Une créature pas comme les autres
« -Au lieu de passer votre temps le nez plongé dans ce vieux bouquin, vous feriez mieux de chercher une solution pour ne sortir nos enfants.
-Je fais ce que je peux. Mais je vous rappelle que ce sont eux qui ont choisi de rester dans le répertoire.
-Et tous vos collègues, là, qu’on voit défiler depuis deux jours… Ils ne peuvent pas vous aider ?
-Ils ne sont pas là pour ça. Ils viennent à la confrérie pour décider du châtiment qu’ils vont m’infliger. »
Le grand maître de la confrérie des grands conteurs a convoqué le conseil des sages pour juger Anacharsis, lui reprochant de ne pas avoir mieux surveillé le répertoire. A l’intérieur, Zaki, Mélie et Choco viennent de débarquer dans une forêt inconnue. Ils se dirigent vers un petit village où ils apprennent qu’ils sont dans l’histoire du fabriqueur. C’est le surnom du marquis d’Orfanik, appelé ainsi parce qu’il fabrique des monstres, obsédé par la création du monstre parfait. Un beau jour, sa machine lui donne une drôle de bestiole, une mignonne petite fille qu’il nomme Orchidia. Il s’y attache, comme si c’était sa propre enfant jusqu’au jour du drame.

Pendant qu’Anacharsis attend le verdict du grand conseil en racontant l’histoire dans laquelle sont coincés les enfants, ces derniers décident de se rendre au château d’Orfanik afin de retrouver Balthor, le traître qui veut nuire au monde des histoires, pour le ramener avec eux à Saint-Isidore. En effet, Balthor prend un malin plaisir à les mélanger. Pour le conseil des sages, il faut envoyer quelqu’un le chercher. Devinez sur qui va se porter leur dévolu ? La réalité va s’immiscer dans la fiction pour pouvoir influer sur elle. Nos amis parviendront-ils à déjouer les plans machiavéliques de leur ennemi juré ?

Peut-on influer sur le cours d’une histoire et en changer sa fin ? Y a-t-il une raison à le faire ? Si l’on modifie l’ordre des choses, le récit aura-t-il toujours de l’intérêt ? C’est le questionnement de ce troisième épisode du Clan de la Rivière Sauvage. Ode à la lecture et à la tradition orale des histoires racontées, la série de Régis Hautière et Renaud Dillies est une mise en abime minutieusement construite. Le monde réel et celui des histoires sont poreux. Les personnages peuvent passer d’une dimension à l’autre, mais pas si facilement. Après l’univers de la piraterie et celui du western, les auteurs revisitent le mythe de Frankenstein en en prenant le contre-pied. Au fait, qui est le monstre ? Sous les aplats pastel de Christophe Bouchard, l’histoire animalière est d’une telle intelligence qu’elle peut être étudiée en lecture suivie en fin d’école primaire ou au début du collège pour en faire déceler tout ce qui est sous-jacent dans la construction du récit.

Lire, c’est rêver, rêver que l’on peut s’évader et refaire l’histoire. Le clan de la rivière sauvage est un vecteur de résilience. Quand on lit et qu’on ne pense plus qu’aux aventures des héros que l’on accompagne, que l’on a envie d’aider, on peut dire que les auteurs ont gagné leur pari. C’est en effet le cas ici.
Série : Le clan de la rivière sauvage
Tome : 3 – Le fabriqueur
Genre : Aventure
Scénario : Régis Hautière
Dessins : Renaud Dillies
Couleurs : Christophe Bouchard
Éditeur : La Gouttière
ISBN : 9782357961357
Nombre de pages : 88
Prix : 15,70 €



