Inside Revolucion
« -Le principal problème vient des syndicalistes…
-Appelez les gouverneurs. Il faut que la CGT reste divisée, c’est compris ? Et éviter que les différents syndicats ne s’unissent.
-C’est déjà le cas à Cordoba, Général. Ils vont manifester ensemble. Et ça, c’est dangereux. »
1966. En Argentine, le gouvernement du général Ongania, arrivé au pouvoir après un coup d’état, vient d’interdire tous les partis politiques. Il compte bien rétablir l’ordre économique, social et politique. Les huit universités du pays sont mises sous tutelle. Les restaurants universitaires et les centres étudiants du pays sont fermés. La dévaluation est annoncée et les salaires gelés. La jeunesse n’a pas l’intention de rester passive. Des manifestations s’organisent dans plusieurs villes, mais la répression est déjà en marche, faisant des victimes. Trois ans plus tard, en mai 1969, un an après qu’en France le peuple ait envahi la rue, en Argentine, la révolution s’annonce sanglante.

Le général Ongania doit faire face au mouvement de contestation le plus important auquel il n’a jamais été confronté. La CGT appelle à la grève le 30 mai. A Cordoba, elle commencera un jour plus tôt. La police se prépare à venir avec l’artillerie lourde : gaz vomitifs, sirènes à ultrasons, armes de guerre, brigades anti-guerrilla. En face, la stratégie est de constituer différents cortèges afin d’éparpiller la police. Les mécaniciens ont démonté des centaines de roulements à billes à glisser sous les sabots des chevaux de la police montée. Les voisins aident les étudiants en jetant de l’eau bouillante en réponse à la violence policière. Il reste quelques heures pour agir avant que l’armée ne débarque. On cible les banques avec des cocktails Molotov pour effacer les dettes dues aux créanciers. Les heures sanglantes ne vont pas tarder à sonner.

Ian Debiase a effectué trois ans de recherches pour raconter la révolution du Cordobazo. Il a créé des personnages de fiction pour mettre en scène des anecdotes, elles, véridiques. Le Cordobazo est une révolution solidaire et collective où l’ingéniosité de la jeunesse a dominé, comme le rapt de chats relâchés au milieu des chiens policiers pour les affoler. Chaque chapitre est terrifiant, cocasse ou poignant, comme celui où cette mère écrit à son fils qui est en première ligne. Même les plus jeunes veulent aider leurs aînés, même une mandarine peut-être une arme de guerre, même un cercueil peut-être un endroit salutaire. Dans des couleurs entre le marron et l’orangé, avec quelques touches de bleu-verdâtre pour la nuit, l’auteur construit le récit à la manière de chroniques. L’immersion est confirmée avec les photographies des lieux à côté des dessins en fin d’album.

« Le Cordobazo est un miroir dans lequel nous regarder pour savoir qui nous avons été, qui nous sommes et qui nous pourrions être. » Avec La Rébellion, Ian Debiase offre un témoignage historique dans lequel les cicatrices de l’Argentine sont encore apparentes.
One shot : La rébellion Histoires du Cordobazo
Genre : Histoire
Scénario, Dessins & Couleurs : Ian Debiase
Éditeur : iLatina
Collection : Novela grafica
ISBN : 9782491042486
Nombre de pages : 160
Prix : 22 €



