Prise de conscience
« -Je vous offre quelque chose ? J’aime beaucoup ce que vous faites à « 24 heures sur la une ». que préparez-vous en ce moment ?
-Un sujet qui me tient à cœur… J’attends pour ça les chiffres de l’année passée de la mortalité routière. Il se dit que ça pourrait être terrifiant… Et justement, je voudrais m’adjoindre les services d’un journaliste auto spécialisé… Vous avez ça ? »
1973. Le nombre de tués sur les routes de France va bientôt être dévoilé et il s’annonce alarmant. Il y a de plus en plus de victimes et il est temps que les pouvoirs publics et la population prennent conscience qu’il faut agir. La journaliste Louison Bobard le sait bien. Elle a été victime d’un grave accident il y a quelque mois dans lequel son passager a perdu la vie. En ces temps-là, la ceinture de sécurité n’est pas obligatoire et la vitesse n’est pas limitée comme aujourd’hui. Quand le patron du Regard, le journal pour lequel elle travaillait l’appelle, pas question pour Louison de couvrir à nouveau le Tour de France ou autres courses cyclistes. Mais c’est tout autre chose qu’il lui propose.

La prévention routière prévoit d’embarquer à bord de deux Renault 16 orangées une équipe composée d’un technicien, d’un médecin, d’un gendarme et d’un passager candide afin de sillonner les routes de France pour noter les points à améliorer, constater les aménagements routiers à perfectionner et relever les comportements inadaptés des conducteurs. Après réflexion, Louison accepte le rôle de la passagère.
D’un autre côté, afin de secouer les esprits, la première chaîne de télévision demande à Yves Remington de réaliser un reportage qui ferait bouger les choses. Le patron ne veut pas montrer de vrais accidents. C’est trop choquant. Il faut trouver l’idée. 16 620 morts sur les routes, c’est l’équivalent d’une ville comme Mazamet. Et si l’on parvenait à filmer cette population comme si tout le monde était décédé ?

Bien qu’une légère intrigue va venir interférer le récit, la série est avant tout une série d’ambiance et d’époque. On connaît l’amour de Bruno Bazile pour les bagnoles, le cyclisme et Maurice Tillieux. On connaît la fin tragique de Maurice Tillieux, génial auteur de bande dessinée, créateur du détective Gil Jourdan, disparu dans un accident de la route en 1978. Comme pour essayer de changer le cours de l’Histoire, Bazile met en scène une campagne choc d’amélioration de la sécurité routière en 1973. Voici un genre de récit que l’on n’avait jamais lu. Avec le recul, il reste d’actualité car la sécurité routière est quelque chose qui peut, qui doit sans cesse progresser. Le scénario est original, percutant, à la fois classique et inédit avec un côté vintage. Le trait jeté de Bruno Bazile accélère l’action et dynamise les bolides sans protections.

10 minutes de silence, c’est le temps de filmer les victimes, comme si toutes étaient de Mazamet. Si cet album sauve une seule personne sur la route cinquante ans après, il aura atteint son but. Et si quelque chose est encore vivant en bande dessinée, c’est la bonne BD à la Tillieux. Les créateurs de héros ne meurent jamais.
Série : Une histoire vécue par Louison Bobard
Tome : 2 – 10 minutes de silence
Genre : Journalisme
Scénario & Dessins : Bruno Bazile
Couleurs : Yves Magne
Éditeur : Editions du Tiroir
Collection : L’aventure
ISBN : 9782931251355
Nombre de pages : 48
Prix : 16 €



