Le crapaud et la libellule
« -Bande de cons !
-Ils ne sont pas cons.
-Ah oui ? Toi, tu as le droit d’être là ?
-Bien sûr.
-Pourquoi ?
-Je suis né ici. Je suis comme eux.
-Comme eux ? Vous êtes qui ou quoi ?
-Ben, on est des rouges. »
1935, Gramont. C’est la fin de l’été. Jacques Bompierre est le nouveau sous-directeur de l’usine de papier. Il habite une villa cossue avec son épouse et ses enfants, François et Sophie, deux grands adolescents. Un poil fasciste sur les bords, l’homme ne cherche pas à être aimé, ni des 900 employés de l’entreprise, ni de son fils, qu’il moleste allègrement à coups de ceinturon. Dans quelques jours, c’est la rentrée. Dans neuf mois, au mois de Mai, il y aura des élections. Pour le moment, l’usine est en grève. Le monde entier subit le contre-coup du krach économique de 1929 aux Etats-Unis. Un piquet de grève ne laisse entrer que les voitures de la direction et le personnel non gréviste. Hors de question pour la direction d’acheter la paix sociale. Une hausse des salaires est inenvisageable. Elle détruirait les profits au bénéfice de la concurrence.

François profite des derniers jours de liberté pour explorer la campagne à vélo. Alors qu’il tente de gravir une falaise à mains nues, un groupe de jeunes lui lance des cailloux, lui intimant l’ordre de quitter leur territoire. En redescendant, il fait la connaissance des « rouges », tous communistes, fils d’ouvriers depuis plusieurs générations, des générations de soumissions aux patrons. Seul Paul va au lycée, les autres travaillent déjà à l’usine ou dans les champs. François se garde bien de leur dire que son père est membre de la direction. Alors que la colère gronde sur le site de l’usine à papier, l’affrontement risque de se reproduire au sein des jeunes de la ville.

Eric Stalner signe une chronique sociale historique sur fond de violences familiales. François est de ces héros à la Fabien M. dont le destin est bousculé par le contexte historique. Il est une libellule qui cherche à s’émanciper du joug du crapaud son père. Parviendra-t-il à voler de ses propres ailes ? Réussira-t-il à créer une cohésion entre les classes sociales ? Gravira-t-il la falaise jusqu’à son sommet ? L’un comme l’autre de ces combats ne peut se faire sans conviction. Il est juste dommage que Stalner résume en quelques planches ce qu’il arrivera à plusieurs des personnages pendant la guerre qui va arriver. Ça aurait fait une belle et grande saga.

Après avoir été le roi des séries courtes dans les années 90 et 2000, Eric Stalner est devenu la valeur sûre des one shots. A la manière d’un cinéaste qu’on aime, c’est un auteur à qui l’on peut faire confiance les yeux fermés.
Titre : Fils de bourge Le doux printemps 1936
Genre : Drame
Scénario, Dessin & couleurs : Eric Stalner
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
ISBN : 9791041117789
Pages : 80
Prix : 18,90 €



