Rien ne quitte le cœur
« -On devrait s’installer ici pour toujours. Il est trop bien cet abri !
-Tu connais nos règles !
-Jamais plus de trois nuits au même endroit. Les animaux sont sauvages…
-Et ?
-Et les hommes sont pires. »
L’histoire commence il y a fort longtemps, lorsqu’un dieu, le grand Kholo, a fait le monde. Il a créé des créatures plus extraordinaires les unes que les autres. Les petites ciblétilles sont des insectes à la croisée de libellules et de sauterelles. Les ichors sont à la fois félins et canidés, comme si lions, hyènes et panthères étaient confondus. Les faconneurs sont des volatiles à quatre pattes. Plus joueurs, les galipans ressemblent à des singes-boucs. Les camélidons sont quant à eux de grands herbivores pacifiques. C’est plus tard que seront fabriqués les hommes, à partir de l’argile de la rivière.

Divisés en cinq grandes tribus, ils serviront les bêtes. Cette histoire de création du monde, c’est une maman qui la raconte à son fils pour l’endormir. Quelques temps plus tard, un accident terrible va endeuiller la famille. On retrouve quelques années après Garik, le père, et son fils adolescent. Ils chassent pour subvenir à leurs besoins. Ils prévoient d’aller en ville afin de vendre des dents d’ichors à des bijoutiers. Avant d’entrer dans Montelano, ils cachent leurs armes pour passer inaperçus. Habitués à la violence des animaux, ils vont découvrir celle des hommes.

En quatre chapitres (Origine, Nomades, Les hautes herbes et Origines), cette histoire est une fable fantastique sur la force de la nature, la férocité des hommes et la résilience du deuil. Grun et Laurence Clin créent une mythologie complète. A l’instar d’un spécialiste du genre comme Léo, Grun invente un monde de rétro-anticipation, invoquant aussi bien Mézières que Moebius ou James Cameron. Le vrai nom de Grun est Ludovic Dubois. Laurine Clin est son épouse. Ce qui est incroyable, c’est que les ciblétilles qu’ils ont imaginées pourraient intégrer l’univers d’un autre Dubois, Pierre, l’elficologue. Ce ne sont pas de simples créatures fantastiques. Elles sont le pivot du récit.

« Tu vois, quand tu ramasses une fleur, laisse ses racines dans la terre. Comme ça, elle renaîtra au prochain cycle. C’est ce que nous enseigne le Subtil. » Cette phrase résume le propos de ces Herbes Hautes qui nous enseignent que rien ne meurt jamais vraiment si l’on respecte l’équilibre de la nature qui nous entoure. Subtil, ce récit d’apparence sauvage l’est. Il est même d’une grande délicatesse.
One shot : Les hautes herbes
Genre : Rétro-anticipation
Scénario : Laurine Clin
Dessins & Couleurs : Grun
Éditeur : Daniel Maghen
ISBN : 9782356742131
Nombre de pages : 112
Prix : 21,50 €



