Une rencontre improbable
« -Qui va là ?!!!
-Aaahhhh m’chi !!!!
-Ma parole, se mettre dans cet état-là pour un rat qui ne fait pas 20 centimètres !! Ouste du balai !!! Tu ne vas quand même pas essayer de m’assommer avec ça, gamin ?!
-P… P… Pardon, madame…
-Depuis quand tu me donnes du madame, Daniel ?
-Je… je ne comprends pas…
-Daniel, ça fait des jours que ton père et moi, on te cherche ! »
Un boat people fait naufrage au large de l’île d’Aix. La plupart des passagers périssent dans la tempête. Entendant des bruits dans sa grange, Sidonie, retraitée solitaire, y découvre un migrant effrayé par un rat. Elle croit reconnaître en lui son fils Daniel et lui ordonne de rentrer à la maison. Profitant de la méprise, Ahmed la suit. La vieille dame semble complètement déboussolée. Il tente de la convaincre qu’il n’est pas celui qu’elle croit. C’est peine perdue. A table, Sidonie attend même que son mari rentre. Le fils risque de se faire disputer. Endeuillée, elle souffre d’une absence qu’elle réfute. Plutôt que d’aggraver son chagrin, Ahmed va l’écouter, l’accompagner, sans l’approuver mais sans la contredire non plus.

Leur quotidien va être bousculé le jour où la Mairie va venir faire un tour des habitations pour un état des lieux après la tempête. Quand Sidonie parle du retour de son fils Daniel, ça met la puce à l’oreille. Il a fugué à 15-16 ans au début des années 90. La gendarmerie va donc venir sur place et découvrir Ahmed qu’ils embarquent pendant que le SAMU prend en charge Sidonie. Direction le continent pour tous les deux : une maison de repos pour l’une, l’aide sociale à l’enfance car il a un statut de mineur pour l’autre. L’un comme l’autre vont-ils s’adapter à leurs nouvelles vies ?

Ingrid Chabbert raconte le quotidien poignant d’un migrant perdu dans un monde soi-disant civilisé. Comme des milliers d’autres, Ahmed a quitté un enfer pour une jungle. La scénariste pointe les failles de l’administration et le rôle déterminant des associations d’aide aux migrants, en l’occurrence ici lorsqu’ils sont mineurs. Ahmed et Sidonie forment un duo improbable. Ils sont tous les deux en extrême souffrance, en deuil d’une famille ou d’un pays. Ils écrivent une histoire d’amour, une histoire d’amitié, une histoire dans laquelle les liens internationaux et intergénérationnels tissent la foi en la nature humaine. Sous les couleurs mauvais temps d’Aretha Battistutta comme la météo dans le ciel et les esprits, Espé s’affirme une fois de plus comme un dessinateur rapide et solide. Contrairement à d’autres, ses planches sont vraiment abouties sans que les décors ne soient négligés. Espé est l’un des rares auteurs à être aussi crédible dans la comédie que dans le drame, avec ici en prime un torrent de tendresse.

Dédié à toutes celles et ceux qui, chaque jour, tiennent le terrain face à la souffrance, aux obstacles et à la haine qui progresse, à celles et ceux qui refusent de détourner le regard et pour qui le mot solidarité n’est pas un slogan, mais un combat et une valeur, Un espoir sans papiers est une tempête d’émotion et de solidarité.
Titre : Un espoir sans papiers
Genre : Emotion
Scénario : Ingrid Chabbert
Dessin : Espé
Couleurs : Aretha Battistutta
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808507349
Pages : 104
Prix : 21,50 €



