Les cauchemars continuent après la mort
« -Vous vivez dans un château ? Il y a des jouets ?
-Je suis sûr que tu en trouveras dans ta chambre. Pas vrai, Raoul ?
-Certainement, Monsieur.
-J’ai une chambre dans le château ? Mais le juge va pas être d’accord ! Je ne veux pas repartir ! Je préfère mourir !
-Tu « préfères »… Alors si tu veux, tu peux rester ici pour toujours. Tu sais pourquoi ? Parce que Hoel, tu es comme nous !
-Grand comme vous ?
-Mort comme nous ! »
Cléa se réveille après un cauchemar et parle d’elle au passé. Et pour cause, elle est morte et vit dans le Manoir. Morte ? Vit ? Ce n’est normalement pas possible, mais dans le Manoir, oui. En effet, les habitants du Manoir sont morts et vivent dans cet espace étrange. Le cauchemar de Cléa n’est pas imaginaire et lui rappelle dans des souvenirs flous comment elle en est arrivée là. Elle s’appelait Cléa Villeste. Elle a été kidnappée sur le chemin du collège à Brest, séquestrée, puis assassinée. Remise de ses émotions, Cléa retrouve Liam pour un entraînement au combat avec Léonidas, roi de Sparte, héros de la bataille des Thermopyles. La séance est vite interrompue par « le Sauve-qui-peut », la cloche signalant l’arrivée d’un nouvel occupant au Manoir, et dont il faut toujours se méfier.

C’est un petit garçon au discours confus qui vient de débarquer. S’appelle-t-il Axel ou Oscar ? Il ne sait plus. Oscar, Axel, on le nommera Hoel. Enlevé à la naissance, retrouvé quelques années après par sa vraie famille, placé en garde alternée, l’enfant a fugué un soir de neige et est mort de froid. Liam lui apprend que les morts arrivent au Manoir sans savoir qu’ils le sont, parce qu’ils sont partis dans la souffrance, la tristesse ou la colère. Lorsqu’ils le découvrent, certains partent pour le vrai pays des morts, d’autres décident de rester. Alors que Hoel s’apprête à découvrir qu’il n’y a pas que des fantômes bienveillants au Manoir, Cléa cherche à éclaircir le mystère de son propre décès.

Après le premier diptyque « raconté » par Liam, on accompagne ici le point de vue de Cléa pour le second. Son camarade n’en n’est pas pour autant moins présent, mais c’est elle qui est à la narration. Changement également à la narration du côté des auteurs puisque Raphaël Beuchot est désormais seul à l’adaptation des romans jeunesse d’Evelyne Brisou-Pellen. Il prend la suite de Stéphane Melchior dans une continuité quasi-indétectable pour le lecteur. Entre les passages dans les différents mondes et les différents temps, on n’est jamais perdu. Ça déroule sans ambiguïté entre l’histoire des fantômes gris et l’assassinat de Cléa. Dans un réalisme souple et des tons tamisés, Beuchot dessinateur créé aussi bien la peur, l’empathie, le suspens et même l’humour qui se dégagent de cet univer.

Maintenant que l’on connaît bien les personnages, on a l’impression de faire partie de leur « famille » comme si l’on habitait avec eux. On va quand même essayer de rester encore longtemps dans la vraie vie pour profiter, entre autres, de cette excellente adaptation du Manoir.
Série : Le manoir
Tome : 3 – Cléa et la porte des fantômes Première partie
Genre : Fantastique
Scénario, Dessins & Couleurs : Raphaël Beuchot
D’après : Evelyne Brissou-Pellen
Éditeur : Bayard
Collection : Bande d’ados
ISBN : 9791036368301
Nombre de pages : 84
Prix : 15,90 €



