A comme Autrice, A comme Artiste
« Je ne savais pas vraiment quel métier faire. Dans mon collège et mon lycée de campagne, il n’existait pas d’options art ou théâtre. Quand j’ai été primée pour la première fois au concours scolaire du festival d’Angoulême, mes copains et copines de classe, ainsi que mes professeurs, avaient fêté cet « événement ». » (Catherine Meurisse)
Catherine Meurisse a une capacité d’émerveillement, source de joie qui aide à vivre. Meurtrie par la tragédie de Charlie Hebdo, l’autrice a su utiliser ce don pour continuer à avancer et stimuler sa créativité. Académicienne des Beaux-Arts, elle est la benjamine de l’institution. De Mes hommes de lettre au Passage, en passant par Moderne Olympia, Les grands espaces ou l’incroyable La légèreté, la bibliographie de l’autrice montre la diversité et l’originalité de ses créations. Nouvel ouvrage de l’inestimable collection Les cahiers de la bande dessinée dirigée par Christelle Pissavy-Yvernault, Catherine Meurisse sur le pont des Arts est un livre d’entretiens en douze chapitres réalisés en janvier 2026 avec Thierry Groensteen, l’un des spécialistes de l’exercice.

De la petite à la grande Catherine, l’aventure commence en 1980. Comme dans Les grands espaces, on quitte un quartier résidentiel de Niort pour s’installer dans la cambrousse. La gamine a sept ans et découvre une nouvelle vie. Illustré de photos d’époque, l’autrice y raconte ses parents. Ado, elle participe à des concours de BD et devient lauréate du grand prix scolaire à Angoulême. Malgré cela, elle n’envisage pas encore d’en faire sa carrière. Uderzo, Goscinny, Hergé, Gotlib et Sempé, à divers niveaux, font partie de ses références. A 19 ans, elle entre à l’école Estienne à Paris, école supérieure des arts et industries graphiques. C’est lors d’un concours de dessin de presse qu’elle rencontre Honoré, Jul et Tignous qui lui proposent de passer à Charlie. Ça va définitivement changer sa vie.

Dans le chapitre suivant, il est question d’amitiés et de réseaux. Marion Montaigne, Lisa Mandel, Blutch, Matthieu Bonhomme seront entre autres ses compagnons d’ateliers. Elle rencontre Brétécher. Niveau dessin, elle s’engage mais refuse d’être politiquement étiquetée. Un vaste chapitre est consacré aux années Charlie, qui se termineront par le drame que l’on sait. On mesure la profondeur de ses cicatrices. Son admission à l’Académie des Beaux-Arts la lance dans un nouvel élan.
La suite des entretiens invite plus profondément dans son travail : le dessin animalier, les livres pour enfants, l’Art et les artistes dans son œuvre, les vies célèbres sur lesquelles elle a travaillé, avant de s’attacher à sa propre vie d’artiste et son rapport à la nature jusqu’à son tout nouvel album Le clan de Walden, pour finir ensuite sur l’exposition de ses originaux.

Voir un Cahier de la bande dessinée consacré à son art, c’est un peu comme un romancier ou un poète qui entre dans la pléiade. Créatrice d’une œuvre aux facettes multiples, Catherine Meurisse est l’une des autrices majeures, non seulement de sa génération, mais aussi de la grande Histoire du Neuvième Art. Le pont des Arts de Catherine Meurisse, quand bien même on s’y promènerait par hasard, on y reviendrait par plaisir.
Série : Les cahiers de la bande dessinée
Titre : Catherine Meurisse sur le pont des Arts
Genre : Entretiens
Auteur : Thierry Groensteen
Éditeur : Glénat
ISBN : 9782344073513
Nombre de pages : 272
Prix : 33 €



