Choisir son genre
« -Une robe d’or ? Mais n’est-ce pas cette légende qui parle d’une robe toute entière tissée d’or et dotée de pouvoirs ?
-Pas « de pouvoirs », mais d’un pouvoir bien particulier pour lequel les hommes tueraient ! Ah ! Je vois que vous n’êtes guère au courant. La robe d’or transforme celle qui la revêt en ce qu’elle désire le plus, ou plutôt… en ce qu’elle désire être.
-Mais…. Mais ce n’est qu’une légende, n’est-ce pas ?
-Une légende ? Non, jeune fille. Absolument pas. »
Un rideau rouge s’entrouvre, laissant passer un clown. Il sort une baguette de chef d’orchestre. Le spectacle peut commencer. Musiciens, danseurs et prestidigitateurs s’agitent pour le plus grand bonheur d’une spectatrice bien installée sur un grand fauteuil. Une fois la représentation terminée, la jeune fille, la reine Jacqueline, félicite la troupe, avant de poursuivre un comédien ayant fait mine de lui dérober son nez. Tout le monde a l’air de bien s’amuser. Ce n’est pas la même histoire dans la sombre campagne où un laboureur force son fils Jacques à laisser tomber ses pantins pour aller bêcher un champ aride afin de préparer les cultures. Après une rude journée, le soir, le garçonnet retrouve le sourire en se couchant au milieu de ses personnages. Jacques et Jacqueline ne feraient-ils qu’un ?

« Qu’est-ce donc qui suscite cette étincelle ?
Je suis le sculpteur et tout ceci est mon argile.
Qu’est-ce donc qui donne forme à ma pensée ?
La conscience que si cela existe, alors c’est vrai ! »
Ces paroles du chanteur italien Rancore sont issues du titre Giovani Artisti, Jeunes artistes. Ces quatre vers synthétisent le propos de Rosalia Radosti, sculptrice de l’argile qu’est ce livre. Jacques/Jacqueline imagine le monde idéal, évoluant dans un univers pastel. Jacques soufre dans une réalité grisâtre que Jacqueline tente de refouler. Le monde de la petite reine n’en n’est pas moins violent. Et qu’est-ce donc que cette histoire de robe d’or qui transforme celle qui la revêt en ce qu’elle désire être ?

La reine des pantins est un conte sombre et merveilleux sur la résilience et le pouvoir de l’esprit. Rosalia Radosti offre un sublime écrin à la théorie du genre, non pas celui que l’on est, mais celui qu’on a le droit de se choisir. On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille. Jacques n’est certainement pas né ni au bon endroit, ni à la bonne époque. Même si les mentalités ont évolué depuis le temps dans lequel prend place le récit, le monde n’a pas encore atteint l’acceptation totale et la sérénité sur le sujet. Si un seul lecteur ouvre son esprit à la tolérance, l’autrice aura atteint son but.

La reine des pantins oppose la fureur des hommes à la douceur d’une âme. Il est des histoires qui prennent au cœur. La reine des pantins est de celles-ci. Que celles et ceux qui ne versent pas une larme à la fin de l’album se dénoncent. C’est qu’ils sont faits de pierre. Cette histoire est un coup de poing, une tragédie agitatrice.
Titre : La reine des pantins
Genre : Drame
Scénario, Dessin & couleurs : Rosalia Radosti
Éditeur : Dupuis
ISBN : 9782808513449
Pages : 200
Prix : 27,95 €



