne termine sur quelques anecdotes.
Hommage appuyé à Gil Jourdan et à son créateur Maurice Tillieux, avec un petit clin d’œil au regretté Didier Savard, Jeff Mistral démontre qu’un âge d’or, et bien en fait, c’est éternel.
Série : Une aventure de Jeff Mistral
Tome : 2 – Les 3 symboles d’Arelate
Genre : Polar
Scénario : Olivier Andrieu
Dessins : Alain Julié
Couleurs : Claire Dumas
Éditeur : Klev
ISBN : 9782959206665
Nombre de pages : 64
Prix : 16 €
- Le rendez-vouspar Laurent Lafourcade
MiniBulles amoureuses
« -Mais… Il n’y a que des images ? Et… Pas de texte ? »
Un petit bonhomme se pomponne. Un pschitt de parfum, une tenue soignée, le chapeau melon vissé sur la tête, il quitte sa maison, des cœurs plein l’âme. Les oiseaux profitent de son amour communicatif. C’est alors qu’il pense à l’essentiel : il faut qu’il achète un cadeau ! Un outil ? De la charcuterie ? Non, non, non ! Un bouquet de fleurs conviendra bien mieux. Bonhomme, c’est ainsi qu’on le nomme, arrive devant l’immeuble de sa dulcinée et commence à gravir une à une les marches du grand escalier. Il va y croiser tout un aéropage de personnages plus bizarres les uns que les autres. L’aventure commence…

© Choux – Nathan C’est tout d’abord un énorme gorille en salopette rouge qui passe à côté de Bonhomme sans faire attention, le plaquant contre le mur et abimant son bouquet. Par bonheur, il reste encore des fleurs présentables. Plus haut, un chien saxophoniste et une souris guitariste rejoignent un lapin batteur pour un bœuf (musical) dans un appartement. Un cheval, une poule et sa ribambelle de poussins, un tigre, un serpent, le bâtiment est une véritable arche de Noé. Une vieille tortue confirme l’impression. Elle rentre des courses et l’aide du visiteur est bienvenue. Encore quelques rencontres et quelques étages à monter, et Bonhomme pourra frapper à la porte de sa dulcinée.

© Choux – Nathan On ne dira jamais assez le bien de Mini-bulles, cette collection pour les plus petits visant à appréhender le média avec de belles histoires joliment dessinées. C’est ici Nathalie Choux, la dessinatrice des Trop Super sur scénarios d’Henri Meunier, qui propose un rendez-vous amoureux. Il était un petit homme, mais pas de pirouette, ni de cacahuètes. Un trait rond, sans bordures, des animaux, beaucoup d’animaux, des décors géométriques et des couleurs pastel, l’enveloppe a tout pour séduire les enfants et leurs parents. Pas de texte : voilà aussi l’occasion pour les adultes de faire raconter l’histoire à leurs enfants. Pourquoi n’inverserions-nous pas les rôles ? On prendra plaisir à lire et relire cette grande aventure du bout de la rue et retrouver qui l’on croise au fur et à mesure avant de tourner la page. Et pour la Saint-Valentin, quoi de mieux qu’une histoire qui donne envie d’être amoureux ?

© Choux – Nathan La collection de bandes dessinées Mini-bulles adressée aux 3/5 ans publiée par les éditions Nathan a pour vocation de leur faire découvrir et aimer le média BD. Avec Le rendez-vous de Nathalie Choux, le pari est encore une fois gagné.
Tome : Le rendez-vous
Scénario, Dessins & Couleurs : Nathalie Choux
Genre : Aventure pour les tout-petits
Éditeur : Nathan
Collection : Mini-bulles
ISBN : 9782095054021
Nombre de pages : 24
Prix : 8,50 €
- Saint Seiya Les chevaliers du zodiaque Time Odyssey 4 – Shiryu face à la colère du dragonpar Laurent Lafourcade
L’épée au cœur
« -Il n’est pas question que je reste ici regarder mon ami mourir ainsi. Je dois le sauver ! Et personne ne se mettra en travers de mon chemin, pas même vous !
-Je vois. Tu es plus déterminé que jamais. Mais que comptes-tu faire, exactement ?
-Ce que je compte faire… Je vais détruire l’épée d’Hadès ! »
Seiya est en bien mauvaise posture. Cloué dans un fauteuil roulant, le chevalier est dans un état végétatif, victime de la malédiction de l’épée d’Hadès. Lorsque ce dernier a tenté de tuer Athéna, Seiya, revêtu de son armure de Pégase, s’est interposé pour la protéger. Il a alors reçu l’épée noire en plein cœur. Elle est invisible dans le monde des vivants, mais, plantée dans sa poitrine, elle se rapproche chaque jour un peu plus de son cœur. Bref, il meurt à petit feu. Shiryu n’a pas l’intention de rester dans le sanctuaire sans rien faire. Malgré l’interdiction de Shaina, plus haute gradée qui transmet les ordres d’Athéna aux chevaliers encore vivants, Shiryu décide de désobéir pour sauver son ami.

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)Shiryu part pour Elysion afin de réduire l’épée d’Hadès en cendres une bonne fois pour toutes. C’est le seul moyen de libérer Seiya de la malédiction. Shaina décide de le laisser finalement partir. Pendant ce temps, au palais du temps, Chronos cherche à asseoir sa dominance parmi les Dieux en se saisissant des attributs de ses ennemis pour compléter l’horloge de l’apocalypse. Le trident de Poséidon est installé en tant qu’aiguille des secondes. Bientôt, Athéna, submergée par le chagrin, lui cèdera son sceptre pour marquer les heures. Mais en attendant, l’épée d’Hadès n’attend plus que d’être transformée en aiguille des minutes. Pour aller la chercher, Arctos fait envoyer la huitième des heures de Chronos, Elétis, en Elysion. Qui en premier parviendra à s’emparer de l’épée, l’un pour sauver une âme, l’autre pour les assouvir toutes ?

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)C’est déjà l’avant-dernier tome de Time Odyssey, histoire originale des chevaliers du zodiaque orchestrée par Jérôme Alquié et Arnaud Dollen d’après l’œuvre de Masami Kurumada, et l’on regrette déjà que ça se termine au prochain épisode. Dans le plus pur respect de l’original, les auteurs sont parvenus à embarquer dans un univers que l’on pouvait penser intouchable. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le manga ou l’anime de Kurumada, aucun souci pour entrer en immersion. Ces lecteurs-là seront embarqués au même titre que les autres dans cette mythologie remarquable où les valeurs d’amitié, d’amour, de haine et de pouvoir sont les arcanes majeurs, comme dans toutes les mythologies universelles.

© Alquié, Dollen – Kana
© 1985 Masami Kurumada (AKITASHOTEN)Graphiquement détonnant, scénaristiquement impressionnant, colorimétriquement éblouissant, Time Odyssey démontre que les héros ne meurent jamais. Au même titre qu’Albator, Goldorak, Capitaine Flam, et bientôt Lupin, Les chevaliers du zodiaque font partie d’un imaginaire dont le retour en adaptation en BD en France contribue à leur éternité.
Série : Saint Seiya Les chevaliers du zodiaque Time Odyssey
Tome : 4 – Shiryu face à la colère du dragon
Genre : Mythologie
Scénario : Jérôme Alquié & Arnaud Dollen
Dessins & Couleurs : Jérôme Alquié
D’après : Masami Kurumada
Éditeur : Kana
Collection : Classics
ISBN : 9782505088370
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Mémoires d’un garçon agitépar Laurent Lafourcade
En plein cœur
« -Mes parents s’inquiètent parce que je reste petit. Ils ne savent pas, eux, que c’est moi qui ai décidé d’arrêter de grandir. Et pour ça, j’ai une très bonne raison. Je ne supporte plus l’idée de devenir adulte ! Franchement… Regardez l’état dans lequel vous nous laissez le monde. Vous comprendrez que ça ne donne pas fort envie… Donc j’ai décidé de faire le point et d’écrire mes mémoires avant de me remettre à grandir. Ou pas. »
Germain a dix ans. Il n’y a pas d’âge pour écrire ses mémoires, alors, pourquoi ne pas commencer maintenant ? Germain n’est pas bien grand, mais il est dans la courbe. Ses parents s’inquiètent qu’il reste petit. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que c’est lui qui a décidé d’arrêter de grandir. Tout ça parce qu’il ne supporte plus l’idée de devenir adulte. Il poursuivra donc sa croissance une fois qu’il aura fini ses mémoires. La maîtresse le trouve souvent dans la lune. C’est vrai, il s’y sent bien, mieux en tous cas que dans la réalité toute pourrie. Germain a une petite voix dans la tête qui lui dit parfois des choses qu’il n’a pas envie d’entendre, comme quand elle lui parle du « gros truc ». Mais il n’a pas envie d’en parler. Pas tout de suite. Ou jamais… Sans doute jamais. En couchant ses souvenirs sur papier, Germain a trouvé un moyen pour arrêter le temps.

© Vernay, Zabus – Dargaud Germain remonte trois ans en arrière, alors qu’il avait sept ans. C’est l’hiver, il fait sa liste pour le Père Noël. Et comme sa petite sœur Eugénie ne sait pas encore écrire, il va la faire pour elle. Il n’y a plus qu’à aller au centre commercial afin que le vieux barbu en prenne connaissance, mais rien ne va se passer comme prévu. L’année suivante, Germain a huit ans. Il est en week-end chez papy et mamy. Il y a Bart Simpson, c’est son chat. Ce jour-là, le petit garçon va vivre le premier drame de sa vie. Pour ses neuf ans, Germain découvre que les réunions de famille ne sont pas toujours des moments de plaisir. Et puis, il y a le « gros truc », un matin comme tous les autres, il ne sait plus s’il pleuvait ou s’il faisait soleil…

© Vernay, Zabus – Dargaud Il y a des albums tendres et des albums émouvants. Il y a des histoires de destins, des histoires de tous les jours, des histoires où le quotidien est une routine et où on aimerait que ça le reste. Et puis, il y a les histoires de la vraie vie, celle qui ne fait pas de cadeau, qui peut tout faire basculer d’un instant à l’autre. C’est le bonheur et une fraction de seconde plus tard, ça ne l’est plus. Malgré ça, il faut continuer à avancer, en trouvant le moyen de survivre, en cherchant par toutes les façons à arrêter le temps. C’est l’histoire de Germain. Vincent Zabus arrache des larmes aux lecteurs en faisant comprendre d’abord à mi-mots qu’il s’est passé quelque chose, un « gros truc ». Au fil des chapitres, on devine, on comprend, mais on refuse. Avec un dessin d’une incroyable délicatesse, Valérie Vernay s’efface dans des chapitres aux tons monochromes pour laisser Germain prendre les commandes. En effet, très rapidement, le personnage s’impose par son charisme, sa malice et sa douleur. S’il refuse de grandir, c’est parce que la vie a voulu le faire grandir trop vite, mais il a trouvé la parade. Rien n’a pas le droit de faire d’un petit garçon un adulte avant que ça ne soit le moment. Germain échappe à son histoire, il échappe même à ses créateurs pour fusionner avec les lecteurs.

© Vernay, Zabus – Dargaud Quand un petit garçon de bande dessinée de dix ans donne la plus belle leçon de résilience qui soit, on ne peut que prendre exemple sur lui. Ces Mémoires d’un garçon agité est l’album le plus émouvant jamais écrit au monde de tous les temps. Sublime.
One shot : Mémoires d’un garçon agité
Genre : Emotion
Scénario : Vincent Zabus
Dessins & Couleurs : Valérie Vernay
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213959
Nombre de pages : 144
Prix : 23,95 €
- Oneira L’ère des souverains 1 – Réminiscencepar Laurent Lafourcade
Le temps des épeires est-il révolu ?
« -Nous avons été mandatés pour éradiquer l’engeance du chaos qui se terre dans cette carrière. Vous n’avez pas votre mot à dire là-dedans. Le temps des épeires est révolu, il faut vous y faire.
-Parce que tu penses que c’est un paladin à peine sorti des bourses de son paternel qui peut me dire quoi faire ? »
Arane Heos, traqueuse de cauchemars, épeire et membre du Salice, est de retour à Alba, la capitale du royaume. Elle y arrive avec Venus, sa fille adoptive, qui est à la fois une humaine et un cauchemar. Elle possède de puissants pouvoirs qu’elle ne parvient pas toujours à contrôler. Arane a eu jadis un enfant qu’elle a dû tuer. C’est son douloureux secret. Elle sait que le « Roi d’en bas » est au courant et cherche à savoir comment il l’a appris. Accompagnées du fidèle Bastione, Arane et Venus sont pour l’instant au cœur de la cité. Pendant que Bastione et Venus vont visiter la ville, avec pour seule consigne que personne ne doit savoir qui elle est, Arane rencontre les membres du conseil du Salice, à Meridis, le palais du Saint-Siège, afin de s’expliquer à propos de l’affaire du Cardinal Lemegeton.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Ces dernières semaines, des tensions sont apparues entre les membres de l’Ordre et les épeires, caste spécialisée dans la traque et la neutralisation des cauchemars. Sous l’égide d’Octavian De Villetri, souverain de la Couronne, l’Ordre considère que les épeires ne sont plus nécessaires à la nation, voulant les remplacer par des paladins qui seraient les nouveaux bras armés du pouvoir. Il faut faire vite. Des épeires disparaissent en mission, tuées, non pas par des cauchemars, mais par de la lithomancie. Alors que les membres du Salice alertent Arane du danger qui plane que leur congrégation, voici que débarque dans la salle le fameux souverain Octavian.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Après le préambule Oneira L’enfant cauchemar, voici Oneira L’ère des souverains. Les personnages et l’univers ayant été présentés dans le premier cycle, que l’on pourrait appeler cycle numéro « zéro », les auteurs entrent dans le vif du sujet. Grâce aux pages de préambule, les nouveaux lecteurs n’auront aucune peine à commencer par ce tome. Très bonne idée. La série prend un ton politique. On ne peut s’empêcher de penser à l’ambiance délétère qui règne dans la géopolitique mondiale actuelle où quelques dirigeants font de l’ingérence, parfois même au sein de leur propre pays, de manière dictatoriale. C’est ici Octavian qui joue ce rôle autoritaire. Cab construit savamment son scénario clair et intelligent. Federica di Meo alterne les scènes d’action et de dialogues avec la même minutie. On notera le petit clin d’œil à Masami Kurumada avec le personnage de Lohengrin Porte-Eclat, le protecteur Chevalier du Cygne, semblant tout droit sorti de Saint-Seiya.

© 2025 Federica Di Meo (Arancia Studio) – Cab – KANA Entre complots de cours, jeux de dupes et cauchemars, Arane Heos n’est pas près de profiter de la taverne avec Bastione. Fer de lance du manga Dark Fantasy européen, il ne reste plus à Oneira qu’à s’imposer sur la scène internationale.
Série : Oneira L’ère des souverains
Tome : 1 – Réminiscence
Genre : Dark Fantasy
Scénario : Cab
Dessins : Federica Di Meo
Éditeur : Kana
Collection : Dark Kana
ISBN : 9782505124641
Nombre de pages : 192
Prix : 8,10 €
- Pym et la forêt éternelle 1 – La nuit des hurleurspar Laurent Lafourcade
La chaumière dans la clairière
« -J’aurais tellement voulu chevaucher sur le dos d’Hector comme un chevalier… Elle est bien gentille, Mamie Rose, avec ses contes, mais moi, j’aimerais vivre de vraies aventures ! Si seulement on pouvait traverser cette maudite forêt. Et découvrir le monde. »
Pym vit dans une chaumière au beau milieu d’une clairière. Le jeune homme habite avec Mamie Rose, sa grand-mère. Il rêve de traverser la forêt inextricable qui entoure la maison, pour vivre de vraies aventures. Mamie Rose est une conteuse intarissable, mais le garçon a besoin de plus de réalités. C’est sûr qu’avec Hector, un cheval qui parle et qui se tient sur deux pattes et qui est incapable de se poser sur quatre, ce n’est pas facile de « s’évader ». Un autre animal atypique bavard partage le quotidien du garçon. Il s’agit de Ned, un hibou qui tente vainement de s’envoler. La nuit, de grands cris proviennent de la forêt. Ce sont les hurleurs. Quand dans la journée, Pym et sa grand-mère vont y glaner du bois mort pour le feu, ils ne s’y attardent jamais. La vielle dame a l’étrange impression d’être observée. Le soir, autour de l’âtre, l’aïeule a toujours une histoire à raconter.

© Bouvier, Erkol – Dupuis Pour son premier scénario, Fuat Erkol imagine une histoire qui fleure bon le conte traditionnel. Pym n’a jamais quitté sa masure. Il a le monde à découvrir, avec son innocence, sa candeur et sa curiosité, sa témérité et son impression d’invincibilité. En mettant le lecteur au niveau de Pym, Erkol lui permet de s’identifier et de franchir ce passage, aussi bien physique que moral, avec lui. Ensemble, ils vont vivre la transition de l’adolescence à l’âge adulte, la quête initiatique qu’accomplit tout être qui grandit. Mamie Rose est un personnage plus énigmatique. Quel est son passé ? Qu’a-t-elle vécu ? Pourquoi refuse-t-elle que Pym parte ? Avec Hector et Ned, les animaux tous deux handicapés par leur condition incongrue pour les bestioles qu’ils sont, le scénariste apporte la dose d’humour dont se chargent en général les personnages secondaires.

© Bouvier, Erkol – Dupuis Après avoir travaillé dans l’illustration, Clémentine Bouvier signe elle-aussi son premier album. Elle est nourrie des meilleurs longs métrages d’animation. Un brin de Belle au bois dormant, une pincée de Brisby et le secret de Nimh, une louche de Spirit, l’étalon des plaines. La dessinatrice s’approprie ces influences au fil des planches pour forger son propre style. Quant aux hurleurs, ils sont inspirés du personnage du tableau Le cri, de Munch. Ce n’est pas parce que de nombreux auteurs ont les mêmes qu’il faut se priver de références si fondamentales qu’elles font presque partie d’un imaginaire collectif.

© Bouvier, Erkol – Dupuis La nuit des hurleurs inaugure une nouvelle série moyenâgeuse, signée de deux jeunes auteurs qui sont en train de prendre leurs marques dans une aventure, un conte féérique, modernisant le traditionnel.
Série : Pym et la forêt éternelle
Tome : 1 – La nuit des hurleurs
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Fuat Erkol
Dessins & Couleurs : Clémentine Bouvier
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9791034765782
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Boulevard Tintin – Les amis de Hergé 80 – Automne 2025par Laurent Lafourcade
Les 40 ans des ADH
« -Ah ! Si je pouvais raconter tout ce que j’ai vu !… Mais on ne me croirait pas. »
Planche 5 du Temple du Soleil. A côté de Tintin, le Capitaine Haddock observe le large aux jumelles. « Mille millions de mille milliards de mille sabords ! Le signal de la quarantaine !… » Pour un peu, on se croirait de retour en plein Covid. Pas du tout heureusement. On y apprécie les couleurs à l’aquarelle, certainement réalisés par Guy Dessicy et Frans Jageneau. Les pommettes rosées des personnages mettent en volume leurs visages. Quatre tons de bleus se partagent l’image, du bleu marine du pull du Capitaine au bleu très pâle de la chemise de l’inconnu en passant par le bleu soutenu du tricot de Tintin et le bleu ciel du beau temps. Il n’y a plus qu’à tourner cette couverture pour les traditionnelles soixante pages trimestrielles au cœur de l’univers de Hergé, avec une énorme pointe d’émotion puisque l’exégète Philippe Goddin, éditorialiste habituel, ne tiendra pas ce numéro entre ses mains.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.Jacques Langlois rend hommage au plus grand biographe de Hergé en ouverture. Il précise que l’on pourra encore lire dans les numéros à venir de nombreux articles signés Philippe Goddin, celui-ci ayant eu de l’avance dans ses rédactions. Patrick Vandersleyen, Vincent Baudoux, Jean Lecocq et Jean-Claude Sire rendent à leurs tours hommage à celui sans qui la tintinophilie ne serait peut-être pas ce qu’elle est aujourd’hui. Le cœur de la revue est consacré aux 40 ans des amis de Hergé, anniversaire fêté à Nivelles au mois de Mars dernier. L’immersion permet à ceux n’ayant pas eu la chance d’y aller de vivre l’événement de l’intérieur, avec de nombreuses photos.
Le dossier principal tourne autour du nombre 40. On y parle du quarantième anniversaire de Hergé et du départ de jacobs, des 40 premières années des « échos illustrés » d’Hergé en Suisse. On y parle de pantalon de golf, de Haddock, de Tchang, de la planche 40 des Bijoux, et de la planche 42 de l’Alph’Art, la dernière, 42 ans après la mort de l’auteur. Dans un émouvant dialogue imaginaire, Tintin interviewe son créateur. Enfin, le nouveau secrétaire de l’association Olivier Roche nous allèche en annonçant un livre retraçant l’histoire des ADH.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.D’autres articles complètent la revue. Impossible qu’il n’y en ait pas un consacré à Quick et Flupke. Celui de ce numéro s’attache au langage de l’Agent 15. Jean Lecocq parle du lien entre Jacques Brel et Tintin. Philippe Goddin signe trois articles, le premier consacré à une correspondance entre Hergé et un lecteur wallon à propos du champignon de L’étoile mystérieuse, le deuxième met en parallèle un cartoon de Hergé avec un d’Alain Saint-Ogan, le dernier est sur le senhor Oliveira da Figueira. Les rubriques traditionnelles bouclent le numéro : de bonnes questions et leurs réponses, les infos de La Dépêche et les 7 scoops de Walter Rizotto.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025
© Les amis de Hergé a.s.b.l.Pour adhérer aux Amis de Hergé, il suffit de se rendre sur le site lesamisdeherge.com : https://lesamisdeherge.com/lassociation/inscription/ La passionnante revue de l’association le prouve depuis déjà 80 numéros : Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Les amis de Hergé
Tome : 80 – Automne 2025
Genre : Revue d’étude
Rédacteur en chef : Philippe Goddin
Éditeur : Les amis de Hergé a.s.b.l.
Nombre de pages : 60
Prix : 25 €
ISSN : 0773-6703
- Popeye – 2 – Sundays 1933-1938par Laurent Lafourcade
Les muscles de la famille
« -Popeye, j’viens t’causer d’un truc. Si on r’père l’île au magot, y’a moyen d’se marrer un bon coup ! Y’aura du grabuge et d’l’aventure, c’est sûr ! Y s’peut qu’on y laisse not’peau, ou qu’on r’vienne les poches pleines d’or. L’or des pirates ! Des rubis et des perles grosses comme des œufs.
-J’en ai ma claque de c’boui-boui. J’sens la mer qui m’arpelle, et j’aime le danger ! Allez, on lève l’ancre. »
Olive est affolée. Popeye, son amoureux, est en train de se battre en plein milieu du restaurant. Elle envoie Wimpy chercher la police avant qu’ils s’entretuent. Peine perdue, le marin s’amusait avec son vieux pote Bill Barnacle, alias Salty, frangin de l’ancien club des gens d’mer qu’il n’avait pas vu depuis vingt ans. Le loup de mer est venu causer d’un truc à Popeye : l’île au magot. S’ils la retrouvent, y’a moyen de revenir les poches pleines d’or et de se marrer un bon coup avec du grabuge et de l’aventure. Mais ils peuvent aussi y laisser leur peau. Il n’en fallait pas plus pour que Popeye ressente l’appel de la mer. L’or des pirates n’attend que lui. Allez, il est temps de lever l’ancre, comme à la belle époque où les bateaux étaient en bois et les hommes en fer.

© 2025, King Features Syndicate
© FuturopolisCette seconde salve des planches dominicales de Popeye signées de son créateur Elzie Crisler Segar commence par une grande aventure de 32 planches. Humour, mystère, monstre et action sont au générique de ce périple dans lequel Olive et Wimpy vont accompagner le marin à la pipe, dans un vrai voyage sur l’océan, une fois n’est pas coutume. Que va faire Popeye de la fortune qu’il va ramener ? Vous le découvrirez par la suite. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il lui faudra trouver une nouvelle source de revenus. Première étape, défier Kid Nitro sur le ring. Le cogneur le plus féroce de toute l’Amérique va-t-il réduire notre musclé des avant-bras en bouillie ?

© 2025, King Features Syndicate
© FuturopolisApparu dans les strips quotidiens en juillet 1933, Mimosa, le bébé abandonné à Popeye, ne débarque dans les planches dominicales qu’en octobre 1934. Popeye l’avait confié à une dame, mais le nourrisson lui manque. Popeye l’embarque. On le retrouve épisodiquement et il l’accompagne dans une ruée vers l’or. Arrivée d’un autre personnage mythique quatre mois après son apparition dans les strips. En août 1936, le public dominical découvre Eugène le Jeep, un animal qui a traversé la barrière dimensionnelle. Il peut prédire l’avenir, répondre par oui ou non et dit toujours la vérité. C’est l’oncle d’Olive qui lui a envoyé d’Afrique. La bestiole jaune sera source d’inspiration de Franquin pour le Marsupilami. Le 2 octobre 1938, Segar publie sa dernière planche hebdomadaire avant de décéder quelques jours plus tard d’une leucémie, à seulement 44 ans. On y retrouve Olive en colère contre le pôpa de Popeye, qui aime bien se déguiser en son fils pour lui faire la cour.

© 2025, King Features Syndicate
© FuturopolisEn deux volumes, les éditions Futuropolis ont réalisé un travail patrimonial d’exception en publiant l’intégralité des planches du dimanche de Popeye the sailor man signées par le créateur du personnage. Espérons que le voyage se poursuive avec les pages de ses successeurs.
https://www.youtube.com/watch?v=6fJdNq5W8kw
Série : Popeye
Tome : 2 – Sundays 1933-1938
Genre : Humour
Scénario & Dessins : Elzie Crisler Segar
Traduction : Sidonie Van Den Dries
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754848787
Nombre de pages : 256
Prix : 34 €
- Opération Moon Firepar Laurent Lafourcade
Complots spatiaux
« -Wouah !!!
-C’est quoi ça ?! Vite ! Ils sont dans le bois !
-Euh… T’es sûre ?
-T’as la trouille ?
-Bien sûr que non.
-Allez… Active !
-Attends-moi ! On devrait peut-être aller chercher de l’aide.
-Chuuut !
-Ben merde.
-Ils existent donc pour de vrai… »
Septembre 1962, Université Rice, à Houston, au Texas, le président JFK annonce le développement d’un programme spatial pour aller sur la lune. Novembre 1963, au Texas, un jeune couple d’amoureux, Charlene et Dave, flirte dans la campagne lorsqu’ils aperçoivent une soucoupe volante qui atterrit dans le bois à proximité. Planqués dans les fourrés, ils assistent au débarquement d’ET en scaphandres qui rencontrent un groupe d’humains à qui ils remettent un étrange pistolet. C’est un désintégrateur : un prisonnier attaché à un arbre en fait les frais. Terrorisé, le couple prend ses jambes à son cou. Le lendemain, Dave se demande si ce qu’il a vu était bel et bien réel ou s’ils étaient sous l’influence de l’herbe et de l’alcool. Charlene, elle, est convaincue de ne pas avoir rêvé. La nuit suivante, Dave retourne seul sur les lieux et manque de se faire enlever par les martiens.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle Avec Vince, quarterback prometteur du championnat et accessoirement frère de Dave, les amoureux vont mener leur enquête en infiltrant une petite communauté défendant les « vraies valeurs américaines ». Parallèlement, Dave fait venir sur les lieux de l’atterrissage de la soucoupe des copains ufologues persuadés qu’une invasion massive est en préparation. Plus tard, lors d’une expérience chamanique, Dave aperçoit les aliens assassinant des humains sous les encouragements du plus célèbre Führer en fauteuil roulant. Qu’est-ce que les nazis viennent faire là-dedans ? Il est possible qu’il y ait un lien entre eux les martiens. En effet, après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des scientifiques du Troisième Reich ont été recrutés par la NASA en échange de leur liberté.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle S’il y a bien un scénariste qui surprend et se remet en question d’album en album, c’est bien Xavier Bétaucourt. Il a traité un faits divers sociétal avec Ils ont tué Léo Frank. Il a donné une autre vision des patients en hôpitaux psychiatriques avec Les âmes fendues. Aujourd’hui, il raille le complotisme américain dans une comédie dramatique de la veine de Mars attacks ! Opération Moon Fire revisite l’invasion extra-terrestre en menant sur de fausses pistes. Il prend le lecteur à contre-sens, le mettant face à ses responsabilités quant aux faux-semblants. Sous les couleurs pulp de Paul Bona, Olivier Perret clarifie son trait et s’éclate dans des scènes totalement foutraques. Seul le visage photographique de Kennedy témoigne d’un ancrage historique.

© Bétaucourt, Perret, Bona – Jungle L’Histoire américaine est tellement pleine de mystères, de secrets et de non-dits que certains complotistes pourraient penser que le point de vue d’Opération Moon Fire n’est pas si improbable que ça. On aurait presqu’envie de douter. Divertir ou faire diversion ? A quoi jouez-vous, messieurs Bétaucourt et Perret ? Les deux, mon général ! Pari gagné.
One shot : Opération Moon Fire
Genre : Complotisme
Scénario : Xavier Bétaucourt
Dessins : Olivier Perret
Couleurs : Paul Bona
Éditeur : Jungle
Collection : RamDam
ISBN : 9782822241670
Nombre de pages : 112
Prix : 22,95 €
- Mon Cervinpar Laurent Lafourcade
Rester vivant
« -Bonjour Papa. J’ai trouvé ta lettre. Ton testament. J’ai pris connaissance de tes dernières volontés. Je ne peux pas accomplir ton souhait. Tes cendres, on les a déjà dispersées ici. Et le Cervin, c’est un monstre, une montagne inaccessible pour moi. Un sommet réservé aux spécialistes de la grimpe, ke te le rappelle. J’ n’ai jamais fait d’escalade. Je sais ce que cette montagne représente à tes yeux. Mais c’est impossible. Tu ne m’en veux pas, j’espère ? »
Suisse, Juillet 1871, accompagnée de six grimpeurs, une femme vient de parvenir au sommet du Cervin. Vêtue de sa longue et encombrante jupe, Lucy Walker a réalisé un exploit. Elle est la première femme à le réaliser. En descendant, la troupe rencontre un berger à qui Lucy demande un peu d’eau. Elle croît reconnaître en lui Francis Douglas, l’un des premiers vainqueurs du Cervin, disparu six ans plus tôt. Il nie, prétendant s’appeler Hermann Krubel. Il ment. Elle le sait et le lui dit en aparté. Il va lui avouer son secret.
Sallanches, 2023, un modeste dessinateur de BD, pas alpiniste, pas même sportif, tente à son tour de gravir le sommet des dieux, le Cervin, la montagne de son père. Comment en est-il arrivé là ? Qu’est-ce qui l’a poussé à relever ce défi ?

© Roels – Kalopsia Ben est un raconteur d’histoires, un type qui ne voyage que dans sa tête, dans les livres qu’il lit et dans ses dessins. Il vit depuis quatre mois avec Marion et vient de perdre son père. Ce n’est qu’après l’incinération et la dispersion de ses cendres que Ben, en vidant sa maison, découvre une lettre de son paternel demandant à ce que ses restes soient dispersées au sommet du Mont Cervin à Zermatt par son fils Ben, une montagne qu’il a tenté de gravir sans y parvenir. Alors qu’il est en train de réaliser une BD sur l’histoire du Cervin, sur Lucy Walker et autres courageux, alors qu’il n’a jamais fait d’escalade et que les cendres de son père ont déjà été disséminées, Ben décide d’honorer sa mémoire : il grimpera au sommet et y dispersera les cendres de la lettre sur laquelle son père a écrit ses dernières volontés.

© Roels – Kalopsia Mais quel plaisir de retrouver Benoit Roels, neuf ans après son album précédent, Quipou. Sur le devant de la scène dans les années 90 et 2000 avec des séries comme Oknam, Bleu lézard ou Les mystères d’Osiris, il poursuit plus discrètement sa carrière à côté de son métier de professeur de dessin. Mon Cervin est incontestablement son album le plus personnel. Il romance légèrement son histoire personnelle (le vrai du faux est démêlé en postface) pour rendre le plus bel et plus émouvant hommage à son père, mêlant son aventure avec l’Histoire avec un grand H du mont Cervin. Les visages de ses personnages portent les stigmates de leurs passés ou de leurs secrets. Et que dire des paysages : tout simplement somptueux. Roels met le lecteur en immersion. On gravit la roche avec lui, on souffre avec lui, on sent le caillou qui gêne dans la chaussure. Le plus étonnant, c’est qu’après avoir refermé l’album, on est convaincu d’être monté jusqu’au sommet nous aussi.

© Roels – Kalopsia Mont Cervin, Mon Cervin, avec ou sans « t », le sommet est définitivement celui de Benoit Roels qui lui offre une belle et sensible vitrine. L’émotion est au rendez-vous. C’est beau, tout simplement.
One shot : Mon Cervin
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Benoit Roels
Éditeur : Kalopsia
ISBN : 9782931205266
Nombre de pages : 80
Prix : 17,95 €
- The strange house 2par Laurent Lafourcade
Famille composée
« -Si vous cherchez les Katabuchi, ils ont déménagé. Etes-vous un ami à eux ?
-Les… Les Katabuchi ?
-Oui, la famille qui habitait cette maison.
-Katabuchi… C’est le nom de famille des gens qui habitaient ici.
-Vous ne les connaissez pas ? Que venez-vous faire ici alors ? »
Deux maisons, des plans étranges. Dans l’une d’elles, en vente, une pièce centrale à l’étage est cachée à toutes vues extérieures. Dans l’autre, une pièce triangulaire a été ajoutée. Dans les deux bâtisses, la même famille, les Katabuchi, a habité, un couple avec un enfant en bas âge. Ça, c’est ce que pensaient Yanaoka, auteur web spécialisé dans l’horreur et les phénomènes paranormaux, ainsi que Kurihara, architecte et grand amateur de romans policiers. En se rendant à Tokyo pour voir la maison qui est en vente, Yanaoka est accosté par une voisine. Au fil de la discussion, elle lui apprend qu’une nuit son mari a aperçu à la fenêtre un enfant qu’il n’avait jamais vu, un jeune garçon au teint pâle d’âge fin d’école primaire. Le lendemain, la curieuse voisine en avait parlé à M.Katabuchi qui a prétendu qu’aucun enfant n’était venu chez eux.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Le mystère s’épaissit. Alors que Kurihara échafaude des hypothèses sur ce qui a pu se passer dans chacune des maisons, en fonction des plans et en fonction de ce « nouvel » enfant, Yanaoka a rendez-vous avec Yuzuki Miyae, dont le mari aurait été assassiné dans la maison située à Saitama. Quand il va découvrir que Kyôchi Miyae n’a jamais été marié, Yanaoka va réaliser que celle qu’il a en face de lui n’est pas qui elle prétend être. Pourquoi s’est-elle rapprochée de lui ? Quel est son lien avec la maison ? Les secrets familiaux s’ajoutent aux secrets architecturaux. Les uns comme les autres ne vont pas être simples à percer.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Après l’uppercut du premier tome de The Strange House, Uketsu et Kyo Ayano confirment la puissance de leur série. Avec très peu de personnages et deux lieux d’action définis par des plans précis, les auteurs nous enferment dans une histoire à la puissance addictive hors du commun. Le personnage de Kurihara est particulièrement incroyable. Il parle avec conviction de ses certitudes, tellement dans son monde qu’il répond dans une scène improbable aux questions de deux gamines curieuses ayant surpris la conversation. Graphiquement, les personnages sont classiques et passe-partout, car il n’y a pas de héros « humain » ici, les héroïnes sont les maisons.

© 2023 Uketsu, Kyo Ayano. All rights reserved
First published in Japan in 2023 by Ichijinsha Inc., Tokyo
© Kana 2025Phénomène de société développé sur YouTube au Japon, The Strange House est en train de conquérir le monde. Evénementiel.
Série : The strange house
Tome : 2
Genre : Thriller
Scénario : Uketsu
Dessins : Kyo Ayano
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505129035
Nombre de pages : 178
Prix : 7,90 €
- Knight Club 1par Laurent Lafourcade
Les 7 mercenaires
« -Recherche gardien de troupeaux de chèvres, filature adultère, abattage bois,… C’est tout ce qu’il y a en ce moment ?
-Les temps sont calmes.
-Des chèvres, des cocus… Ah ! Elles sont belles, les quêtes d’un mercenaire à Jérusalem ! Où sont les assassinats ? Les escortes de gabelle ? Les attaques de caravane ? Il y a même « animation anniversaire » ! Je vais partir vers les terres du grand khan bulgare, voir si les missions y sont plus en adéquation avec mes talents de bretteur. »
Royaume de Jérusalem, été 1881, dans une zone aride, Séraphine, une jeune femme, mène seule une caravane composée d’un âne et de cinq chameaux lorsqu’elle croise la route d’un groupe de Franjs, des templiers, qui lui demandent une taxe de passage. Elle n’en a pas l’intention. Elle s’en retourne vendre des armures à Saladin. Les soldats transportent un prisonnier. Avec son astuce et son bagout, la forgeronne parvient à faire essayer une armure au captif qui réussit à s’évader et à décimer les hommes en armes. Il s’appelle Yussef, il doit la liberté à sa sauveuse. Il sera le premier des mercenaires qu’elle va recruter pour défendre son village contre les croisés. Mais il en faudrait d’autres. Il connaît un repaire de chevaliers errants à Jérusalem en plein chez les franjs. Ça vaudrait le coup d’aller recruter là-bas. Séraphine pourra toujours les payer en armes et en armures.

© de Pins – Dupuis Afin de motiver et tester les bonnes volontés, Yussef et Séraphine vont mettre en place une petite stratégie. Il va faire mine de l’importuner pour attirer et tester des combattants. Un colosse roux, une nonne archère, un bellâtre un brin exhibitionniste et un chevalier français à la lance pas de première jeunesse vont être les premières recrues, rapidement rejoints par une bûcheronne walkyrie et un guerrier tatar. Séraphine va conduire sa troupe de sept mercenaires vers son village pour le défendre. Ça ne va pas être simple : il est niché au fond d’une vallée, faisant une cible idéale pour tous les assaillants.

© de Pins – Dupuis Après le phénomène Zombillenium, Arthur de Pins revient avec un diptyque belliqueux non dénué de second degré. Hommage aux 7 samouraïs d’Akira Kurosawa tout autant qu’à son remake américain Les 7 mercenaires de John Sturges, ainsi qu’à la troupe accompagnant le Baron de Münchausen, de Pins créé son groupe de parias, en réunissant sept personnages qui n’ont rien en commun, qui n’ont pas vraiment grand-chose à gagner dans l’entreprise que de satisfaire leur honneur et leur ego. Ils ont en fait tous quelque chose d’altruiste. Beaucoup d’action, l’auteur la joue Tarantino. Entendez par là que ça tranche à la Kill Bill. On est presque dans une comédie dramatique. De Pins ne néglige pas le contexte historique, plaçant précisément l’action lors de la deuxième croisade, avec la prise de Jérusalem par Saladin.

© de Pins – Dupuis Knight Club est un blockbuster BD, du grand cinéma populaire comme sait le faire Hollywood sauf que là c’est en BD, et c’est incroyablement bien foutu.
Série : Knight Club
Tome : 1
Genre : Aventure
Scénario, Dessins & Couleurs : Arthur de Pins
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808511605
Nombre de pages : 192
Prix : 23,50 €
- Le mystère de la femme du tableaupar Laurent Lafourcade
Plus énigmatique que la Joconde
« -Je suis un peintre amateur. Je ne signe jamais mes tableaux. »
Dans un paisible coin de campagne, installé sur le bord d’un cours d’eau près d’un pont, un peintre représente sur une toile le paysage qui s’offre à lui. Cet artiste est un peintre du dimanche, avec toute la noblesse due à cette expression, parce qu’il ne peint que le dimanche. Coiffé de son canotier, le poète du dessin laisse aller ses pinceaux sur sa toile, les trempant dans les huiles disposées sur sa palette en autant de taches de couleurs qu’il possède de tons. Il peint aussi bien des paysages que des maisons, des chapelles ou des coins de rues. Il se définit lui-même comme un peintre amateur. De ce fait, il ne signe jamais ses tableaux.

© Heitz – Casterman L’homme dépense tout l’argent de sa maigre retraite dans sa passion, si bien, qu’un jour, ruiné, il ne peut plus payer son loyer. Expulsé par son propriétaire, il décide de rendre ses peintures à leurs modèles et, de nuit, part les déposer là où il les avait peintes. Alors que l’entreprise est totalement philanthropique, cela va lui causer quelques ennuis. Sur une toile représentant une jolie maison, il avait peint une femme à la fenêtre sur son balcon. Or, cette dame a aujourd’hui disparu. Il serait le dernier à l’avoir vue, un dimanche évidemment. Accusé d’être impliqué dans la disparition, notre peintre est jeté en prison. Comment va-t-il se tirer de ce bien mauvais pas ?

© Heitz – Casterman Bruno Heitz est de retour avec un charmant petit album tous publics, un mystère hommage à l’art, et en particulier à tous les peintres de bord de Seine qui ont fait les beaux-jours de l’impressionnisme entre Chatou et Bougival, avec Monet, Renoir, Pissarro et bien d’autres, ou les belles heures de l’école de Barbizon dans la lignée de Corot. Dans un graphisme proche d’un certain art naïf, Bruno Heitz emmène les lecteurs dans une enquête qui se transformera en histoire d’amour, car l’amour pour la peinture, l’amour pour l’art, invite à tous les amours. A part lorsqu’il y a des tableaux, Heitz se contente d’une seule image par case, quand ce n’est pas une image par double-page. Les phrases simples et courtes font de l’album un merveilleux medium pour les primo-lecteurs dès le CP.

© Heitz – Casterman Le mystère de la femme du tableau est une ode à la peinture et à l’altruisme qui donne envie de distribuer du bonheur autour de soi. Coupez les informations et lisez des livres comme celui-ci, que vous ayez 7, 18, 50 ou 86 ans. Salvateur.
One shot : Le mystère de la femme du tableau
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Bruno Heitz
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203302648
Nombre de pages : 48
Prix : 12,95 €
- Dans le studio Ghibli Travailler en s’amusantpar Laurent Lafourcade
Team Miyazaki
« Voilà tout juste trente ans que je suis entré dans le monde de l’animation, avec la création du mensuel Animage, et plus de vingt ans que le studio Ghibli existe. Alors, dans tout ça, quels sont les souvenirs importants pour moi, ceux que j’ai intégrés sans le savoir ? Je vais vous les raconter tels qu’ils me reviennent. Mon récit passera souvent d’un sujet à l’autre, d’une époque à l’autre ; pardonnez-moi. Car, bien souvent, « J’y repense tout à coup ». Je ne sais pas si vous trouverez cela intéressant ou si cela vous sera utile. Tout ce que j’espère, c’est que chaque lecteur s’appropriera ce récit à sa façon. »(Toshio Suzuki)
En 1972, Toshio Suzukientre chez Tokuma Shoten, tout d’abord pour travailler sur la revue hebdomadaire Asahi Geinô. Dès l’année suivante, il fait la connaissance d’Osamu Tezuka, Shôtarô Ishinomori ou encore George Akiyama. Il participe ensuite à la création d’Animage. Malgré sa charge de travail, il accepte de s’en occuper. Cahier des charges : faire un magazine luxueux pour enfants intelligents. Tiré à 70 000 exemplaires, le premier numéro a été épuisé en trois jours. Une des lignes éditoriales consistant à interviewer dessinateurs et scénaristes, Suzuki n’allait pas tarder à croiser les routes d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Après une première rencontre avortée, c’est en 1979 que Suzuki et Miyazaki vont se voir pour la première fois, à l’occasion du travail de ce dernier sur Le château de Cagliostro.

© 2014 by Toshio Suzuki
© Kana 2025En 1981, Toshio Suzukidécide de se lancer dans le cinéma en présentant un premier projet, une histoire de cape et d’épée. Refusé !… Parce que ce n’était pas basé sur une œuvre originale ! Quand Miyazaki apprend cela, il lance : « Bon, eh bien, je pourrais dessiner l’œuvre originale ! » Incroyable ! Nausicaä de la vallée du vent commence ainsi comme ça dans Animage en février 1982. C’est grâce à ça que l’anime verra ensuite le jour, en 1984, un an avant la création du fameux studio Ghibli, du nom du vent chaud qui souffle dans le désert du Sahara. Le premier film produit par le studio sera Le château dans le ciel, en 1986. Suivront les mythiques Mon voisin Totoro, Le tombeau des lucioles et Kiki la petite sorcière.

© 2014 by Toshio Suzuki
© Kana 2025Au fil des années, les projets se multiplient et les succès s’enchaînent. Le voyage de Chihiro est un succès international, remportant même un Oscar. Une des particularités de la façon de travailler de Miyazaki, éprouvée sur Porco Rosso, est qu’il commence la phase dessin des films avant que le story-board ne soit terminé, sans la fin de l’histoire. A partir de Princesse Mononoke, le principe est démocratisé, faisant de chaque réalisation de film un voyage agité, avec risque de naufrage, dans un stress émulatif, comme si tout le monde dévalait une pente ensemble. Suzuki raconte de multiples anecdotes, nous faisant ainsi participer à la réalisation de chacun des animes qui ont fait la gloire du Studio. Il revient aussi sur la carrière de Yasuyoshi Tokuma, PDG de Tokuma Shoten, et raconte comment les studios Disney se sont inspirés de Miyazaki.

© 2014 by Toshio Suzuki
© Kana 2025En immersion au cœur du studio Ghibli, de sa création jusqu’en 2014, Toshio Suzukifait partager le quotidien passionnant d’un producteur qui a fait « ce qu’il aimait comme il aimait ». Comme si on y était.
Titre : Dans le studio Ghibli Travailler en s’amusant
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Toshio Suzuki
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505128649
Nombre de pages : 266
Prix : 13,25 €
- Jess Long – Intégrale 1par Laurent Lafourcade
FBI : Fabuleuse Bonne Idée
« -Tu m’as fait demander, Jess ?
-Oui, Slim. Rendez-vous chez le patron dans dix minutes ! »
Dans les bureaux du FBI, l’inspecteur Jess Long et son acolyte Slim Sullivan sont convoqué par leur patron. Il y a des fuites dans la firme qui fabrique la nouvelle capsule spatiale. Un type a été arrêté alors qu’il allait s’envoler pour l’Europe avec sur lui une partie de la formule du nouvel échangeur d’air de la capsule. L’homme est un passeur qui ne savait même pas ce qu’il transportait. Mis sur l’affaire, les enquêteurs vont rapidement apprendre qu’il y a là-dessous une histoire de chantage par kidnapping. C’est avec cette histoire datant de 1969 que va commencer la longue carrière de Jess Long, dans le journal Spirou et aux éditions Dupuis. Trente ans après l’arrêt de la série, les éditions Ad Hoc entament un prestigieux travail de réhabilitation d’une série mythique dans une intégrale qui contera cinq volumes.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Le premier et présent tome couvre les années de 1969 à 1973. Les histoires sont présentées dans l’ordre chronologique de leurs créations, contrairement à la publication tardive que la série connue en albums qui ne commença que sept ans après sa naissance. Après avoir sauvé une fillette des griffes de maîtres-chanteurs, Jess Long va affronter des trafiquants d’êtres humains, résoudre une affaire de menaces de mort dans le milieu de la boxe, rattraper des évadés, frôler le surnaturel avec des pseudo-fantômes, combattre la pègre internationale et des masques de mort, avant de boucler la boucle avec une nouvelle affaire de rapt.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Arthur Piroton a un trait on ne peut plus académique. D’apparence froide et distante, il sert à merveille les enquêtes du FBI dans une Amérique déjà gangrénée par le crime. Maurice Tillieux reste dans un ton réaliste et factuel. Il ne peut pas s’empêcher d’ajouter quelques petites touches d’humour, mais avec beaucoup de parcimonie. Alors que Gil Jourdan était très marqué aventure humoristique franco-belge, Jess Long est plus proche des détectives du petit écran comme Mannix ou plus tard Kojak et les flics des Rues de San Francisco.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc Dans un abondant dossier introductif, Christian Jasmes retrace les débuts des carrières de Tillieux et Piroton. Il raconte comment a été créé le personnage et comment s’est développée la complicité entre les deux auteurs. Il recontextualise chacun des récits qui composent ce premier tome, en détaillant les sources de leurs créations. Tout simplement passionnant.

© Piroton, Tillieux – Ad Hoc L’esprit de Columbo, l’action de Starsky et Hutch : la quatrième de couverture définit parfaitement l’esprit Jess Long. La classe du héros aura marqué son époque. Indéniablement, il fait partie de la grande histoire de la bande-dessinée franco-belge. Les éditions Ad Hoc lui redonnent une place patrimoniale qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Série : Jess Long
Tome : Intégrale 1
Genre : Polar
Scénario : Maurice Tillieux
Dessins : Arthur Piroton
Dossier introductif : Christian Jasmes
Éditeur : Ad Hoc
ISBN : 9782960354539
Nombre de pages : 224
Prix : 45 €
- Seuls 16 – La prisonnière d’Antésalempar Laurent Lafourcade
Risk tout
« -…Comment vous avez fait au juste ?
-Ils ont ouvert un portail pour venir ici, dès qu’on les a contactés avec le limbophone… En vrai, l’invention de Terry est assez incroyable !
-Et maintenant, c’est quoi la suite ?
-Edwige leur raconte ce qu’on a vécu avec l’enfant-miroir, le temps qu’ils se reposent, après on verra !
-Après, tu vas repartir avec eux pour libérer Jezabel. De ce qu’elle t’a dit, elle pourrait t’aider à stopper la guerre, pas vrai ? »
Dodji, Leïla, Terry, Yvan et Camille sont revenus de l’île au bord du monde. Ils doivent rester sur le qui-vive, leur camp étant sans cesse attaqué par les protecteurs envoyés par Saul. Avec Achille et Melchior, Dodji part pour les ruines de l’ancienne Néosalem afin de retrouver Jezabel. Ses compagnons de voyage lui en diront-ils plus sur la dernière guerre des limbes ? C’est à Néosalem qu’ils ont tenté d’arrêter la précédente guerre et de stopper Aldéric, alors que Jezabel pensait que ça ne résoudrait rien. C’est pour cela qu’elle a été retranchée des limbes par l’archange. Dodji et ses camarades parviendront-ils à l’extraire de là ou seront-ils eux aussi coupés des limbes ?

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres Pendant ce temps, Saul, l’imperator, et ses troupes ne restent pas inactifs. Ils incarnent une certaine façon de voir le monde, autoritaire et dominatrice. Saul a ordonné hier soir à ses Séraphins, une milice d’enfants-soldats d’une fidélité absolue prêts à se sacrifier pour lui, d’entamer ce qui sera la toute dernière guerre des limbes. Le fou de guerre lance des opérations sans aviser ses lieutenants qu’il juge incompétents. C’est à cause de leurs erreurs que la huitième famille a pu s’organiser et que les terres basses ont progressé. Saul lance donc une attaque sur tous les fronts avec une puissance encore inégalée. C’est maintenant que commence l’hyperguerre.

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres Troisième tome du quatrième cycle de Seuls, cet épisode met en scène de nombreux groupes de personnages. Même avec la salutaire page de résumé en préambule, il faut avouer que l’histoire est devenue tellement complexe qu’il est très facile de se perdre. Le lecteur doit rester extrêmement concentré pour comprendre ce qu’il se passe d’une dimension à l’autre. Il y a de nombreux passages explicatifs faisant appel aux souvenirs et à l’imagination. L’histoire prépare la grande guerre de fin de cycle qui s’annonce pour le prochain tome. Espérons que le prochain arc qui devrait être le dernier soit plus fluide. Ça n’enlève en rien le plaisir de retrouver ces personnages que l’on accompagne dans leur mort depuis si longtemps.

© Vehlmann, Gazzotti, Usagi – Rue de Sèvres La mort n’est pas définitive, ou tout du moins n’est pas une étape ultime. C’est la leçon que l’on peut tirer de Seuls. Gazzotti et Vehlmann nous entraînent dans un univers hallucinant et haletant, pour ne plus jamais et toujours… se sentir « seuls ».
Série : Seuls
Tome : 16 – La prisonnière d’Antésalem
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessins : Bruno Gazzotti
Couleurs : Usagi
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782810206162
Nombre de pages : 48
Prix : 13,50 €
- Les profs refont l’Histoire 4par Laurent Lafourcade
Toute la vérité en fanfaronnades
« -Je peux savoir ce que tu fais là ?
-Ben, je raconte…
-Dis-moi, Pisson, comment ça s’appelle ? « Les profs refont la SVT » ?
-Je sais, c’est « Les profs refont l’Histoire », mais pour une fois, on pourrait faire une exception…
-Non ! Pour refaire l’Histoire, il faut un prof d’Histoire. »
Il n’est pas gonflé, Pisson, le prof de SVT. Il tente de voler la vedette à Polochon, notre prof d’Histoire préféré. Ce dernier ne tarde pas à remettre les pendules à l’heure et à reprendre les rênes de la vérité historique. On va apprendre que les ancêtres des enseignants du lycée Fanfaron ont traversé les époques et étaient présents lors de nombreux événements. Ils ont côtoyé de multiples personnalités qui ont laissé leurs noms dans les dictionnaires et les manuels scolaires. Le voyage dans le temps nous embarque dans huit périodes de l’humanité et, parfois, remet certaines connaissances en place.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo On commence dans la mythique forêt de Brocéliande, où vivait le célèbre alchimiste Alberlin. A la base, il voulait être troubadour, Alberlin le chanteur, mais s’est redirigé vers l’alchimie en préparant des potions en tous genres, transmettant son savoir de cités en cités. C’est quand il va avoir besoin de mobilier que l’on découvrira l’origine de la disposition des salles de classe, et comment le Roi Arthur s’est retrouvé avec une table qui ne lui était pas destinée. En 1783, dans les jardins du château de Versailles, on apprend que les frères Mongolfier n’étaient pas deux, mais seize dans la fratrie, dont une bonne partie était férue de savoir. Mais pourquoi ces derniers ont-ils disparu des tablettes ? Saviez-vous que le paperboard, le canapé, le photocopieur et la grève, bref, tout ce qui occupe la salle des profs, a une origine bien définie ? Tout cela n’aura plus de secret pour vous.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo Après un détour en Californie en 1810 sous le masque de Zerro, puis un autre cent ans plus tard en Arctique avec l’explorateur Robert Peary cherchant le pôle Nord, rendez-vous à Southampton en avril 1912. On l’a deviné, nous allons monter sur le Titanic pour un voyage inaugural vers New-York qui n’atteindra jamais son but. On va se geler encore plus que le point d’indice. Les copies, et les profs, feront-ils partie des rescapés ? L’avenir de Boulard le dira. On termine avec deux histoires qui démêlent le vrai du faux. L’une dévoile le mystère du monstre du Loch Ness. L’autre raconte la vérité sur les photos des premiers pas de l’homme sur la lune.

© Sti, Pica, Guénard – Bamboo Ce quatrième tome des Profs refont l’Histoire tient toutes ses promesses. Le trait de Pica commence à retrouver de sa souplesse. Le dessinateur est minutieux. Aucun détail n’est négligé. Ça mériterait une édition noir et blanc grand format pour en profiter au maximum. Sti tord et distord l’Histoire. C’est comme ça qu’on va retenir des choses. Apprendre en s’amusant. Et si on faisait comme ça à l’école ?
Série : Les profs refont l’Histoire
Tome : 4
Genre : Humour
Scénario : Sti
Dessins : Pica
Couleurs : Jacqueline Guénard
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041113866
Nombre de pages : 48
Prix : 11,90 €
- Le petit théâtre des opérations présente Les guerres napoléoniennes 2par Laurent Lafourcade
Napoléon et les originaux
« -Rah, quel temps ! Vous voyez quelque chose ?
-Hmmm… Du blanc, principalement.
-Rah, comment voulez-vous mener une bataille dans des conditions pareilles ! Si on ne peut plus faire la guerre en paix, où va-t-on ? »
Mars 1800, au large d’Ouessant, le corsaire Jean-Marie Cochet est capturé par un navire anglais. Les britanniques ne se doutaient pas que le syndicaliste allait retourner le cerveau de l’équipage et déclencher une mutinerie. Se saisir de Napoléon lui-même aurait été moins dangereux. Quelques années plus tard, en 1806, on retrouve ce dernier sur le front prussien. Tout semble en bonne voie mais l’ennemi prépare une contre-attaque. Entre les différents angles d’assaut, qui aura le plus fait plier l’ennemi ? Bernadotte va en tous cas briller par sa lâcheté. C’est le roi des sales coups. Autre sale coup mais coup de folie que celui de Claude-François de Malet qui va faire croire que Napoléon est mort en Russie. Quand on pense que s’il avait réussi, ce dernier aurait peut-être gouverné la France… « La France gouvernée par des fous qui nomment Ministre n’importe qui, Impossible, vous dites ? Ne dites pas ça, soldat. J’ai l’impression que vous allez nous porter la poisse. » s’exclame Napoléon.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial Les hussards font un petit tour en Espagne en 1809, pour sécuriser les routes farcies de bandits. Les troupes anglaises du général Wellington venues envahir le pays ne réalisent pas à qui ils vont se frotter. Retour en Prusse en 1807 pour un affrontement incroyable avec une charge de 12000 cavaliers dirigés par Murat, avant de revenir en Espagne où Agustina de Aragon fait figure de Jeanne d’Arc locale combattant les français. Histoire de rocher au large de la Martinique. Les anglais s’en emparent en 1804 et en font…un navire de guerre ! Et on termine par le départ de Gaspard Monge, scientifique et ancien ministre, partant en expédition en Egypte et qui aime bien la baston.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial Au milieu de ces histoires toutes véridiques (c’est le principe de la collection), le scénariste historien Julien Hervieux glisse des anecdotes cocasses. Masséna invente la dérobade sur popotin pour descendre une pente impraticable. Daumesnil montre son cul pour récupérer des boulets. Le petit tambour d’Arcole met tout seul en déroute les troupes autrichiennes. Napoléon organise un trafic de faux-billets en roubles. On découvre d’où vient l’expression avoir les dents du bonheur. Et c’est justifié. Vincent Malgras fait le stroyboard qui sert de base au dessin de Camille Prieur, dans un réalisme qui laisse place à la comédie, mettant ainsi l’accent sur l’incongruité de certaines situations.

© Prieur, Malgras, Hervieux – Fluide glacial La période napoléonienne est si riche, mais on ne se doutait pas qu’elle était emplie de tant de cocasseries. Certaines situations semblent si improbables. Et pourtant, tout est vrai ! Instructif et drôle.
Série : Le petit théâtre des opérations présente
Tome : Les guerres napoléoniennes 2
Genre : Humour historique
Scénario : Julien Hervieux
Dessins & Couleurs : Camille Prieur & Vincent Malgras
Aplats : Marie Fasquelle
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208254
Nombre de pages : 56
Prix : 15,90 €
- Trois touches de noir 2 – Au Sud, l’agoniepar Laurent Lafourcade
Racisme primaire
« -Ah, Zacharie ! Je crois que ma fille t’a prêté trop de livres ! Les blancs ont la haine des noirs ; alors les noirs éduqués…
-Merci, m’sieur Jordan.
-Merci ?
-De ne pas avoir dit « nègre ».
-Autres temps, autres mœurs, Zacharie. Les mots sont parfois à la démesure de la haine de ceux qui les prononcent. »
Géorgie, 1926, à Savannah. Leer, un pasteur blanc, baptise une jeune femme dans la rivière, pour l’engager envers Dieu avec une conscience pure. Lorsque Zacharie, un métis, lui demande d’octroyer le sacrement à un bébé noir dont le père a été lynché, le pasteur, encouragé par la foule, manque de le noyer. « Il n’y a pourtant que des gens bien, ici… » Beaucoup d’entre eux pensent, à tort ou à raison, que tout va mal depuis la victoire du Nord, depuis que l’on paye les gens de couleurs pour travailler, depuis l’abolition de l’esclavage. Alors que Jonathan David, agent du FBI, enquête sur une énième affaire de lynchage, Travis Hart, un prisonnier noir, s’est évadé du pénitencier, le bras encore lié par des menottes à un membre arraché de son compagnon d’infortune. Il veut revenir à Savannah afin de régler quelques comptes.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat La guerre de Sécession a cessé c’est sûr, mais ses cicatrices sont loin de s’être refermées. Les plaies sont encore béantes, que ce soit celles de suprémacistes racistes nostalgiques d’une époque révolue, que ce soit celles des anciens esclaves, devenus salariés de leurs anciens bourreaux. Ajoutons à cela le charançon qui ravage les plantations de coton de la Louisiane à la Virginie, et personne n’a de raison de se réjouir d’une quelconque éclaircie. Zacharie Daniel a la chance de bénéficier de l’empathie d’un patron qui a compris le changement d’époque, et qui l’invite à prendre garde à la haine sous-jacente, plus pernicieuse que pendant la guerre.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat Philippe Pelaez propose un polar noir et réaliste qui a de grands échos avec la montée du fascisme dans de nombreux pays d’Europe et du monde. Cent ans avant aujourd’hui, la différence gêne, que ce soit une différence de couleur de peau ou une différence de mœurs. Alors que la colère du peuple ségrégationniste monte, l’agent David vit difficilement son homosexualité. Il ira jusqu’à renier l’amour pour son compagnon. Ne serait-ce pas en fait pour le protéger ? Tout comme Zacharie face à son employeur. L’enquête n’est qu’un prétexte pour sonder des âmes torturées, tortueuses, torturantes. Hugues Labiano multiplie les aplats pour accentuer la noirceur dans un graphisme réaliste rude. Jérôme Maffre tient un rôle de coloriste stratégique dans des tons de soleil couchant, quel que soit le moment de la journée, parce que dans un monde comme ça, le crépuscule ne se termine jamais. C’est dans ce genre de livres que l’on remarque qu’un coloriste est un auteur, au même titre que le scénariste et le dessinateur.

© Pelaez, Labiano, Maffre – Glénat Après Quelque chose de froid au cœur de la Mafia des années 30, Au Sud, l’agonie est le deuxième volet de la trilogie des touches de noir de Pelaez et Labiano. Il y a de cela cent ans, l’Amérique était déjà pourrie. Et on dit que les temps changent ?
Série : Trois touches de noir
Tome : 2 – Au Sud, l’agonie
Genre : Polar
Scénario : Philippe Pelaez
Dessins : Hugues Labiano
Couleurs : Jérôme Maffre
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344064092
Nombre de pages : 64
Prix : 16 €
- Bourricornepar Laurent Lafourcade
La licorne amuse
« -J’en ai marre de tourner en rond Camélia : je vaux mieux que ça !
-Mieux que de faire tourner ce moulin ?
-Je sais aussi courir après une carotte attachée à un bâton pendant des heures. Je suis une star : je ne suis pas né pour vivre dans une ferme ennuyeuse. »
A la ferme Bellevue, comme dans toutes les fermes, les animaux vivent leurs vies de bêtes d’élevage. Tous ? Tous sauf un. Bruno le bourricot trouve que ses congénères manquent d’élégance. Son idole, c’est l’âne de Shrek. Un jour, il quittera la ferme et deviendra une star comme lui. Il se plaint auprès de la truie Camélia de passer ses journées à tourner en rond pour moudre le grain sur le moulin. Si pour la porcine il n’y a rien de tel que la vie à la ferme, l’équidé n’est pas fait pour vivre dans une ferme ennuyeuse. Un beau jour, la caravane d’un cirque passe au bout du champ. Ça fait tilt. Bruno compte demander une embauche pour parcourir le monde sous les acclamations du public.

© Fragoso – Nöpp Son CV conquiert le Cirque des Merveilles. Il leur a dit qu’il était une licorne. A présent, il va falloir assumer. Camélia va le coacher pour faire de lui un expert en licornes. Niveau culture, Bruno ingurgite tout un tas de bouquins. Niveau déguisement, avec la crinière de l’étalon Osvaldo et une corne d’Allégresse, la plus vieille chèvre de Bellevue, ainsi que de la peinture blanche et un peu de maquillage, ça devrait faire l’affaire. 99 % bourricot, 1 % licorne, c’est Bourricorne ! Dès les premières représentations le public est conquis, surtout les scolaires, dont fait partie Frida, la petite fille la plus intelligente de l’école. Bruno va rapidement découvrir qu’il n’est pas le seul animal à se faire passer pour une créature fantastique

© Fragoso – Nöpp En préface, José Fragoso dédie son livre à Jim Henson et aux Muppets. Il est clair que ses personnages auraient pu en faire partie. Ils n’auraient pas dénoté dans l’univers déjanté du créateur de Sesam Street. L’auteur espagnol présente un univers tout aussi fada que tendre On est autant dans le foufou que dans l’émotion. L’histoire invite à aller jusqu’au bout de ses rêves tout en gardant au plus profond de soi tout son naturel, toute sa personnalité. L’ensemble est servi par un graphisme ligne claire dynamique et rigolo au premier regard, avec quelques influences Tex Avery dans les chutes et les attitudes.
Le petit album est édité chez Nöpp, terme issu du wolof. Cette toute jeune maison d’édition barcelonaise, cherche à faire circuler le bonheur à travers les histoires qu’elle publie. Avec Bourricorne, c’est bien parti.

© Fragoso – Nöpp Plus jamais vous n’irez au cirque comme avant (d’ailleurs, il n’y a plus d’animaux), plus jamais vous ne visiterez une ferme comme avant. On est certains à présent que les licornes existent, au moins à 1 %, et qu’elles font pleurer de rire.
Titre : Bourricorne
Genre : Humour
Scénario, Dessins & Couleurs : José Fragoso
Éditeur : Nöpp
ISBN : 9788412928952
Nombre de pages : 64
Prix : 13,50 €
- Kagurabachi 5 – Fanatisme / 6 – Nuit noirepar Laurent Lafourcade
Affaire conclue & grues sanglantes
« -Retournez à vos places ! C’est maintenant que ça devient intéressant ! Nous allons accélérer les choses et passer directement au clou du spectacle ! Nous allons procéder à la vente du célèbre sabre ensorcelé le Shinuchi ! Je vais vous écraser !
-Il faut qu’on mette les bouchées doubles !
-Je sais ! »
Chihiro Rokuhira mène un combat sans merci contre Kyôra Sazanami afin de récupérer Enten, l’un des sabres magiques. Le duel s’annonce sans merci, au cœur du Rakuzaïchi, cette fameuse vente aux enchères orchestrée par Kyôra lui-même. Ce grand orchestrateur entraîne Chihiro dans une dimension parallèle que lui-seul contrôle, maîtrisant les volumes, les reliefs. Le fils de feu-Kunishige peut compter sur ses poissons qui concentrent son énergie occulte. Courant deux lièvres à la fois, c’est en plein pendant l’affrontement que le commissaire-priseur procède à la mise en vente du célèbre sabre ensorcelé le Shinuchi.Heureusement, Chihiro peut compter sur l’aide précieuse d’Hakuri Sazanami, fils de, mais ne cautionnant pas les manigances de son père.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Reprendre les sabres ensorcelés à Hishaku, l’organisation de sorciers qui a assassiné son père et volé les sabres il y a trois ans : voilà l’objectif de Chihiro et de ses camarades par la suite. Il va falloir retrouver les possesseurs actuels de ces sabres, ceux à qui Kunishige les avait confiés. Ces sabreurs sont dispersés dans tout le Japon, protégés par les forces du Kamunabi. Personne ne peut entrer en contact avec eux sans l’accord des grands pontes. Ils habitent ce que l’on appelle les forteresses impénétrables : le temple Senkutsu, les sources thermales kokugoku, le sanctuaire Kuen et Subaru Sushi. Alors qu’elle commence à réfléchir à son plan d’actions, la troupe apprend que des assassins d’Hishaku viennent d’attaquer la forteresse des sources thermales.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Fin d’un arc et début d’un nouveau pour ces tomes 5 et 6 de Kagurabachi. Sans trop de spoil, on devine aisément que tout va se terminer par une affaire conclue à la vente aux enchères, mais certains devront en payer le prix fort. Lors du voyage pour retrouver les sabres, Chihiro va devoir affronter Hiruhiko et ses Chizurus, des papiers qui, par une magie d’origami, se métamorphosent en grues sanglantes capables de trancher n’importe quel ennemi. D’un tome à l’autre, le mangaka Takeru Hokazono passe d’un huis-clôt à une quête. On quitte un ennemi pour en découvrir un autre totalement différent, pour des combats hors du commun.

Kagurabachi © 2023 by Takeru Hokazono
First published in Japan in 2023 by SHUEISHA Inc., Tokyo
© Kana 2025Kagurabachi s’est imposé sans discussion comme le blockbuster manga de l’année 2025. Nul doute que l’année qui commence devrait l’adouber dans cette position de tête d’affiche.


Série : Kagurabachi
Tomes : 5 – Fanatisme / 6 – Nuit noire
Genre : Aventure fantastique
Scénario & Dessins : Takeru Hokazono
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505133-810/-957
Nombre de pages : 192/216
Prix : 7,30 €
- Alastor de Sombregarde 1 – L’infâme gentilhommepar Laurent Lafourcade
Dark Fantasy Humoristico-gothique
« -Seigneur Alastor, vous vous sentez capable de me suivre à marche soutenue ?
-Certes… Mais il nous faudra vite quérir quelques montures. Vivantes ou mortes.
-Dites… Je ne crois pas vous avoir jamais présenté mon frère…
-Enchanté. »
Un corbeau blanc survole le silence morbide d’un champ de bataille après l’affrontement. Silence ? Presque. Quelques rescapés sont récupérés par leurs troupes. Quelques agonisants sont achevés par leurs ennemis. La morne plaine est un charnier. Soudain, de dessous un cadavre, un moine combattant s’extirpe. C’est Guulghar, un maître-gobelin de la Sombre Garde, flanqué de son bâton orné de la tête de mort de son frère qui parle trop fort. Plus loin, un chevalier de la mort est entravé dans des épées-enchantées lui transperçant l’échine. Après s’être débarrassé des lames et des chevaliers voulant les achever, voici les deux compères en chemin pour regagner le foyer du chevalier, là-bas, à Soxlayne.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Un prologue et quatre chapitres, voici le menu de cette première partie de la geste d’Alastor de SombreGarde, chevalier de la Mort. Avec son acolyte Guulghar, ils vont rencontrer le bien et le mal au gué de la disgrâce, après avoir traversé le marais de la vouivre. Dans l’aventure, tous deux trouveront monture. Au château de Braisevent, on ne peut pas dire que l’hospitalité des lieux soit des plus chaleureuses. Nos deux amis vont tester les geôles. Dans la forêt des mille pendus, l’ambiance n’est pas plus rassurante, mais elle est encore plus glauque. Enfin, une gaillarde forgeronne pourra remercier sa chance d’avoir mis Alastor sur sa route.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Raconté comme ça, tout cela a l’air bien sérieux. Mais sous la plume de Dobbs et les dessins de Morinière, il faut s’attendre à tout. Sous une apparence tout ce qu’il y a de plus sombre, les auteurs nous emmènent dans de la fantasy-spaghetti, si on peut appeler cela comme ça en référence au western du même nom. Entendez par là que les personnages et les dialogues sont décalés. Ici, la mort ne fait pas peur. On se joue d’elle. Elle est drôlissimement ridiculisée. Alastor peut même ressusciter les cadavres. Dobbs mène l’épopée du personnage étape par étape, dans un rythme à la « livre dont vous êtes le héros » qui faisaient fureur dans les années 80, tout en modernisant et parodiant le genre.

© Morinière, Dobbs – Oxymore Après le très sombre mais néanmoins excellent dans le fond et dans la forme « L’enfant-démon », Aurélien Morinière s’offre une récréation, quitte à désarçonner les puristes de la Dark Fantasy. Bêtes et monstres sortent graphiquement du lot dans ce monde impitoyable, notamment dans le fort réussi chapitre dans la forêt avec l’araignée, les insectes et le faune. Cerise sur le gâteau, ou vers dans le cadavre, la maquette de l’album est remarquable.
Alastor de SombreGarde est un anti-héros dont la route est pavée de fourbes et de démons. Accompagnons-le sur les chemins jonchés de cadavres, de vivants et de ressuscités. Cet infâme et attachant gentilhomme revient à la vie pour un diptyque qui, espérons-le, ne sera que l’introduction d’une longue saga.
Série : Alastor de Sombregarde
Tome : 1 – L’infâme gentilhomme
Genre : Héroïc-Fantasy
Scénario : Dobbs
Dessins & Couleurs : Aurélien Morinière
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611385
Nombre de pages : 88
Prix : 18,95 €
- Vivre est dangereux pour la santé ! 2par Laurent Lafourcade
Rien de tabou dans la connerie
« -Maman, on fait quoi quand les gens sont morts ?
-Eh bien, on les enterre, ou on les fait partir en fumée…
-Mais c’est cruel ?!
-Non, mon grand, c’est notre façon de respecter la mémoire des disparus… Quentin ?!! Mais qu’est-ce que tu fais ?!!!
-Je commence à enterrer mamie… Elle est à moitié morte… Ça nous fera gagner du temps… «
C’est bien connu, vivre est dangereux pour la santé. La preuve, on finit toujours par mourir. Même les vieux, on a beau prendre soin d’eux, ils finissent toujours par y passer. Qu’il est sympa ce gendre qui a déposé mamie dans son fauteuil sur la plage pour qu’elle profite de la vue sur mer. Mais a-t-il seulement vérifié le coefficient de marée ? Dès le début, le ton est donné, on va mourir, les personnages définitivement, nous de rire. Et quand il ne s’agit pas de trépas, c’est le bon sens qui rend son dernier souffle pour mettre en exergue le ridicule de la race humaine. Et malheureusement, la première à se rendre compte que l’homme est si con, c’est l’intelligence artificielle.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Un gosse, il vaut mieux le voir jouer dehors avec son drone plutôt que de s’abrutir devant des écrans. Une sortie vélo à la campagne, c’est profiter du calme de la nature, des paysages harmonieux et des gazouillis des oiseaux. L’épilation à la cire, ça dure plus longtemps et c’est plus net. Un essai à transformer au rugby, ça peut changer le cours d’un match. Une épine dans le doigt en plantant des rosiers, y’a toujours moyen de l’enlever. Sultan, un bon chien-chien, fait un gros calinou à son maîmaître. Plus cocasse, un petit diplodocus fait tomber sa dernière dent de lait. Dans tous les cas, y en a qui ne vont pas finir le gag comme prévu.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Espé aime l’humour noir. Mais rassurez-vous, on ne meurt pas à chaque page. Parfois, on est seulement malade, parfois, on dit des absurdités ou on est très premier degré. Avec Espé, tout y passe : la jeunesse, la vieillesse, le couple, la famille, l’écologie, le sport, et surtout, il décomplexe le deuil. Mourir dans un gag d’Espé, ça deviendrait presque agréable… parce qu’on se marre. C’est prouvé dès la couverture avec un sandwich en bordure de rallye qui risque de rester en travers de la gorge.

© Espé, Durandelle – Fluide glacial Vivre est dangereux pour la santé est de retour pour une seconde salve de gags. De moins en moins d’auteurs osent l’humour noir. Heureusement, il reste des gens qui ont des couilles. Espé ne s’est donc pas fait épiler par l’esthéticienne de son album.
Série : Vivre est dangereux pour la santé !
Tome : 2
Genre : Humour
Scénario & Dessins : Espé
Couleurs : Laure Durandelle
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208216
Nombre de pages : 56
Prix : 13,90 €
- Show-Ha Shoten ! 8par Laurent Lafourcade
Bouleversement au classement… ou pas ?
« -Ce sont sûrement les plus drôles pour l’instant…
-Est-ce qu’ils vont chiper la première place à « Pantoufle de verre brisée » ? »
Le grand concours du Kôshien du rire est en plein déroulement. Pour l’instant, et depuis le début, le duo « Pantoufle de verre brisée » tient la barre en haut du panier. Le duo « Brutus » semble en bonne voie. Le public paraît conquis. Qu’en sera-t-il du jury ?… Suspens !… Aïe pour les uns, ouf pour les autres ! A deux points près, les filles de Pantoufle gardent leur place. Dépité par la défaite et fou de rage après le groupe « Punching-Ball bruyant », Ryûki demande à Azemichi de les venger en éclatant tout le monde à coups de rires. Dans tous les cas, avec Taiyô, Azemichi avait bien l’intention de tout donner. Mais pour l’instant, il y a d’autres groupes qui doivent passer avant eux.

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Les trois premiers chapitres de ce huitième volume sont consacrés à la compétition. Elle ne se termine pas là. Il reste encore quatre groupes à passer, mais ne disons rien sur l’évolution du classement. Le dernier est un flash-back, mettant en scène ceux qui sont actuellement sur les planches au moment où l’on quitte le temps présent. Retour donc quelques années plus tôt. On assiste à la rencontre et la formation de ce qui deviendra le duo Rising, avec Atsushi Ban et Bunta Harigane, où l’on apprend que ces deux-là auraient bien pu se rater.

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Quand le scénariste Akinari Asakura a présenté son projet sous forme de storyboard à Jump SQ, il n’était vraiment pas sûr de lui. C’était la première fois qu’il écrivait sous cette forme. Après une période de dur labeur pour acquérir des connaissances de base, il l’a amélioré au fil du temps, avec l’aide de son responsable éditorial. Mais il était encore loin de se douter de la tournure qu’allait prendre l’aventure. Alors qu’il pensait qu’on lui avait soufflé le nom d’Obata comme dessinateur pour le réaliser, Asakura ne pouvait pas imaginer que LE dessinateur de Death Note allait vraiment le faire. Le scénariste vit donc son rêve éveillé. Il forme avec son dessinateur un duo aussi soudé que « Aller simple pour les cieux ».

Show-Ha Shoten ! © 2021 by Akinari Asakura, Takeshi Obata
© Akinari, Takeshi – Kana 2025Vivre son rêve pour réussir sa vie. Croire jusqu’au bout. Ne jamais s’avouer vaincu. Show-Ha Shoten est une série atypique qui invite à se dépasser, avec un sujet hors du commun et inédit en manga, ces concours d’humour traditionnels dans les lycées au Japon.
Série : Show-Ha Shoten !
Tome : 8
Genre : Shonen
Scénario : Akinari Asakura
Dessins : Takeshi Obata
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505133841
Nombre de pages : 196
Prix : 7,30 €
- Boulevard BD d’Or 2025par Laurent Lafourcade
L’homme à la licorne
Le prix Boulevard BD d’Or du meilleur album est attribué cette année pour la troisième fois. Le trophée revient à L’homme à la licorne, scénarisé par Christophe Dabitch et dessiné par Nylso, Il succède à Les vies de Charlie, de Kid Toussaint et Aurélie Guarino, et Bobigny 1972, de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel.

« -Parrain, on va marcher longtemps ?
-Oui.
-C’est ça la chasse à la bécasse, mon petit Christophe.
-Pourquoi on la voit jamais la bécasse ?
-C’est l’animal le plus difficile à chasser. Elle se cache, elle attend toujours le dernier moment pour partir. »
Au début du printemps, il y a de l’enthousiasme dans l’air. Christophe, un auteur de BD, traverse la place sous les grands arbres. Il a rendez-vous avec la licorne. Il appelle Albert, Albert Lustig, un drôle de loustic. Son histoire est folle. La réalité est parfois si incroyable qu’il faut en faire une fiction. Une visite au musée de la chasse et de la nature fait remonter chez Christophe le souvenir d’une partie de chasse à la bécasse avec son parrain. Celle-ci se cache et fait tourner ses prédateurs humains en bourrique. Au musée, Christophe cherche la vitrine de la licorne avec toute l’histoire d’Albert Lustig. Renseignements pris, elle est en réparation car un visiteur s’est approché trop près. Qui est cet Albert qui semble si important ?

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avant de s’attarder sur son destin, il est indispensable de passer par l’histoire de son père Victor, un affabulateur, un malin, un escroc. Dans les années 1920, il y a un siècle de cela, il a vendu la Tour Eiffel. L’histoire de Victor est connue. C’est pour cela que Christophe a décidé de raconter l’histoire de son supposé fils Albert, supposé car dans toute histoire d’arnaque, rien n’est jamais sûr. Pourtant, tout est dans l’ADN. L’escroquerie semble être dans les gênes familiaux. Le cheval de bataille d’Albert est une licorne. Le type va tenter de faire croire à Rob O’Hara, un milliardaire américain féru de chasse, qu’il y a une vallée des licornes dans le désert du Kalahari, entre l’Afrique du Sud et la Namibie.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Albert, Victor,… Le mensonge de l’un est vrai, celui de l’autre est faux, mais pourquoi ne serait-il pas vrai ? En se basant sur un personnage réel, suivant les bases posées par Claude d’Anthenaise qui fut directeur du musée de la chasse et de la nature, Dabitch met en scène un descendant qui va dans la surenchère du mensonge. Cela permettra-t-il au personnage auteur, Christophe, de raconter l’histoire parfaite ? Christophe Dabitch écrit une histoire sur mesure pour Nylso, non dénuée d’humour. Au dessin, le hachuriste maîtrise sa technique avec des natures fouillées mais jamais fouillis. Les planches avec la licorne dans la forêt sont d’une poésie incroyable. Pilier des éditions FLBLB avec la sublime série Jérôme d’Alphagraph, et des éditions Misma, c’est la première fois que Nylso est édité dans une maison mainstream. Largement grandprixmable, l’auteur n’a pas fini d’être remarqué.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avec un sujet original et une narration hors norme, L’homme à la licorne invite à la fois à la méfiance et au rêve. Impossible de ne pas s’imaginer dans la tête des dupés. Et d’ailleurs, les licornes, pourquoi n’existeraient-elles pas ? Un événement.

One shot : L’homme à la licorne
Genre : Rêverie
Scénario : Christophe Dabitch
Dessins : Nylso
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754845038
Nombre de pages : 224
Prix : 25 €
- Son of a gun !par Laurent Lafourcade
Le bandit, la belle, le nain et la bête
« -Je veux bien être votre shérif.
-Et je, ahem… A qui avons-nous donc l’honneur ?
-McBride. Kentucky T. McBride. Je me suis laissé dire que vous aviez quelques soucis dans votre jolie p’tite ville… »
Far west, Yellow Fork. L’attaque de la petite banque locale tourne au bain de sang. Parmi les victimes, il y a le shérif. Donc, ben, il n’y a plus de shérif ! Alors que personne ne semble disposé à prendre sa succession, un étranger se présente au village. Il s’agit de Kentucky T. McBride, un ancien soldat, ancien convoyeur de fonds et ancien chasseur de primes. Il promet qu’en deux jours, il aura tordu le cou aux bandits. Epaulé par deux crétins, McBride part à leur recherche. Les deux débiles ne réalisent pas qu’ils sont roulés dans la farine par le nouvel homme de loi qui est en fait l’un des bandits. Celui-ci élimine ses anciens complices, puis prétend ne pas avoir retrouvé l’argent. Ça ne l’empêche pas de réclamer une récompense.

© Pelaez, Corbet – Bamboo Plus loin, une autre chasseuse de primes tient la dragée haute à des hors-la-loi mexicains. Dolorès Cordora de Sandoval, c’est son nom, vient d’en livrer un à la justice. Aujourd’hui, elle est à la recherche d’un yankee du nom de Cleveland Kirtley, une demi-portion plus toute jeune dont la tête est mise à prix 2000 dollars. McBride, qui vient de débarquer, pourrait bien lui être d’un grand secours car, si l’individu recherché n’est en soi qu’un gnome, les tueurs qui sont à ses trousses sont loin d’être des enfants de chœur. Contre toute attente, c’est une chèvre en bordure de falaise qui va les mettre sur la voie. Y’a du pognon à s’faire !

© Pelaez, Corbet – Bamboo Son of a gun ! Comme le dit lui-même le scénariste Philippe Pelaez, c’est un euphémisme de l’expression « Son of a bitch ». Pastiche ou parodie ? Les deux, shérif ! L’histoire est à la fois un pastiche des westerns, dans le sens où elle assimile le genre et le régurgite, mais c’est aussi une parodie des films de Sergio Leone. Bref, on se marre bien dans ce western décalé. Pelaez fait du western spaghetti en BD en quelques sortes. On verrait bien Terence Hill dans la gabardine de Kentucky T. McBride. Sébastien Corbet dessine et colorise l’aventure dans un réalisme souple, de la même famille que celui de Jérôme Jouvray avec Lincoln. Le dessinateur n’hésite pas à exagérer les expressions, de façon très théâtrale, comme si on était dans de la commedia dell’arte.

© Pelaez, Corbet – Bamboo Qui est le héros ou l’héroïne de cette tragi-comédie western ? Tout le monde et personne à la fois. Ha, si ! Ce ne serait pas la fourberie ? Et si Son of a gun ! donnait le ton d’une année BD où l’on casserait les codes ? Vivifiant ! (Et en espérant que ce one shot se transforme en tome 1 d’une nouvelle série.)
One shot : Son of a gun !
Genre : Western humoristique
Scénario : Philippe Pelaez
Dessins & Couleurs : Sébastien Corbet
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041107766
Nombre de pages : 120
Prix : 19,90 €
- Criminal – Les acharnéspar Laurent Lafourcade
Cruel Hollywood
« -Jake ! Ravi de vous rencontrer en personne. J’ai hâte de vous montrer ce qu’on prépare pour frank, votre bonhomme. Vous allez adorer. Demain, on vous emmène sur le plateau, vous verrez vos dessins prendre vie, vous voyez ?
-Super. J’ai hâte aussi. Quand dois-je participer aux réunions de scénaristes ?
-Pas immédiatement, nous préférons que vous vous acclimatiez d’abord, avant de vous jeter dans la cage aux fauves. »
Mars 2012, Jacob Kurtz débarque à Hollywood. Après sa dépression nerveuse, une nouvelle carrière s’ouvre à lui. Le dessinateur de BD va voir son personnage fétiche le détective Frank Kafka adapté pour le petit écran. Méfiant, à l’aube de la quarantaine, Jacob n’a pas l’intention qu’il subisse le même sort que tous les autres dessinateurs et scénaristes passés par là avant lui. Il compte bien maîtriser l’avenir de son œuvre. La rencontre avec Dan Rails, le responsable, se passe plutôt bien. Il promet à Frank de lui passer dès le soir même les premiers scénarios. Dès la première lecture, c’est la douche froide. C’est mauvais, ça ne ressemble pas à son travail. Toute l’originalité de son personnage a disparu. Jacob est en train de découvrir la face cachée d’Hollywood. Réussira-t-il à faire passer ses idées ou sera-t-il contraint de s’effacer ? Il ne se rend pas encore compte du piège encore plus vicieux qui se referme sur lui.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt Bay City, 2019. Angie, 19 ans, brise la vitre d’une fenêtre au troisième étage d’un immeuble, comme une gamine désespérée croyant qu’elle pourra tout arranger, que c’est seulement une histoire de fric. Mais non. C’est de la génétique. Elle cherche de l’argent pour sauver La Grogne, celui qui l’a élevée après le meurtre de sa mère. Il a une saloperie de maladie. Pendant onze ans, il s’est occupé d’elle, sans qu’elle en soit toujours reconnaissante. Avec de l’argent, elle pourra l’amener se faire soigner correctement à l’étranger. Lorsqu’elle commet cette infraction, elle ne sait pas encore qu’il est trop tard pour son papa de substitution. Pourra-t-elle au moins seulement continuer à travailler dans le bar qu’il avait promis de lui laisser ?
Jacob et Angie n’avait rien en commun et pourtant le destin allait les faire se rencontrer. Alors que le dessinateur a repris sa vie d’auteur indépendant, loin des sirènes d’Hollywood, pour rendre service à un ami, il prête son sous-sol à Angie. Il vit sa vie. Elle vit la sienne. Mais quand elle va avoir de nouveaux problèmes, il ne sera pas du genre à la laisser dans la mouise.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt Quelques années après Un été cruel, le trio Brubaker-Phillips-Phillips retrouve l’univers de Criminal pour un nouveau polar noir. Fort de son expérience de showrunner sur la série télévisée adaptée de Criminal justement, Ed Brubaker dresse un portrait implacable de l’industrie hollywoodienne. Mais ce n’est pas la seule origine de son histoire. Alors que son père était mourant, sa sœur s’est fait dépouiller par une femme de ménage. Il a ajouté à ça le personnage de la petite looseuse qu’est Angie pour accoucher d’un scénario tentaculaire où les histoires se croisent et se décroisent dans une conception impeccable. Ed Brubaker est incontestablement dans la short-list des meilleurs scénaristes du monde. Les Phillips père et fils sont en fusion avec l’écrivain dans un graphisme et une mise en couleurs comics hors pairs.

© Brubaker, Phillips, Phillips – Delcourt A part celle de super-héros, la bande dessinée américaine est trop peu considérée en France. Avec une bibliographie maintenant très conséquente, Brubaker et les Phillips la mettent pourtant sur le haut, sur le très haut du panier. Acharnez-vous sur ces acharnés.
One shot : Criminal – Les acharnés
Genre : Thriller / Polar
Scénario : Ed Brubaker
Dessins : Sean Phillips
Couleurs : Jacob Phillips
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413089902
Nombre de pages : 200
Prix : 29,95 €
- Mi-mouche 2 – Duels au collègepar Laurent Lafourcade
Boxe la vie
« -Oh, t’es dans le bahut aussi.
-Salut.
-Tu connais ma sœur ?
-Tu retournes à la boxe cette année ?
-Ça m’étonnerait.
-Ma mère n’est pas d’accord. »
Colette a quatorze ans. Depuis qu’elle a perdu sa sœur jumelle Lison dans un accident de voiture, elle a cessé de grandir. Ses deux petits frères sont plus grands qu’elle. Sa passion, c’est la boxe, mais pour sa mère, il est hors de question qu’elle en fasse. C’est Elias qui a cafté quand il a eu peur pour son amie après un coup reçu. Lorsque ses coachs de boxe viennent dire bonjour à Colette dans son jardin pour savoir si elle reprenait ce sport cette année, ils se font rembarrer par sa mère. Pour elle, la boxe est un sport violent et dangereux. Elle ne voit pas l’apprentissage de la maîtrise de son corps et de sa force, le respect de soi-même et des autres. Pétrie de préjugés, elle pense protéger sa fille. Elle ne fait que l’enfoncer dans l’incompréhension et la tristesse. Paradoxalement, les frères peuvent pratiquer l’un le surf et l’autre le rugby sans problème. Heureusement, grâce à son père, Colette peut sortir de la prison superprotectrice de la maison et retourner au collège. Mais son temps libre, elle le passera à la maison.

© Cazot, Maurel – Dupuis Colette est accompagnée d’une ombre plus grande qu’elle. C’est son moi à la taille qu’elle devrait avoir. La collégienne tente de vivre sa passion en cachette, mais sa mère la poursuit jusqu’à la salle d’entraînement. Comme il paraît impossible de pratiquer, le seul ring possible pour Colette va être la salle de gym du collège. Et si elle veut prendre sa revanche sur Marcus sans que sa mère ne le remarque, il va falloir éviter de prendre des coups. L’ombre la coache, l’encourage, l’incite à vivre sa passion. C’est aussi l’occasion pour Colette de montrer aux élèves qui la harcèlent pour sa petite taille qu’il y a quelqu’un de solide à l’intérieur de l’enveloppe. Alors que l’horizon semble obstrué et impénétrable hors temps scolaire, le bahut va-t-il permettre à Colette de montrer qui elle est ?

© Cazot, Maurel – Dupuis Ce deuxième tome de Mi-mouche est l’occasion pour les autrices d’aborder le thème du harcèlement scolaire. Sournois, pernicieux, sadique, il frappe à grand bruit. Sa pire réponse est le silence. Heureusement, depuis quelques années, l’éducation nationale prend le problème à bras le corps. L’ensemble des professeurs des écoles, et en principe des collèges, a été formé au programme pHARe, un plan de prévention du harcèlement à destination des établissements scolaires fondé autour de 5 piliers : éduquer pour prévenir les phénomènes de harcèlement; former une communauté protectrice autour des élèves; intervenir efficacement sur les situations de harcèlement; associer les parents et les partenaires de l’école au déploiement du programme; mobiliser les instances de démocratie scolaire (conseils de vie collégienne et lycéenne) et le comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement. Si une série comme Mi-mouche peut apporter sa pierre à l’édifice, en incitant les lecteurs dans une situation similaire à celle de Colette à communiquer, que demander de plus ?

© Cazot, Maurel – Dupuis Avec Mi-mouche, Véro Cazot et Carole Maurel signent une série générationnelle qui aborde des thèmes de société qui nous touchent tous. Même si elle en utilise le décor, ce n’est pas une histoire de boxe, c’est une histoire d’affirmation, c’est l’histoire du placement de soi au sein de sa propre famille et de la société. Mi-mouche aide à monter sur le ring de la vie et à se sentir plus fort.
Série : Mi-mouche
Tome : 2 – Duels au collège
Genre : Emotion
Scénario : Véro Cazot
Dessins & Couleurs : Carole Maurel
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808506823
Nombre de pages : 64
Prix : 13,90 €
- West Fantasy 6 – Le barbier, le prêcheur et la dame de pique / La confrérie des tempêtes 3 – Ankonnpar Laurent Lafourcade
Piraterie ou Western ?
« -Au stade initial de votre maladie, j’aurais pu vous inoculer de quoi l’éradiquer à tout jamais, mais…
-Mais quoi ?
-Mais vous avez laissé la maladie évoluer jusqu’à aujourd’hui. Et je crains qu’il ne soit plus possible de vous guérir.
-Alors je suis condamné à tousser jusqu’à la fin de mes jours ?
-En quelque sorte… Hum… Taylor, c’est plus grave que ça. En réalité, il ne vous reste pas plus de 6 mois à vivre. »
Nouveau cycle pour West Fantasy. Taylor Sheridan est barbier à Kristown depuis 15 ans. Ça fait plusieurs temps qu’il tousse et ce qu’il va entendre ce jour en consultant le médecin ne va pas être des plus agréables à écouter. Taylor est condamné. Il lui reste moins de six mois à vivre. Taylor allait alors s’investir d’une mission : il allait entraîner dans sa chute toute une liste de personnes qui ne méritaient pas de vivre. Au même moment, un orc-prêcheur inhume un pauvre bougre qui n’a pas bien écouté les conseils de ses sermons. Ayant pour don de pressentir l’œuvre du malin, l’orc ne supporte pas que l’on sorte des rangs du Seigneur. Plus loin, dans un train, Ayana, alias Ana la dame de pique, tire son épingle du jeu dans une partie de poker…mortelle, qui allait lui attirer quelques ennuis. Les destins du barbier, du pasteur et de la joueuse étaient faits pour se croiser.

© Istin, Benoit, Nanjan – Oxymore Troisième voyage en mer pour la Confrérie des tempêtes qui contrôle les océans du monde d’Arathéon. Le légendaire Capitaine Ankonn dirigeait ses troupes de main de maître jusqu’à ce qu’il soit trahi par son propre équipage, laissé pour mort et balancé à la baille. Les mutins auraient dû mieux vérifier. Ankonn a la carapace bien plus dure que ce qu’ils pensaient. Recueilli et soigné par des elfes, le Capitaine déchu va petit à petit se reconstruire, se réparer… pour préparer son retour. Dans une aventure où trahisons et coups bas viennent quand on ne les attend pas, même les pirates ne vont plus savoir sur qui ils peuvent compter. Les amis d’aujourd’hui sont les ennemis de demain, vice versa… et versa vice.

© Tamburo, Cordurié, Fabris – Oxymore Les deux meilleures séries d’Heroïc-Fantasy sont de retour. Pour son second cycle, West Fantasy redémarre avec exactement la même équipe que pour le tome 1 : le goat Jean-Luc Istin est au scénario, le créateur graphique de l’univers Bertrand Benoit est au dessin sous les couleurs du fidèle J.Nanjan. On reste sur le principe d’un trio improbable, tout en allant plus loin dans l’ésotérisme du Totem et le sectarisme. Tout a été mis en place dans le cycle 1. Il semble que l’on passe maintenant aux choses sérieuses.

© Istin, Benoit, Nanjan – Oxymore Pour la Confrérie des tempêtes, ce troisième tome marque le milieu du premier cycle, avec une histoire de capitaine trahi, dessinée par Nico Tamburo sur un scénario de Sylvain Cordurié et des couleurs de Silvia Fabris. On découvre dans cet épisode le peuple des elfes des archipéliades, dans ces îles mystérieuses entourées de récifs coralliens redoutables pour toute embarcation voulant s’en approcher, ce qui n’empêche pas les tentatives d’incursion pirates.

© Tamburo, Cordurié, Fabris – Oxymore Dans la poussière du NorthWest ou sous les embruns des océans d’Arathéon, avec West Fantasy et La confrérie des tempêtes, la Fantasy acquière ses lettres de noblesse, témoignant ainsi que le vent de ce souffle nouveau n’est pas près de s’apaiser.


Série : West Fantasy
Tome : 6 – Le barbier, le prêcheur et la dame de pique
Genre : Héroïc-Fantasy Western
Scénario : Jean-Luc Istin
Dessins : Bertrand Benoit
Couleurs : J.Nanjan
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611163
Nombre de pages : 64
Prix : 16,50 €
Série : La confrérie des tempêtes
Tomes : 3 – Ankonn
Genre : Héroïc-Fantasy Pirate
Scénario : Sylvain Cordurié
Dessins : Nico Tamburo
Couleurs : Silvia Fabris
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611170
Nombre de pages : 60
Prix : 16,50 €
- Dina et le Millimonde 1 – Le peuple du grenierpar Laurent Lafourcade
Minipouss
« -Ta mère va me tuer si je te raconte cette histoire…
-Je suis plus une gamine ! Et puis, j’ai le droit de connaître l’histoire de Nonno…
-Tu as raison… Eh bien, figure-toi que ton père n’est pas le seul à avoir disparu mystérieusement ! »
Dina et sa maman Alba arrivent pour quelques jours à Castelfiore. Elles vont passer leurs vacances chez leur grand-mère et mère Nonna. La maison est excentrée du village, sur les hauteurs. Le père de Dina a disparu depuis plus d’un an. C’est à croire qu’une malédiction s’est abattue sur la famille. Il n’est pas le seul à s’être volatilisé mystérieusement. Alors qu’Alba part se coucher, l’histoire que Nonna va raconter à sa petite fille Dina va révéler quelque chose d’encore plus énigmatique. Il va falloir remonter une cinquantaine d’années en arrière, dans les années 70. Nonna et son époux tenaient une pâtisserie dans le village. Alors qu’elle était enceinte, la quasi-totalité des habitants, dont son mari, a disparu corps et âmes, alors qu’ils faisaient la fête dans la salle de la Mairie, laissant derrière eux tous les vêtements. Sorcellerie ? Extra-terrestres ? Toutes les causes ont été envisagées mais rien n’a été ni prouvé ni trouvé.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Le village a mis des années à se repeupler. Nonna ne s’est jamais remise des événements. Elle a élevé Alba seule, avec courage. Aujourd’hui, c’est Alba qui élève seule Dina. L’entente entre la mère et la fille n’est pas toujours facile. Quand Alba annonce à Dina qu’elle va devoir rentrer pour le travail et laisser sa fille à Castelfiore, la gamine a des mots très durs envers elle : « C’est toi qui aurais dû disparaître à la place de papa. Je te déteste ! ». Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Dina s’endort. A son réveil, rien ne sera plus comme avant. Dina va découvrir… une toute nouvelle dimension.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Biberonné avec la série de dessins animés Les Minipouss et le film Chéri, j’ai rétréci les gosses, le scénariste Stéphane Lapuss’, qui signe ici sa première histoire longue, surfe sur le principe des mini-mondes. Sans spoiler, parce qu’on l’apprend dès la première planche avant un long flashback, Dina va se retrouver réduite à une taille la rendant minuscule face à une araignée. On comprendra par la suite comment elle a atterri dans cette situation invraisemblable. Antonello Dalena délaisse provisoirement les microbes d’Ernest et Rebecca pour une ambiance italienne à ras du sol. La série démarre sur les chapeaux de roue sans aucun temps mort. Les couleurs chaudes de Cecilia Giumento accentuent l’atmosphère tiède des lieux.

© Dalena, Lapuss’, Giumento – Dupuis Ce premier tome de Dina et le Millimonde est un excellent démarrage de série. L’aventure populaire dans le style BD franco(-italo)-belge est toujours en forme.
Série : Dina et le Millimonde
Tome : 1 – Le peuple du grenier
Genre : Aventure
Scénario : Stéphane Lapuss’
Dessins : Antonello Dalena
Couleurs : Cecilia Giumento
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808512589
Nombre de pages : 72
Prix : 14,50 €
- Sakamoto Days 20 – Chez toipar Laurent Lafourcade
De grands projets
« -Franchement Sakamoto, je t’ai répété mille fois de ne pas fourrer ton nez dans nos affaires. Tu aurais dû écouter mes avertissements.
-Garde tes leçons, Monsieur Je-sais-tout. Je suis censé faire quoi à présent ?
-Ça me paraît évident. Tu as deux options pour sauver ta peau. Soit tu élimines Smur pour prouver ton innocence auprès de la FJA, soit tu détruis la FJA. C’est simple ! Remarque, dans un cas comme dans l’autre, tu risques d’y rester. »
Après l’affrontement au Musée, Sakamoto ne veut plus se battre. La page est tournée. Pour lui, sa place est dans sa supérette, derrière le comptoir. Comme si ses ennemis allaient le laisser en paix ! Les comptes de la boutique sont dans le rouge. De plus en plus d’assassins la fréquentent, alors les gens du quartier vont faire leurs courses ailleurs ce qui plombe le chiffre d’affaires, déjà mis à mal par la concurrence des grands magasins. Pour autant, Aoi n’a aucune envie de déménager la boutique. C’est ici que le couple a démarré sa vie. C’est ici que se trouvent les souvenirs des joies et des peines. Aoi parvient à convaincre son époux de rester.

SAKAMOTO DAYS © 2020 by Yuto Suzuki/SHUEISHA Inc.
© 2026, éditions GlénatTaro Sakamoto va alors prendre une décision incroyable. Et s’il prenait le contrôle de la FJA, la fédération japonaise des assassins, pour ouvrir des supérettes Sakamoto dans tout le pays ? Alors qu’il l’annonce à ses compatriotes, une attaque terroriste de grande ampleur est en cours dans une usine d’armement de la fédération. Evidemment, l’assaut est fomenté par la bande ennemie dirigée par Slur. Slur est habité par la personnalité de Takamura, mais il n’est pas capable de la contrôler. Et Takamura, il ne peut que charcuter des gens à la chaîne !

SAKAMOTO DAYS © 2020 by Yuto Suzuki/SHUEISHA Inc.
© 2026, éditions GlénatEt alors, il n’aurait pas un petit coup de déprime au début de ce tome, notre Taro Sakamoto ? Rassurez-vous, ça ne va pas durer. D’une part, il va reprendre du poil de la bête. D’autre part, ses ennemis ne vont pas lui en laisser le temps. Si Yuto Suzuki dit regretter d’avoir choisi un type un poil trop insolite comme héros, c’est ce qu’il dit sur le rabat de la jaquette, c’est pour qu’on réponde : « Mais non, il est parfait comme ça. ». Y a pas meilleur moyen pour être flatté. L’auteur tient là un héros hors norme qui fait qu’il va rester dans l’Histoire du Manga. Graphiquement, le mangaka étonne encore au bout de vingt tomes, avec une scène de métro aérien de haute, de très haute volée.

SAKAMOTO DAYS © 2020 by Yuto Suzuki/SHUEISHA Inc.
© 2026, éditions GlénatTome de transition entre l’arc précédent et celui qui commence dans la deuxième partie de ce volume, « Chez toi » montre tout le potentiel qu’a encore cet univers. Shin et Heisuke donnent de leurs personnes pour la suite.
Série : Sakamoto Days
Tome : 20 – Chez toi
Genre : Thriller/Polar
Scénario & Dessins : Yuto Suzuki
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344065952
Nombre de pages : 192
Prix : 7,20 €
- Women of the Westpar Laurent Lafourcade
De vraies pionnières en leurs genres
« -Okay, donc tu nous as amenés dans une réserve paumée au bout du monde, remplie d’activistes énervés contre les blancs. Chouette idée, dis donc !
-On dit qu’elle peut remonter le temps. Il me faut des réponses. Je veux prouver que les femmes ont toujours été fortes.
-Elle vous attend ! »
Réserve Walla Walla Blue Mountains, Oregon, 1974. Un jeune couple de journalistes fait route pour aller rencontrer une chamane. Militante pour les droits des femmes autochtones, elle se bat contre la stérilisation des femmes dans les réserves par le gouvernement. Elle a accepté de recevoir Betty, et Betty seule, si elle l’aide à dénoncer cette horreur. Pendant que Billy propose ironiquement un petit poker à la force de la nature qui garde le tipi, Betty va remonter le temps dans une expérience chamanique incroyable, à la rencontre de celles qui ont fait l’histoire de l’Amérique, à une époque où ce pays pouvait encore s’écrire avec une majuscule.

© Dethan, Oger – Bamboo La chamane, que l’on n’apercevra jamais, embarque Betty, ou plutôt son esprit, dans onze destins de femmes. Direction le Colorado en 1873 pour suivre la journaliste Isabella Lucy Bird, fille de pasteur, amoureuse d’un ancien confédéré alcoolique. Vingt ans plus tard, c’est en Oklahoma qu’on chevauche avec l’US deputy marshal Miller et qu’on rencontre l’étonnante et impassible Ada Curnutt, deux femmes de lois. Destin plus cruel que celui de Mary en Virginie en 1755, enlevée par des guerriers Shawnees. Au tout début du XIXème siècle, on accompagne l’indienne Otter Woman, ancienne épouse du grand guerrier shoshone Smoked Lodge, enlevée par une tribu ennemie puis rachetée par un trappeur. Un voyage en chariot va forger le destin d’Abigail Jane Duniway dans un Go West qui rebattra les cartes pour les droits des femmes.

© Augustin, Oger – Bamboo C’est dans l’hiver du Montana de 1896 que l’on découvre Mary Fields, en train de faire sa tournée postale, alias le corbeau blanc. Dans les années 1870, avec tous les hommes à sa botte, Kitty Leroy brûle sa vie dans le Dakota du Sud à la flamme d’une bougie, pendant que Margaret Borland, veuve de trois maris, dirige Cattle Driver, le plus grand ranch du Sud du Texas. Toute sa vie, elle a cherché la beauté du monde : c’est l’histoire de Mary Achey, dans le Colorado, réfugiée dans l’art pour tenter de se relever d’un drame dont on il est impossible de se remettre. Autre forme d’art avec les prémisses de la photographie grâce aux sœurs Chrisman, posant des heures pour incarner les courageuses et rudes pionnières de la frontière, dans le Nebraska. Le voyage se termine dans l’Oklahoma, avec la vie aventureuse et dangereuse de Belle Star, chevauchant avec toute la racaille du pays.

© Oger, Oger – Bamboo Cinquième tome de la collection d’anthologie consacrée aux figures oubliées de l’Ouest américain, Women of the west est un nouveau coup de maître orchestré par Tiburce Oger. On retrouve aux dessins Paul Gastine, qui signe les planches d’introduction et de conclusion, et pour les histoires, les impeccables Virginie Augustin, Dominique Bertail, François Boucq, Daphné Collignon, Elvire de Cock, Isabelle Dethan, Nathalie Ferlut, Gaëlle Hersent, Miss Prickly, Eloïse Oger et Laure Zuccheri, avec une couverture signée Béatrice Tillier. L’ensemble des albums de la collection fait déjà figure de référence.
One shot : Women of the West
Genre : Western
Scénario : Tiburce Oger, avec la collaboration d’Hervé Richez
Dessins & Couleurs : Virginie Augustin, Dominique Bertail,François Boucq,Daphné Collignon, Elvire De Cock,Isabelle Dethan,Nathalie Ferlut,Paul Gastine,Gaëlle Hersent,Eloïse Oger,Miss Prickly,Laura Zuccheri
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041110643
Nombre de pages : 112
Prix : 19,90 €
- Le royaume des Sidhes 1 – Le long voyage d’Adrielpar Laurent Lafourcade
Alliances & trahisons
« -Pluug ! Où en êtes-vous ? Avez-vous fini de débattre ?
-A l’instant, Chambellan Kelpp…
-Et donc ?
-Donc, on ne peut pas laisser le palais sans défense !
-Pas plus qu’on ne peut laisser le royaume à la merci de ses ennemis.
-Oh, ça non ! On ne peut pas !
-Et le couronnement ? Avez-vous pris une décision concernant le couronnement ?
-Absolument… Nous en ferons l’annonce aux filles de Meika en personne… Fais-les venir devant notre assemblée ! »
Depuis 220 ans, le royaume des Sidhes, un peuple d’elfes féérique très ancien, se trouve sur une île où aucun être humain n’est encore parvenu à poser le pied. Aujourd’hui, le château royal est en émoi. La reine Meika a disparu. Aujourd’hui. Le jour où elle devait désigner laquelle de ses trois filles lui succèderait pour régner sur les Sidhes et les peuples de l’arrière-monde. Le trône est vide. Le palais est désert. Le Haut Conseil en a été informé et est en train de débattre. Les héritières sont convoquées par les sages. Entre Tallulah, fille des eaux, Nahele, fille de la terre, et Nokomi, fille des airs, celle d’entre elles qui prendra le pouvoir sera celle qui la première retrouverait la Reine, morte ou vive.

© Borges, Corbeyran, Millet – Kamiti Alors que les trois Sidhes partent pour leur quête, sur le continent, Adriel, un jeune homme, quitte le cocon familial avec son oncle surnommé Tranche-monstre afin de rejoindre les rangs des intrépides soldats de la grande armée de l’empereur Yahito, un destin dont beaucoup rêvent mais que peu réalisent. Pangi, son animal de compagnie, son « fourreux », sera aussi du voyage. Issu d’une famille de paysans, Adriel va découvrir la ville, creuset de tous les vices. La route ne sera pas un long fleuve tranquille. Alors qu’il ne s’y attendait pas, Adriel va se retrouver mêlé à la disparition de la Reine des Sidhes dont le royaume suscite bien plus que les convoitises de chacune des trois elfes.

© Borges, Corbeyran, Millet – Kamiti Entre complots, alliances et trahisons, le royaume des Sidhes est une partie de Risk grandeur nature dans un monde traditionnel d’Heroïc-Fantasy. Le démarrage de l’aventure est classique. Les poncifs du genre se retrouvent. Mais il ne faut pas oublier que le scénario est signé Corbeyran. Autant dire que l’on va rapidement quitter les sentiers battus. La partie va prendre une tournure politique qui n’est pas sans faire penser aux situations géopolitiques que l’on trouve dans plusieurs endroits du globe, le côté féérique en moins. Le dessinateur brésilien Paulo Borges, influencé par la mise en scène Comics, aime les grandes cases et les gros plans. Ça va très bien avec le propos. On n’est pas dans une Fantasy bourrin, mais bien dans une réflexion de stratégie territoriale. La couverture, même si elle est efficace, est trop dans l’esprit de celles des Elfes et autres Confrérie des tempêtes. Est-ce pour surfer sur la vague ? La référence n’était pas nécessaire d’autant plus que le trait de Borges est beaucoup plus souple et ligne claire que celui des auteurs habituels de ce genre de récits.

© Borges, Corbeyran, Millet – Kamiti Le royaume des Sidhes est une excellente surprise. En commençant l’album, on ne s’attend pas à être happé de la sorte dans cette quête qui va s’avérer bien plus complexe qu’a priori pour chacun des protagonistes. On est raconteur d’histoires ou on ne l’est pas. La magie Corbeyran a encore une fois frappé.
Série : Le royaume des Sidhes
Tome : 1 – Le long voyage d’Adriel
Genre : Heroïc-Fantasy
Scénario : Corbeyran
Dessins : Paulo Borges
Couleurs : Robin Millet
Éditeur : Kamiti
ISBN : 9791097477509
Nombre de pages : 80
Prix : 15,90 €
- Blake et Mortimer 31 – La menace Atlante / Les micro-aventures de Blake & Mortimer 3 – La double exposition / Diabolique ! Le piège d’Edgard P.Jacobspar Laurent Lafourcade
Trois coups sonnés pour Jacobs
« -Good Lord ! Harry ! Et le jeune Ewan MacGrait !
-Tu vois quoi, Marty ? Parle ! Qu’est-ce qui leur est arrivé ?
-Harry est mort… Le gamin aussi. Mais aucune trace de sang ou même de coups…
-Allez, sales bêtes ! Du vent !
-Qu’est-ce qui s’est passé, Capitaine ? Tous ces poissons morts autour de leur bateau… C’est pas normal… Pas normal du tout !
-Couvrez-les et accrochez leur bateau au nôtre. On les ramène au port. Je préviens la police par radio. »
Au beau milieu de la mer du Nord, au large des côtes écossaises, un bateau de pêcheurs est découvert avec à son bord ses occupants morts sans aucune trace de sang ni de coups. Tout autour, flottent des cadavres de poissons. Alors que le petit village côtier de Mortapple est en émoi, un nouveau drame se trame au large. Un voilier de plaisanciers est victime de gaz mortels jaillissant des eaux. Au fil des jours, des événements semblables se produisent. Pendant que le Capitaine Francis Blake convoque une réunion de crise au MI5, le professeur Philip Mortimer, qui menait non loin de la côte des fouilles de terrain pour un rapport sur l’approvisionnement du pays en énergie, est aux premières loges de ces phénomènes inexpliqués. Quelques jours plus tard, Blake et Mortimer partent explorer les fonds marins et ce qu’ils vont découvrir va dépasser l’imaginable et leur rappeler des souvenirs. Avec La menace Atlante, Yves Sente et Peter Van Dongen offrent une suite puissante à L’énigme de l’Atlantide, aventure mythique, comme toutes celles écrites par Jacobs, du duo british.

© Van Dongen, Sente – Dargaud/Blake et Mortimer Après L’aventure immobile de Convard et Juillard, et La fiancée du Dr Septimus par Rivière et Harambat, James Huth et Sonja Shillito écrivent un troisième Nouveau Chapitre, album illustré par Laurent Durieux. Ce dernier avait colorisé Le dernier Pharaon, hors-série déconcertant dessiné par François Schuiten. Quant à James Huth, on le sait fanatique de l’univers. Réalisateur, il a longtemps travaillé sur une adaptation cinématographique avortée de La Marque Jaune, un serpent de mer repris par une autre équipe. Dans La double exposition, lors d’une visite à New-York, Blake et Mortimer sont miniaturisés dans une maquette de Futurama, une ville d’anticipation. Qui tire les ficelles de cette machination ? Miloch ? Le savant fou est mort. Septimus ? Voronov ? Est-ce encore Olrik qui est responsable de cette expérience machiavélique ? Science et conscience sont au cœur de cette aventure, de ce nouveau piège diabolique qui aurait certainement beaucoup plu à Edgar-Pierre Jacobs.

© Durieux, Huth, Shillito – Dargaud/Blake et Mortimer Diabolique ! C’est justement le titre du somptueux ouvrage orchestré par Eric Dubois et Thierry Bellefroid. Les auteurs nous emmènent aux sources de la création de l’aventure du voyage dans le temps du professeur Mortimer : Le piège diabolique. Pour cette sixième histoire du duo, le scientifique la joue donc solo avec la machine du Professeur Miloch. Jacobs étant on ne peut plus conservateur, il a gardé tous ses documents de travail : brouillons de scénario, recherches de titre, croquis, repérages et photos des décors choisis, processus de création,… On est dans le cerveau du maître, et on va avoir de la peine avec lui quand va tomber la décision de la commission de censure interdisant l’album en France pour cause de violence et d’images hiddeuses. Il ne paraîtra que cinq ans plus tard, en 1967. Tellement ahurissant quand on apprend ça aujourd’hui avec le recul. Jacobs en restera meurtri. Le livre ici présent est sublime. Le travail éditorial, de maquette, de fabrication et d’impression est tout simplement merveilleux. Indispensable non seulement à tous les amis de Jacobs, mais à tous les amateurs de l’Histoire de la BD franco-belge.

© Dubois, Bellefroid, Jacobs – Dargaud/Blake et Mortimer Blake et Mortimer ont encore bien des projets. Peter Van Dongen s’est déjà attelé au Fantôme de Rowan House. Toujours avec Sente, Teun Berserik travaille sur L’héritier de l’île de Man, pendant qu’Antoine Aubin dessine un Retour à Lhassa, signé Fromental et Bocquet. Etienne Schréder est quant à lui sur un hors-série : Les violons de lampedusa, et Romain Renard prépare sa vision pour l’automne 2027. Enfin, c’est cette année, en 2026, que doit enfin sortir au cinéma la tant attendue Marque Jaune, réalisée par Cédric Nicolas-Troyan sur un scénario de Jan Kounen et Jay Ferguson, avec les inconnus Corey Mylchreest et Phil Dunster dans les rôles respectifs de Blake et Mortimer.



Série : Blake et Mortimer
Tome : 31 – La menace Atlante
Genre : Espionnage
Scénario : Yves Sente
Dessins & Couleurs : Peter Van Dongen
D’après : Edgar-Pierre Jacobs
Éditeur : Dargaud
Collection : Blake et Mortimer
ISBN : 9782870973103
Nombre de pages : 64
Prix : 17,50 €
Série : Les micro-aventures de Blake & Mortimer
Tome : 3 – La double exposition
Genre : Polar
Texte : James Huth & Sonja Shillito
Dessins & Couleurs : Laurent Durieux
D’après : Edgar P. Jacobs
Éditeur : Dargaud
Collection : Le nouveau chapitre
ISBN : 9782870973233
Nombre de pages : 72
Prix : 19,50 €
Titre : Diabolique ! Le piège d’Edgard P.Jacobs
Genre : Ouvrage d’étude
Textes : Eric Dubois & Thierry Bellefroid
Illustrations : Edgar-Pierre Jacobs
Éditeur : Dargaud
Collection : Blake et Mortimer
ISBN : 9782870973264
Nombre de pages : 144
Prix : 49,90 €
- Les cinq drapeaux 2 – La fureur de vivrepar Laurent Lafourcade
Aux mains de la France
« -On doit indiquer deux pays.
-Et toi, Vicente, qu’as-tu choisi ?
-Je pense que ma place est en France. »
Juin 1939. On retrouve Vicente Jiménez-Bravo en France, dans le camp de réfugiés du Barcarès dans lequel il a été placé, après avoir fui le franquisme espagnol qu’il combattait. A cette époque, une rumeur leur faisait espérer qu’ils pourraient être envoyés dans le pays de leur choix afin d’y construire leur avenir. Ils en rêvaient. La réalité de la géopolitique internationale allait les rattraper plus vite que prévu. En correspondant avec sa famille, Vicente comprend bien que la situation en Espagne ne s’arrange pas. L’annonce du pacte germano-soviétique tombe comme un coup de massue. En septembre, la France déclare la guerre à l’Allemagne nazie. Avec la mobilisation générale, la France allait avoir besoin de main d’œuvre. La famille de Vicente n’était pas près d’être à nouveau réunie.

© Pau – Paquet Malgré un traitement inhumain et méprisant, loin du rêve liberté-égalité-fraternité, Vicente ne parvenait pas à haïr la France. Le 15 septembre, le camp est démantelé. Quelques jours plus tard, les réfugiés sont transportés d’abord en camion jusqu’à Rivesaltes, ensuite en train jusqu’à Toulouse, Agen, Bordeaux, pour arriver à Poitiers. Ils allaient devenir mineurs. Ils allaient manger et dormir dans la mine, dans cette « prison » dans laquelle ils devaient être reconnaissants que la France les accueille. Mille hommes entassés sans la moindre aération condamnés à ne plus voir le soleil, sauf pour quelques escapades à Poitiers pour aller chez le dentiste ou pour rencontrer les femmes espagnoles du refuge situé à proximité.

© Pau – Paquet Pau poursuit la vie de son grand-père d’après les cahiers que celui-ci avait laissés. Il a pu étayer le propos grâce à la biographie du commandant du bataillon où il se trouvait. Dans la version espagnole d’origine, Pau a respecté scrupuleusement les mots de son grand-père. Pour la version française, il y a eu un travail de réécriture car certains passages étaient intraduisibles. L’album se clôture avec un riche cahier documentaire avec des archives d’époque. On découvre notamment des photos des mines des Lourdines que l’auteur a pu visiter en 2022 et ainsi s’imprégner de l’âme des lieux. Pour ceux qui ne les auraient pas remarqués, Pau dévoile comment il a rendu hommage dans l’épisode aux chiens de la bande-dessinée franco-belge, avec en tête Pif, créé par l’espagnol José Cabrero Arnal, lui aussi réfugié en France en 1939.

© Pau – Paquet Dès ce deuxième tome, Les cinq drapeaux s’annonce comme l’œuvre majeure de la carrière de Pau, tout autant qu’un événement bébessiné. Les éditions Paquet tiennent là le fleuron de leur catalogue.
Série : Les cinq drapeaux
Tome : 2 – La fureur de vivre
Genre : Histoire
Scénario, Dessins & Couleurs : Pau
Éditeur : Paquet
ISBN : 9782889325962
Nombre de pages : 96
Prix : 18 €
- Gardiens de fer 1par Laurent Lafourcade
Robots Power
« -Eh bien, tiens donc ! Si c’est pas les terreurs de la bordure extérieure Soni et Dumpling ! Vous m’apportez quelque chose d’intéressant, j’espère !
-On a une cargaison pleine à craquer !
-Déchargez tout là-bas ! Mocchi va faire l’inventaire de vos trouvailles. »
Ça fait trente ans que la grande guerre des calamités a eu lieu. Soni et son chien Dumpling passent leurs journées à la décharge. Ils récupèrent des matériaux mécaniques qu’ils revendent en gros pour subsister. Aujourd’hui, à l’intérieur d’une énorme carcasse de mécha abandonnée, Soni tente de récupérer un core générateur encore intact. En l’arrachant de sa base, la structure semble bouger. L’adolescent prend ses jambes à son cou pour s’extraire des lieux. Parallèlement à son travail dans le bourrier, depuis cinq mois, Soni s’acharne à réparer un vieux blockeur trouvé dans la décharge. Pièce par pièce, il équilibre le poids et la puissance pour construire son mecha, son robot exo-squelette.

© Alliel, Ralenti – Glénat Dans ce monde post-apocalyptique où le danger est omniprésent, Soni est quand même bien entouré. Force de la nature au bras robotisé, André rachète les matériaux récupérés par le jeune homme, après l’expertise de son complice Mocchi, un ancien militaire. Il y en a parfois pour un bon petit pactole. Soni ne va pas tarder à rencontrer Sanchez, une officier-infirmière, qui lui sera d’un bien grand secours.
Dans la cité de Mira, c’est le grand retour du tournoi First Strike Champion, compétition légendaire où les humains, équipés de leurs mechas, défient les phantoms, maîtres incontestés du ciel. Soni rêve d’y participer, mais le prix à gagner est si important que des bandes rivales sont prêtes à tout pour l’emporter.

© Alliel, Ralenti – Glénat Après Les mondes électriques, Christophe Alliel est de retour avec une nouvelle série d’anticipation ayant un petit goût de Pacific Rim. L’auteur mêle des influences à la fois Manga et Comics à un découpage franco-belge classique. Le duo Soni-Dumpling, un gamin et son chien, est très attachant, et les personnages secondaires sont très bien campés. Les « envolées » avec les robots sont d’un lyrisme certain. Pour un premier tome de série, Alliel va droit au but. Pas de perte de temps ni de longueur. Ça serait même un démarrage de série exemplaire. Le choix des couleurs d’Albertine Ralenti est plus discutable. On se croirait parfois dans un vieil album des années 70. Ça a son charme, certes, mais ça fait un peu daté. M’enfin, que cela n’empêche d’apprécier cette prometteuse série.

© Alliel, Ralenti – Glénat Histoire de survie, histoire d’amitié, mais aussi histoire d’espoir, Gardiens de fer est déjà à ranger à côté de la série Les Géants, parce qu’on repère dès ce tome introductif qu’on est embarqué pour une belle et grande aventure.
Série : Gardiens de fer
Tome : 1
Genre : Anticipation
Scénario & Dessins : Christophe Alliel
Couleurs : Albertine Ralenti
Éditeur : Glénat
Collection : Tchô !
ISBN : 9782344067130
Nombre de pages : 64
Prix : 12,50 €
- Bestial 1 – Saramza 61par Laurent Lafourcade
Gare au garou
« -Que lui est-il arrivé ?
-Je ne sais pas… Ses blessures suggèrent qu’il a été attaqué par un ours, et ses engelures révèlent que l’attaque remonte à plusieurs jours…
-Vous pensez qu’il s’en tirera ?
-Je n’en sais rien… Nous l’avons placé dans un bain chaud pour vaincre progressivement l’hypothermie…
-Il y avait un foyer non loin… Des braises éteintes… Il a peut-être tenté de faire un feu pour repousser l’ours…
-Peut-être… Mais quelles que soient les circonstances qui l’ont conduit à cet endroit, cet homme devrait être mort ! »
Février 1999, Péninsule de Kola, en Russie. Une expédition découvre le corps d’un homme encore en vie qu’elle ramène à Severomorsk. Ses blessures révèlent qu’il aurait été attaqué par un ours. Il devrait être mort. Son sang contient un taux très élevé d’une substance de synthèse difficile à identifier. Il est surnommé Gary Ajar, du russe « brûle » et « braise », en référence au feu de camp éteint qui se trouvait près de lui. Au fil des jours, l’individu se requinque, mais il semble avoir une perception modifiée de la réalité. Un peu plus d’un mois après avoir été recueilli, Gary disparaît laissant derrière lui les cadavres des infirmières et des gardiens. Depuis, il demeure introuvable.

© Malisan, Corbeyran – Kamiti De nos jours, traqué par des tueurs mandatés par un certain Troldmand et chargés de le prendre vivant, Gary décide de quitter Moscou. Après des années de cavale, il vient d’être repéré. Il a besoin de deux choses : de la came pour tenir le coup, et l’aide de Yéléna, une call-girl. Pour cela, il va devoir se faire passer pour mort. L’escape game mortel réussira-t-il à Gary ? L’homme, ou l’animal, aura-t-il la réponse aux causes de ses métamorphoses ?

© Malisan, Corbeyran – Kamiti Avec Bestial, Corbeyran revisite et modernise le principe du loup-garou. On reste ici bien loin de la lycanthropie puisqu’hormis la métamorphose, il n’est question ni de loup ni de lune. Gary Ajar serait plus proche d’un Docteur Jekyll et Mister Hyde, sauf que ce n’est pas lui le responsable de ses transformations. Bref, comme il sait si bien le faire, le scénariste invoque une culture populaire en lui donnant une nouvelle dimension. Luca Malisan encrasse son dessin réaliste sage pour l’amener vers plus de noirceur, plus de mystère. Il ose, et c’est exactement ce qu’il fallait pour pénétrer dans le complotisme et la sauvagerie de Bestial, dont la couverture est d’une efficacité redoutable.

© Malisan, Corbeyran – Kamiti Dans les années 90, les histoires comme Bestial étaient portées par de grands éditeurs comme Delcourt ou Soleil. Aujourd’hui, elles se méritent et il faut aller les chercher, chez d’excellents petits éditeurs qui font le choix de défendre leurs productions comme Kamiti. Avec Bestial, on ne rugit pas de plaisir, mais de terreur, bref, de plaisir terrifiant ou de terreur plaisante.
Série : Bestial
Tome : 1 – Saramza 61
Genre : Thriller fantastique
Scénario : Corbeyran
Dessins & Couleurs : Luca Malisan
Éditeur : Kamiti
ISBN : 9791097477400
Nombre de pages : 56
Prix : 15,90 €
- Les âges d’or de Donald 1par Laurent Lafourcade
Dix coin-coins de paradis
« -Tu viens nous voir…
-…jouer au foot…
-… Onc’Donald ?
-Nan ! J’ai du travail ! »
Il est né au cinéma en 1934 dans la Silly Symphonie Une petite poule avisée. Il a été le héros d’un grand nombre de courts métrages des Studios Disney. C’est un canard. Il s’appelle Donald, et c’est aussi en bande dessinée qu’il a connu et qu’il connaît encore ses plus grandes heures de gloire. En parallèle aux intégrales consacrées aux plus grands auteurs, mais qui à part Carl Barks et Don Rosa n’ont pas trouvé leur public, en parallèle également à la collection créations originales Disney France, les éditions Glénat lancent une collection de récits d’anthologie dans laquelle ils mêlent les histoires de différents auteurs. Au même titre que Mickey et Picsou, Donald a droit à sa propre collection Les âges d’or dont voici le premier volume, avec dix récits s’étalant sur plus de deux cents pages.

© Disney Enterprises, Inc
© Barks – GlénatA tout seigneur tout honneur, plus de la moitié des aventures de l’album, soit sept, sont signées Carl Barks. Des couacs et des crôôôas ! est la toute première aventure de Donald que l’artiste dessina en 1943 sur un scénario original. Des corbeaux empêchent Donald de cultiver son jardin. L’histoire suivante emmène notre canard en pique-nique avec Daisy, avant qu’on ne le retrouve veilleur de nuit. Riri, Fifi et Loulou lui présentent après une baguette de sourcier. Donald entre sous un grand chapiteau de cirque pour une plus longue histoire avec, une fois n’est pas coutume, des humains. Même dimension pour Trick or treat, une mythique histoire d’Halloween. Retour au format dix planches pour la dernière comédie où l’on retrouve notre héros aux prises avec son irascible voisin Lagrogne. Les aventures présentées s’étalent de 1943 à 1964. On peut ainsi remarquer l’évolution graphique du maître.
Trois autres auteurs se partagent les récits suivants. Tony Strobl est celui qui prit la succession de Carl Barks en Amérique du Nord. Dans Un si beau compte, datant de 1966, Strobl emmène Donald, son oncle et ses neveux à la recherche d’un trésor sous-marin. Son style, un brin plus moderne, s’approche de la version télévisée du personnage.

© Disney Enterprises, Inc
© Strobl – GlénatGiorgio Cavazzano est incontestablement l’un des meilleurs dessinateurs Disney du monde de tous les temps. Le style est élancé et anguleux, très éloigné de celui de Carl Barks. L’italien signe en 1976 Le héros amnésique, avec Donald, Picsou et Popop. Ces deux derniers sont engagés par le premier afin de rendre la mémoire à un pilote de la Première Guerre Mondiale.

© Disney Enterprises, Inc
© Cavazzano – GlénatDirection les Pays-Bas où fut publiée pour la première fois la dernière histoire du livre en 1980. Avec Le grand éternuement, l’auteur danois Freddy Milton retrouve l’esprit de son idole Carl Barks dans une aventure de fontaine de jouvence, de dragon et… de pommes de terre de vieillesse.

© Disney Enterprises, Inc
© Milton – GlénatLes âges d’or de Donald est un survol de la vie du canard en BD. Chaque histoire est présentée et contextualisée. La collection de grande qualité permettra aux plus anciens de lire ou relire des aventures mythiques et aux plus jeunes de découvrir des bandes dessinées populaires de référence.
Série : Les âges d’or de Donald
Tome : 1
Genre : Aventure
Scénario & Dessins : Carl Barks, Tony Strobl, Giorgio Cavazzano, Freddy Milton
Éditeur : Glénat
Collection : Walt Disney
Nombre de pages : 216
Prix : 19 €
ISBN : 9782344070642
- Cath et son chat 11par Laurent Lafourcade
Les 4 saisons de Sushi
« -En l’écoutant, t’as des frissons comme en décembre, des boutons qui bourgeonnent comme en mars, la tension qui chute comme les feuilles en octobre, et t’as pris un coup de chaud comme en août !
-Hein ! « Les quatre saisons » de Vivaldi !
-Les cats saisons plutôt… »
Sushi est au piano. Un chat virtuose, on a rarement vu ça. Les émotions de Vivaldi se dégagent du piano félin. Ça, c’est l’avis de Cath, parce que Papa y entend un son moins mélodieux. C’est parti pour, non pas « Les quatre saisons de Vivaldi », mais les cats saisons. Hiver, printemps, été, automne, puis retour en hiver pour boucler la boucle d’une année. Bienvenue dans la vie d’un chat au milieu des flocons, des bourgeons, des rayons de soleil et des feuilles mortes.

© Richez, Cazenove, Ramon – Bamboo Dès que le froid de l’hiver arrive, Sushi ne sort plus. Il passe son temps à l’intérieur, vautré sur le canapé ou sur le fauteuil, ne pensant qu’à manger, dormir, oubliant même de faire sa toilette. Il n’est pas le seul. Pour Papa, c’est le même programme. Et quand Sushi a quand même envie de sortir pour attraper les flocons de neige, il demande à rentrer encore plus vite. Ça fait froid aux coussinets ! A partir du 21 mars, ce n’est plus la même chanson. Ce ne sont pas quelques gouttes de pluie qui vont empêcher Cath et son chat de mettre leurs museaux dehors. Les fleurs sortent du sol et les fruits commencent à pousser sur les branches. Les oiseaux et les insectes, dont les puces, font la fête.

© Richez, Cazenove, Ramon – Bamboo Avez-vous déjà vu un chat à la plage en plein été ? Parce que Sushi, il y va ! Si vous voyez passer devant vous une boule de sable à pattes, c’est simplement un chat qui a été tartiné de crème solaire. Forcément, ça colle. Et si Papa refuse que le félin mette une seule patte sur le sable, il y a toujours une solution pour l’y amener. L’option pneumatique, c’est pour tout le monde : une licorne pour Cath, un chatamarran pour Virgile et un canapé pour Sushi. A l’automne, l’animal a quand même plus d’occasions de se défouler. Les sauts dans les tas de feuilles, ramassées de préférence, c’est un vrai kif ! Du moment qu’on ne glisse pas… N’est-ce pas, Papa ? Opération citrouille d’Halloween juste avant la déco du sapin et l’année est passée !

© Richez, Cazenove, Ramon – Bamboo A part le hors-série cuisine, il n’y avait pas eu d’album de gags de Cath et son chat depuis presque quatre ans. Quel bonheur de retrouver ces personnages et leurs auteurs, et en particulier la dessinatrice Yrgane Ramon, qui était occupée comme designer sur Moi, moche et méchant 4 et Tous en scène 2. La couverture multi-saisons résume à elle seule le bonheur coloré dans lequel on va être plongé pendant 44 planches. Feel-goodissime.
Série : Cath et son chat
Tome : 11
Genre : Humour félin
Scénario : Hervé Richez & Christophe Cazenove
Dessins & Couleurs : Yrgane Ramon
Éditeur : Bamboo
ISBN : 9791041113880
Nombre de pages : 48
Prix : 10,90 €
- One Piece 111 – Aventure à Erbaf par Laurent Lafourcade
Doyens vs Pirates
« -Le monde va tomber entre les mains des pirates ?!
-Attends… Qu’est-ce que tu nous racontes, Végapunk ?!
-Oh non !! Ce pays aussi va sombrer dans l’océan ?!
-La marine doit intervenir !!
-Le plus grand génie de la planète vient de nous le confirmer !!
-Le One Piece existe bel et bien !!
-Partons nous en emparer !! »
Le message posthume de Végapunk a bouleversé le monde. Le pays va-t-il sombrer dans l’océan ? Le plus grand génie de la planète vient de le confirmer. Le One Piece existe bel et bien. Tous les pirates, jusqu’aux fins fonds des prisons, veulent s’en emparer pour dominer la planète. Le gouvernement mondial peut faire ses prières. Parmi les prétendants, Luffy n’a pas l’intention de laisser son titre de futur roi des pirates. Pour cela, Chapeau de paille et son équipage peuvent compter sur les géants, et Emeth, un robot d’acier, dont le corps enferme un fluide puissant. Rendus furieux par la diffusion du message de Végapunk, les cinq Doyens préparent la riposte.

ONE PIECE © 1997 by Eiichiro Oda / SHUEISHA Inc.
© 2025, éditions GlénatAvec York, les punk records et le réacteur à fusion, les Doyens ont tout ce qu’il faut pour reproduire le Mother Flame. Couverts de honte parce qu’ils ont laissé filer Jewelry Bonney et l’équipage de Chapeau de paille, les vice-amiraux veulent partir immédiatement pour Erbaf afin de réparer cet échec. C’est une autre proposition qui va séduire le conseil des sages. Saint Figarland Garling, Dieu guerrier de la science et de la défense, propose à ses collègues d’œuvrer ensemble à rendre le monde meilleur. Lol !
Il y en a du monde, dans ce tome 111 de One Piece. C’est pire que l’invasion des « 1 (Huns) ». Eiichiro Oda met tous ses héros, anti-héros, ennemis en plein dans l’action. Et ce qu’il y a de chouette, c’est que, après plusieurs tomes où il était en retrait, Luffy est de retour au premier plan.

ONE PIECE © 1997 by Eiichiro Oda / SHUEISHA Inc.
© 2025, éditions GlénatAlors que les mangakas, surtout les plus célèbres comme Monsieur Oda, sont souvent perçus comme des gens inaccessibles, l’auteur de One Piece reste au plus proche de ses lecteurs en répondant à leurs questions dans les inter-chapitres. Les interrogations portent aussi bien sur le déroulement et les arcanes du récit que sur les goûts personnels du créateur. En fin de tome, Oda donne en plus des informations top secrètes sur dix personnages clés de la nouvelle ère, dix mystères à l’origine des « remous d’une époque ».

ONE PIECE © 1997 by Eiichiro Oda / SHUEISHA Inc.
© 2025, éditions GlénatPour les dernières fêtes, les deux derniers tomes de One Piece ont trusté le sommet des ventes de mangas, sans compter que le tome 1 se vend chaque année à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires en France. Le one Piece n’est pas encore découvert. Le succès n’est pas près de se démentir.
Série : One Piece
Tome : 111 – Aventure à Erbaf
Genre : Aventure fantastique
Scénario & Dessins : Eiichiro Oda
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344065662
Nombre de pages : 192
Prix : 7,20 €
- L’île de minuit 2 – La femme aux singespar Laurent Lafourcade
Monkey Island
« -Tu penses que c’est une bonne idée ?
-La tempête a fait rage pendant trois jours. Nous devons retrouver Maya.
-Pourquoi tu t’en fais pour elle ? Maya est bien plus capable de survivre ici que toi et moi.
-Ce n’est pas pour elle que j’ai peur mais pour nous. Sans Maya, on ne quittera pas cette île. Et puis, il y a le message de l’automate.
-Celui qui demande à Maya d’entrer dans le phare. Cette machine me fait froid dans le dos. »
Dans un océan déchaîné, un jeune navigateur tente de maintenir son embarcation à flots. L’orage gronde et les vagues submergent le frêle esquif. Le vent déchire la voile. L’occupant tombe à l’eau. Réussissant à se débattre contre les éléments, le garçon échoue sur une île, près de ce qui semble être les vestiges d’un temple oublié.
Plus loin, en pleine jungle, Elijah et Elena sont à la recherche de Maya. L’automate, contrôlé par on ne sait qui, lui a demandé d’entrer dans le phare. D’après Elena, il est peu probable qu’elle y soit. Elle a dû partir à la recherche de gens qui vivraient cachés. Leur avancée les fait traverser une rivière et les amène au milieu de ruines, avec un singe et un dragon gravés sur des pierres, dans un style précolombien. Quel est donc ce territoire mystérieux ? La nuit tombe et le duo a encore la trahison d’Hector en travers de la gorge. C’est alors qu’ils sont assaillis par une bande de singes belliqueux.

© Grebil, Lylian – Dupuis Elijah et Elena sont sortis de ce bien mauvais pas par Maya et Charlie, dont elle vient de faire la connaissance. Pour Elijah, elle lui accorde trop de confiance. Ils viennent de sortir d’une traîtrise, ce n’est pas pour en risquer une autre. Mais il y a une différence notable. Charlie n’est ni en quête d’explication, ni en recherche d’évasion de l’île. Alors que, la nuit, le phare éclairé intrigue la petite bande, au moins ceux qui ne dorment pas, en pleine jungle, un garçon est à son tour confronté aux singes. C’est celui qui vient d’échouer sur l’île et que nos amis vont retrouver le lendemain coincé au fond d’un piège. Charlie, qui a déjà rencontré une femme qui semble diriger les singes, ne pense pas qu’il soit complice d’elle. Il serait donc de mèche avec ceux du phare ? Toujours est-il que l’individu n’est pas accueilli de la plus sympathique des façons.

© Grebil, Lylian – Dupuis Lyllian et Grebil poursuivent les aventures des enfants arrivés indépendamment et amnésiques sur cette île pas si déserte que ça. Contrairement à la plupart des séries où les personnages sont définis dès le départ par une personnalité spécifique, avec Lyllian, on n’est jamais sûr des revirements qui pourraient arriver. Pour preuve, Hector ne s’est pas comporté comme on l’attendait. Il fait en réalité partie d’une bande d’enfants masqués. Robin arrive comme un cheveu dans la soupe. Comble pour un naufragé, il va devoir ramer pour gagner la confiance de ses nouveaux amis. La femme aux singes est aussi un personnage ambigu. La scientifique travaille-t-elle pour la recherche ou a-t-elle des intérêts personnels ? En élargissant le périmètre d’action sur l’île, le scénariste offre à son dessinateur la possibilité de diversifier les décors et les ambiances, lui permettant de montrer toute l’étendue de ses capacités.

© Grebil, Lylian – Dupuis Il n’est pas forcément Minuit sur l’île du même nom. Il est en tous cas l’heure de tous les mystères. Les enfants perdus n’ont pas de Peter Pan pour les aider dans leur quête et vont avoir besoin de courage et de détermination pour éclaircir les secrets des lieux.
Série : L’île de minuit
Tome : 2 – La femme aux singes
Genre : Aventure fantastique
Scénario : Lylian
Dessins & Couleurs : Nicolas Grebil
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808510899
Nombre de pages : 56
Prix : 12,95 €
- Daniel Fuchs Mes années Hara-Kiripar Laurent Lafourcade
Choron agitateur d’idées
« -Tout se passe bien, professeur Choron ?
-Comme toujours, madame Yvonne, comme toujours !
-Dites-donc, c’est pas une sinécure de bosser pour Hara-Kiri ! »
Joub et Nicoby, auteurs de bandes dessinées, chinent sur le stand d’un bouquiniste dans un salon de BD. Ils trouvent du Reiser aux éditions du Square, et même des Hara-Kiri de la belle époque. Sur la couverture d’un numéro, ils croient reconnaître le vendeur du stand. Pas loin, c’est son frère. Mais lui aussi a bien connu toute l’équipe. Ce bouquiniste, c’est Daniel Fuchs. Les plus belles années de sa vie, c’est quand il bossait pour le groupe de presse qui publiait entre autres Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Dès lors, le bonhomme va devenir intarissable. Le voyage dans le temps commence en 1970 avec une séance photo pour la couverture du Hara-Kiri n°101 prouvant que la grippe n’est pas contagieuse.

© Joub, Nicoby – Glénat Au fil des ans, Daniel Fuchs emmène Joub et Nicoby, et tous les lecteurs avec, dans les coulisses du journal bête et méchant, et de son successeur Charlie Hebdo lorsque Hara-Kiri sera interdit de publication. On va rencontrer tous les participants à cette aventure éditoriale, avec en tête le Professeur Choron, qui créa le journal en 1960 avec Cavanna et Fred. Ils seront rejoints par Cabu, Gébé, Reiser, Topor, Wolinski, Pierre Fournier, Willem, Delfeil de Ton, pour ne citer que les plus célèbres. Tant de noms qui résonnent comme le souvenir d’une époque bénie où tout semblait permis. Tout ? Enfin presque, puisque les publications tomberont plusieurs fois sous les coups de la censure. Fuchs témoigne d’une époque libertaire et libertine définitivement révolue.

© Joub, Nicoby – Glénat L’histoire n’aurait jamais été la même sans la personnalité de l’iconoclaste professeur Choron, sans limite apparente, n’hésitant ni à tremper devant tout le monde son zizi dans sa coupe de champagne pour le faire boire, ni à transformer une conférence de rédaction en lupanar géant. Daniel Fuchs aura été à la fois le compagnon et le témoin de l’aventure en tant que modèle photo, comptable ou vendeur pour le groupe dont le chant du cygne sera l’émission Droit de réponse de Michel Polac, débat télévisé très animé avec toute l’équipe du journal, témoignant d’un changement de génération, au début des années 80.

© Joub, Nicoby – Glénat Joub et Nicoby mettent ici à jour leur album Mes années bêtes et méchantes publié chez feu les éditions Drugstore en 2010. Le livre est complété par un minutieux dossier documentaire signé Stéphane Mazurier et un entretien avec les auteurs mené par Christelle Pissavy-Yvernault à l’occasion de l’intégration du récit à la formidable collection Les cahiers de la bande dessinée. Historique et passionnant, Mes années Hara-Kiri montre que la vie c’est aussi une aventure.
Titre : Daniel Fuchs Mes années Hara-Kiri
Genre : Témoignage
Scénario : Joub & Nicoby
Dessins & Couleurs : Nicoby
Dossier : Stéphane Mazurier
Entretiens : Christelle Pissavy-Yvernault
Éditeur : Glénat
Collection : Les cahiers de la bande dessinée
ISBN : 9782344071380
Nombre de pages : 240
Prix : 25 €
- Undertaker 8 – Le monde selon Ozpar Laurent Lafourcade
Pas d’Interruption Volontaire de Gachette
« -Siegneur… Que ta volonté soit faite.
-Et la mienne aussi ! Cinq par terre, sister. On s’amuse avec la sixième ? Et Dieu dit au zélote : « Si tu veux jouer au con, tu trouveras toujours pire que toi !
-Vous n’oserez pas.
-Ah oui ? »
Jonas Crow, le croque-mort, l’undertaker, se mesure à une adversaire de taille : Madeleine Esther Oz, alias Sister Oz, membre de la ligue pour la suppression du vice au Texas, farouche combattante anti-avortement, pour qui tuer des embryons innocents est bien plus grave que de se débarrasser de pêcheurs. Oratrice hors pair, elle a convaincu toute une population du bien fondé de son combat. Oz tient en joue le docteur Randolph Prairie lorsque Jonas lui propose une partie de roulette russe entre le médecin et Eleanor Winthorp, enceinte, et qui souhaite avorter. Par chance pour tous, Dieu va se mêler au jeu, mais le duel entre le fossoyeur et la soi-disant justicière est loin d’être terminé.

© Meyer, Dorison, Delabie – Dargaud Sister Oz tient un otage en la personne du docteur Prairie à qui elle tente de faire expier ses péchés et de renoncer à pratiquer des interruptions de grossesses. L’undertaker va parvenir à l’extraire des griffes de sa geôlière et prendre à son tour une personne en otage. Mais la foule a déjà été endoctrinée. Le gourou a déjà fait son œuvre. Jonas et les siens vont devoir faire à une justice autoproclamée. Au milieu de tout ça, Rose, mariée au Docteur Prairie, va-t-elle se contenter d’une vie de « femme de… » ou décidera-t-elle de suivre l’homme au chapeau et au vautour ?

© Meyer, Dorison, Delabie – Dargaud Si le western est l’un des genres le plus bédégénique, Undertaker a le mérite de traiter dans le diptyque qui se clôt ici d’un sujet toujours d’actualité avec l’IVG à laquelle s’opposent encore quelques conservateurs hors du temps. La série fête déjà ses dix ans. Xavier Dorison a créé un personnage à la frontière entre le héros et l’anti-héros pour qui la notion de violence et de mort n’est pas la même que pour le commun des mortels. C’est peut-être pour cela qu’il ne réagit pas comme ça semblerait évident pour quelqu’un d’ordinaire. Ralph Meyer marche sur les pas de Jean Giraud et de Christian Rossi dont il égale le talent, avec notamment des scènes d’actions parfaites. S’il voyait ses chevaux, Jijé serait fier de lui. Caroline Delabie l’accompagne aux couleurs dans un ensemble uniforme avec des tons beige-orangés dont la luminosité varie selon les moments de la journée.

© Meyer, Dorison, Delabie – Dargaud Il ne faudrait pas que Dorothy vienne se promener dans ce monde d’Oz ci. Elle serait bien surprise. Elle n’y trouverait pas de magicien et quelqu’un de bien pire qu’une sorcière. Avec Undertaker, l’âge d’or du western est toujours d’actualité.
Série : Undertaker
Tome : 8 – Le monde selon Oz
Genre : Western
Scénario : Xavier Dorison
Dessins : Ralph Meyer
Couleurs : Caroline Delabie & Ralph Meyer
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782505127451
Nombre de pages : 64
Prix : 17,95 €
- Tokyo Cannabis 6par Laurent Lafourcade
Le nouveau business du e-liquide
« -Je… Je dois partir ! J’ai du travail !!
_Le maître ! N’oublie pas ça ! Si tu bosses dans la beuh avec les Omega, je pourrai te filer un coup de main !! Je t’ai mis un petit cadeau à l’intérieur !! Ma spécialité, ce sont les e-liquides !! Hnah Ha…
-Les e-liquides ?
-Ouais !! Ça cartonne de ouf !! »
Il se fait dorénavant appeler King. C’est un surnom qui marque son importance. Morio, face à Gaoh, chef du gang des Omega, improvise ce pseudonyme pour asseoir son statut. Considérant Morio comme un génie du cannabis, même s’il ne se doute pas qu’il en est le cultivateur, Gaoh lui offre un nouveau conditionnement qui se développe : le e-liquide. Ça rapporte un fric fou. Kagayama, qui ne pense que business, voit là un nouveau marché potentiel. Kimura en est déjà accro. Si les Omega en fabriquent, ils peuvent en produire eux aussi. Morio a étudié la chimie à la fac. Si l’on produit du e-liquide de Mick X, les consommateurs vont se jeter dessus au lieu d’importer. Entre les différents gangs et la police, le clan Morio doit tout faire pour ne pas brûler dans les flammes vertes.

© 2022 by Yuto Inai / Coamix
© Inai – Kana 2025En préambule, sous le sommaire, figure cet avertissement : « Cette œuvre est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes, des organisations ou des événements ayant existé est purement fortuite. Cette œuvre n’est pas une incitation à reproduire les actes illégaux qu’elle décrit. L’éditeur décline toute responsabilité le cas échéant. ». Ça va sans dire mais ça va mieux en le disant. Il faudrait n’avoir rien compris aux intentions de l’auteur pour croire que la série ferait l’apologie de cette drogue. Yûto Inai dénonce l’engrenage infernal qu’elle suscite, que ce soit pour les consommateurs, les producteurs ou les vendeurs. Chaque étape du marché savamment pensée ne vise qu’à enfermer la victime soi-disant consentante dans un cercle vicieux dont elle ne peut plus sortir. Les jeunes, souvent en détresse psychologique, fument au départ du cannabis pour un trip permettant d’oublier ses soucis. Ça ne fait qu’en créer de nouveaux, beaucoup plus graves.

© 2022 by Yuto Inai / Coamix
© Inai – Kana 2025Morio ne cultive du cannabis que pour sortir sa famille de la situation inextricable dans laquelle elle se trouve après un accident. Cet épisode montre comment le fléau gangrène la population en attaquant les consommateurs à la source, alors qu’ils sont lycéens, comme Saki, la fille de Morio, qui va être victime d’une tentative d’enlèvement. C’est pourquoi ce dernier veut mettre à néant le trafic des Kurobe. Tous ceux qui entravent leurs affaires le paient très chers, et il est impossible de rebrousser chemin.

© 2022 by Yuto Inai / Coamix
© Inai – Kana 2025S’il y a quelque chose d’addictif dans Tokyo Cannabis, c’est la façon dont le mangaka a construit son scénario, avec suspens et tension. Un des meilleurs thrillers du moment.
Série : Tokyo Cannabis
Tome : 6
Genre : Seinen Thriller
Scénario & Dessins : Yûto Inai
Éditeur : Kana
ISBN : 9782505133193
Nombre de pages : 160
Prix : 7,90 €
- Les Schtroumpfs et le village des filles 8 – L’étrange sortilège de Ténéfée Falibulapar Laurent Lafourcade
Chérie, j’ai rétréci la schtroumpfie !
« -Bouton d’Or ? Tu es là ? C’est moi, Fleur de Lys ! On dirait bien qu’il n’y a personne…
-Tu cherches Bouton d’or ? Elle n’est pas encore rentrée chez elle.
-C’est pour ça qu’il fait si calme dans le quartier…
-Je l’ai vue schtroumpfer vers la forêt tout à l’heure. Elle semblait fort énervée… »
Au village des filles, appelées les schtroumpfies, on se prépare à la Grande Fête de l’Arbre, en souvenir de leur village disparu. On installe des guirlandes, on tisse des colliers de fleurs,… Bouton d’Or arrive soudainement toute affolée. Elle ne sait pas quel bracelet mettre pour la fête. Alors que tout le monde s’affaire, elle ne fait que jacasser ce qui a le don d’agacer les autres. Remballée par Saule, la grande schtroumpfette, Bouton d’Or part bougonner dans la forêt avant de s’endormir au pied d’un arbre. Au réveil, elle se rend compte qu’elle est devenue minuscule. Alors que ses camarades se mettent à sa recherche, elle ne parvient pas à se faire remarquer.

© Cagniat, Falzar, Culliford, Maddaleni – Le Lombard Falzar transpose le principe de « Chérie, j’ai rétréci les gosses ! » au monde des Schtroumpfs filles, dorénavant dénommées schtroumpfies. Le laboratoire du professeur Wayne Szalinski laisse place à la nature sauvage où chaque herbe semble être un arbre, où chaque insecte est un danger ou un allié potentiel. Les gouttes de pluie sont des uppercuts qui peuvent assommer. Heureusement, la coquille vide d’un escargot est un refuge salutaire. Il n’empêche que la disparition de Bouton d’Or inquiète grandement ses camarades. Pour la retrouver, Saule fait appel au Schtroumpf à lunettes et au Schtroumpf costaud. Hey, les filles, après huit albums, il serait temps d’être autonomes ! Les gars sont plus là pour le rappel à la série mère que pour l’intrigue en elle-même.

© Cagniat, Falzar, Culliford, Maddaleni – Le Lombard Laurent Cagniat profite de la « réduction » pour changer de dimension. Ver de terre, coccinelle, papillon sont les nouveaux compagnons de fortune ou d’infortune de la minuscule lutine bleue pour qui les écureuils font figures de monstres gigantesques. Le bestiaire se développe également avec le Nimbu, un oiseau chanteur chatoyant à la voix plus proche de celle de la Castafiore que de la Callas. N’oublions pas Gargamel et Azraël qui sont aussi de la partie. Enfin, les puristes de l’œuvre de Peyo remarqueront qu’une scène est un clin d’œil appuyé au mythique L’œuf et les Schtroumpfs.

© Cagniat, Falzar, Culliford, Maddaleni – Le Lombard Moins moralisatrices et parfois plus aventurières que les histoires de leurs homologues masculins, les péripéties du village des filles ont à présent une structure qui a de quoi rendre leurs personnages indépendants. Il suffirait de remplacer le titre de la série « Les Schtroumpfs et le village des filles » par « Le village des Schtroumpfies ».
Série : Les Schtroumpfs et le village des filles
Tome : 8 – L’étrange sortilège de Ténéfée Falibula
Genre : Aventure schtroumpfante
Scénario : Falzar & Thierry Culliford
Dessins : Laurent Cagniat
D’après : Peyo
Couleurs : Paolo Maddaleni
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808214964
Nombre de pages : 48
Prix : 12,95 €
- SuperBeasts 4 / SuperBeasts Toy(e) Art File Rapport n°3 ultra confidentielpar Laurent Lafourcade
Chymer en plein cœur
« -Escouade Kisaragi. Précisez votre position.
-Nous venons de passer le kilomètre 15 de la voie de droite. Nous ne nous retrouverons pas tout de suite. »
Les humains vont-ils enfin parvenir à nettoyer l’île des Chymers qui la peuplent ? Le Docteur Kisaragi et son équipe en affrontent une dans les canalisations. C’est un Shamisen. Il est seul. Pourtant, ce type de Chymer évolue habituellement par groupes de trois. Elle est puissante et ses attaques coordonnées la rendent particulièrement coriace. Malgré les coups étonnants, même touchée en son point de concentration, elle est capable de se régénérer. En fait, pour s’en débarrasser, il faut attaquer les trois membres d’un même groupe en même temps, même s’ils ne sont pas ensemble. Affronter cette entité ne sera rien à côté de ce qui attend les chasseurs par la suite.

© Toy(e) 2024 © Nykken 2024
© 2025, Vega SAS, pour l’édition françaiseC’est un Yubishabi qui va leur faire face ensuite. Cette Chymer est capable de créer des illusions visuelles et auditives. Déclenchant ses pouvoirs en montrant ses victimes du doigt, ce pointeur est capable d’employer et de comprendre le langage humain. Elle peut utiliser la mémoire, le savoir et les émotions de ses victimes. Il va falloir que d’autres unités viennent à la rescousse.La Mairie, qui est l’organisation de la résistance contre les Chymer, est en effervescence. La section 4 va être repoussée dans ses retranchements. Kazuki Kisaragi pourrait en sortir… transformé.

© Toy(e) 2024 © Nykken 2024
© 2025, Vega SAS, pour l’édition françaiseEn parallèle à ce quatrième volume, les éditions Vega publient le troisième Art book. Intitulé Rapport n°3 Ultra confidentiel, il identifie plusieurs types de Chymers à partir des comptes-rendus d’opérations de plusieurs zones géographiques : sur l’eau, dans la nature et dans les zones urbaines. Toy(e) présente quatre-vingt-six Chymers incroyables, sur de magnifiques illustrations dont certaines ont inspiré Nykken. En effet, les artbooks sont à la source du manga et non pas l’inverse comme on aurait pu le penser.

© Toy(e) 2024
© 2025, Vega SAS, pour l’édition françaiseSuperbeasts s’achève déjà ? Ce n’est pas possible ?! Bien que Nykken présente le dernier chapitre comme une conclusion, l’univers créé par Toy(e) est si riche qu’il est inconcevable qu’on en reste là. Un quatrième Artbook est à paraître prochainement. Espérons qu’un nouveau cycle de mangas suivra.


Série : SuperBeasts
Tome : 4
Genre : Shonen Survival
Œuvre originale : Toy(e)
Scénario & Dessins : Nykken
Éditeur : Vega
ISBN : 9782379503832
Nombre de pages : 244
Prix : 8,35 €
Série : SuperBeasts Toy(e) Art File
Tome : 3 – Rapport n°3 ultra confidential
Genre : ArtBook
Scénario & Dessins : Toy(e)
Éditeur : Vega
Collection : Alpha
ISBN : 9782379503795
Nombre de pages : 144
Prix : 20 €
- Mickey et le roi des pirates par Laurent Lafourcade
Le sou fétiche de Picsou a disparu !
« -Qu’est-ce c’est que ça ?! Patron ! C’est quoi, cette une ? D’où tenez-vous l’info ?
-D’un voisin qui connaît la voisine de palier du frère d’un laveur de carreaux qui a vu la vitrine du sou grande ouverte… et vide ! Sûr à cent pour cent ! Toute la City va se l’arracher !
-Si vous le publiez, ça va être la panique en ville ! »
Février 1859. Le sou fétiche a disparu ! En apprenant cela, éberlué, Mickey file chez Picsou pour comprendre ce qu’il s’est passé. Il trouve le milliardaire dans une colère noire. L’inventeur Géo Trouvetou, qui a mis en place le système de protection, a tout revérifié plusieurs fois. Ce n’est qu’un as du cambriolage qui a pu subtiliser la pièce. Toute la ville s’écroule sur Picsou qui, ne se laissant pas abattre pour autant, part faire le tour de ses ennemis. Direction le « Billion’s club » pendant que Mickey se rend au commissariat glaner quelques informations pour démarrer son enquête. Il fera chou blanc. Une semaine plus tard, alors qu’il discute au port avec Donald, Mickey voit Picsou revenir en bateau, semblant avoir fait une croix sur son sou fétiche et décidé à prendre un nouveau départ. Ce n’est pas l’agression par un vagabond qui l’arrêtera. Comportement bien étrange.

© Chamblain, Dav – Glénat
© Disney Enterprises, IncAu fil des jours, Picsou se montre dépensier. L’usine de sidérurgie lui appartenant ferme à cause de problèmes de gestion. Un navire abandonné vient s’échouer sur le port. Pour certains, c’est le bateau de feu, une malédiction. Intrigué, Mickey décide de retracer le parcours de Picsou entre son départ du coffre et son retour. Mais la police lui met des bâtons dans les roues. Avec Dingo et Donald, il se retrouve à bord d’un bateau qui va les mener d’une île servant d’escale pour les richesses de Picsou jusqu’à Santa Cruz da Flores, dans l’archipel des Açores, dans des eaux infestées de boucaniers. Trouveront-ils la pièce manquante et la raison du revirement de pensées du canard le plus riche du monde ?

© Chamblain, Dav – Glénat
© Disney Enterprises, IncPour son second scénario dans la collection Créations originales Disney aux éditions Glénat, Joris Chamblain signe une histoire quasi-parfaite, à la croisée des mondes d’Oliver Twist et de Pirates des Caraïbes, convoquant un nombre impressionnant de héros emblématiques de l’univers Disney. Comme à la grande époque des meilleurs dessins animés comme Nettoyeurs de pendules ou autres revenants solitaires, le trio Mickey-Donald-Dingo est reconstitué pour une grande aventure épique. L’intrigue est palpitante et magique, idéale pour réunir les nostalgiques et les nouveaux lecteurs grâce à son souffle dynamique. Bien sûr, les adultes possèdent plus de clefs pour profiter au mieux des acteurs, de premier plan ou figurants. Pluto, Oscar Rapace, Miss Frappe, Génius, Flagada Jones, Gripsou, Flairsou, les Rapetou, le commissaire Finot, Pat Hibulaire, Lafouine, Horace, Clarabelle et bien d’autres dont certains dont on ne peut pas citer le nom sans dévoiler une partie de l’intrigue côtoient des guests issus des meilleurs dessins animés : Rufus, le chat dans Bernard et Bianca, le crapaud et la taupe du Vent dans les saules, Ratino, Lucifer de Cendrillon, José Carioca et Panchito Pistoles des Trois Caballeros,… On peut s’amuser à en trouver de nouveaux à chaque relecture. Le plus bel hommage est certainement celui rendu à Claude Marin qui fut l’un des, si ce n’est « le » plus grand dessinateur Disney avant Dav. Il joue ici le rôle d’un matelot qui va amener Mickey et ses amis chez les pirates.

© Chamblain, Dav – Glénat
© Disney Enterprises, IncMickey et le roi des pirates est l’un des événements qui débutent l’année. C’est dans les mains d’auteurs si talentueux que les héros sont éternels. Espérons vivement que l’album ne soit que le premier d’une longue série que signera le duo Dav-Chamblain. La magie Disney est plus que jamais au rendez-vous.
Titre : Mickey et le roi des pirates
Genre : Aventure
Scénario : Joris Chamblain
Dessins & Couleurs : Dav
Éditeur : Glénat
Collection : Walt Disney Créations originales
Nombre de pages : 80
Prix : 19 €
ISBN : 9782344051115
- Supermatou Intégrale 2par Laurent Lafourcade
Marvel et DC n’ont qu’à bien se tenir !
« -Chut !… J’aperçois deux ombres près de l’Epargne Raminagrovilaine !
-A cette heure tardive, ce ne sont sûrement pas des facteurs !
-Tu as raison… Je vais les cueillir en piqué et sans sommation ! »
Dans une ferme des environs de Raminagroville, par un soir sans lune, un couple âgé se prépare à aller se coucher, encore effrayé par le film d’épouvante qu’ils viennent de regarder. C’est un ectoplasme qui se présente alors à eux, exigeant leur ferme pour une bouchée de pain sous peine de venir chatouiller leurs pieds tous les soirs. Chacune des nuits suivantes, le fantôme terrorise et fait main basse sur une exploitation du coin. Un par un, tous les paysans quittent leurs fermes sous les yeux interloqués de Supermatou et de son chien. En se rendant sur place, le justicier découvre le responsable de l’exode. Il s’agit d’Agagax, le bébé malfrat, qui s’est emparé de toutes les exploitations pour avoir à sa disposition tout le lait nécessaire à sa consommation. Supermatou parviendra-t-il à remettre chacun à sa place ?

© Poirier – Revival Le facteur sonne au domicile des Minet. Il apporte un paquet. Une fois déballé, les parents Minet découvrent le portrait d’un gentilhomme du siècle dernier dans un décor au romantisme échevelé. Il y a une place libre sur le buffet. Le tableau y sera du plus bel effet. C’est en début de soirée que la mère de Modeste Minet, alias Supermatou (mais ça ils ne le savent pas), se rend compte que le personnage a cligné de l’œil. Robert, le chien, n’est pas sans remarquer l’atmosphère étrange régnant sur la maison. Dans la nuit, le personnage disparaît du tableau. Le lendemain matin, il y est de retour et les parents retrouvent le salon tout en désordre. Pendant ce temps, Modeste et Robert, sortis avec leurs costumes de justiciers dans la nuit, sont cloués au lit par le rhume. Le promoteur immobilier qui veut racheter la maison de la famille aurait-il un lien avec ces événements mystérieux ?

© Poirier – Revival Ces histoires sont la première et la dernière des quarante-cinq récits qui composent cette deuxième et dernière partie de l’intégrale des aventures de Supermatou, héros mythique s’il en est de la grande époque de Pif Gadget, signées de l’incomparable et regretté Jean-Claude Poirier, et dont la fille Bilitis réhabilite la mémoire. Cette intégrale n’est pas une pépite mais une mine d’or. Tout est rond chez Poirier, le trait, le lettrage, le scénario même. Son trait n’a pas fait école. Il n’appartient qu’à lui ce qui lui incombe quelque chose de magique, à la fois rassurant et énigmatique, incroyable, comme quand il dessine une télévision. Inatteignable.

© Poirier – Revival Les éditions Revival font là un travail patrimonial inestimable, remettant en lumière un auteur injustement oublié. Il n’y a plus qu’à espérer qu’après les intégrales de Supermatou et de Horace cheval de l’Ouest (dont il reste un tome à paraître), les autres œuvres de Poirier comme Colinet et Dragono, ainsi que Charlotte Poireau, viendront parfaire l’anthologie.
Série : Supermatou
Tome : Intégrale 2
Genre : Humour superhéroïque
Scénario & Dessins : Jean-Claude Poirier
Couleurs : Bilitis Poirier et son équipe
Éditeur : Revival
ISBN : 9782494687356
Nombre de pages : 296
Prix : 39 €
- Odr 1par Laurent Lafourcade
La rage au ventre
« -Fulbert ? Tu sais où est ta fille ?
-Elle est partie aider à la ferme. Elle ne devrait pas tarder.
-Et tu l’as crue ? Ces sales gosses, je te parie qu’ils sont retournés dans la forêt. Je te l’ai déjà dit : si on est trop indulgents avec eux, ils finiront par nous ramener des…
-Fulbert !! On a un problème.
-Lars ?!
-Un gros problème. »
En plein cœur d’une forêt germanique, un groupe de jeunes gens repère des traces. Sont-ce celles d’un troll ? En ce IXème siècle, les croyances sont encore fortes. En fait de troll, ils aperçoivent une force de la nature qui est en train de couper du bois avec une épée gigantesque. Alors que tous fuient lorsque le gaillard remarque qu’il est observé, Syn reste pétrifiée sur place, avant d’être happée par l’un de ses camarades. A l’arrivée au village, la consigne est claire : on ne dira rien aux parents. Syn ne risque pas d’en parler ; elle est sourde et muette. Par contre, elle a un lien avec les animaux. Elle voit leurs âmes. Le lendemain, Syn retourne en forêt avec son frère Dag, afin de revoir cet homme des bois en qui elle voit un ours blessé. On ne peut pas dire que l’ermite les accueille à bras ouverts.

© Locass, Truc – Kana Pendant ce temps, au village, débarque une troupe de guerriers, avec à leur tête Sigvard, capitaine de l’armée de Horik, roi du Danemark, qui a déclaré la guerre à la Germanie. Ils font le tour des villages à proximité de leur campement pour récolter toutes les ressources. Ça va être compliqué pour les villageois dont celles de l’année sont déjà bien maigres. Mais Sigvard va demander encore plus à Fulbert : offrir à son fils une nuit dans la chaleur d’une femme, en l’occurrence Syn, la propre fille de Fulbert. Cette dernière n’ayant pas l’intention de se laisser faire, c’est là que la situation va dégénérer. Le sang et le feu règlent les comptes mais déchaînent les vengeances. L’arbitrage risque bien d’être assuré par Gudbjörn, l’homme des bois.

© Locass, Truc – Kana Odr est un seinen français en deux parties, deux pavés dont voici le premier. D’apparence contemplative, au tout début, le bruit et la fureur vont rapidement s’installer dans un tourbillon de violence justifié par la barbarie du siècle. Gudbiörn est un berserker, un guerrier d’exception doté d’aptitudes physiques surhumaines, habité par l’esprit d’un animal féroce qui déchaîne ses forces au combat. Il va jouer un rôle déterminant avant que l’on ne découvre ses failles et que l’on ne comprenne ses raisons d’agir. Maxime Truc démontre que l’on peut produire chez nous un manga puissant, dessiné par un Locass qui n’a pas de limite, qui semble pouvoir tout représenter, de la féérie d’une forêt bucolique aux giclées de sang trashs. Les auteurs visitent l’histoire moyenâgeuse scandinave dans tout ce qu’elle a de plus rude.

© Locass, Truc – Kana Odr signifie rage. Truc et Locass ont lu tout autant Berserk que Thorgal pour créer une histoire qui traite non seulement de famille et de guerre mais aussi de tout ce qu’un conflit peut laisser comme traces chez ceux qui ont été meurtris au plus profond. On attend la suite et la fin avec impatience.
Série : Odr
Tome : 1
Genre : Drame historique
Scénario : Maxime Truc
Dessins : Locass
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
ISBN : 9782505125938
Nombre de pages : 336
Prix : 13,95 €
- Nights with a cat 7par Laurent Lafourcade
J’habite chez mon chat
« -Un nouveau jouet dans un endroit pareil… Viens, Kyuruga, on joue… »
Kyuruga est un chat d’appartement. Il n’habite pas chez ses humains. Ce sont ses humains qui habitent chez lui : Futa et sa sœur Pi. Le félin se faufile d’une pièce à l’autre, ondulant entre les portes entrouvertes. Quand il se gratouille, les poils volent partout. Qu’est-ce que c’est drôle d’essayer de les rattraper ! Peloter les habits de Futa, avec des griffes qui rentrent parfois plus que d’autres, quel kif ! Ça dépend pour qui. Les écrans sont aussi des lieux d’attraction. C’est pour ça qu’il y a tant de vidéos dans le mobile. Et se coucher sur le clavier de l’ordinateur portable ou refermer l’écran en se vautrant derrière, il n’y a rien de plus réjouissant.

© KyuruZ 2025
© Glénat 2025Quand il est à fond, Kyuruga peut jouer pendant des heures. Le bibelot de fermeture éclair de sac en prend pour son grade. Quand Futa veut faire la sieste, une main qui bouge sous la couverture peut rapidement énerver un chat excité. Pas forcément besoin de jouet pour s’amuser avec lui. Parfois, une attaque à mains nues, ça lui fait son jeu. Le félin sait se faire comprendre, comme quand il veut qu’on le suive à l’étage, où l’on sait qu’il n’y a rien mais on le suit quand même pour lui faire plaisir.

© KyuruZ 2025
© Glénat 2025Kyuryu Z poursuit les micros tranches de vie félines de Kyuruga. Nights with a cat est un manga feel good. Une fois n’est pas coutume, la série est en niveaux de gris avec quelques pointes de couleurs ça et là, minimalistes. Toutes les scènes représentées, tous ceux qui ont un chat les ont vécues. Tous ceux qui n’en ont pas rêveront de les vivre. Mais attention, un animal n’est pas un objet et adopter a des conséquences pour de longues années. Il ne faudrait pas que le livre kawaï donne envie de prendre un animal qu’on ne pourra pas garder. Alors, profitez plutôt de Kyuruga, Chi et autres chats de mangas.

© KyuruZ 2025
© Glénat 2025Nights with a cat, c’est doux comme une pelote de laine, chaud comme une tasse de thé quand on est recouvert d’un plaid, c’est une pincée de bonheur dans notre monde de brutes. Zenissime.
Série : Nights with a cat
Tome : 7
Genre : Feel good
Scénario, Dessins & Couleurs : Kyuryu Z
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344070949
Nombre de pages : 128
Prix : 10,95 €
- La patrouille du Faucon 5 – Raid au Haut-Koenigsbourgpar Laurent Lafourcade
Les scouts en Alsace
« -J’espère que la visite du château vous a plu. Vous allez maintenant partir en raid. Nous allons rompre le rasso, puis vous recevrez vos carnets de raid individuels.
-Alors, avec qui pars-tu ?
-Avec Augustin et Maxence. Je suis content, ce sont de chouettes scouts.
-Bon raid. Et à mardi soir. »
Charlie et ses camarades scouts de la patrouille du Faucon sont en visite au Haut-Koenigsbourg. Ce château d’Alsace a été rénové au début du XXème siècle par l’Empereur Guillaume II. Il a été le dernier empereur d’Allemagne avant d’abdiquer à la fin de la Première Guerre Mondiale. Si depuis 1918 la région est française, ça n’a pas toujours été le cas. Elle a navigué entre ce qui est aujourd’hui la France et l’Allemagne selon les époques. Il existe un château sur les lieux depuis au moins le XIIIème siècle. Laissé à l’abandon depuis 1633, Guillaume II organise sa restauration de 1901 à 1908. Il le rénove pour en faire un symbole de puissance. Aujourd’hui, les scouts admirent l’architecture et le décorum du monument.

© Vivier, Vinci, Costes – Plein vent Après la visite, le chef de patrouille annonce le démarrage des raids. Chez les scouts, ils font partie de la progression. En fonction de l’ancienneté, un raid se réalise seul ou en groupe et peut durer de un à trois jours. Chaque groupe reçoit donc un carnet de raid, un téléphone à neuf touches à n’utiliser qu’en cas d’urgence, une carte, une boussole et des provisions pour 36 heures. Charlie, Augustin et Maxence partent ensemble. Très vite, il faut revêtir les ponchos car le temps se gâte. Maxence chute sur le sol humide et se blesse à la jambe. Il est dans l’impossibilité de marcher et, comble du comble, le téléphone de secours ne fonctionne pas. Charlie tente d’aller chercher de l’aide mais doit vite abandonner.

© Vivier, Vinci, Costes – Plein vent Recueillis par un vieil homme vivant en ermite dans une grotte, les trois scouts se requinquent avant de pouvoir repartir. Mais qui est ce type qui prend soin d’eux ? Le solide gaillard semble ne pas vouloir que sa cachette soit découverte. Quel est donc son secret ?
Après un bref incipit historique, les auteurs Jean-François Vivier et Jean Claudio Vinci mettent tout de suite leurs scouts dans une situation problématique. Depuis deux tomes, la série bénéficie de réelles intrigues dessinées dans une ligne claire dynamique sous les couleurs de Joël Costes. Même si elle n’est pas révolutionnaire, cette histoire d’homme des bois est bien ficelée

© Vivier, Vinci, Costes – Plein vent Scouts, toujours prêts ! En tous cas, après le massif de la Grande Chartreuse, les grottes de Rocamadour, le Château de Versailles, le Mont Saint-Michel et à présent le Haut-Koenigsbourg, les lecteurs sont prêts à les suivre dans leur tour des sites remarquables de France.
Série : La patrouille du Faucon
Tome : 5 – Raid au Haut-Koenigsbourg
Genre : Aventure scoute
Scénario : Jean-François Vivier
Dessins : Jean-Claudio Vinci
Couleurs : Joël Costes
Éditeur : Plein vent
ISBN : 9782384881314
Nombre de pages : 48
Prix : 15,90 €
- Dix secondespar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Adolescence belge
« – Pourquoi tu traînes tout le temps avec le Schmet et les autres ?
– Bah. Ils sont sympas.
– Pff … C »est pas pour ça … Ils sont pas sympas ! Tu peux aimer leur côté sans limite ou être fasciné par leur confiance en eux qui est presque indécente … mais pas les trouver sympas.
– Je sais pas. Avec eux, c’est simple. On se met la tête, c’est tout. Ça fait du bien.
– Oublie pas tes vrais copains … »
Marco, un ado dans toute sa « splendeur » ! Ni pire, ni meilleur que la grande majorité des gars de son âge. Une famille aussi absente que dépassée par un père constamment en déplacement et une mère qui a toutes les peines du monde à maintenir le bateau à flot … enfin le ménage !
Marco n’est pas plus méchant qu’il en a l’air. Il est juste « paumé » entre son enfance qui s’envole et son âge adulte qui n’a pas encore atterri. Alors oui, il picole un brin, il fumette un coup, il « draguenette » sans trop savoir comment faire, … En gros, il se cherche. La famille, laquelle ? L’école … bof ! Il réussit sans trop se forcer … ou il pourrait bien réussir en se donnant un peu de peine ! Mais pourquoi ? Il n’en voit pas l’intérêt ! Les copains de virée … plus rien de fort excitant ! Toujours la même chose. Mais ce sont ses potes, alors … Les balades en scooter, oui … surtout lorsque pour rentrer il s’offre son « défi héroïque » : rouler à l’aveugle en comptant jusqu’à 10 ! Inconscient ? Plus que certain et à la longue, le risque d’un crash … La loi des probabilités en somme et surtout de la route ! Et pour lui, c’est quasi à chaque fois ! Cependant, il se relève sans trop de casse. Dès lors, pourquoi s’arrêter ? La copine ? Zoé, la fille avec qui il aimerait bien … Mais aimerait bien faire quoi ? Et comment ? Il est tellement « maladroit et gauche » quand il est avec elle ! D’autant plus, qu’elle n’est peut-être pas « libre » ! Déception et désappointement … pour ne pas dire désespoir ! L’amour est loin d’être toujours réciproque !

© Max de Radiguès – Casterman 2025 Alors il ne lui reste plus grand chose si ce n’est Oli « Schmet ». Ce dernier et sa bande semblent plus « speedés » avec leurs pilules ! Ainsi entre bitures, tests de toutes les substances et mixtures (surtout si alcoolisées) qu’il peut s’offrir, Marco est borderline ! Un malaise malsain, qu’il ne peut contrôler ni contenir et qui le pousse vers de plus en plus d’excès … par rapport à lui-même. En effet, Marco est un « gentil » qui ne ferait de mal à personne, donc il ne s’en prend qu’à lui-même ! Quitte à s’autodétruire … jusqu’à … Le récit pourrait, vu ses thèmes, apparaître comme dérangeant, oppressant pour le lecteur. Pourtant, il n’en est rien. Max de Radiguès réussit à le rendre sensible et humain pour tous. Un style où le ton et l’humour masquent les effluves et autres vapeurs d’excès. Autobiographique ? Oui probablement en partie par son cadre spatiotemporel … En Belgique, le BW (Brabant wallon) chic, voire aux alentours Genval ou dans le genre, « petite classe moyenne », dans un quartier gentiment résidentiel des années ’80-’90. Les jeunes y jouent à la console en attendant le nouveau « Zelda », sans connaître le gsm, roulent en scooter sans avoir de trottinette électrique ni d’Aixam, vont à la MJ pour voir un concert, sortent au Palla (le Palladium, ancienne boîte de nuit à Genappes aujourd’hui rasée, pour les trop jeunes qui n’ont pas connu) et écoutent de la musique via leur disc-man ! Bref, la fin des eighties forever BCBG !

© Max de Radiguès – Casterman 2025 L’adolescence n’est pas un thème innovant chez Max de Radiguès. Il nous y avait déjà replongé dans « Un été en apnée ». « To be or not to be ? » … « to became or not to became a future adult ? Tels pourraient être les leitmotivs de ses récits de vie si percutants et intimistes à la fois. Parlant à chacun, chacune des adultes, impossible de ne pas s’y retrouver un peu. Sous ce titre plus qu’évocateur, un morceau de vie, dix malheureuses petites secondes … un fragment d’instant pour une éternité où tout basculera ou se perpétuera dans la joie … ou la douleur. Le temps de compter jusqu’à 10 et tout sera fini … Mais pour qui ? Chacun devra y trouver sa propre réponse, son propre espoir, son ultime souhait avant de refermer un album plus profond qu’imaginé au début ! Cette introspection dans un vécu d’adulte en devenir est renforcée par un dessin simple tout en étant efficace. Un graphisme clair, net, soigneux sur les détails d’ambiance et de décors facilite cette immersion dans une adolescence qui tangue au gré des jours.

© Max de Radiguès – Casterman 2025 Avec Dix secondes, Max de Radiguès offre ici une madeleine de Proust ado-belgicaine.
Titre : Dix secondes
Scénario, dessin & couleurs : Max de Radiguès
Genre : Récit de vie
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203290372
Pages : 120
Prix : 22 €
- Les Justes – Carl Lutzpar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Qui sauve une vie, sauve l’humanité.
« C’était un petit homme. Rien qu’un petit homme face à la mécanique de l’extermination nazie. »
« Les Lois de la vie sont plus fortes que les lois des hommes. » Carl Lutz »
Le 2 janvier 1942, Carl Lutz arrive à Budapest, avec sa femme, pour prendre ses fonctions de Vice-Consul de Suisse dans la capitale hongroise. Lui que rien ne prédestine, à l’origine à devenir un « héros » va le devenir par « obligation » … non … par conviction morale personnelle.
Représentant les intérêts britanniques, américains et d’une dizaine d’autres pays en guerre avec la Hongrie, alliée de l’Allemagne, le diplomate Carl Lutz va rapidement se rendre compte que l’être en temps de guerre n’a pas la même importance qu’en temps de paix … Face à cette situation exceptionnelle, il prend conscience de son rôle et de son importance afin de tenter d’améliorer … de sauver celles et ceux qu’il est chargé de protéger. Au début, il obtiendra légalement des visas de sortie d’Hongrie vers la Palestine. Pourquoi des enfants et des jeunes ? » Pour sauver l’avenir ! » Mais à partir du 17 mars 1944, tout va empirer … Hitler impose à l’amiral Horthy, régent du royaume de Hongrie, de régler la question des Juifs installés dans son pays. Pour cela, il lui impose un nouveau gouvernement qui lui soit plus favorable … et qui renforcera drastiquement la législation antijuive. Il y envoie également le SS Obersturmbannführer Adolf Eichmann pour organiser la déportation massive des Juifs hongrois. De mai à juillet 1944, ils seront près de 400.000 à être déportés vers le camp d’Auschwitz pour y être généralement immédiatement gazés !

© Le Naour – Goepfert – Wenisch – Grand Angle 2025 Devant cette situation, Carl Lutz, catholique pratiquant convaincu, ne peut rester indifférent. Usant de tous les moyens diplomatiques et administratifs à sa disposition, il réussira à soustraire à l’impitoyable machine d’extermination nazie entre 20 et 25.000 Juifs, hommes, femmes, enfants. Il sera l’instigateur, « l’initiateur » de multiples procédés et procédures, « illégales » ou non, afin d’offrir une protection juridique aux Juifs de Budapest. Ces derniers seront ensuite imités et reproduits par d’autres diplomates étrangers, tels que Raoul Wallenberg (secrétaire à la légation suédoise), le nonce apostolique, les représentants de l’Espagne, du Portugal, … N’hésitant pas à outrepasser son mandat officiel, désobéissant volontairement aux directives de Berne, il offrit la protection de la Suisse en faisant émettre, par ses services, des milliers de lettres officielles, modifiant les libellés officiels de ces documents, jouant sur les termes, les nuances, …

© Le Naour – Goepfert – Wenisch – Grand Angle 2025 Carl Lutz sera déclaré « Juste parmi les nations » en 1964 … alors que son pays n’avait toujours pas reconnu son action … Ce scénario émouvant décrit le courage d’un homme face à l’implacable machine de déportation nazie. S’arrêtant également sur ses états d’âme, ses hésitations, ses doutes, ses inquiétudes et ses cauchemars, nous suivons sa quête d’humanité dans un monde plongé dans l’horreur de la « solution finale ». Une biographie poignante, scénarisée par Jean-Yves Le Naour, spécialiste des récits historiques. L’album est enrichi par un fort intéressant dossier documentaire sur Carl Lutz. Rédigé par la société « Carl Lutz », il éclaire intelligemment certains aspects de l’extraordinaire parcours de ce diplomate suisse trop longtemps ignoré et non reconnu … par son propre pays ! Brice Goepfert, par son graphisme réaliste, apporte un côté d’authenticité frappant à cette biographie historique.

© Le Naour – Goepfert – Wenisch – Grand Angle 2025 Premier tome de la collection « Les Justes », cet album rend plus qu’un simple hommage à une grande figure méconnue de la lutte contre l’antisémitisme et le nazisme lors de la Seconde Guerre mondiale. Il met en lumière le courage d’un homme décidant, contre toute logique diplomatique, de refuser les ordres de sa hiérarchie et de résister, de lutter en fonction de ses convictions humanistes personnelles.
Série : Les Justes
Titre : Carl Lutz
Scénario : Jean-Yves Le Naour
Dessin : Brice Goepfert
Couleurs : Tanja Wenisch
Genre : biographie, histoire, témoignage
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041107346
Pages : 80
Prix : 16,90 €
- L’incroyable histoire de l’automobilepar Thierry Ligot & Axelle Coenen
De la naissance à la désacralisation d’un « dieu mécanique »
« Vrombissante ou laborieuse, l’automobile a bouleversé le XXe siècle. Elle est le totem de l’aventure industrielle, un art de vivre … »
1770, le monde va changer de visage. L’homme va désormais imaginer ses déplacements différemment … La plus grosse révolution dans les transports va ouvrir des horizons nouveaux à tout-un-chacun ! L’automobile naît … D’abord dans un certain chaos et une indifférence populaire. Mais très rapidement ses développements et progrès vont en faire un quasi « dieu moderne ».
Tous les secteurs de la société vont être profondément influencés par l’invention de l’automobile. De l’économie à la culture, de l’industriel à l’imaginaire, qui pourrait nier que l’automobile a modifié nos modes de pensée, nos habitudes, … et que sa propre réflexion sur elle-même continue à le faire. L’extraordinaire épopée de l’automobile de ses prémices à aujourd’hui. Abordant chronologiquement ses différentes époques, cette brique nous présente de façon claire et visuelle les grandes étapes de sa naissance, de ses débuts parfois chaotiques, de son développement au point de devenir indispensable à ses défis actuels. Les aspects aussi bien techniques que mécaniques, les rebondissements socio-culturels, des conflits sociaux aux aspirations écologiques, des enjeux économiques aux simples jeux politiques, rien n’est oublié, tout comme ses récents scandales. Si aujourd’hui, l’automobile en est à un tournant crucial de son existence, la mettant parfois carrément en sursis, les auteurs lancent des pistes et n’hésitent pas à s’interroger sur son futur.

© Bollée, Loubet, Merlin – Les Arènes BD Pour nous piloter dans les virages et lignes droites de ce voyage-réflexion à travers le temps, trois passionnés : l’ingénieur-concepteur, l’historien Jean-Louis Loubet, qui voit ici son livre « Une autre histoire de l’automobile » (paru en 2017 aux Presses Universitaires de Rennes), le metteur au point scénariste Laurent-Frédéric Bollée et le designer au crayon et aux couleurs vives, Christophe Merlin. Un dessin agréable, coulant, faisant la part belle aux mécaniques et lignes de ces bolides (ou non) qui ont traversé les siècles et marqués leur époque. Les personnages, malgré un trait léger semi-caricatural, se fondent dans une mise en page éclatée. Jouant sur l’ensemble, ses décors, acteurs, scènes et véhicules se l’approprient librement, créant ainsi à chaque fois des tableaux mettant clairement en valeur le sujet traité : l’automobile ! L’épopée mécanique est grandiose.

© Bollée, Loubet, Merlin – Les Arènes BD Ça se lit avec passion et simplicité entre l’euphorie des progrès, inventions, les chamboulements et scandales voire retournements de domination, une course sans fin où le vainqueur du marché mondial d’aujourd’hui sera clairement le perdant de demain tant le marché évolue vite et sans pit stop ! La saga n’est pas près de s’achever, tant les révolutions technologiques futures font de l’automobile un phénix qui ne cesse de se réinventer !

© Bollée, Loubet, Merlin – Les Arènes BD La collection L’histoire incroyable est une véritable petite pléiade documentaire. L’Incroyable histoire de l’automobile réjouira tout autant les amateurs de voitures que de bande dessinée.
Série : L’incroyable histoire …
Tome : 16 – L’Incroyable histoire de l’automobile
Genre : Documentaire, histoire
Scénario : Laurent-Frédéric Bollée & Jean-Louis Loubet
Dessin & couleurs : Christophe Merlin
Éditeur : Les Arènes BD
ISBN : 9791037514271
Pages : 400
Prix : 32 €
- Les chroniques de Saint-Roustan 1 – Lundi Graspar Laurent Lafourcade
Bienvenue chez les fous
« -Vous écoutez SR FM, la radio de Saint-Roustan… Saint-Roustan qui, ce week-end, comme chaque deuxième samedi du mois de novembre, s’est mise aux couleurs du raisin, puisque l’on fête l’arrivée du Beaujoliot nouveau. Beaujoliot nouveau qui, cette année, a un petit goût de banane… mais pas que… Y a … un petit truc en plus… Une particularité propre à la cuvée du seul vigneron du village, Renaud Tarlu, que nous recevons aujourd’hui sur notre antenne… Renaud, bonjour !
-Bonjour, Diego !
-Alors, Renaud, quel est votre secret ? C’est quoi cette saveur qui caractérise votre vin ?
-C’est de la merde… Je presse mon raisin grain par grain, à l’aide de mon sphincter anal… »
Saint-Roustan et ses citoyens gagnent à être connus. Diego, animateur sur SR FM, reçoit la crème de la crème comme ce vigneron du village qui presse les raisins avec le cul, tradition familiale de père en fils depuis 250 ans. Et il développe son business en plus. Il ne fait pas que du vin. Diego mouille sa chemise en ne restant pas tout le temps en studio. Il part parfois en reportage dans la ville comme cette nuit où il s’est approché de la « pierre des âmes » à qui les anciens prêtent des pouvoirs occultes. Ça va être l’occasion pour lui de rencontrer des vieux complètement ravagés. De toute façon, à Saint-Roustan, tout le monde est plus ou moins ravagé. Allez faire un tour au club de poney et vous comprendrez.

© Barré, Arsen, Relom, Geffroy, Le Roux, Chevallier – Delcourt Le Maire de Saint-Roustan s’appelle Guilhem Meurice. Pour le bonheur des petits et des grands rassilariens, les habitants de la commune, il n’hésite pas à y mettre le prix pour les événements. En février, c’est Saint-Roustan plage sur le fleuve. Il fait un peu froid mais les cache-oreilles sont gratuits. Le seul problème, c’est quand le cours d’eau gèle. Mais tant pis, on y est, on y est, on plonge quand même. On y va, tout comme en plein été pour la grande course de patin à glace sur l’eau…pas gelée.
Pour s’informer de toute l’actualité chaude de la région, il faut lire la gazette de Saint-Roustan, 3 €, tous les dimanches. C’est Muriel Verbruggen qui rédige tous les articles : réchauffement climatique, handicap, fin de vie, féminisme, éducation,… Tous les sujets préoccupent la commune.

© Barré, Arsen, Relom, Geffroy, Le Roux, Chevallier – Delcourt L’humoriste Pierre-Emmanuel Barré adapte avec Philippe Arsen et Relom ses chroniques radiophoniques diffusées dans l’émission Le dernière de Guillaume Meurice sur Radio Nova. D’ailleurs, le maire de Saint-Roustan a comme un p’tit air de l’animateur en chef. Leur compère Aymeric Lompré est également de la partie avec son avatar Eric Lanpré, un petit peu obsédé du zizi. L’ensemble est amusant, vulgaire parfois. La première histoire est hilarante. C’est dommage de l’avoir mise au début parce qu’on ne va pas crescendo dans un ensemble inégal. Les barréphiles passeront un bon moment. Heureusement, l’équipe de dessinateur assure. Sous les couleurs de Drac, Geffroy, Le Roux, Chevallier et Relom sauvent l’album. Il est inadmissible que leurs noms ne figurent pas en couverture.

© Barré, Arsen, Relom, Geffroy, Le Roux, Chevallier – Delcourt Coup marketing réservé aux fans de l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré, les chroniques de Saint-Roustan ont au moins le mérite de faire oublier l’actualité anxiogène. Amusant mais loin d’être inoubliable.
Série : Les chroniques de Saint-Roustan
Tome : 1 – Lundi Gras
Genre : Humour
Scénario : Pierre-Emmanuel Barré, Arsen & Relom
Dessins : Daùien Geffroy, Etienne Le Roux, Loïc Chevallier & Relom
Couleurs : Drac
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413092742
Nombre de pages : 56
Prix : 15,50 €
- La Dernière CroiZADpar Thierry Ligot & Axelle Coenen
Zone à défendre
« -Votre heaume masque le visage de la forfaiture, messire, vous m’avez insulté. Apprêtez-vous à choir ! Je suis votre chevalier servant, ma reine. Mes armes vermeilles et mon destrier vous appartiennent. Nul, dans cette noble assemblée, ne pourra dire qu’aujourd’hui un Godefroi Valence de Terney d’Argence a failli. »
Godefroi Valence de Terney d’Argence surprend une étonnante conversation à la limite de sa propriété. Deux hommes observent avidement le terrain de 70 hectares de friche de feu le père Fournier, jouxtant le domaine des Valence de Terney d’Argence ! Leur idée ? Y construire des logements sociaux … puis y adjoindre à terme une zone commerciale !
Désemparé, paniqué, le comte rentre essoufflé annoncer la mauvaise nouvelle à son épouse, Jeanne-Baptiste ! Quoi ? Rejetant cette idée, elle décide de se battre pour empêcher la réalisation de ce projet immobilier ! Mais devant le refus de soutien de la municipalité, de l’avocat de la bourgade, de la presse locale n’y voyant aucun intérêt, comment se faire entendre et résister ? Charlotte et Côme, les deux enfants du couple, sont prêts à tout pour mener ce combat avec leurs parents. Pourtant, cela pourrait ne pas être suffisant ! La solution viendra de leur locataire, monsieur Vermandois ! Pour cela, ils devront faire appel à une véritable légende de la lutte urbaine et sociale : de mai 68 à la Sorbonne, à mars 96 pour les sans-papiers, en passant par juillet 75 sur le plateau du Larzac et novembre 86 avec les étudiants ! Son nom … Tancrède ! Apprenant le nom du promoteur immobilier, Gérard de Ridefort, ce dernier accepte d’aider les Valence. Il va même plus loin, lui proposant d’appeler à la rescousse quelques amis … Ainsi va débuter le combat pour la « zone à défendre » … la ZAD … la CroiZAD !

© Pelaez, Séjourné – Bamboo Une fois de plus, Philippe Pelaez nous surprend avec un scénario original, plein de rebondissements. Parfaitement charpentée, cette quête pour la sauvegarde d’un bout de terrain nous conduit à une comédie de mœurs assez désopilante. Mêlant cette fois petite noblesse de province à des « zadistes », contestataires pacifistes dans l’âme, il confronte plusieurs univers dans un « joyeux » combat écolo-sentimental … Car oui ! Ce fameux champ du père Fournier n’aurait-il pas quelques secrets à révéler ? Toute cette lutte ne cacherait-elle pas un terrible et émouvant mystère familial, enterré depuis longtemps mais toujours vivace dans les cœurs et les esprits de certains ?

© Pelaez, Séjourné – Bamboo Après « Le Gigot du dimanche » et « Les Fesses à Bardot », voici un nouveau truculent choc des générations, de milieux sociaux, de cultures, de mentalités … teinté de problèmes sociétaux actuels. En effet, derrière la bonhomie apparente de ce scénario, Philippe Pelaez n’hésite pas à aborder quelque peu (comme dans les titres cités plus haut) certains thèmes bien précis : le rôle des médias, le rapport de force entre grosses immobilières et petits propriétaires, la corruption, … On s’amuse des protagonistes, portraits égratignant allègrement certains stéréotypes. Ceci tout en restant raffinés, teintés d’humour et de sarcasmes à haute volée ! Des dialogues succulents à souhait, d’une autre époque où la langue chantait aux notes du passé antérieur et du subjonctif imparfait ! Un art linguistique que Godefroi manipule avec dextérité tout au long de cette extraordinaire épopée moderne … une chanson de geste digne de celles de Chrétien de Troyes ! Philippe Peleaz joue ici dans la satire grinçante de notre monde cruel où les intérêts financiers tentent si souvent d’écraser l’humain. Gaël Séjourné garde ce trait souple et dynamique qui offre à ce scénario une touche graphique d’humour supplémentaire. Le « si » artistocrate Godefroi n’a-t-il pas une certaine ressemblance avec le « très » artistocrate Jean Rochefort … ou plutôt Guy Delorme ? Comme à chaque fois, ce subtil dosage rend la narration attachante et passionnante à la fois.

© Pelaez, Séjourné – Bamboo La dernière croiZad est un combat d’une bande disparate et improbable de noblio-zadistes pour laquelle le lecteur ne peut pas ne pas prendre parti !
Titre : La Dernière CroiZAD
Scénario : Philippe Pelaez
Dessin & couleurs : Gaël Séjourné
Genre : Comédie satirique
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041111503
Pages : 152
Prix : 22,90 €
- Boulevard Tintin – Les coulisses d’une œuvre 8 – Le sceptre d’Ottokarpar Laurent Lafourcade
Complot au Royaume
« -Ne tirez pas, Sire ! … Ecoutez-moi ! … Je ne suis pas un anarchiste ! … Je voulais vous mettre en garde… Sire, en ce moment peut-être, des misérables essayent de voler votre sceptre ! »
Août 1938. Les aventures de Tintin en Syldavie démarrent dans le Petit Vingtième. Elles seront rebaptisées Les nouvelles aventures de Tintin en Syldavie, puis Le sceptre d’Ottokar. La Syldavie est un pays royaliste voisin de son ennemie la Bordurie. Ces pays imaginaires se situent aux alentours des Balkans. Depuis Le Lotus Bleu, Hergé ne cesse de progresser dans la précision des histoires, les détails, la plausibilité des événements. Tout dans Le sceptre va dans cette logique de crédibilité. Moyens de transports, progrès, décors, paysages, Hergé veut de la précision dans les détails. Après la recherche du fétiche Arumbaya dans L’oreille cassée, Tintin se lance à la poursuite d’un nouvel objet : le sceptre symbole de la monarchie syldave. Si l’album est remarquable dans la liste des aventures de Tintin, c’est aussi parce qu’y apparaît un personnage emblématique de toute l’Histoire du Neuvième Art : La cantatrice Bianca Castafiore, qui prend Tintin en auto-stop en pleine campagne et qui, pour lui faire plaisir, va lui interpréter un petit air célèbre.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Dans les coulisses du Sceptre d’Ottokar, on apprend qu’un point de départ d’Hergé pour imaginer le récit a été l’accession au trône du Roi George VI en Angleterre. D’une lutte dynastique, l’aventure va dévier vers un complot politique inspiré par l’annexion de l’Autriche par les nazis, aidés par les italiens. C’est de Mussolini et Hitler que Müsstler tient son nom. En décembre 1938, un lecteur félicite l’auteur pour le rythme de l’histoire : « Les accelerandi et les ralentendi sont mieux dosés que jamais. » Les rebondissements sont nombreux. Les lecteurs ont même parfois un coup d’avance. Ils savent avant Tintin par exemple que la rencontre arrangée avec sa Majesté Muskar XII est en réalité un guet-apens.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Pour la version couleurs, Hergé recevra l’aide précieuse de Jacobs. Ensemble, ils retravailleront entre autres l’arrivée de Tintin dans la salle du trône, décentrant le point de fuite. La case, où l’on peut reconnaître des visages connus des tintinophiles dans la foule, en devient mythique. Avec Jacobs, Hergé corrige également les costumes. Ils les précisent, ôtent des invraisemblances.
Au fil des éditions, la couverture passe par plusieurs transformations. Si dans la première édition en noir et blanc, Tintin et Milou sont devant les emblèmes royaux, la version couleur les montre quittant stoïquement le château, puis d’un pas assuré dans une nouvelle mouture.
Pendant ce temps, Jo et Zette veillent à la destinée du Stratoneff H-22 dans Cœurs Vaillants, et Quick et Flupke, avec l’Agent 15, sont aux côtés de Tintin pour faire honneur au jubilaire, les dix ans du Petit Vingtième.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Avant de rencontrer le Capitaine Haddock dans le prochain volume de la collection à paraître fin janvier, visitez l’Europe de l’Est vue par Hergé dans Le sceptre d’Ottokar. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Série : Tintin Hergé Les coulisses d’une œuvre
Tome : 8 – Le sceptre d’Ottokar
Genre : Aventure
Auteur : Philippe Goddin
Avec la participation de : Dominique Maricq
Scénario & Dessins : Hergé
Éditeur : Moulinsart
ISBN : 9782810442515
Nombre de pages : 108
Prix : 19,95 €
- Au chant des grenouilles 4 – Le mystère de l’étangpar Laurent Lafourcade
L’art, le très grand art, du camouflage
« -Je me souviens ! C’est sur cet arbre que la mousse a sauté.
-Mais vous voyez bien qu’elle n’est pas là !
-Qu’est-ce qui vous arrive, Madame ?
-Ma Lime, si petite ! Bouhou ! Ma petite a disparu ! C’était sa première sortie depuis qu’elle sait marcher. Elle devait m’attendre mais… Snif sniif… »
Dans leur maison perchée sur un arbre de la forêt vit une famille d’araignées. Caché sous un plaid, Shadow, le fils, écrit une histoire effrayante. Surexcité, papa joue au Rubik’s cube. Il a encore mangé du sucre ! Maman trouve la cuisine sens dessus dessous. Alors qu’avec son fiston, elle nettoie tout et s’apprête à faire un gâteau à la betterave, une chouette s’écrase contre la fenêtre. C’est Vanille. Elle vient chercher Shadow. Ils ont rendez-vous au lac avec Moon, la chauve-souris, et Basil, le grillon. Un peu plus loin, aussi sur le lac, une grenouille apprend à Lime, sa petite, comment se camoufler pour se protéger. Ça marche bien. Les fourmis la prennent pour de la mousse. Et pas qu’elles… Vanille aussi…qui va la gober. Et là, c’est le drame.

© Canepa, Halard, Kerascoët, Rigano – Oxymore Mais que se passe-t-il dans la forêt de Greenwood ? Les Kerascoët y ont-ils amené l’horreur de Jolies ténèbres ? les diableries de Satanie ? Qu’on se rassure tout de suite, comme le dit Anaxagore, « Rien ne naît, rien ne périt mais plutôt les êtres se mêlent et se séparent. » Le club du samedi va devoir tout mettre en œuvre pour que la famille grenouille puisse être à nouveau réunie. Urania ne va pas pouvoir dormir tranquille puisque nos amis vont devoir aller la déranger à une heure indue. La lapine connaît tous les secrets des animaux, comment ils vivent, comment ils fonctionnent. Aura-t-elle la réponse à leur problématique ?

© Canepa, Halard, Kerascoët, Rigano – Oxymore Après le triptyque qui a inauguré la collection Au chant des grenouilles, les conceptrices scénaristes Barbara Canepa et Anaïs Halard poursuivent avec des one shot. Le mystère de l’étang est donc le premier et peut même être lu sans avoir lu les précédents. Ceux qui connaissent la série prendront cependant encore plus de plaisir à retrouver ce petit monde bucolique comme nos aînés le ressentaient en lisant les albums de Macherot. Comme dans les tomes précédents, des pages encyclopédiques ponctuent le livre. Dessinées par Giovanni Rigano, on y apprend l’art du camouflage chez les animaux et autres secrets.

© Canepa, Halard, Kerascoët, Rigano – Oxymore On pourrait prendre Au chant des grenouilles pour de la BD pour enfants lue par les adultes. Ça peut. Mais ça doit surtout être découvert par les plus jeunes qui pourront ainsi être envoutés comme on l’a été avant eux, à l’époque où il n’y avait pas d’écrans à gogo. Ils comprendront ainsi ce qu’est une bande dessinée aussi belle que bien.
Série : Au chant des grenouilles
Tome : 4 – Le mystère de l’étang
Genre : Bucolisme
Scénario : Barbara Canepa et Anaïs Halard
Dessins & Couleurs : Kerascoët
Dessins des pages encyclopédies : Giovanni Rigano
Éditeur : Oxymore
Collection : Métamorphose
ISBN : 9782385611187
Nombre de pages : 48
Prix : 14,95 €
- Survival 4 – Guna Yalapar Laurent Lafourcade
Histoire sans héros
« -Mayday ! Mayday !
-On va se crasher !!
-Je crois qu’on tombe !!!
-Ecoutez-moi bien, Sandra… Essayez de garder votre calme, il va vous falloir amerrir ! Heureusement, vous n’aurez pas besoin de sortir le train d’atterrissage…
-Je… Je ne sais pas… J’y comprends rien !
-Essayez de réveiller le copilote, mademoiselle…
-Joder de mierda ! Je vous dit qu’il est mort ! »
Aéroport Manuel Crescencio Rejon, Mérida, Yucatan. Un avion décolle avec à son bord son lot d’inconnus, touristes ou voyageurs d’affaires, un pilote et son co-pilote qui se racontent leurs histoires d’adultères et l’équipage du vol, dont Sandra, hôtesse de l’air. Tous s’apprêtent à rejoindre Bogota en survolant le bouchon Darién, notamment Guna Yala, une province côtière indigène du Nord-Est du Panama, habitée par les Kunas. C’est une jungle hostile et impénétrable, l’un des derniers points noirs de la planète. Les pires animaux sauvages ou venimeux s’y côtoient dans une atmosphère suffocante et humide. Ils ne se sont les seuls à y faire la loi puisque les narcotraficants contrôlent la zone coupée de tout réseau téléphonique.

© Bec, Chater, Fabiani, Paitreau – Soleil Lorsque Sandra empoisonne le soda du pilote, elle ne se doute pas que le co-pilote allait faire une réaction allergique suite à la piqûre d’un moustique et y passer lui-aussi. En perdition, l’avion se crashe dans une jungle aussi luxuriante qu’hostile. Les quelques survivants, dont fait partie Sandra, s’organisent. Certains fabriquent un camp de fortune avec le reste de la carlingue de l’avion, d’autres tentent leur chance en s’aventurant un peu plus profondément dans les bois. Mais, fallait pas… Non, fallait pas… Armés jusqu’aux dents, les trafiquants de drogue sont à quelques pas, et gare à qui s’immisce sur le territoire des araignées aux piqûres mortelles ou sur celui du puma aux griffes acérées.

© Bec, Chater, Fabiani, Paitreau – Soleil Après la montagne de Warm Springs, la prison d’Aparecida et la forêt de Palmyra, la jungle de Guna Yala est le décor du quatrième et (pour l’instant ?) dernier tome de la série d’anthologie Survival. Christophe Bec maîtrise le scénario type blockbuster, sauf que dans les films du genre, tout se finit généralement bien pour les héros. Ici, ne vous attachez à personne. Bons comme crapules, bien malin qui pourra dire qui reviendra de l’enfer. Le dessinateur Mack Chater fait le job dans un réalisme à la Luc Brahy. Daniele Fabiani termine les cinq dernières planches de l’album sans qu’on voit la différence. Tous dessinés par des auteurs différents et parus en l’espace d’à peine un peu plus d’un an, les tomes de Survival forment une collection originale. On regrette juste que Stéphane Perger, qui signe les couvertures, n’en ait pas réalisé un complètement.

© Bec, Chater, Fabiani, Paitreau – Soleil Qui survivra dans la jungle ? Vaut-il mieux tomber dans les pattes des bêtes sauvages ou dans celles des trafiquants de drogues ? Tout ce que l’on peut dévoiler, c’est que les plus grands dangers ne sont pas forcément les plus volumineux. Survival, c’est de la bonne BD pop-corn avec tout le respect du genre.
Série : Survival
Tome : 4 – Guna Yala
Genre : Thriller
Scénario : Christophe Bec
Dessins : Mack Chater & Daniele Fabiani
Couleurs : Stéphane Paitreau
Couverture : Stéphane Perger
Éditeur : Soleil
ISBN : 9782302090309
Nombre de pages : 64
Prix : 16,50 €
- Mademoiselle J. 4 – 1955. Le bonheur de dire Mamanpar Laurent Lafourcade
Secret de famille
« -Bonjour. Ce sera au nom de Sœur Linh, de la congrégation des amantes de la Croix, au Vietnam. Je ne suis que passagère aux missions étrangères de Paris, mais je serai ravie de lire votre ouvrage pendant mon retour.
-Je suis flatté de découvrir que j’ai des lectrices jusqu’en Asie !
-Excusez-moi si je suis indiscrète, mais… Auriez-vous de la famille en Indochine ? Je connais une aidante de la congrégation de Nam Dinh qui vous ressemble… avec quelques années de plus.
-Ah bon ? C’est toujours étonnant, les ressemblances. J’imagine que nous devons tous avoir un sosie quelque part dans le monde… »
Ce samedi, Mademoiselle J. est en dédicace exceptionnelle à la librairie Delamain. Une jeune sœur vietnamienne vient se faire signer un livre car elle trouve une ressemblance étonnante entre l’autrice et une aidante qu’elle a connu en Indochine. La conversation ne peut aller plus loin parce que la religieuse s’enfuit par l’arrière-boutique au moment où un homme armé entre pour l’éliminer. Remise de ses émotions, Juliette s’aperçoit qu’une enveloppe a été glissée dans son sac. Il est écrit : « Je vous en prie… Sœur Marthe… En mains propres. ». Elle décide de se rendre à la congrégation d’où venait la nonnette pour y rencontrer cette fameuse Sœur Marthe, qui est la Mère Supérieure. La rencontre sera infructueuse, la dame ne semblant pas inquiète des événements, y voyant là un imbroglio.

© Sente, Verron, Rabarot – Dupuis C’est le docteur De Lannoy, son médecin de famille, qui va donner à Juliette des informations qui vont tisser des liens entre les événements qui viennent de se passer. Il montre à l’écrivaine une carte postale envoyée du Tonkin en Indochine en 1918, et signée Solenn de Jonchère, sa mère, alors qu’elle est censée être morte en 1916. Vrai ou faux ? Le doute subsiste. D’après le médecin, son père aurait maquillé la disparition de sa mère. De la Bretagne à Saïgon, Juliette va partir sur les traces de son passé et d’un secret familial. Elle va même retrouver une ancienne connaissance et se découvrir des liens inattendus.

© Sente, Verron, Rabarot – Dupuis On retrouve Mademoiselle J. dix ans après l’avoir quittée après son voyage au fin fond des steppes sibériennes. C’est dans un autre voyage qu’on l’accompagne à présent. Yves Sente est toujours aussi bavard mais on n’a pourtant jamais l’impression de trop, cela parce qu’on est plongé d’emblée dans l’intrigue, sans perte de temps, avec une efficacité jacobsienne. Laurent Verron maîtrise son trait assuré, glissant de la ligne claire vers un trait plus ombré. Cerise sur le gâteau, les auteurs n’oublient pas que la série est issue de ce qui était au départ un one shot : Il s’appelait Ptirou, et dont le fantôme revient comme ange gardien de temps en temps derrière l’épaule de l’héroïne.

© Sente, Verron, Rabarot – Dupuis Aventureuse, émouvante, énigmatique, Mademoiselle J. s’impose comme une série solide et de référence. Il reste un tome pour clôturer le cycle et on a déjà un petit pincement au cœur à l’idée de terminer le voyage de sa vie. En attendant, accompagnons-la aux sources de celui-ci.
Série : Mademoiselle J.
Tome : 4 – 1955. Le bonheur de dire Maman
Genre : Aventure historique
Scénario : Yves Sente
Dessins : Laurent Verron
Couleurs : Isabelle Rabarot
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808505857
Nombre de pages : 64
Prix : 16,95 €
- Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet 8 – Dead Sugarpar Laurent Lafourcade
Eradiquer le crime par le crime
« -Et quand vous aurez tué tous les criminels de France et de Navarre, que se passera-t-il, Dead Sugar ?
-Vous serez au chômage mon cher Ric Hochet ! »
Interviewé sur un plateau de télévision, Ric Hochet est interpelé par une téléspectatrice qui lui reproche que sa lutte contre le crime ne serve qu’à le faire ressurgir de plus belle à chaque fois. Elle le compare à un stupide jardinier qui dépose en dehors du potager une limace qu’il trouve sur un fraisier, et qui revient le lendemain avec ses copines. L’hystérique prône la mort comme seule solution contre les nuisibles, et donc contre les criminels. Le lendemain, le quotidien La Rafale titre sur le truand Alessandro Sanguinetti retrouvé mort dans son appartement parisien. Ce que Ric et la police ignorent encore c’est qu’il a été envoyé ad patres par Dead Sugar, la téléspectatrice qui s’est adressé à Ric, et qui s’est donc trouvé comme mission d’éradiquer le crime… par le crime.

© Zidrou, Van Liemt, Cerminaro – Le Lombard Ça fait 86 albums (78+8) qu’il lutte contre les assassins et les truands en tous genres. Pour la première fois, il va lutter à la fois avec et contre une femme s’étant investie d’une mission de justice du Talion. Œil pour œil, dent pour dent. Celle qui se fait appeler Dead Sugar supprime sans foi ni loi les hors-la-loi. Le problème est que les dommages collatéraux impliqués par l’engrenage de violence induit risquent d’être graves et plus étendus que prévus. Touché au plus profond, Ric Hochet est poussé dans ses retranchements jusqu’à réagir de façon imprévisible en fin d’album.

© Zidrou, Van Liemt, Cerminaro – Le Lombard Avec Zidrou et Van Liemt, bien qu’ancré dans les années 60, Ric Hochet s’est modernisé. L’emblématique héros de bande dessiné classique créé et dirigé pendant tant d’années par Tibet et Duchâteau semble ne plus être invincible. Des failles, il en avait, avec notamment les rapports compliqués avec son père Richard. Les repreneurs triturent son âme et cherchent à savoir jusqu’où ils peuvent pousser le curseur. Les personnages souffrent, et la Porsche jaune encore plus. Après l’épisode précédent qui était plutôt moyen, un grand bond en avant a été fait avec celui-ci. Dead Sugar est un personnage fort, puissant, peut-être la première création qui pourrait devenir récurrente dans les nouvelles enquêtes de Ric Hochet.

© Zidrou, Van Liemt, Cerminaro – Le Lombard Quand le classique, que les jeunes pouvaient penser réservé à leurs aînés, sort des sentiers battus comme pour se « déclassiquer », il est peut-être temps pour eux de s’en emparer afin de devenir une nouvelle génération de lecteurs. Vous aviez découvert Ric Hochet à 13 ans dans les années 70 ou 80, vous allez adorer. Vous avez 13 ans aujourd’hui, lisez ça, même si ça ne vous paraît pas être votre kif, vous allez adorer.
Série : Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet
Tome : 8 – Dead Sugar
Genre : Polar
Scénario : Zidrou
Dessins : Simon Van Liemt
D’après : Tibet & Duchâteau
Couleurs : François Cerminaro
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808215589
Nombre de pages : 48
Prix : 13,95 €
- Mimésiapar Laurent Lafourcade
Demain contre l’Art
« -Tin-3.103. Vous êtes en possession d’un objet prohibé par le Canon. En cas de résistance, vous et l’objet serez détruits.
-Un nettoyage de votre disque interne sera imposé.
-Mais ? Monsieur Alain me dit que c’est une œuvre d’art. Du vivant.
-Tin. Ils vont la démolir. Tu dois la sauver.
-Mais !
-Un droïde qui n’obtempère pas ?! »
Ben City. Galaxie Nord-Ouest. Siège du Canon. Population d’environ 350 millions d’habitants, composée principalement d’humanoïdes augmentés et d’humains assistés par ordinateur. Quelques réfractaires tentent de s’opposer à la pensée unique. Parmi eux, trois « insuffisants » ont subtilisé un artefact. Deux opérateurs sont à leur poursuite. Avant d’être repéré, le trio balance son larcin dans un sac-à-dos dans le fleuve. Le lendemain, l’androïde Tin-3.103 trouve le sac. Il l’ouvre et découvre un buste, une sculpture de la fin du XVème siècle terrien, façonnée à la main, à l’image d’une femme réelle. Monsieur Alain, un professeur, lui apprend que la confection de l’objet est un cas de mimesis, une notion philosophique ancestrale consistant à imiter un objet de la nature. Le sujet n’est pas la beauté mais la façon de représenter le sujet. C’est une véritable création. On appelle ça une œuvre d’art.

© Micol – Futuropolis Pour le Canon, la mimesis est une forme de mensonge, une mauvaise copie de la réalité qui éloigne le peuple du factuel. En bref, c’est une menace pour le pouvoir en place. Heureusement, un groupe secret d’agrestes tente de sécuriser l’héritage humain. Alors que deux agents surgissent pour reprendre possession du buste, Tin-3.103 s’enfuit avec l’œuvre. Il va tenter de rejoindre un groupe de rebelles sur la planète Door Ka Grah qui accumule des ouvrages anciens pour les réunir dans un sanctuaire. Puissance numérique, Canon craint la menace de la matière qui doit rester triviale et utilitaire. Il voit le passé comme une fiction qui s’oppose à sa permanence. Il craint en fait le mystère qui défie sa norme. Tin-3.103 parviendra-t-il à déjouer les plans des sbires du Canon lancés à ses trousses et à mettre l’œuvre en sécurité ?

© Micol – Futuropolis Mimésia aurait dû être le nouvel album de la collection Louvre-Futuropolis. Comme ses camarades auteurs avant lui, Hugues Micol a arpenté les couloirs du Musée pour préparer son livre. Le premier projet de l’auteur n’ayant pas trouvé d’adhésion, ajouté au départ de Fabrice Douar, éditeur au musée du Louvre, Micol et Futuropolis ont repris leur indépendance. Avec moins de contraintes et plus de libertés, l’histoire s’est transformée en dystopie futuriste intergalactique. L’intelligence artificielle veut la peau de l’Art. Micol met en garde sur une uniformisation et une aseptisation de la pensée, débarrassée de l’Art qui fait réfléchir. Enfin, avec ses cheveux châtains et son haut bleu, avec son nom également, Tin-3.103 n’est pas sans rappeler un certain reporter à la houppe. Mimésia ne serait-il le projet Tintin du futur ayant traversé l’espace-temps depuis 2053 ?

© Micol – Futuropolis Réflexion sur l’avenir de l’Art, Mimésia est le nouveau coup de maître d’Hugues Micol, auteur qui, d’album en album, se remet sans cesse en question autant scénaristiquement que graphiquement. Si Le Louvre ne veut plus de bande dessinée, la bande dessinée veut encore du Louvre. Du passé au futur, le Musée n’en finit pas d’étonner.
One shot : Mimésia
Genre : Thriller art futuriste
Scénario, Dessins & Couleurs : Hugues Micol
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754846394
Nombre de pages : 72
Prix : 19 €
- U.C.C. Dolores 7 – Les ombres d’Okotshapar Laurent Lafourcade
Walking Panic
« -Posons-nous ici.
-Passé ces totems, nous entrons dans la cité d’Otoshka, le territoire des ombres. Souviens-toi, Mony, il faut absolument éviter leur contact. Elles portent la mort au bout de leurs doigts.
-Tout comme moi, Maok… Tout comme, moi ! Allons-y ! Le Dolores est juste derrière ce tas de pierres. »
Chevauchant un mantou, espèce de libellule géante, accompagnée de ses camarades, Mony est à la recherche de son vaisseau, l’U.C.C. Dolores, dérobé par Shakis, et à bord duquel se trouvent encore Shaël et Lune, sa fille. Il va falloir quitter les montures car on approche du territoire des ombres : la cité d’Okotsha. Les ombres portent la mort au bout de leurs doigts. Il faut absolument éviter leur contact. Déterminée, Mony n’en a pas peur. Des cadavres décomposés jonchent les abords de la cité. Les meilleurs guerriers de toutes les tribus Wassaïs figurent parmi les victimes. Très vite, des tensions se font sentir dans la troupe, mais tous décident d’entrer dans la forteresse de pierre. Il n’y a pas d’autre moyen que de traverser ce labyrinthe pour poursuivre la quête. Tous en ressortiront-ils vivants ?

© Tarquin, Tarquin – Glénat Pendant ce temps, à bord d’un U.C.C. Dolores piloté par une engeance de la pire espèce, dans la soute verrouillée de l’intérieur, Lune tente de reconfigurer le système de visio-caméra pour retrouver où s’est réfugié Shaël, blessé. Il est dans la salle des machines, près du générateur d’air. Il faudrait qu’il rejoigne Lune et Neka. Le problème est que le vaisseau grouille de shakals, mi-chiens-loups mi-androïdes, qui ne feraient qu’une bouchée de lui dans l’état où il est. La petite va bien trouver un moyen de le motiver à la rejoindre. De son poste de commande, Sharkis Sans-peur mène la traque.

© Tarquin, Tarquin – Glénat Alors que Mony Main-Rouge et sa troupe tentent de s’extraire d’un Walking Dead de tous les dangers, Lune et Shaël la jouent Panic Room. Lyse et Didier Tarquin mènent deux récits parallèles qui, on s’en doute, vont se rejoindre. En fin d’album ou dans le suivant ? Là est pour l’instant la question. Le suspens n’est pas haletant puisqu’un sticker « Fin du cycle des sables de Tishala » orne la couverture. Il y a toujours la problématique du qui sera du grand final, dans quel camp que ce soit. Les Tarquin s’éclatent et happent le lecteur dans cette saga de SF-Fantasy. Mony fait figure d’une Tomb Raider 3.0. Dans cet épisode, la forteresse permet d’explorer de nouveaux décors, sombres à souhait, tandis que la forêt luxuriante avartadise le début et la fin de l’album.

© Tarquin, Tarquin – Glénat Il en fallait du courage pour quitter, même provisoirement, une poule aux œufs d’or comme Lanfeust. Accompagné de sa femme, Didier Tarquin l’a fait. Et avec quel brio. U.C.C. Dolores est une série valeur sûre.
Série : U.C.C. Dolores
Tome : 7 – Les ombres d’Okotsha
Genre : Space-Opera
Scénario, Dessins & Couleurs : Didier Tarquin & Lyse Tarquin
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344069059
Nombre de pages : 56
Prix : 15,95 €
- La vallée des oubliéespar Laurent Lafourcade
D’autres Women of the west
« -Qu’est-ce que j’entends ? Qu’est-ce que c’est que ce cheval sur lequel tu parades ? Pas d’eau ! C’est quoi alors que tu nous ramènes encore… Un chien blessé ? Une marmotte ? Un faon ?
-Un… Un… Un… jeu… jeune homme.
-Quoi ?!!
-Mais très, très blessé… Et si on ne fait rien, il va mourir. Il… Il l’est d’ailleurs peut-être déjà… »
Que fait ce cavalier seul dans la vallée ? En poursuit-il un autre ? Suit-il les traces d’un fantôme ? Le voici arrivé à Sabbath City. Un saloon. Un whisky. Clark, c’est ainsi qu’il s’appelle, est de retour après avoir fuit la troupe de miliciens à laquelle il appartenait, avec qui il pataugeait dans le sang des razzias. Il a fui parce qu’il y avait des coups de trop. Ce n’était plus la guerre. Pour ses anciens complices, il joue le couplet du repenti. Pendant ce temps, ces derniers quittent précipitamment la ville après avoir pillé la banque. Clark se lance à leurs trousses et assiste à un guet-apens dans lequel tombent les hommes qui les ont poursuivis. En continuant sa quête, il sauve un indien blessé au milieu d’un feu de forêt et dont la squaw et le papoose ont péri.

© Henriet, Dubois, Usagi – Le Lombard Le lendemain, Clark, laissé pour mort après avoir été atteint par une balle, est recueilli par Dorothy, une jeune femme sortie chercher de l’eau en compagnie de son âne. Elle va l’emmener dans un endroit un peu particulier. Clark se réveille à l’intérieur du fortin isolé de Ladies Valley. L’enclave est composée uniquement de femmes. Toutes ne sont pas réjouies de la venue du mâle. Pourtant, il y a un homme en qui elles ont confiance. C’est le vieux Scurly, un trappeur qui contribue à assurer leur protection. Il va prendre Clark sous son aile. Mais les ennemis vont refaire surface. Entre vengeance, règlement de comptes et trahison, l’apparente quiétude de la vallée des oubliées va voler en éclats.

© Henriet, Dubois, Usagi – Le Lombard Après deux séries centrées sur l’aviation, Dent d’ours et Black Squaw, Alain Henriet se lance dans le western. Les vastes étendues survolées par les avions sont remplacées par les plaines et vallées franchies par les cow-boys. Le point commun est cette immensité qui s’étale à perte de vue. Henriet aime raconter des histoires qui respirent, et cela se ressent, dans ces décors parfois un peu trop propres. Ça, ce sont les restes de Golden Cup. Aux couleurs, Usagi donne de la dimension et, justement, un peu de cette crasse qui permet de mettre en valeur le trait du dessinateur.

© Henriet, Dubois, Usagi – Le Lombard Pour l’elficologue Pierre Dubois, ce western est le troisième, après les deux qu’il a écrit dans la même collection pour Dimitri Armand : Sykes et Texas Jack. Avec la contemplation d’un Kevin Costner et la noirceur d’un Sam Peckinpah, Dubois met en avant le rôle des femmes qui se construisent dans une société qui les oublie. Il fait de son héros, Clark, un mercenaire repenti, un ancien bushwhackers comme on appelait ces combattants pro-confédérés qui menaient des guérillas dans les états abolitionnistes. William Quantrill est le plus célèbre d’entre eux. Dubois dirige son histoire à la manière de ce qu’il faisait avec les Lutins et autres créatures fantastiques qu’il a mis en scène (et avec lesquelles on espère le retrouver). La violence n’est jamais gratuite mais elle est là, sanglante, jusqu’au bout.
La vallée des oubliées offre une nouvelle vision du Far West. Le duo Dubois/Henriet devrait en principe récidiver.
One shot : La vallée des oubliées
Genre : Western
Scénario : Pierre Dubois
Dessins : Alain Henriet
Couleurs : Usagi
Éditeur : Le Lombard
Collection : Signé
ISBN : 9782808211918
Nombre de pages : 148
Prix : 24,95 €
- Boulevard Tintin – Haddock Un capitaine à l’abordagepar Laurent Lafourcade
La mer dans Tintin
« -Sapajou !… Marchand de tapis !… Paranoïaque !… Moule à gaufres !… Cannibale !… »
Le Soir Jeunesse, 2 janvier 1941, celui dont on ne sait pas encore qu’il se nomme le Capitaine Haddock apparaît dans la cabine d’un bateau. La semaine suivante, il va rencontrer un jeune reporter et son chien qui vont pénétrer par le hublot entrouvert. Les cales de son bateau son remplies d’opium, mais il l’ignorait jusqu’à ce que Tintin lui en parle. Le crabe aux pinces d’or ne sera que la première des multiples aventures qu’ils vont vivre ensemble. Avec Haddock, ou plutôt grâce à Haddock, Hergé fait entrer la mer dans les aventures de Tintin. Le capitaine Haddock est à l’abordage !

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Ce numéro spécial de Géo démontre comment Hergé a montré le monde marin sous toutes ses formes dans un souci documentaire. L’océan est un acteur essentiel des aventures de Tintin. Pour les personnages, il est synonyme d’aventure et de danger. Haddock et Tintin se retrouvent sur un canot retourné. Le Capitaine manque de se faire mordre par un requin. Tintin en scaphandrier explore les fascinants fonds marins dans une inoubliable campagne de fouilles sous-marines. On apprend que le nom du Capitaine vient du film Le Capitaine Craddock, dans lequel on trouve la chanson Les gars de la Marine. L’idée du personnage était venue à Hergé en regardant le film Le capitaine déteste la mer.
Biodiversité, poissons, trésors, navigateurs, tous les thèmes chers à la mer se croisent dans des articles passionnants. On apprend également des signaux de navigation et on admire des portulans, les plus anciennes cartes maritimes au monde.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Plusieurs entretiens émaillent l’album. On commence avec Jean-Luc Van Heede, alias VDH, vainqueur de la Golden Globe Race en 2018. Il définit le marin comme celui qui arrive à bon port. Il est question de biodiversité avec Romain Troublé, directeur général de la fondation Tara Ocean, qui a pour ambition la préservation des océans en soutenant la recherche, et en partageant avec un large public, dont notamment les écoles. On apprend que seulement 25 % des fonds marins ont été cartographiés. C’est ensuite Cyrille Coutansais qui prend la parole. Directeur du département recherches du centre d’études stratégiques de la marine, il fait le point sur la géopolitique maritime et ses conséquences. Le comédien Thierry Hancisse qui incarne Haddock dans les adaptations radiophoniques de Radio France explique comment il interprète ce personnage avec l’exigence d’un grand rôle. Enfin, conservatrice au Musée de la Marine, Marianne Tricoire recense quelques pièces remarquables que détient l’établissement.

© Hergé/Tintinimaginatio 2025 Haddock n’est pas qu’un prétexte pour parler de la mer. Haddock est la mer dans les aventures de Tintin. On a hâte de s’y replonger pour (re)découvrir toutes ces références. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Titre : Haddock Un capitaine à l’abordage
Genre : Reportage
Auteur : Christophe Quillien
Scénario & Dessins : Hergé
Éditeur : Moulinsart/Géo
Nombre de pages : 128
Prix : 29,95 €
- Les Foot furieux 29 – Let Derby Rock !par Laurent Lafourcade
Un joueur bien convoité
« -Prenez place, je vous prie… M.Lataupe est membre du comité de Ville-Basse… Il est en quelques sortes nos yeux et nos oreilles chez notre pire ennemi…
-Enchanté, Monsieur !
-Comment va Roberto ? Il est blessé pour longtemps, j’espère ?!
-Roberto va bien, hélas… En plus, un jeune stagiaire très prometteur va signer à Ville-Basse dans quelques heures… Son train arrive à 18 h !
-Ville-Basse est en train de prendre de l’avance sur nous, il faut réagir !
-M.Lataupe, ce jeune stagiaire, il nous le faut ! »
Si toute la famille Fontaine se rend au stade de foot encourager l’équipe de Ville-Basse, chacun n’a pas la même motivation. En particulier, Lily, 16 ans, est plus intéressée par le physique des joueurs que par l’esthétique du sport. Elle va faire rager ses copines en accompagnant le beau Roberto sur le terrain. Elle ne se doute pas qu’elle va pouvoir côtoyer un autre joueur d’encore plus près. Il s’appelle Baptiste et va être hébergé à la maison à la demande du président du Club qui vient de récupérer ce joueur pour l’équipe de Ville-Basse. Mais voilà que, suite à une entourloupe de dernière minute, Roberto signe un contrat pour Ville-Haute. Pour le père de Lily, plus possible de l’héberger. On ne va pas pactiser avec l’ennemi. Pour Lily, s’il ne vient plus à la maison, elle quitte le foyer. Comment les Fontaine vont-ils gérer cette crise ?

© Bultreys, Gürsel, Manhaes – Kennes Après 21 ans d’existence, les Footfurieux connaissent une nouvelle jeunesse. Exit les gags, même si certaines situations sont à chute, le scénariste Daniel Bultreys, qui a rejoint la série au tome 26, propose une intrigue sportivo-financière mettant en avant les magouilles qui peuvent avoir lieu même dans les plus petits clubs. Avec Lily, il rallie malignement les filles dans un Love Derby. C’est rigolo, mais pas que… Il y a même un final émouvant, clin d’œil à Lucky Luke, avec un clifhanger qui va faire trouver le temps long jusqu’au prochain épisode. Le dessinateur turc installé en Belgique Gürcan Gürsel enchaîne les dribbles et les tirs au but avec une aisance franco-belge traditionnelle.

© Bultreys, Gürsel, Manhaes – Kennes Les bandes dessinées sur le foot sont en règle générale des succès. Le précurseur a été Eric Castel, signé du spécialiste des BD sportives Raymond Reding. Jouant dans les plus grands clubs d’Europe, le footballeur eut une carrière sur 15 albums de 1979 à 1992. Au début des années 80, La vedette, de Malo Louarn, marqua des buts dans le journal de Spirou. Depuis 2013, ce magazine accueille Louca, thriller footballistique qui amène au foot aussi ceux qui ne s’y intéressent pas. Droit au but et Foot 2 rue alignent les albums. Côté manga, Capitaine Tsubasa, plus connu en France sous le nom de Olive et Tom, a fait bien des émules. En humour pur, deux séries se taillent la part du lion : Les Footmaniacs chez Bamboo et Les Footfurieux chez Kennes. Alors, Footmaniacs ou Footfurieux ? Les aficionados du ballon rond ont de quoi se réjouir avec ces séries humoristiques qui ont au moins le mérite de faire lire les sportifs en herbe.

© Bultreys, Gürsel, Manhaes – Kennes Un Derby, ça divise, par définition. Ça peut même diviser une famille. Les Footfurieux se remettent en question dans le fond et dans la forme. Aussi courageux qu’un buteur qui file vers les buts adverses.
Série : Les Foot furieux
Tome : 29 – Let Derby Rock !
Genre : Aventure humoristique footballistique
Scénario : Daniel Bultreys
Dessins : Gürcan Gürsel
Couleurs : Gürcan Gürsel & Manhaes
Éditeur : Kennes
ISBN : 9782931300268
Nombre de pages : 48
Prix : 11,95 €
- Dad 12 – Chaos Bangpar Laurent Lafourcade
La star de la famille
« -Monsieur ?
-Hmmm… Oui ?
-Mon fils n’ose pas le dire mais c’est un grand fan ! Ce serait possible de faire une photo ?
-Mais bien sûr, hé hé ! »
Etre arrêté par des fans pour un selfie ! Dad n’en croit pas ses yeux. Il va vite déchanter. C’est Mouf qui intéresse le public. La chienne est devenue une vraie influenceuse. C’est même elle qui paye le loyer. Dad a juste peur qu’elle finisse par prendre la grosse tête. Il ne serait pas un brin jaloux ? Panda en est persuadée. Un animal qui fait des milliers de likes en lisant les grands classiques de la littérature, c’est quand même incroyable. D’autant plus que les fans ne sont pas qu’humains. Une promenade au parc, et c’est tout de suite une meute de clébards qui file le train à la star. Comme toute célébrité, Mouf a droit à ses jours de fatigue. On ne peut pas être au top en permanence. C’est là que Dad va devoir sortir le grand jeu.

© Nob – Dupuis Du côté des filles, Bébérénice continue de grandir. Elle entre à l’école. Et pas question d’être en retard. Elle met un coup de boost à son père pour qu’il la prépare le plus vite possible. Roxana apprend à se débrouiller par elle-même. Dad ne peut pas s’occuper de tout, alors, plutôt que de l’embêter à prendre rendez-vous chez le coiffeur, ben, elle se coupe les cheveux toute seule. Ondine s’intéresse à l’Intelligence Artificielle. L’important n’est plus de connaître les réponses. Il faut savoir poser les bonnes questions. Quant à l’aînée, Panda, elle rêve de trouver une coloc pour quitter le foyer. C’est loin d’être le rêve de son père qui voudrait bien se la garder toute petite à la maison.

© Nob – Dupuis C’est vraiment le chaos dans la vie de Dad. Entre une chienne star, une aînée prête à voler de ses propres ailes, les deux du milieu qui s’affirment et la petite dernière qui commence à écrire, ça ne le rajeunit pas. En toute malignité et intelligence, Nob fait micro-évoluer sa série sans brusquer les lecteurs. En guest, l’auteur invite l’une de ses anciennes héroïnes qui nous manque : Mamette. Dad est plus que jamais une série de générations. Le bonhomme voit le temps qui passe. Poussé par la génération suivante qui avance en âge, il ne voit comme seule solution que de se réfugier dans les souvenirs des moments idylliques de quand les filles étaient petites. Qu’elles le veuillent ou non, il les y amène. Dad, c’est des sourires, des rires, mais aussi de l’émotion.

© Nob – Dupuis « La petite fille est une guerrière
Elle joue à ce qu’il ne faut pas faire
Contre les dragons, elle frappe les yeux fermés
Avec son sabre attaque les cavaliers
Sur un cheval en Mandchourie
C’est dans la plaine qu’elle y sévit. »
La Kao-Bang d’Indochine pourrait être une fille de Dad. Elle a la force de chacune d’entre elles. C’est certainement pour ça que ce douzième album s’intitule Chaos Bang.
Série : Dad
Tome : 12 – Chaos bang
Genre : Humour familial
Scénario & Dessins : Nob
Couleurs : Nob & Laurence
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808510349
Nombre de pages : 48
Prix : 12,95 €
- Après l’école 1 – Le monde est fou !par Laurent Lafourcade
Sur le chemin de la maison
« -Et à chaque fois que je rentre à la maison, mon père me pose la même question. « Comment s’est passée ta journée à l’école ? »
-Pareil avec ma mère. Toujours la même question.
-Et le pire, c’était hier. Je rentre à la maison.
-Ouais.
-Mon père est là, tranquille. Il travaille à son bureau.
-Ouais.
-Et il oublie de me poser la question.
-Nonnnnnn ! »
Tous les soirs, Cléo et Léo rentrent ensemble de l’école. Et pour cause, ils sont voisins. C’est l’occasion pour eux de se raconter ce qui leur arrive et de faire des rencontres. Il leur arrive de croiser Bella. Léo a le béguin pour elle. Monsieur Ortiz, souvent sur le trottoir parce qu’il a un chien à promener, est l’un de leurs interlocuteurs privilégiés, qu’ils aiment bien titiller. Et The place to be, c’est le camion de glaces d’Olga. Ses glaces sont faites maison, contrairement à ce que semble penser la mère de Léo. Mais tout ça, c’était juste pour rendre la vendeuse rouge de colère et prouver à Cléo que lorsque l’on rougit, ce n’est pas forcément par amour.

© Yllya, Frey, Saboten – Jungle Les duos de mômes, la BD en a connu des tas. Tom et Nina, les p’tits diables, sont bourrés d’un trop plein d’énergie, la plupart du temps chez eux. Léon et Lena sèment la panique à tout bout de champ. Plus anciens, Corinne fait tourner Jeannot en bourrique. Comme ces deux derniers, Cléo et Léo sont juste amis. Ils ne sont pas amoureux. De ce fait, ils peuvent tout se dire, ce qui est quand même un privilège non négligeable : les chéris, les pas chéris, la famille, … On fait les 400 coups aussi ensemble. Mais qu’est-ce que c’est drôle de faire des blagues à l’interphone ! N’est-ce pas, Monsieur Pigeon ?

© Yllya, Frey, Saboten – Jungle Après l’école a l’originalité de ne pas se passer à l’école. C’est dit dans le titre, et c’est prouvé dans l’album. Le scénariste Julien Frey respecte le cahier des charges qu’il s’est imposé en créant tout un microcosme de trottoir. Les gags sont drôles et tendres. C’est de la philosophie pour 8 ans, pile poil la cible du journal de Mickey où la série est publiée. Yllya dessine les personnages à mi-chemin entre le franco-belge et le manga. Elle en utilise fréquemment les codes, notamment dans l’exagération des expressions. Aux couleurs, Saboten apporte de la modernité aux situations qui restent intemporelles. En effet, pour que ça parle à tout le monde, parents comme enfants, les auteurs ont choisi de ne pas « dater » les événements. Pas de téléphone portable par exemple. Ce qui arrive à Cléo et Léo ne pourra ainsi pas devenir désuet.

© Yllya, Frey, Saboten – Jungle Cléo et Léo rentrent de l’école et on ne sait pas quand est-ce qu’ils vont arriver chez eux. Après l’école, les leçons de vie remplacent les leçons de choses. Que ça fait du bien de prendre le temps. Après l’école, une bonne BD, ça vous plairait ?
Série : Après l’école
Tome : 1 – Le monde est fou !
Genre : Humour
Scénario : Julien Frey
Dessins : Yllya
Couleurs : Saboten
Éditeur : Jungle
ISBN : 9782822246439
Nombre de pages : 48
Prix : 11,95 €
- La vie selon Gorce – Les hommes, les femmes et les autres…par Laurent Lafourcade
Indégivrables Party
« -Je vous souhaite santé, bonheur, amour, sexe et argent.
-Tu gaspilles tes vœux… Souhaite-nous d’avoir de l’argent : ça entraîne tout le reste. »
Ils vivent sur la banquise mais pas que… Ils sont animaux mais sont les reflets des humains. Les pingouins de Xavier Gorce nous montrent la société telle qu’elle est. Avec humour, cynisme, et un brin de mauvaise foi, ils ne font que nous refléter ce que nous sommes. « Connais-toi toi-même », disait le philosophe grec Socrate. C’est avec ce petit album qu’on va certainement apprendre à se connaître, nous, notre famille, nos collègues, notre patron, bref, tous les individus de notre race humaine. Quatre chapitres scandent l’ouvrage : Petits sexismes ordinaires, Foulards et vieilles dentelles, A deux c’est mieux ?, et Nouvelles normes.
Le pingouin est macho. Pour la journée des droits de la femme, Monsieur lui offre un nouvel aspirateur ultra-silencieux. Si elle se plaint de ses droits, elle n’avait qu’à le faire lors de la journée des droits de la femme. Maintenant, c’est trop tard. Heureusement que les sénateurs veillent au grain pour défendre et préserver le savoir-vivre patrimonial : peloter les gonzesses, picoler du pinard, bouffer gras et fumer ! Le directeur de l’entreprise est lui-aussi loin d’être féministe. Y’a qu’à voir comment il joue de l’interphone avec sa secrétaire Stéphanie.

© Gorce – Le Cherche-Midi Alors qu’en cette période de Noël, les crèches dans les lieux publics font débat, est-ce cultuel ou culturel ?, les pingouins musulmans s’interrogent sur les lois anti-abayas. Ce n’est pas un vêtement religieux, mais l’interdire est islamophobe. Le débat est posé. Les mollahs en prennent pour leur grade. La religion catholique n’est pas épargnée. Comment rallier les fidèles ?
L’harmonie du couple est ensuite en question avant une dernière partie axée théorie du genre et #MeToo.

© Gorce – Le Cherche-Midi On a connu les pingouins de LL de Mars au début des années 2000 dans des dessins aux situations humoristiques absurdes. Les Givrés du regretté Bruno Madaule ont dégelé pendant des années les pages de Spirou en traitant déjà pas mal d’écologie. Apparus dès 2004 et publiés en album chez Inzemoon depuis 2006, puis chez Buchet-Chastel à partir de 2019, les pingouins de Gorce mettent la barre encore plus haut. Pour leur neuvième coudée, c’est Le Cherche-Midi qui les accueille, avec ce recueil de dessins réalisés pour l’hebdomadaire Le Point.
On peut retrouver Les indégivrables sur leur page Facebook avec un dessin par jour. Ils ont aussi été adaptés en dessins animés avec la voie de Jonathan Lambert il y a déjà quelques années. En voici un épisode : https://www.youtube.com/watch?v=KED3aqqLL0c

© Gorce – Le Cherche-Midi Le Chat de Philippe Geluck monopolise le devant de la scène. Un peu plus politiques et sociétaux, les pingouins de Xavier Gorce sont tout aussi drôles et méritent la même visibilité.
Série : La vie selon Gorce
Tome : Les hommes, les femmes et les autres… (les indégivrables 9)
Genre : Humour givré
Scénario, Dessins & Couleurs : Xavier Gorce
Éditeur : Le cherche-midi
ISBN : 9782749184609
Nombre de pages : 128
Prix : 16,80 €
- Largo Winch 25 – Si les dieux t’abandonnent…par Laurent Lafourcade
Drone de vie
« -John ?
-Largo ?! Je vais faire des envieux ! Tout le groupe cherche à vous joindre. Les rumeurs les plus folles courent déjà. On vous dit mort… ou redevenu globe-trotter…
-Malheureusement, je n’appelle pas pour donner de mes nouvelles. Obi Martins, ça vous dit quelque chose ? »
Île de Sarjenave, quelque part dans l’Adriatique. Largo Winch s’offre quelques jours au calme, farniente et pêche au harpon. Calme ? Pour Largo, on sait que ça ne dure jamais longtemps. A quelques mètres de la côte, un yatch semble abandonné. Notre milliardaire monte à bord, découvre un cadavre et une adolescente cachée. Son père, Obi Martins, vient d’être tué. Il était le patron de l’entreprise Aurora Dynamics. Il portait sur lui un badge du groupe W. Il développait des drones humanitaires et devait, le lendemain, se rendre à Lagos pour inaugurer les premiers prototypes. Comme par hasard, sa femme est décédée dans un accident de voiture quinze jours plus tôt. Lui, a été tué parce qu’il cherchait à entrer en contact avec Largo. Leur fille Hope est à présent seule. Pour le milliardaire et l’orpheline, les ennuis ne font que commencer.

© Francq, Guez, Denoulet, Maya – Dupuis Direction le Nigeria. A Lagos, les drones conçus pas Obi sont présentés. Peu chers, faciles à fabriquer, silencieux, rapides, légers, autonomes, ils peuvent survoler des zones de conflit avec leurs colis sans être repérés. Un outil de reconnaissance faciale, leur permet de reconnaître leur destinataire. Entre de mauvaises mains, la technologie pourrait être détournée à des fins meurtrières. Ça ne va pas tarder. L’enquête de Largo va rapidement mettre le feu aux poudres… de couleurs. Et ce n’est pas le reste de la famille de Hope qui va arranger les choses. Parallèlement, Largo met Simon sur l’affaire. Le séducteur va trouver du répondant.

© Francq, Guez, Denoulet, Maya – Dupuis Nouveau diptyque, nouveau scénariste. Jérémie Guez succède à Eric Giacometti. Romancier et scénariste de longs métrages, Guez a l’habitude d’explorer les marges de la société avec des tensions dramatiques et de la profondeur psychologique. Pour Largo, il signe une histoire d’actualité, tournée vers les nouvelles technologies, sans prise de tête économique, mais juste ce qu’il faut quand même pour rester dans l’ADN de la série. Le héros voit remonter sa condition d’orphelin par le biais de Hope. La situation le met en introspection. Pas question pour lui de l’abandonner en des mains en qui il n’est pas possible d’avoir confiance. La relation Largo/Hope est un rapport de dualité fort comme on en rencontre dans un autre style dans un film comme celui de Luc Besson entre Léon (Jean Reno) et Mathilda (Nathalie Portman).
Au dessin, Philippe Francq est au meilleur de sa forme, s’éclatant dans des scènes d’actions. C’est juste dommage que la couverture, encore une fois, soit simplement une façade moche conçue pour être aisément repérable en grande surface.

© Francq, Guez, Denoulet, Maya – Dupuis Le renouveau Giacometti était une réussite. Le souffle Guez est un coup de maître. Ce vingt-cinquième album est l’un des meilleurs épisodes de la série. Si les dieux abandonnent Largo, ils n’abandonnent pas ses lecteurs.
Série : Largo Winch
Tome : 25 – Si les dieux t’abandonnent…
Genre : Thriller financier
Scénario : Jérémie Guez
Dessins : Philippe Francq
Couleurs : Philippe Francq, Bertrand Denoulet & Maya
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9791034767830
Nombre de pages : 48
Prix : 15,95 €
- Une année chez les françaispar Laurent Lafourcade
Bienvenue au lycée de Casablanca
« -Où sont tes parents, mon petit ?
-Sont pas là.
-On dit « Ils ne sont pas là. »
-Et comment t’appelles-tu ?
-Mehdi Khatib.
-Et les dindons ?
-J’sais pas comment ils s’appellent.
-Je ne veux pas leur nom. Je veux savoir ce qu’ils font là.
-Sont pas à moi.
-Bon, revenons à nos moutons… Ah oui ! Khatib Mehdi ! Tu es interne en sixième. Bienvenue à Lyautey, jeune homme. Je suis M. Lombard, le directeur. »
Dernier samedi du mois d’août 1969, venu de Béni-Mellal, Mehdi Khatib arrive au lycée français Lyautey à Casablanca, avec sa petite valise et deux dindons. Issu de la campagne marocaine, au pied des montagnes de l’Atlas, il a obtenu une bourse pour entrer interne en 6ème. M. Lombard, le directeur, l’accueille avant de le diriger vers la lingerie pour que Madame Benarroch lui vérifie son trousseau. Pas franchement aimable, la dame. Monsieur Morel, le surveillant d’internat, est un peu plus cool, enfin, pour l’instant. Au réfectoire, Mehdi fait la connaissance des premiers élèves qui, comme lui, sont arrivés quelques jours avant la rentrée pour des questions de logistique. Au fil des heures, l’internat se remplit. Les cours vont commencer. C’est la rentrée scolaire.

© BeneDi, Carbone, Alexakis – Steinkis Au milieu de petits français et de jeunes marocains de classes aisées, Mehdi va devoir se faire une place. Féru de littérature et d’autres lectures en tout genre, il va s’adapter à ce nouvel environnement dans lequel il se sent parfois comme un intrus. Alors que tous rentrent chez eux le week-end, lui, habitant trop loin, doit rester sur place. Mais le surveillant n’a pas l’intention de rester enfermé avec lui dans l’établissement. Alors, il l’emmène en ville. (Ça reste entre nous.) Le mercredi après-midi, il faut choisir une activité d’éveil. Mehdi se réfugie dans le théâtre. Finalement, entre les cours et l’internat, il trouve son rythme. Voici déjà venues les vacances de Toussaint. Que va faire la direction de lui ? Peut-être que la famille d’un de ses copains peut l’héberger. Ça lui évitera de rester seul au lycée.

© BeneDi, Carbone, Alexakis – Steinkis Carbone adapte ici le roman de Fouad Laroui paru chez Julliard en 2010 basé sur les souvenirs de l’auteur. C’est ce dernier qui signe la préface de cette transposition en BD, préface où il en dévoile trop et qu’il aurait été préférable de lire plutôt en postface. C’est un détail, mais éviter de la lire avant, vous trouverez plus de plaisir et de surprise à la lecture de l’album. Ancienne enseignante, Carbone connaît bien le milieu scolaire. Même si c’est ici dans le secondaire, elle s’attache au point de vue de l’élève parmi ses pairs et dans un monde d’adultes pas toujours compréhensifs. Sous les couleurs chaudes d’Alessandra Alexakis, la dessinatrice italienne BeneDi adopte un semi-réalisme tendre. Elle donne toute l’émotion possible comme dans la scène aussi drôle qu’émouvante du retour éphémère au village pour un mariage, qui va être une réelle prise de conscience pour Mehdi.

© BeneDi, Carbone, Alexakis – Steinkis Une année chez les français se déroule 14 ans après l’indépendance du Maroc. Le pays porte encore des traces de colonisation. Les gens comme Mehdi représentent l’avenir d’un pays encore en construction. Bienvenue en immersion en classe de 6ème pour un an de la vie du petit garçon venu du pied de l’Atlas.
One shot : Une année chez les français
Genre : Parcours de vie
Scénario : Carbone
D’après : Fouad Laroui
Dessins : BeneDi
Couleurs : Alessandra Alexakis
Éditeur : Steinkis
ISBN : 9782368467374
Nombre de pages : 136
Prix : 23 €
- Mangashi Histoire de la prépublication du Mangapar Laurent Lafourcade
Histoire du Manga et de ses magazines
« Les magazines de prépublication -ou mangashi- sont au cœur de l’industrie du manga ua Japon. Pourtnt, en France, ils sont totalement absents. Pas de Shônen Jump, de Ribon ou de Big Comic dans nos kiosques. Cette absence est d’autant plus étonnante que nous sommes le deuxième pays consommateur de mangas après le Japon et que le marché connaît une croissance fulgurante depuis 10 ans. Comment expliquer ce paradoxe ? Pourquoi ces magazines n’ont-ils jamais trouvé leur place en France ? »
Depuis une dizaine d’années, le marché du manga en France explose, avec des années exceptionnelles au moment du Covid et post-Covid. Depuis 2023, le marché est en baisse, comme tout le secteur du livre, mais il était prévisible que la situation se stabilise après un tel boom. La culture manga a envahi la France avec livres, figurines et animes. Pourtant, il existe un pan de cette culture qui demeure absente : le mangashi, ou magazine de prépublication. Etonnant pour le deuxième pays le plus gros consommateur de mangas après le Japon. En trois chapitres, Maxime Gendron analyse la situation en comparant la prépublication du manga au Japon et celle de la bande dessinée en France, avant de s’intéresser aux tentatives de prépublication du manga en France.

© Gendron – Bulma éditions On remonte le temps aux origines mêmes du manga avec un bond d’une quinzaine de siècles en arrière avec des caricatures sur les murs des temples, puis viendront les rouleaux peints (emaki-mono) et les estampes (ukiyo-e), avant que la vague d’Hokusaï, premier à utiliser le terme manga, ne vienne provoquer un tsunami qui se ressent encore aujourd’hui. A la fin du XIXème siècle, la culture occidentale s’insuffle dans le pays grâce à des artistes ayant amené de nouveaux styles d’illustrations ainsi que leurs techniques. La presse se développe dès le tout début du siècle suivant. Kitazawa et Okamoto sont les innovateurs qui ouvrent la voie de ce qui sera plus tard le manga moderne. Dans la première moitié du XXème siècle, les publications se multiplient, avant que la seconde guerre mondiale ne vienne assombrir le paysage. Pas d’inquiétude, après le conflit, la presse reviendra en force. Dans les années 60, ce sera l’âge d’or des hebdomadaires avec notamment le Shônen Magazine. Shonen, shojo, seinen, le manga se catégorise au fil des ans. Otomo, Tezuka, Urasawa, et bien d’autres, les noms de ces mangakas résonnent aujourd’hui dans le monde entier. Maxime Gendron explique comment certains auteurs travaillent entourés d’assistants, avec les conséquences économiques que cela implique. On découvre ensuite comment le marché a dû se réinventer avec le virage du numérique et les nouvelles générations de lecteurs.

© Gendron – Bulma éditions La deuxième partie du livre s’installe en occident, avec l’avant-gardiste suisse Rodolphe Töpffer qui, dans les années 1830, posa les jalons de ce que l’on appellera plus tard la bande dessinée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, ou mal, les origines du Neuvième Art, Maxime Gendron écrit une synthèse parfaite de tout ce qu’il faut retenir au fil de l’Histoire. Louis Forton, Alain Saint-Ogan, Hergé : les années 1920 sont déterminantes pour l’avenir du genre. 1934, le journal de Mickey. 1938, Spirou. 1944, Coq Hardi. 1946, le journal de Tintin. Dans les années 50, l’album cartonné se démocratise. Dans les années 60, c’est l’âge d’or. La BD dite adulte va ensuite trouver sa place avec Métal Hurlant et autres (A suivre). Plus tard, ce sera la crise avec l’agonie du système de prépublication. Gendron effectue un parallélisme entre manga et BD franco-belge, entre points communs et divergences quant à leur historique.

© Gendron – Bulma éditions C’est ainsi qu’on arrive au troisième chapitre de l’essai : la prépublication du manga en France. C’est en cela que l’ouvrage se démarque de tout ce qui a pu être écrit avant, et où l’on comprend le pourquoi du comment de l’état des lieux aujourd’hui. C’est de 1969 que date la première tentative de prépublication dans les pages du magazine Budo. C’est en 1978 que naît la première revue entièrement dédiée au manga : Le cri qui tue. En 1983, les Humanoïdes Associés et Artefact tenteront sans succès l’édition d’albums. Après la vague anime à la télévision dans les années 80, il faudra attendre 1990 pour que Jacques Glénat lance réellement le manga en France avec Akira, puis Dragon Ball. Tonkam lui emboîte le pas avec les œuvres d’Osamu Tezuka. Viendront ensuite les tentations et les tentatives de lancement de périodiques : des échecs. Gendron les énumère et en analyse les causes, avec notamment le scantrad. Fin 2024, quatre éditeurs européens, dont Kana en France, lancent le trimestriel Manga Issho, avec des prépublications de mangas de leurs pays. Sera-ce enfin notre magazine vedette ?
Des annexes chiffrées bouclent le livre qui ne saurait être complet sans son complément en couleurs Le guide des magazines de prépublication, qui les recense en citant les séries que l’on y retrouve.

© Gendron – Bulma éditions Tout, tout, tout, vous saurez tout sur l’histoire de la prépublication du manga grâce à Mangashi. Maxime Gendron, qui a l’habitude de transmettre sa passion dans des conférences, écrit un ouvrage historique et économique axé sur le présent, basé sur le passé et projeté vers le futur. Très instructif, passionnant même pour les non-initiés, et, contrairement à de nombreux ouvrages issus de travaux d’études, le livre se lit avec fluidité. Manga-issime.
Titre : Mangashi Histoire de la prépublication du Manga
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Maxime Gendron
Couverture : L’atelier de Kriss
Éditeur : Bulma éditions
ISBN : 9791097618117
Nombre de pages : 312
Prix : 22 €
- La dernière maison juste avant la forêtpar Laurent Lafourcade
Loisel en roue libre
« -T’as prévu quoi pour ce long week-end du 14 juillet ?
-C’est l’anniversaire de mon paternel, je vais en profiter pour me reposer et oublier le sexe opposé. »
Pierrot, le facteur du village, est irrésistiblement beau. Enfin, c’est la façon dont il se voit. Il ne comprend pas pourquoi elles ne tombent pas toutes sous son charme. En réalité, on ne peut pas dire que ce soit un Appolon. Pour le long week-end du 14 juillet, il a prévu d’aller fêter l’anniversaire de son père dans la maison familiale, le manoir des de Cormolan, la dernière maison juste avant la forêt. Dans le tramway qui l’amène à destination, il rencontre une femme, Mademoiselle Mimi, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Lola, le mannequin en vitrine du magasin de lingerie sur lequel il fantasme. Il ne sait pas encore qu’elle se rend au même endroit que lui. Il le découvrira sur place après avoir fait une halte pour acheter un gâteau à offrir à son père.

© Loisel, Djian, Tatti – Rue de Sèvres La somptueuse baraque se trouve au milieu d’un grand parc fermé par un portail de fer. Ce n’est pas une maison comme les autres, enfin, ce sont surtout ses habitants qui ne sont pas comme les autres. Un groupe de gnomes vit dans les jardins. L’une d’elle, maladivement jalouse, est amoureuse de Pierrot. Ensorcelé par la mère, le père est un colonel à la retraite transformé en buste de pierre trônant dans le hall d’entrée. Gildas Paterne est un grand serviteur noir ramené des colonies. Pierrot adore prendre des bains dans la baignoire occupée par Coin-Coin, un canard gonflable avec lequel il disserte. Ajoutons à cela que le colonel pense que son fils est un avocat réputé du barreau, qu’une serre renferme des plantes carnivores qui sont utiles en cas de visiteurs gênants, que Mimi a été convoquée pour servir de cadeau à Papa et que Maman est une obsédée sexuelle à la magie un brin caractérielle, et bienvenue dans la dernière maison juste avant la forêt.

© Loisel, Djian, Tatti – Rue de Sèvres C’est le grand retour de Régis Loisel au dessin. Co-scénarisée par Jean-Blaise Djian qui en a eu l’idée originale, la trame est celle d’une pièce de boulevard totalement foutraque à mi-chemin entre La petite boutique des horreurs et Le dîner de cons. L’album inclassable laissera plus d’un lecteur perplexe. Sur le fond, on ne peut pas dire que ce soit raté, mais c’est déconcertant. C’est bizarre, parce que si ça avait été un épisode de Dans les villages de Cabannes, ça serait plus facilement passé. Sur la forme, la couverture, même si elle laisse toute la place au mystère, manque de finesse, et le choix des planches à trois bandes n’est pas justifié. De nombreuses images semblent trop grandes. On est dans de l’exigence, parce qu’on sait que de Loisel, on aurait pu s’y attendre. Les divers dessinateurs repreneurs de la quête savent de quoi on parle.

© Loisel, Djian, Tatti – Rue de Sèvres La dernière maison juste avant la forêt est un album qui se laisse lire et dont la principale réussite est que l’on ressent l’amusement qu’ont pris les auteurs à le réaliser. C’est la récréation que s’offre Régis Loisel avant de se lancer dans l’ultime tome de La quête de l’oiseau du temps.
One shot : La dernière maison juste avant la forêt
Genre : Fantaisie
Scénario : Jean-Blaise Djian & Régis Loisel
Dessins : Régis Loisel
Couleurs : Bruno Tatti
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782810201532
Nombre de pages : 168
Prix : 35 €
- Sur la piste de Blueberrypar Laurent Lafourcade
Les héros sont éternels
« -Ah ! V’là les Hic !… gars pour notre poker du Hic !… du soir ! Ça vous a pas suffi de vous faire plumer quinze jours d’affilée ? Hi hi !
-Moi je joue pas sans Red.
-Mais… Il est mort !!!
-C’est pas une raison pour Hic !… pour l’oublier !
-Bien dit ! Red a été de toutes nos Hic !… de toutes nos parties depuis qu’on est là, et ce sera pareil ce soir ! »
Mike Steve Donovan, alias Blueberry. Qui n’a jamais entendu parler du lieutenant le plus célèbre de la bande dessinée ? Certainement pas la dream team des auteurs qui lui rendent hommage dans les quatorze histoires de ce collectif de grande qualité. Chacun dans son style, les auteurs ne se sont pas contentés de reprendre le ou les personnages dans des aventures décrochées. Ils ont imaginé des événements s’intercalant ou se déroulant à des instants précis dans la bibliographie des albums signés Jean-Michel Charlier et Jean Giraud. Blueberry, qui ne devait être qu’un soldat parmi les autres au Fort Navajo, s’est emparé lui-même de la série pour devenir un personnage mythique. Bienvenue sur la piste de Blueberry !

© Dargaud Olivier Bocquet et Anlor ouvrent le bal en plongeant, non pas dans la jeunesse, mais carrément dans l’enfance du héros. Pour le fidèle Michel Blanc-Dumont, Jean-François Vivier écrit une rencontre avec Jonathan Cartland. Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat organisent une embuscade qui ne va pas se dérouler comme prévu. Il aurait été dommage qu’Enrico Marini ne mette pas en scène Chihuahua Pearl, avec laquelle il joue la carte de l’humour, tout comme Dominique Bertail, mais lui avec Jim Mc Clure. Il n’est pas étonnant que la meilleure histoire soit signée du duo qui a récemment remis le western au pinacle avec Jusqu’au dernier. Jérôme Félix et Paul Gastine nous invitent à une partie de cartes comme on n’a jamais joué. Ils sont en tout vingt-neuf auteurs à participer à l’ouvrage, la plupart avec des histoires courtes, les autres avec des illustrations, comme Blutch et ses magnifiques revisites de couverture.

© Dargaud Avant chaque récit, les auteurs se souviennent du moment où, jeunes lecteurs pour la plupart, ils ont découvert la série. A 15 ans, Thierry Martin est impressionné par Le spectre aux balles d’or. Lecteur de Pilote, Al Coutelis montre le choc que ça a été à sa parution en 1963, sur les pas de Jijé avant que Giraud ne prenne son autonomie graphique. Ado, Olivier Taduc est subjugué par la couverture d’Angel Face qu’il feuillette, trop tôt peut-être, un rendez-vous manqué qu’il concrétisera plus tard avec Le cheval de fer. Quant à Fred Duval, son album préféré est Nez cassé. Tous ces titres, et les autres, font encore rêver. C’est Corentin Rouge qui clôt le collectif avec un Blueberry vieillissant voyant l’avenir débarquer chez lui avec les conséquences du passé.

© Dargaud Avec une couverture de Mathieu Lauffray, Sur la piste de Blueberry est une invitation à se replonger dans la série complète. L’album a la saveur d’une madeleine de Proust qui peut aussi donner l’envie à ceux qui ne la connaîtrait pas de la découvrir. Un petit scoop pour terminer : en 2026, sort la suite d’Amertume Apache, le diptyque Blueberry de Christophe Blain et Joann Sfar.
One shot : Sur la piste de Blueberry
Genre : Western
Scénario & Dessins : Anlor, Alberto Belmonte, Dominique Bertail, Michel Blanc-Dumont, Blutch, Olivier Bocquet, Vincent Brugeas, Stefano Carloni, Alexandre Coutelis, Fred Duval, Jérôme Félix, Paul Gastine, Goossens, Mathieu Lauffray, Lu Ming, Jean Mallard, Milo Manara, Enrico Marini, Mathieu Mariolle, Thierry Martin, Matz, Ralph Meyer, Félix Meynet, Vincent Perriot, Corentin Rouge, Olivier Taduc, Ronan Toulhoat, Jean-François Vivier, Philippe Xavier
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213478
Nombre de pages : 128
Prix : 21,50 €
- Le Paris des merveilles 3 – L’élixir d’oubli 1/2par Laurent Lafourcade
Willem for ever
« -Merci pour ce festin, Isabel ! J’avais besoin d’un dernier bon repas avant ma retraite auvergnate !
-Je lève mon verre à votre prompt rétablissement, Edmond !
-Et ce cognac est une merveille, Louis ! J’ose à peine imaginer son âge…
-Il date de 1720, Edmond ! Une excellente année !
-Je crois me souvenir que c’est l’année où vous vous êtes rencontrés, n’est-ce pas ? »
Ambremer, 1720. La Reine est en plein désarroi. L’élixir d’oubli a été dérobé. Il faut absolument le récupérer avant qu’il ne soit utilisé sur Terre. Seul le cercle de Gélancourt pourrait l’aider, mais elle a du mal à se résoudre à faire confiance en des humains. Paris 1910. Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du cercle Cyan, se remémore avec ses amis ce qu’il s’est passé 190 ans plus tôt et sa rencontre avec Isabel. Il se rappelle de ce soir où son ami Raynaud, un dragon, s’est fait assassiner en rentrant chez lui, tué par une balle de sélénium noir, un métal qui ne se trouve que dans l’outremonde. Rappelons que les êtres du monde parallèle qui viennent sur Terre sont contraints de conserver une apparence humaine. Alors que l’on suit cette enquête dans le passé, deux siècles plus tard, Griffont ne se doute pas encore qu’elle va avoir un sombre écho.

© Pevel, Willem, Capia, Wenish – Bamboo Au niveau scénaristique, on est sur une enquête militaro-politique où la cape et l’épée se mêlent à la fantasy. On est dans un début de guerre civile où les cercles de mages tirent les ficelles de la diplomatie. On pourrait faire un parallèle avec la franc-maçonnerie. La double époque de l’histoire ne rend pas le récit facile à suivre, d’autant plus que ni Willem ni Capia n’utilisent d’artifices visuels pour les distinguer, si bien que l’on se perd parfois. Même si les personnages que l’on retrouve de l’une à l’autre ne sont pas costumés pareil, il faut de la concentration pour rester dans la bonne époque. C’est une adaptation. Il n’y a pas la fluidité des Artilleuses, série parallèle originale, et c’est dommage. Peut-être aurait-il fallu plus de tomes par épisode.

© Pevel, Willem, Capia, Wenish – Bamboo Quelle émotion ! Mais quelle émotion de tenir entre les mains le dernier album d’Etienne Willem, tragiquement disparu en 2024. Il avait entièrement adapté et story-boardé l’histoire. Il avait finalisé les quinze premières planches. Ça ne pouvait rester inachevé. En accord avec sa famille, l’éditeur s’est mis à la recherche de quelqu’un capable d’assurer la relève. C’est là que Christophe Arleston tombe sur des dessins de l’illustratrice Capia. La jeune femme a chaussé les bottes de Willem pour conclure le livre, et s’attaquera après à la suite de l’adaptation des romans de Pierre Pevel. C’est graphiquement incroyable. Les néophytes n’y verront que du feu.
En fin d’album, un cahier graphique rend hommage à l’immense talent de Willem avec des croquis, de lui et de Capia, et surtout des images du projet Clans of London sur lequel il travaillait en parallèle. Ça promettait.

© Pevel, Willem, Capia, Wenish – Bamboo La magie du Paris des merveilles fait entrer le fantastique dans la réalité. Etienne Willem nous laisse une transposition fidèle de l’univers de Pevel, que Capia va poursuivre dans le plus pur respect de son prédécesseur. Un récit intriguant, et pour le coup, émouvant.
Série : Le Paris des merveilles
Tome : 3 – L’élixir d’oubli 1/2
Genre : Aventure semi-fantastique
Scénario : Etienne Willem
Dessins : Etienne Willem & Capia
Histoire originale et dialogues : Pierre Pevel
Couleurs : Tanja Wenish
Éditeur : Bamboo
Collection : Drakoo
ISBN : 9782382332245
Nombre de pages : 80
Prix : 15,90 €
- The doomed Puma / Rei Sen Pacifique 2par Laurent Lafourcade
Depuis les ciels ennemis
« -La moitié de Kiev est en flammes. La route de Jytomyr est encombrée de soldats et de véhicules. Nous ne pourrons pas tenir la ville beaucoup plus longtemps.
-Des avions à midi !
-Vu !
-Virons au large derrière eux, puis nous attaquons dans le soleil ! »
Budapest, 11 juin 1951. Au moment d’être exécuté par pendaison, Lajos Thot voit défiler sa vie. Accusé de conspiration visant à renverser la république populaire de Hongrie, le pilote d’avion de chasse va mourir. En été 1943, il combattait sur le front de l’Est en tant que membre de l’escadron de chasse 5/2. En octobre de la même année, il goutte l’eau du Dniepr après que son Messerschmitt est touché par un chasseur soviétique. Quelques jours plus tard, il abat cinq oiseaux de fer. Le vent va tourner en août 1944 avec un assaut allié en Hongrie. Les yankees attaquent avec un avantage d’altitude significatif. Les combats vont durer jusqu’à la défaite, et ce ne sont pas les ennemis qui auront raison de Lajos Thot. Comment a-t-il donc pu bien en arriver là ?

© Pozsgay – Paquet Rei Sen Pacifique nous amène au Japon en avril 1943. Depuis 8 ans, les japonais tentent de repousser l’attaque des alliés sur Guadalcanal. Les pertes sont importantes des deux côtés. Daisuke Tanaka a été affecté à l’aérodrome de Balalae au milieu de l’archipel des Salomon. Il n’a plus de nouvelles de son ami Kenji, envoyé sur une autre base. Depuis son arrivée, Daisuke est l’ailier du premier maître Goro Kusaka. Les victoires faciles font partie du passé. Le problème est que les jeunes pilotes recrutés sont sans aucune expérience. Daisuke est épuisé. Depuis des mois, il n’a pas pu profiter d’une seule permission. Quelques jours à l’infirmerie lui permettront-ils de repartir d’attaque ?

© Speltens – Paquet The doomed Puma et Rei Sen Pacifique sont deux histoires qui ont l’originalité de raconter la guerre vue d’un camp ennemi. Le puma hongrois et le bombardier-torpilleur Nakajima B5N de la marine impériale japonaise combattent les forces alliées. Gyula Pozsgay, auteur de The doomed Puma, est lui-même hongrois. Son grand-père était artilleur sur un bombardier rapide pendant la Seconde guerre mondiale, et plus tard peintre amateur. C’est de lui qu’il tient son amour pour l’aviation et ses compétences en dessin.

© Pozsgay – Paquet Olivier Speltens est une valeur sûre de la BD historique. Tous deux manient les combats aériens avec la même dextérité. Même les lecteurs non férus de bande dessinée d’aviation ne peuvent qu’être subjugués par leurs planches dans ces ciels de guerre.

© Speltens – Paquet Equivalent de la collection Calandre pour la bagnole (et non pas la voiture, le terme est précis), la collection cockpit peut s’enorgueillir d’albums historiques finement documentés. Romain Hugault a tracé une voie. Il peut être fier du sillage qu’il a laissé derrière lui.


One shot : The doomed Puma
Genre : Aviation
Scénario, Dessins & Couleurs : Gyula Pozsgay
Éditeur : Paquet
Collection : Cockpit
ISBN : 9782889326686
Nombre de pages : 48
Prix : 14,50 €
Série : Rei Sen Pacifique
Tome : 2
Genre : Aviation
Scénario, Dessins & Couleurs : Olivier Speltens
Éditeur : Paquet
Collection : Cockpit
ISBN : 9782889324866
Nombre de pages : 48
Prix : 14,50 €
- Les écrits les plus visionnairespar Laurent Lafourcade
Ils ont fait l’esprit du monde
« -Puissent tous les hommes se souvenirs qu’ils sont frères ! Ne nous haïssons pas. Ne nous déchirons pas les uns les autres. »(Voltaire)
De tous temps, le monde a été éclairé par des génies. Ces gens-là l’ont non seulement éclairé, mais l’ont également fait évoluer. Ils ont laissé des écrits qui ont permis de faire évoluer les mentalités, en déclenchant parfois des polémiques, avec une vraie vision de droit, de devoir, de justice et d’avenir. Dans le monde de la politique, de l’écologie et de l’économie, dans les sciences, dans la psychologie, la sociologie et l’éducation, et enfin dans les arts, en quatre domaines, les auteurs vont nous raconter, par le biais d’une vulgarisation sérieuse et drôle, comment dix-sept personnes ont fait que, s’ils n’avaient pas existé, la face du monde en aurait été changée.
Dans le domaine politique, économique et écologique, les héros se nomment Voltaire, Olympe de Gouges, Adam Smith et Rachel Carson. Faisons un focus sur Voltaire, dont le traité sur la tolérance découle de l’affaire Calas. Rien à voir avec la cantatrice, qui plus est avait deux « l ». Il s’agit de Jean, accusé d’avoir tué son fils, qui en fait s’était suicidé. Il sera condamné à mort en 1762. L’année suivante, le traité de Voltaire alerte l’opinion publique. Jean Calas est réhabilité en 1765. Si ça ne le fera pas revenir, ça permettra d’éveiller les mentalités pour les suivants.

© Bravi, Hoge, Zolynski – Le Robert Galilée, Emilie du Châtelet, Diderot, Einstein et Turing composent le chapitre des sciences. Intéressons-nous à Emilie du Châtelet, la pionnière de la physique en France, connue pour avoir traduit les principes mathématiques d’Isaac Newton, en y ajoutant des précisions. Depuis l’Antiquité, la science s’est découverte et construite. Collaboratrice de Voltaire, elle intègre en 1746 l’université de Bologne, la seule ouverte aux femmes en Europe.

© Bravi, Hoge, Zolynski – Le Robert Avec Freud, Montessori et Bourdieu, la psychologie, l’éducation et la sociologie sont à l’honneur. Au XXème siècle, Pierre Bourdieu propose de nouveaux outils pour expliquer le fonctionnement et le mode de vie des individus. Trouvant ses sources dans les cent cinquante ans d’études de ses prédécesseurs, son ouvrage Questions de sociologie est fondateur. Professeur au Collège de France, Bourdieu conçoit l’« habitus », une démonstration de la prédominance du capital culturel dans les styles de vie de ses contemporains.
De Vinci, Zola, Verne, Lumière et Orwell sont les acteurs de la dernière partie consacrée aux arts. Avec Jules Verne, les auteurs mettent l’éclairage sur le côté visionnaire de l’écrivain qui a anticipé de nombreuses inventions techniques tout au long du XIXème siècle, notamment dans Vingt mille lieues sous les mers.

© Bravi, Hoge, Zolynski – Le Robert Pour chacun des destins racontés dans le livre, on trouve un bref résumé de ce que l’on doit au personnage historique, le contexte du passé et de l’époque, un portrait de sa vie, ainsi qu’un extrait de son texte fondateur, avant que l’on nous explique en quoi l’écrit est visionnaire et pourquoi il résonne encore autant de nos jours. Après Avez-vous les classiques de la littérature ? et Les discours les plus éloquents, accompagnée des meilleurs spécialistes, Soledad Bravi poursuit son œuvre de vulgarisation culturelle avec humour. Apprendre comme ça, c’est beaucoup mieux que de l’éducation Montessori.
One shot : Les écrits les plus visionnaires
Genre : Histoire avec humour
Textes : Vincent Hoge et Candice Zolynski
Scénario, Dessins & Couleurs : Soledad Bravi
Éditeur : Le Robert
ISBN : 9782321020981
Nombre de pages : 288
Prix : 19,99 €
- L’homme à la licornepar Laurent Lafourcade
La réalité de la fiction
« -Parrain, on va marcher longtemps ?
-Oui.
-C’est ça la chasse à la bécasse, mon petit Christophe.
-Pourquoi on la voit jamais la bécasse ?
-C’est l’animal le plus difficile à chasser. Elle se cache, elle attend toujours le dernier moment pour partir. »
Au début du printemps, il y a de l’enthousiasme dans l’air. Christophe, un auteur de BD, traverse la place sous les grands arbres. Il a rendez-vous avec la licorne. Il appelle Albert, Albert Lustig, un drôle de loustic. Son histoire est folle. La réalité est parfois si incroyable qu’il faut en faire une fiction. Une visite au musée de la chasse et de la nature fait remonter chez Christophe le souvenir d’une partie de chasse à la bécasse avec son parrain. Celle-ci se cache et fait tourner ses prédateurs humains en bourrique. Au musée, Christophe cherche la vitrine de la licorne avec toute l’histoire d’Albert Lustig. Renseignements pris, elle est en réparation car un visiteur s’est approché trop près. Qui est cet Albert qui semble si important ?

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avant de s’attarder sur son destin, il est indispensable de passer par l’histoire de son père Victor, un affabulateur, un malin, un escroc. Dans les années 1920, il y a un siècle de cela, il a vendu la Tour Eiffel. L’histoire de Victor est connue. C’est pour cela que Christophe a décidé de raconter l’histoire de son supposé fils Albert, supposé car dans toute histoire d’arnaque, rien n’est jamais sûr. Pourtant, tout est dans l’ADN. L’escroquerie semble être dans les gênes familiaux. Le cheval de bataille d’Albert est une licorne. Le type va tenter de faire croire à Rob O’Hara, un milliardaire américain féru de chasse, qu’il y a une vallée des licornes dans le désert du Kalahari, entre l’Afrique du Sud et la Namibie.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Albert, Victor,… Le mensonge de l’un est vrai, celui de l’autre est faux, mais pourquoi ne serait-il pas vrai ? En se basant sur un personnage réel, suivant les bases posées par Claude d’Anthenaise qui fut directeur du musée de la chasse et de la nature, Dabitch met en scène un descendant qui va dans la surenchère du mensonge. Cela permettra-t-il au personnage auteur, Christophe, de raconter l’histoire parfaite ? Christophe Dabitch écrit une histoire sur mesure pour Nylso, non dénuée d’humour. Au dessin, le hachuriste maîtrise sa technique avec des natures fouillées mais jamais fouillis. Les planches avec la licorne dans la forêt sont d’une poésie incroyable. Pilier des éditions FLBLB avec la sublime série Jérôme d’Alphagraph, et des éditions Misma, c’est la première fois que Nylso est édité dans une maison mainstream. Largement grandprixmable, l’auteur n’a pas fini d’être remarqué.

© Nylso, Dabitch – Futuropolis Avec un sujet original et une narration hors norme, L’homme à la licorne invite à la fois à la méfiance et au rêve. Impossible de ne pas s’imaginer dans la tête des dupés. Et d’ailleurs, les licornes, pourquoi n’existeraient-elles pas ? Un des événements de cette fin d’année.
One shot : L’homme à la licorne
Genre : Rêverie
Scénario : Christophe Dabitch
Dessins : Nylso
Éditeur : Futuropolis
ISBN : 9782754845038
Nombre de pages : 224
Prix : 25 €
- L’abolition, le combat de Robert Badinterpar Laurent Lafourcade
« C’est la mort que vous réclamez. Pas la justice. »
« –Accusés, levez-vous !… Existe-t-il des circonstances atténuantes en la faveur de l’accusé Roger Bontems ? La réponse est « Non ». En conséquence, la cour et le jury condamnent, à la majorité et sans désemparer, Buffet Claude et Bontems Roger à la peine de mort. »
Une évasion ratée qui tourne mal, des otages exécutés, un procès, et deux accusés sont condamnés à mort. Sauf que voilà, un seul d’entre eux a commis l’acte, mais la sentence est commune. Bien que le coupable ait reconnu la responsabilité des faits, l’innocent ne sauvera pas sa tête. Nous sommes en 1972. Quelques mois plus tard, le président Pompidou ayant refusé la grâce, l’avocat Robert Badinter voit son client Roger Bontems guillotiné. L’abolition de la peine de mort deviendra le combat de sa vie.
Marie Bardiaux-Vaïente est historienne. Elle a signé une thèse sur l’abolition de la peine de mort dans les six pays fondateurs de l’Union Européenne. Elle raconte à présent en bande dessinée les tenants et les aboutissants de la carrière de l’avocat Robert Badinter qui deviendra en 1981 Garde des Sceaux dans le gouvernement de Pierre Mauroy sous François Mitterrand.

© Bardiaux-Vaïente, Kerfriden – Glénat La scénariste a évité tous les pièges dans lesquels tombent fréquemment ce genre de récits historiques. Ni pompeux, ni verbeux, ce récit de l’abolition décrit des faits, rien que des faits, de manière objective. On passe d’une séquence à une autre de manière abrupte mais efficace.
Robert Badinter, en différenciant la justice de la peine de mort, a prouvé aux français qu’il était temps de changer de mentalités. Son père n’est jamais rentré de camp de concentration, mais jamais il n’aurait souhaité un tel sort à son bourreau. S’il faut sauver des monstres, il le fera. « La France a peur. » annonçait froidement Roger Gicquel en ouverture du journal de 20 h de TF1 le 18 février 1976 au lendemain de l’arrestation de l’assassin d’enfant Patrick Henry. Il en faudra de la conviction pour convaincre le peuple que la loi du Talion n’est pas une réponse justifiée. Elle est tout sauf une solution.

© Bardiaux-Vaïente, Kerfriden – Glénat De l’affaire Bontems aux mensonges de Patrick Henry, de l’accession au pouvoir de François Mitterrand au procès de Klaus Barbie, L’abolition balise toutes les étapes qui ont fait de Robert Badinter l’un des plus grands hommes politiques du XXème siècle. En faisant de la plaidoirie du procès de Patrick Henry un procès de la peine capitale, il a prouvé les revers d’une telle sanction dans une société qui se trompe dans ses sentences.
Malo Kerfriden réalise un travail de dessinateur exceptionnel faisant de cet album un livre indispensable. Dans des bichromies sombres et poignantes, Kerfriden met en scène avec autant de force les scènes d’actions que les joutes oratoires. Le chapitre sur Patrick Henry propose notamment un épisode complexe dans lequel la police essaye de reconstituer et de lui faire avouer son crime, avant la découverte du corps de sa victime. Le dessinateur met le lecteur en immersion. L’album est réédité à l’occasion de l’entrée de Robert Badinter au Panthéon. La couverture montre l’avocat en pleine plaidoirie. Le quatrième plat reprend l’image de l’éditions précédente sur laquelle l’ombre de Badinter est en forme de guillotine, comme pour mieux « guillotiner » la peine de mort.

© Bardiaux-Vaïente, Kerfriden – Glénat « L’abolition doit être pure, simple et définitive » prônait Victor Hugo devant l’Assemblée constituante le 15 septembre 1848. Il faudra attendre 131 ans pour que son discours soit entendu. Grâce à un homme comme Robert Badinter qui a fait de cet Etat un pays civilisé en faisant voter l’abolition de la peine de mort, la France n’a plus à avoir peur de se regarder en face.
One shot : L’abolition, le combat de Robert Badinter
Genre : Histoire
Scénario : Marie Bardiaux-Vaïente
Dessins & Couleurs : Malo Kerfriden
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344072073
Nombre de pages : 144
Prix : 23 €
- Historix Les coulisses de l’Histoire de Francepar Laurent Lafourcade
Débattre de l’Histoire
« -Mesdames, messieurs. Bienvenue au théâtre de l’Histoire ! Merci de bien vouloir éteindre vos portables… et de ne pas oublier l’ouvreuse.
-Bonjour. Je m’appelle Ernest Lavisse et je suis votre instituteur national… »
Ernest Lavisse est un historien français né en 1842 et mort en 1922. Auteur de manuels scolaires, directeur de l’Ecole Normale, secrétaire du Ministre de l’Instruction Publique Victor Duruy, il a accompagné la formation de générations d’enseignants dont les fameux instituteurs que l’on appelait les hussards noirs de la République. A travers vingt-deux chapitres racontant chacun une époque, c’est lui qui va nous guider tout au long de ce livre, du temps des gaulois jusqu’à aujourd’hui, sous la plume de Jean-Yves Le Naour et le crayon de Marko qui vont commenter leur livre en direct comme une mise en abime. Avec eux, le maître d’école survole les siècles avec humour en déboulonnant quelques idées reçues.

© Le Naour, Marko – Dunod Graphic La leçon ne sera pas toujours aisée à enseigner pour Ernest Lavisse. Les auteurs lui collent une contradictrice en la personne d’une enseignante contemporaine qui va mettre en exergue les échos du passé dans le présent. Si Lavisse commence son histoire au temps des gaulois et non pas des francs, c’est parce qu’il y a une raison. On vous la laisse découvrir dans le livre. On va voir comment l’image faussée de nos ancêtres est utilisée par les politiciens actuels. Avec les invasions barbares, on s’intéresse à Clovis et on verra pourquoi et comment son image a été reléguée au second plan par rapport à celle de Vercingétorix, tout comme les rois carolingiens inspirent beaucoup plus de références que les rois mérovingiens. Au fil des chapitres, on découvre comment la classe politique s’est saisie des moments qu’elle a voulu de l’Histoire. On pense entre autres au Front National qui s’est accaparé l’image de Jeanne d’Arc.

© Le Naour, Marko – Dunod Graphic Chaque chapitre s’ouvre par une frise historique qui replace les événements auxquels on va assister les uns après les autres. Ernest Lavisse donne ensuite son cours comme sur la scène d’un théâtre, ou plutôt l’estrade d’une salle de classe, avant d’être interrompu, voire recadré par l’enseignante d’aujourd’hui. Jean-Yves Le Naour s’attache aux dialogues, très importants. Chaque mot a son poids lorsqu’on parle d’Histoire. Marko s’intéresse aux personnages et utilise le moins de décor possible. La culture du lecteur fait le reste pour qu’il ne manque rien. On ne va pas retracer ici les époques une par une. On remarque que la problématique des relations franco-allemandes est récurrente au milieu du reste. Après avoir tout lu, au final, on se rend compte que l’on ne tient pas dans les mains un livre sur l’Histoire, mais bel et bien le contenu d’un débat sur l’Histoire.

© Le Naour, Marko – Dunod Graphic On ne l’avait pas forcément vu venir mais Historix est à lire en réseau avec deux autres ouvrages des mêmes auteurs : A bâbord toute et A tribord toute, histoires respectives de la gauche et de la droite en BD, chez le même éditeur. Au fond, l’Histoire est une question de politique et la politique le lui rend bien en faisant tout un tas d’histoires. Historix, les coulisses de l’histoire de France instruit et vulgarise dans un album pédagogique d’une fluidité exemplaire.
One shot : Historix Les coulisses de l’Histoire de France
Genre : Histoire
Scénario : Jean-Yves Le Naour
Dessins & Couleurs : Marko
Éditeur : Dunod Graphic
ISBN : 9782100873623
Nombre de pages : 224
Prix : 22,90 €
- Deryn Dupar Laurent Lafourcade
Morts mystérieuses en bord de mer
« -Monsieur l’agent ! Monsieur l’agent, s’il vous plaît ! La nuit du défenestré, j’ai vu une enfant dans la rue. Elle était seule, cela m’a paru étrange…
-A cette heure-là, nos enfants sont couchés, jeune homme. »
Dans un petit village de campagne galloise en bord de mer, l’été commence bien. Une baleine est retrouvée échouée sur la plage, le corps lacéré et les entrailles à demi dévorées. Quelle créature a bien pu lui faire subir ce sort ? Le soir, un homme trouve une poupée devant sa porte. Sa femme lui demande de faire disparaître cette abomination. Il file jusqu’au port et la jette à la mer. Le lendemain, le couple est retrouvé mort dans leur lit, comme s’ils avaient été piétinés par des chevaux. Chose étrange et paradoxale, il n’y a aucune éclaboussure de sang sur les meubles et les rideaux. Les morts se succèdent. Mortimer a été retrouvé comme broyé par un kraken. Le charpentier semble avoir été empoisonné par mille araignées. Depuis quinze jours, le village est devenu un berceau de l’enfer. Pendant ce temps, dans un grenier, une petite fille récite des poèmes morbides au milieu de poupées de porcelaine.

© Sorel – Dupuis L’enquête piétine. Les mises en scène macabres sont dignes du théâtre de Grand-Guignol. La police est sur les dents. Arrivera le jour où un coupable sera trouvé et pendu. Si les forces de l’ordre veulent rester cartésiennes, il semble pourtant bien que le surnaturel pointe le bout de son nez. C’est l’avis de Gwilym, venu de la ville et qui loge à l’auberge. Lecteur d’Arthur Machen, il aime se promener dans les près au-dessus des falaises. C’est là qu’il va rencontrer la jeune Deryn, étrange petite fille qui l’invite à prendre le thé. Elle considère son invité comme un passeur de fées. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Nous, lecteurs, savons que c’est l’occupante du grenier. Mais quelles sont ses intentions ? A-t-elle un rapport avec toutes ces morts ?

© Sorel – Dupuis Avec Deryn Du, le but de Guillaume Sorel était de susciter la peur en bande dessinée, peut-être la sensation la plus complexe à retranscrire par ce média. C’était aussi le défi de Luc Brunschwig quand il a écrit L’esprit de Warren à la fin des années 90 avec Servain chez Delcourt. Chacun dans son genre, l’un comme l’autre a réussi son coup. Lorsque Gwilym s’endort avec son livre au pied d’un arbre, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour Alice au pays des merveilles, au tout début de l’histoire de Lewis Carroll. La suite n’est pas à mettre entre les mains des disneyphiles. On quitte très rapidement Carroll pour faire un tour chez Lovecraft et Edgar Allan Poe. Deryn Du s’inspire de la littérature et du cinéma britannique fantastique. Sorel en a eu l’idée après avoir regardé le film Opération peur de Mario Bava. Le projet aura mis vingt ans à se concrétiser. Sorel installe des séquences de calme pour mieux surprendre. Un léger doute est fugace sur du rêve. Le surnaturel se concrétise.

© Sorel – Dupuis Avec des coups de maître comme Deryn Du, la collection Aire Libre justifie sa raison d’être. Le scénariste maîtrise, le dessinateur crédibilise. Guillaume Sorel en a parcouru du chemin depuis Le fils du grimacier et L’île des morts. Il est de retour au sommet de son art. En postface, il annonce à présent se diriger vers d’autres pistes. On verra ce qu’il va explorer. On ne peut que le saluer d’essayer de nous surprendre encore, mais on sait ce qu’il sait faire de mieux. Deryn Du en est la preuve.
One shot : Deryn Du
Genre : Horreur
Scénario, Dessins & Couleurs : Guillaume Sorel
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
ISBN : 9791034767557
Nombre de pages : 136
Prix : 25 €
- Goossens – Anthologie de 1977 à 1990par Laurent Lafourcade
Du Fluide majuscule
« -Commandant Ledgard, l’ennemi est à nos portes et la situation est critique. Aussi le haut commandement a-t-il décidé, au vu de vos exploits, de vous confier une mission : la mission de la dernière chance. Pour sauver le monde, il vous faudra décoller à 12h exactes, déjouer la chasse ennemie qui nous encercle, sauter en parachute en territoire ennemi, vous procurer par n’importe quel moyen des explosifs, puis enfin atteindre votre cible : l’usine de traitement d’eau lourde, qu’il vous faudra saboter. Bonne chance.
-Impossible, mon colonel.
-Impossible ? Comment ça ?
-Si je bougeais, mon colonel, je détruirais instantanément les beaux plis que font mes manches. »
Février 1977. Le messie revient dans Fluide glacial sous la plume de Daniel Goossens qui, lui, y débarque pour la première fois. Jésus passe un entretien d’embauche à l’hôtel de la gare. Plus tard, il sera le héros du premier album de l’auteur dans la maison d’édition de Marcel Gotlib. Ce sera le premier d’une longue série. Depuis, entre personnages éphémères et héros récurrents, Daniel Goossens n’a jamais quitté les pages de Fluide. Entre récits complets et couvertures, cette anthologie propose un survol de son œuvre de ses débuts en 1977 jusqu’en 1990.

© Goossens – Fluide glacial Les grands anciens présentent leur science mystérieuse, de la lumière des ténèbres au caca dans le pot. L’horreur est au rendez-vous avec les vampires de la grotte et les sortilèges du Comte Karlgraf, chauds, très chauds. Il y a de l’absurde dans les histoires de Goossens. L’auteur met très souvent ses acteurs en décalage. Les habitants de l’immeuble du guardian sont là pour le rappeler, ou plutôt Goossens est là pour le leur rappeler. Le petit Poucet étant décédé, c’est dans une rétrospective qu’on va le retrouver. Le Père Noël, lui, est bien vivant. Il prend un gorgeon au bar avant de reprendre sa tournée. Le cinéma avec Clark Gable, la musique avec les Beatles, la littérature avec San Antonio, Goossens tord et distord toute forme de culture.

© Goossens – Fluide glacial Des couvertures d’albums et de magazines s’intercalent entre les histoires. L’enfer de la drogue, les plus grands héros peuvent y sombrer. C’est le cas de ce type avec une houppette qui se pique en couverture du Fluide n°21, scène qui fera bien sourire Hergé en personne. Si Goossens est un auteur si reconnu aujourd’hui, c’est aussi grâce à sa maîtrise de l’anatomie et, par conséquent, des plis des vêtements. Il résume ses techniques dans quatre pages de traité d’anatomie artistique se terminant par des disgressions autour de l’homme de Vitruve.
L’album fait quelques incartades à Fluide comme avec les « oubliés du progrès » issus de (A suivre) ou les hérissons sortis des pages du Psikopat. On apprend aussi que d’autres éditeurs ont repris des histoires en albums comme les éditions Bédérama avec Ga ou L’Association avec Adieu mélancolie.

© Goossens – Fluide glacial Daniel Goossens est un auteur très souvent cité en référence par ses pairs, tout en restant quasi-inconnu des profanes. Avec une introduction de Boulet et les textes signés Nicoby et Olivier Monnaye pour une exposition à Quai des Bulles en 2024, cette anthologie est l’occasion de faire (re)découvrir la finesse de son humour et la précision de son trait.
One shot : Goossens – Anthologie de 1977 à 1990
Genre : Humour
Scénario & Dessins : Daniel Goossens
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208872
Nombre de pages : 112
Prix : 19,90 €
- Thorgal 43 – La vengeance de la déesse Skædhipar Laurent Lafourcade
Réunion de famille
« -Par tous les démons infernaux ! Que s’est-il passé ici ?
-Ces deux rôdeurs nous ont attaqués ! Ils ont tué notre chef et massacré six de nos compagnons !
-Deux rôdeurs capables d’occire sept gaillards de votre trempe ? Voilà qui pourra intéresser Rolf !
-Je suis Thorgal, père d’Aniel Aegirsson, jarl du castel de cette contrée !
-Un pouilleux comme toi, le père de notre jarl ?! Ridicule ! Apprends que notre jarl ne se nomme pas Aegirsson, mais Aniel de Valnor ! »
Thorgal tente de tirer Boréale d’un bien mauvais pas. Tombée dans un piège et capturée par des barbares, la compagne de Jolan était en train de s’évader quand son beau-père est intervenu. Manque de bol, le combat tourne court. L’arrivée de renforts ennemis stoppe la rixe. Thorgal et Boréale sont arrêtés. L’orphelin des étoiles a beau dire qu’il est le père d’Aniel, le jarl de la contrée, rien n’y fait. Ils sont jetés au cachot.
Aniel, justement, est occupé à analyser avec un instrument grossissant l’épiderme d’une espèce de globe extrait d’un des yeux de la déesse Skædhi. La structure interne de l’entité prouve qu’elle est infiniment complexe. D’origine animale, végétale ou cristalline, nul ne le sait, les sphères incrustées dans les cristaux de la roche seraient vivantes. Pendant que des savants vont tenter de les extraire sans les abîmer, Thorgal n’a pas l’intention de croupir en geôle.

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard Il ne faut pas oublier que Boréale vient d’un autre monde et d’un autre temps. C’est une astrophysicienne spécialisée dans l’univers quantique. Elle cherche à en savoir plus sur Aniel, qui serait de sang Atlante et aurait hérité de dons prodigieux. Alors qu’il ignore que son père est prisonnier, le jeune homme aux yeux rouges est envoûté par les décoctions de Dame Pallas. La magicienne cherche à le convaincre de l’intégrer au phalanstère scientifique du castel. Pas sûr que les savants orientaux voient cela d’un bon œil (de Skædhi). Et, au fait, Kris de Valnor, est-elle toujours vivante ? Rassurez-vous, elle ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.
Après quelques épisodes plutôt indépendants, le fil rouge de la saga se renoue dans ce quarante-troisième album de la série-mère de Thorgal. C’était nécessaire afin de se démarquer de la série de one-shots Thorgal Saga qui auraient pu risquer de lui donner un petit coup de vieux. C’était sans compter sur Fred Vignaux et Yann qui veillent au grain.

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard Avec des thèmes contemporains comme les rapports entre science et religion, ainsi que le féminisme, Yann garde la série entre tradition et modernité. Est-ce cela qui n’a pas plu à l’éditeur ou aux ayants-droits ? Toujours est-il qu’au cours de la réalisation de cet album, le scénariste a appris que ce serait son dernier. Après tout ce qu’il a offert à l’univers dans le plus pur respect de son ADN, c’est regrettable. Qu’aurait-il fait de l’incroyable twist final qui ramène l’aventure dans quasiment son berceau ? On ne le saura jamais. A son successeur de s’en emparer. En tous cas, qu’on nous laisse encore longtemps Fred Vignaux qui est de plus en plus solide, réalisant encore une fois un sans faute et mettant en scène un final de haute volée. Un mot enfin sur le troisième auteur, celui qui fait le papier sans qui le cadeau ne serait jamais aussi beau, le coloriste Gaétan Georges. Quand est-ce que les éditeurs vont avoir tous le réflexe d’inscrire leurs noms sur la couverture des albums aux côtés du scénariste et du dessinateur ? Ça rappelle ces temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître où seul le dessinateur trônait parfois devant un scénariste effacé.

© Vignaux, Yann, Georges – Le Lombard Alors que XIII piétine, pendant que Largo Winch se redécouvre, Thorgal avance. Hey, les teenagers, ce n’est pas parce que la série est née en 1977 qu’elle est réservée aux « vieux ». Lâchez vos écrans et venez lire ça. Vous ne le regretterez pas. Et pour aider les nouveaux venus à se repérer dans l’univers, l’excellent site http://www.thorgal.com est là.
Série : Thorgal
Tome : 43 – La vengeance de la déesse Skædhi
Genre : Heroïc Fantasy
Scénario : Yann
Dessins : Fred Vignaux
D’après : Grzegorz Rosinski & Jean Van Hamme
Couleurs : Gaëtan Georges
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808214865
Nombre de pages : 48
Prix : 13,95 €
- Brigade Verhoeven 4 – Annepar Laurent Lafourcade
Affaire personnelle
« -Bonjour, vous connaissez Anne Forestier ?
-Oui.
-Votre numéro était dans les favoris du téléphone de Madame Forestier, et c’est le dernier qu’elle a composé.
-Il lui est arrivé quelque chose ?! »
Le téléphone sonne chez le commandant Camille Verhoeven. Sa compagne Anne Forestier a été agressée à l’occasion d’une attaque dans une bijouterie passage Monier, dans le onzième arrondissement de Paris. Elle est grièvement blessée et trop faible pour parler. Après la mort d’Irène, on s’en prend à sa nouvelle partenaire. Lors des obsèques d’Armand, signifiant aussi la mort de la brigade Verhoeven, Camille demande à sa nouvelle supérieure la commissaire Michard à être saisi de l’affaire. Il a un indic qui pourrait en savoir beaucoup. L’attaque ressemble à une série de braquages d’affilée qui ont eu lieu en janvier en l’espace de six heures. Mêmes méthodes violentes, même Mossberg à canon scié.

© Corboz, Bertho, Bouët – Rue de Sèvres Après Rosie, Irène et Alex, Pascal Bertho termine l’adaptation des romans de Pierre Lemaître consacrés aux enquêtes de Camille Verhoeven, chauve, 1m45, avec la transposition de Sacrifices. Alors qu’on pensait que le petit policier avait été touché au plus profond de son âme avec la mort d’Irène, c’est toute sa reconstruction après le drame qui va être remise en cause. Il est impossible d’en raconter plus sans déflorer le suspens. Tout ce que l’on peut dire c’est que Bertho, via Lemaître, met en scène un coup de théâtre, inattendu sinon ça n’en serait pas un, qui rend le polar puissant. On sort des sentiers battus et rebattus, et des conventions des relations entre personnages.

© Corboz, Bertho, Bouët – Rue de Sèvres Dans la catégorie des dessinateurs réalistes, Yannick Corboz a un trait qui n’appartient qu’à lui. Son graphisme est d’un dynamisme rare. Le mouvement des personnages est accentué par l’encrage jeté. Corboz joue tout sur les personnages qui prennent beaucoup de place dans les cases. On est ainsi en immersion avec eux. Les décors n’en sont pas négligés pour autant. Indissociable de la série, un troisième auteur est primordial dans l’adaptation, c’est Sébastien Bouët. Il ne fait pas les couleurs, il fait la mise en couleurs. Une fois n’est pas coutume, la nuance est ici significative. Bouët pose les ambiances scènes par scènes, avec ombres et lumières. Son nom aurait dû se retrouver en couverture aux côtés de Bertho et Corboz.

© Corboz, Bertho, Bouët – Rue de Sèvres La brigade Verhoeven ferme ses bureaux dans une enquête qui va atteindre son principal protagoniste au premier plan. En puisant l’essentiel dans les romans de Pierre Lemaître, les auteurs ont su transposer l’esprit de la série des quatre romans. Un rebond ne serait pas impossible. Pourquoi ne pas imaginer de nouvelles intrigues originales pour la BD ?
Série : Brigade Verhoeven
Titre : 4 – Anne
Genre : Polar
Scénario : Pascal Bertho
Adapté de : Pierre Lemaître
Dessins : Yannick Corboz
Couleurs : Sébastien Bouët
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782369812883
Nombre de pages : 76
Prix : 16 €
- Sevenpar Laurent Lafourcade
Juste une question de survie
« -Rappelle-moi ce qu’on fait si on tombe sur un nouveau village ?
-Qu’est-ce que tu me dis, là ? Tu sais très bien ce qu’on doit faire. Si on tombe sur quelque chose de nouveau… on fuit ! Et on va vite chercher ta mère. Elle a déjà fouillé toutes les maisons voisines et n’a toujours rien trouvé ! »
Au cœur d’une forêt touffue, Seven, une jeune chasseuse, tire une flèche sur un sanglier et son petit. Le marcassin est blessé, mais s’enfuit. Seven descend de l’arbre dans lequel elle était à l’affût et poursuit sa route dans la forêt. A l’orée de celle-ci, elle retrouve l’animal touché et découvre toute excitée un nouveau village. Elle souffle dans un sifflet d’urgence et son père accourt aussitôt. Il ne peut pas prendre sa fille en photo avec son trophée de chasse pour cause de chargeur cassé. Seven est dégoûtée. Il y a toute sa vie dans son smartphone. Si elle avait eu un carnet, elle n’aurait pas eu besoin de chargeur. Qu’elle ne s’inquiète pas ! Sa mère lui en trouvera bien un nouveau. Mais attention. Dans ce monde postapocalyptique, l’homme est un danger et il faut éviter d’en croiser.

© Seven – Ung Le but de Seven et de sa famille est de survivre. Au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres, elle va explorer ce qu’il reste de civilisation dans des villes détruites où la nature a repris ses droits, et en particulier Dinopedia Park. Plus qu’une aventure, l’odyssée de Seven est une chronique, un carnet de survie qui nous donne tout un tas d’astuces. Bref, pour les plus anciens, un manuel de Castors Juniors. On va ainsi apprendre à tirer à l’arc, soigner les coupures, rendre l’eau potable, voir si un aliment est comestible, fabriquer des collets, siphonner un réservoir d’essence, s’échapper d’une voiture et s’orienter dans l’espace et dans le temps.
Graphiste et directeur artistique, fondateur du magazine Geek en 2009, Christian Ung se lance dans la bande dessinée et le projet Seven au moment du confinement. Le scénario en porte les stigmates. Conçu au départ pour intéresser ses filles à la survie, c’est tout un tas de lecteurs qui vont pouvoir en profiter. Certainement à cause, ou plutôt grâce au cursus de l’auteur, le livre sort graphiquement des sentiers battus : influences manga, dynamisme de l’animation, effets colorimétriques pour faire percuter certaines cases, effets photographiques, sans compter les incrustations didactiques.

© Seven – Ung Pour tous les conseils de survie, Christian Ung s’est attaché les services de Denis Tribaudeau, un formateur d’aventuriers. Sur son site, il est défini ainsi : Fort de 30 ans de voyages et d’expériences dans les coins les plus improbables de la planète, il a effectué le tour de l’Europe à pied. Formé à l’école de la nature, il encadre depuis plus de 18 ans les stages de survie partout sur la planète. Il est capable de coacher les plus grands aventuriers comme les enfants. Plus de 10 000 personnes sont passées entre ses mains ! Il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Avec son approche de la survie basée sur la compréhension de l’environnement pour mieux en faire partie, il partage ses astuces et tout son savoir pour survivre « dans la bonne humeur ».

© Seven – Ung Avec Seven, Christian Ung propose un OVNI d’une richesse technique incroyable mettant en garde tout en apprenant à dompter un monde qu’on ne voudrait pas habiter demain.
One shot : Seven
Genre : Aventure
Scénario, Dessins & Couleurs : Christian Ung
Éditeur : Glénat
ISBN : 97823440449884
Nombre de pages : 104
Prix : 20 €
- Sataniepar Laurent Lafourcade
Jolies ténèbres
« -Si je m’attendais ! Qu’est-ce que vous faites ici, mon père ?
-C’est à vous que je pose la question : qu’est-ce que vous foutez ici ? Vous êtes complètement con ou quoi ?
-Mais… C’est que… On nous a dit d’attendre que…
-Faites votre paquetage : vous ne restez pas une seconde de plus ici. Où est Monsieur Lavergne ?
-Euh, tout au fond de cette galerie en fait… avec les autres…
-Ben voyons. »
Dans un gouffre profond, l’Abbé Montsouris, un prêtre spéléologue, rejoint un groupe descendu depuis quelques jours. Ils sont à la recherche de Constantin, le frère de Charlotte, qu’on appelle Charlie, qui fait partie de l’expédition. Celui-ci a disparu lors d’une équipée précédente qu’accompagnait l’homme d’Eglise, visant à prouver concrètement l’existence de l’enfer. S’il est redescendu aujourd’hui, c’est pour convaincre la troupe de remonter. On annonce un orage d’ici quelques jours. Les explorateurs pourraient être surpris par la crue. Charlie a du caractère. Pas question de remonter tant qu’on n’a pas retrouvé son frère. Elle est persuadée qu’il est toujours vivant.

© Vehlmann, Kerascoët – Soleil Entre les rivières souterraines à explorer en canots pneumatiques et les boyaux à traverser en rampant, la petite troupe va avancer vers un monde qu’ils ne soupçonnaient pas. Avec deux ou trois jours de vivres réussiront-ils leur mission ? Le voyage sera jusqu’au bout de l’enfer ou ne sera pas. La dernière découverte concrète est celle de fresques pariétales dans une grotte préservée. Au moins aussi beau qu’à Lascaux. Dernière étape avant la rencontre avec le peuple d’Ultima Thulé, avant que tout ne dégénère : la folie des uns, la survie des autres, dans une chaleur de plus en plus prégnante. La réalité va-t-elle rattraper la légende ? L’enfer, la satanie, mythe ou réalité ?

© Vehlmann, Kerascoët – Soleil Après l’intriguant coup de maître Jolies ténèbres en 2009 chez Dupuis, le duo Kerascoët et Fabien Vehlmann ont enchaîné avec Voyage en Satanie, premier tome d’un diptyque qui paraît en août 2011. Le second tome ne paraîtra jamais. Les lecteurs devront attendre 2016 pour lire la fin du récit dans une intégrale, titrée Satanie, dans la collection Métamorphose aux éditions Soleil. C’est celle-ci qui est rééditée cette année. Les auteurs convoquent Jules Verne et Tim Burton pour une quête souterraine aux sources, non pas de la vie, mais de la mort. C’est aussi pour Charlie, au-delà de la recherche de son frère, une quête de soi. Quand on avance dans la vie, à quel moment atteint-on un point de non-retour ? Si graphiquement les Kerascoët restent sages dans la première partie du récit, ils donnent libre cours à leur imagination dans la seconde moitié aux décorx hors du commun.

© Vehlmann, Kerascoët – Soleil Chronique des enfers, Satanie est un one shot étonnant, étrange, qui questionne aussi. A lire avec Volage signé Desberg et Sandoval paru chez Daniel Maghen en 2022, l’album signé Vehlmann/ Kerascoët ne vous laissera pas mourir dans le même état d’esprit qu’avant.
One shot : Satanie
Genre : Fantastique
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessins & Couleurs : Kerascoët
Éditeur : Soleil
ISBN : 9782302106093
Nombre de pages : 128
Prix : 23,75 €



































































































